{"id":6538,"date":"2013-04-24T15:02:16","date_gmt":"2013-04-24T13:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/au-bout-de-l-homme-le-monde6538\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:15","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:15","slug":"au-bout-de-l-homme-le-monde6538","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6538","title":{"rendered":"Au bout de l&#8217;homme, le monde"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Au-del\u00e0 des clich\u00e9s du genre, Bonaventure Gacon interpr\u00e8te dans <em>Par le Boudu<\/em> un clown qui, entre bouffonnerie et d\u00e9tresse d\u00e9voile une fragilit\u00e9 et une humanit\u00e9 g\u00e9niales.<\/p>\n<p>Dans son film <em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Boudu_sauv\u00e9_des_eaux\">Boudu sauv\u00e9 des eaux<\/a><\/em> r\u00e9alis\u00e9 en 1932, Jean Renoir met en sc\u00e8ne l&#8217;itin\u00e9raire de Boudu, clochard inadapt\u00e9 aux m\u0153urs bourgeoises. O\u00f9 comment, apr\u00e8s une tentative de suicide rat\u00e9e, un marginal recueilli par son sauveteur s\u00e8me la zizanie au sein du petit monde qui entend le domestiquer, r\u00e9v\u00e9lant au passage l&#8217;hypocrisie de cette soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise et sa moralit\u00e9 de fa\u00e7ade. Dans <em>Par le Boudu<\/em>, spectacle cr\u00e9\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 par Bonaventure Gacon, c&#8217;est autant \u00e0 un lointain cousin du clochard jou\u00e9 par Michel Simon qu&#8217;\u00e0 un membre de la famille des clowns \u2013 famille aux ramifications aussi hasardeuses que nombreuses \u2013 que l&#8217;on a affaire. Tandis que chevelure et barbe hirsutes, vacillements de la paroles et gestes brusquement d\u00e9sordonn\u00e9s disent \u00e0 leur fa\u00e7on la parent\u00e8le avec le premier, les yeux grim\u00e9s de blanc et le nez rouge embl\u00e9matiques de l&#8217;Auguste \u00e9noncent celle avec la seconde. Mais au-del\u00e0 de toute volont\u00e9 mim\u00e9tique ou de reproduction d&#8217;un genre, Bonaventure Gacon \u2013 circassien fondateur et membre du <a href=\"http:\/\/www.cirque-trottola.org\/\">cirque Trottola<\/a> (install\u00e9 \u00e0 Die, dans la Dr\u00f4me) \u2013, creuse avec finesse son propre sillon. Et <em>Par le Boudu<\/em>, solo qui depuis sa cr\u00e9ation en 2001 n&#8217;en finit pas de tourner, livre dans une ascension \u00e0 la sensibilit\u00e9 puissante l&#8217;itin\u00e9raire de Boudu, clochard loqueteux et solitaire. <\/p>\n<p>Ayant pour seuls accessoires une table, une chaise, une po\u00eale et quelques couverts, Boudu raconte dans une succession de s\u00e9quences son quotidien. Apr\u00e8s la narration par le menu de l&#8217;enl\u00e8vement d&#8217;une fillette destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre mang\u00e9e, vient la description du destin de sa po\u00eale \u2013 condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre d\u00e9vor\u00e9e, elle, par la rouille. Et au r\u00e9cit, d\u00e9monstration \u00e0 l&#8217;appui, de tentative de suicide succ\u00e8dent une lecture de po\u00e8me ou, encore, un d\u00eener frugal en solitaire. Au fil des s\u00e9quences, le personnage se d\u00e9ploie avec justesse dans un art subtil du contre-pied. Car si Boudu peut horrifier par sa m\u00e9chancet\u00e9 revendiqu\u00e9e, il peut, aussi, \u00e9mouvoir en d\u00e9crivant la mort lente de sa po\u00eale, \u00e0 laquelle il voue une affection sans bornes. De m\u00eame, de son corps lourd, emp\u00eatr\u00e9 dans des mouvements rageurs, surgit soudain une pirouette sublime. Dans cet \u00e9quilibre infime, les sentiments ne cessent de se succ\u00e9der dans un plaisir vif, direct, l&#8217;empathie prenant le pas sur l&#8217;horreur brutale ou le rire, et inversement. Chaque s\u00e9quence d\u00e9joue la pr\u00e9c\u00e9dente, d\u00e9centre le regard, et de ces menus gestes et confidences naissent une po\u00e9sie de l&#8217;infime. \u00c0 mille lieues des clich\u00e9s d&#8217;univocit\u00e9 du clown \u2013 figure souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme simpliste \u2013 et des catalogages h\u00e2tifs \u2013 s&#8217;il est clochard, c&#8217;est qu&#8217;il le m\u00e9rite, non\u00a0? \u2013, Bonaventure Gacon construit un personnage qui se r\u00e9v\u00e8le patiemment dans toute sa complexit\u00e9. Et si l&#8217;outrance, la violence et la brutalit\u00e9 sont ses seules armes, elles ne s&#8217;av\u00e8rent que de pi\u00e8tres cache-mis\u00e8res \u00e0 sa solitude et sa d\u00e9tresse. L&#8217;on rejoint, alors, mine de rien, ce qui fonde aussi le clown\u00a0: la possibilit\u00e9 par la bouffonnerie, aussi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e soit-elle, d&#8217;amener chacun \u00e0 poser un regard renouvel\u00e9 sur le monde qui l&#8217;entoure. <\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6538 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/theatre-2-24c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/theatre-2-24c-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"theatre-2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au-del\u00e0 des clich\u00e9s du genre, Bonaventure Gacon interpr\u00e8te dans <em>Par le Boudu<\/em> un clown qui, entre bouffonnerie et d\u00e9tresse d\u00e9voile une fragilit\u00e9 et une humanit\u00e9 g\u00e9niales.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18218,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[405],"class_list":["post-6538","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-web","tag-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6538","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6538"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6538\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/18218"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6538"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6538"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6538"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}