{"id":6541,"date":"2013-04-24T19:01:38","date_gmt":"2013-04-24T17:01:38","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-ecume-des-jours-etes-vous-arrang6541\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:15","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:15","slug":"l-ecume-des-jours-etes-vous-arrang6541","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6541","title":{"rendered":"L\u2019Ecume des jours, \u00ab\u00a0\u00eates-vous arrang\u00e9(e) par Duke Ellington\u00a0?\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Mal aim\u00e9 par la critique, <em>L\u2019Ecume des jours<\/em>, film adapt\u00e9 de l\u2019\u0153uvre iconique de Boris Vian et sign\u00e9 par le r\u00e9alisateur touche \u00e0 tout Michel Gondry a pris le risque d\u2019\u00eatre frapp\u00e9 d\u2019infamie pour avoir tent\u00e9 de traduire litt\u00e9ralement l\u2019univers visuel du plus c\u00e9l\u00e8bre joueur de cornet germanopratin. Un ratage apparent derri\u00e8re lequel se cachent n\u00e9anmoins (et en trompette) de fragiles p\u00e9pites de cin\u00e9ma et d\u2019\u00e9motions. <\/p>\n<p>Et si on commen\u00e7ait par la fin\u00a0? Le film est rat\u00e9. Voil\u00e0. C\u2019est dit, \u00e9crit. Termin\u00e9. Enfin pas tout \u00e0 fait. Rat\u00e9 pourquoi\u00a0? A causes des com\u00e9diens\u00a0? En partie oui, chacun jouant non pas le personnage du film, mais le sien, en tant que com\u00e9dien. Romain y fait donc son Duris, Audrey sa Tautou, Omar scie\u2026 Quand \u00e0 Gad Elmaleh, il enfonce de son c\u00f4t\u00e9 tous les standards du <em>miscasting<\/em>, tant son jeu de ben\u00eat, tout en  lunettes et costards en tergal, ne \u00ab\u00a0fit\u00a0\u00bb pas avec le r\u00f4le de l\u2019int\u00e9griste de l\u2019\u0153uvre de Jean Sol Partre, le c\u00e9l\u00e8bre philosophe-gourou existentiel. Voil\u00e0 qui donnera des gages \u00e0 ceux qui d\u00e9noncent un cin\u00e9ma fran\u00e7ais inf\u00e9od\u00e9 aux acteurs et actrices bankables, et tant pis pour les spectateurs. <\/p>\n<p>Le film est-il rat\u00e9 \u00e0 cause de la traduction visuelle que Michel Gondry fait des trouvailles du bouquin de Vian\u00a0? En partie aussi. Non pas que Gondry ait manqu\u00e9 d\u2019imagination. Au contraire le plus c\u00e9l\u00e8bre des clippeurs fran\u00e7ais en aurait presque trop. Sortant de sa malle la quasi totalit\u00e9 des joujous, trucs et astuces vid\u00e9os qu\u2019il invente pour des clips et collectionne depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9e, Gondry s\u2019est lanc\u00e9 dans une adaptation tellement litt\u00e9rale de l\u2019<em>Ecume des Jours<\/em> qu\u2019elle en devient, par force r\u00e9p\u00e9titions, d\u2019abord distrayante, puis b\u00e9gayante, enfin \u00e9pileptique. Ainsi \u00e0 trop vouloir aller syst\u00e9matiquement au bout de la d\u00e9monstration (comme dans la sc\u00e8ne du pianocktail, instrument musical et machine \u00e0 cocktail) Gondry-G\u00e9o Trouvetout semble ne pas remarquer qu\u2019il asphyxie son film. Voire. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/kkgtLs0W8SI?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Car si l\u2019<em>Ecume des jours<\/em>, s\u2019av\u00e8re \u00eatre le roman d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de \u00ab\u00a0petits \u00e9nerv\u00e9s\u00a0\u00bb, zazous de l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s guerre, pour qui la joie et le plaisir constituaient une r\u00e9bellion \u00e0 tout ce que la France charriait de mortif\u00e8re, il est aussi l\u2019expression d\u2019une tristesse abyssale face \u00e0 l\u2019injustice de la maladie et de la mort au bout du chemin. Vian \u00e9tant \u00ab\u00a0malade du c\u0153ur\u00a0\u00bb, le personnage de Chlo\u00e9 ayant un \u00ab\u00a0n\u00e9nuphar dans le poumon\u00a0\u00bb qui lui sera fatal, il n\u2019est pas anodin finalement que le film de Gondry, par del\u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie apparente de son univers visuel organise lui m\u00eame la rar\u00e9faction de son oxyg\u00e8ne.  Ainsi plus que par le passage de la couleur au noir et blanc, c\u2019est par le travail de l\u2019accumulation que l\u2019<em>Ecume des jours<\/em> r\u00e9ussit malgr\u00e9 toute les irritations et les agacements qu\u2019il peut provoquer, \u00e0 \u00e9treindre in fine le spectateur. <\/p>\n<p>Derri\u00e8re la gesticulation des pantins-com\u00e9diens se laisse alors entre-apercevoir l\u2019\u00e9motion la plus classiquement poignante, celle d\u2019un \u00ab\u00a0c\u2019est vraiment d\u00e9gueulasse\u00a0\u00bb prononc\u00e9, \u00e0 bout de souffle, \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration, par ceux qui, d\u2019en avoir trop en eux, butent et se cognent \u00e0 la vie. C\u2019est alors que le film de Gondry, sympa, se rembobine mentalement, repassant sur l\u2019\u00e9cran de notre m\u00e9moire, tout ce qui nous a enchant\u00e9. Des pilules philosophiques et stup\u00e9fiantes,  \u00e0 tous ces objets dot\u00e9s &#8211; \u00e0 d\u00e9faut d\u2019une \u00e2me &#8211; de joyeux mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s, de cet univers machinique-absurde renvoyant au <em>Brazil<\/em> de Terry Gilliam aux visions r\u00e9tro-futuristes d\u2019un Saint Germain des Pr\u00e8s translat\u00e9 sur la colline de M\u00e9nilmontant. Un film finalement qui redonne envie d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00eatre arrang\u00e9 par Duke Ellington\u00a0\u00bb et encore mis en boite par Michel Gondry.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6541 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/ecume-3e1.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/ecume-3e1-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"ecume.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mal aim\u00e9 par la critique, <em>L\u2019Ecume des jours<\/em>, film adapt\u00e9 de l\u2019\u0153uvre iconique de Boris Vian et sign\u00e9 par le r\u00e9alisateur touche \u00e0 tout Michel Gondry a pris le risque d\u2019\u00eatre frapp\u00e9 d\u2019infamie pour avoir tent\u00e9 de traduire litt\u00e9ralement l\u2019univers visuel du plus c\u00e9l\u00e8bre joueur de cornet germanopratin. 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