{"id":6530,"date":"2013-04-22T12:51:52","date_gmt":"2013-04-22T10:51:52","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/prisonniers-les-oublies-du-pouvoir6530\/"},"modified":"2013-04-22T12:51:52","modified_gmt":"2013-04-22T10:51:52","slug":"prisonniers-les-oublies-du-pouvoir6530","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6530","title":{"rendered":"Prisonniers, les oubli\u00e9s du pouvoir naddhaoui"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Depuis le 17 janvier dernier, un sit-in d&#8217;anciens prisonniers se tient devant la Kasbah de Tunis o\u00f9 si\u00e8ge le premier ministre. Essentiellement issus des rangs d&#8217;Ennahda, ces militants tortur\u00e9s dans les ge\u00f4les de Ben Ali n&#8217;int\u00e9ressent plus grand monde en Tunisie. M\u00eame pas leurs amis parvenus au pouvoir.<\/p>\n<p>\u00ab<em>Vous voyez la s\u00e9rie Prison break? Et bien c&#8217;\u00e9tait \u00e7a, en pire. En quelque sorte, nous avons \u00e9t\u00e9 sur les bancs de l&#8217;Universit\u00e9 de Guantanamo et d&#8217;Abou Ghraib!<\/em>\u00bb Fethi Soumri, teint sombre, barbe dense, enfile son ex-tenue de prisonnier et trouve les moyens de plaisanter un peu. Dans les ann\u00e9es 90-2000, il a  pass\u00e9 huit ann\u00e9es sous les verrous apr\u00e8s en avoir v\u00e9cu six autres en exil et en vadrouille dans la r\u00e9gion. Parti par la Libye puis pass\u00e9 par \u00ab<em>la Bulgarie, la mer, le Niger&#8230;<\/em>\u00bb, d&#8217;autres lieux encore, avant de se retrouver captif, d&#8217;abord du r\u00e9gime libyen puis dans son pays. En prison, il a \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9, tout comme la poign\u00e9e d&#8217;homme qui, ce dimanche 21 janvier, ach\u00e8ve un 94\u00e8me jour de sit-in devant la Kasbah de Tunis o\u00f9 si\u00e8ge le chef du gouvernement tunisien.<br \/>\nAu dessus de leur campement de fortune &#8211;  une table, des chaises, un matelas, quelques coussins et des couvertures &#8211; une banderole annonce un \u00ab<em>sit-in de r\u00e9sistance pour l&#8217;aministie<\/em>\u00bb. Une autre affiche les portraits de <em>chahids<\/em> -martyrs- morts dans les prisons de Ben Ali. Une cage de fer leur permet de reproduire des sc\u00e8nes de bastonnade et de torture. \u00ab<em>Nous demandons simplement la reconnaissance officielle par l&#8217;Etat des violations commises dans les prisons tunisiennes. Et les moyens de vivre dignement dans la soci\u00e9t\u00e9, c&#8217;est un droit<\/em>\u00bb, r\u00e9sume Mekni Ezzeddine, 50 ans, \u00ab<em>ancien \u00e9tudiant et ancien entra\u00eeneur de Tae-kwon-do<\/em>\u00bb tient-il \u00e0 pr\u00e9ciser, d\u00e9tenu, lui, pendant 3 ans et 3 mois.<\/p>\n<p>Selon <a href=\"http:\/\/www.babnet.net\/cadredetail-51486.asp\">la Ligue tunisienne des Droits et libert\u00e9s<\/a>(LTDL), le nombre de prisonniers politiques sous le r\u00e9gime de Ben Ali a avoisin\u00e9 les 30.000. Un chiffre qui monte \u00e0 45.000 si on compte les youss\u00e9fites s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de Bourguiba. En juillet 2012,  pr\u00e8s de 11.500 demandes d&#8217;amnistie g\u00e9n\u00e9rale et d&#8217;indemnisation avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es aupr\u00e8s du minist\u00e8re des Droits de l&#8217;homme, selon la LTDL. En f\u00e9vrier 2011, un d\u00e9cret-loi relatif \u00e0 l&#8217;amnistie g\u00e9n\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 et beaucoup de prisonniers ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab<em>Nous sommes des islamistes, des syndicalistes, des militants de Gafsa, des opposants de gauche, tous m\u00e9lang\u00e9s<\/em>\u00bb, assure Lokman, l&#8217;un des plus \u00e2g\u00e9s qui a pass\u00e9 15 ann\u00e9es en prison, entre 1987-1990 et 1991-2003. De fait, la police de Ben Ali ratissait large quand il s&#8217;agissait de r\u00e9primer des opposants au r\u00e9gime. Reste que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des 30.000 prisonniers \u00e9taient des militants islamistes. Sur le sit-in de la Kasbah, il n&#8217;y a d&#8217;ailleurs que des militants d&#8217;Ennahda. Ce qui leur fait un point commun avec l&#8217;homme \u00e0 qui ils demandent  reconnaissance et r\u00e9paration: Ali Laarrayedh, chef du gouvernement depuis le 22 f\u00e9vrier dernier, lui-m\u00eame pass\u00e9 par la prison sous Ben Ali, est un \u00abnaddhaoui\u00bb. \u00ab<em>On se fiche de son appartenance politique<\/em>, assure Abdelkalek Aloui, autre rescap\u00e9 des d\u00e9cennies de plomb. <em>C&#8217;est au repr\u00e9sentant de l&#8217;Etat que nous demandons des comptes. Ce n&#8217;est pas Ennahdha qui doit reconna\u00eetre notre condition d&#8217;anciens prisonniers, c&#8217;est l&#8217;Etat.<\/em>\u00bb Mais il se trouve que l&#8217;Etat, aujourd&#8217;hui, en Tunisie, c&#8217;est Ennahda: m\u00eame si les islamistes partagent le pouvoir avec le Congr\u00e8s pour la r\u00e9publique (CPR) de Marzouki et Ettakatol, cette tro\u00efka est largement domin\u00e9e par la formation de Rached Ghannouchi.<br \/>\nLes militants de la Kasbah, comme le pr\u00e9cise Abdelkalek, comptent donc \u00ab<em>des amis au gouvernement<\/em>\u00bb. Ils sont pourtant contraints, depuis le 17 janvier, de mener ce sit-in pour esp\u00e9rer se faire entendre. Sans succ\u00e8s. \u00ab<em>C&#8217;est justement \u00e7a, le probl\u00e8me: les dirigeants actuels nous font passer le message que nous sommes leurs militants et que nous devons donc \u00eatre capable de comprendre que vu l&#8217;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral du pays, il y a d&#8217;autres priorit\u00e9s<\/em>\u00bb, explique Abdelkalek. Les militants du sit-in ont recueillis le soutien des formations de gauche. Si Mekni s&#8217;en f\u00e9licite, Abdelkalek est bien moins enthousiaste: \u00ab<em>ils viennent nous soutenir avec l&#8217;id\u00e9e d&#8217;en tirer un b\u00e9n\u00e9fice politique, c&#8217;est du calcul. Ils voient cette mobilisation comme un outil de plus pour bloquer le pays. Mais au fond ils se fichent de nous, nous ne sommes pas de leur camp<\/em>\u00bb. Ces militants d&#8217;Ennahda rest\u00e9s au pays, ils ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res victimes des violences polici\u00e8res du r\u00e9gime et ont vu revenir leur chef historique de son exil londonien, un peu comme une fleur, apr\u00e8s la chute du tyran. Deux ans apr\u00e8s la r\u00e9volution \u00e0 laquelle ils consid\u00e8rent avoir \u00ab<em>contribu\u00e9<\/em>\u00bb, ils font le constat amer que les hommes de Ghannouchi, parvenus au pouvoir ne pr\u00eatent qu&#8217;une oreille lointaine \u00e0 leurs revendications. M\u00eame si, tr\u00e8s r\u00e9cemment, <a href=\"http:\/\/tn.news80.com\/2013\/04\/14\/tunis-les-medecins-temoins-dactes-de-torture-sous-ben-ali-appeles-a-en-informer-la-justice-dixit-abdellatif-el-mekki\/\">le ministre de la Sant\u00e9 a appel\u00e9 les m\u00e9decins t\u00e9moins d\u2019actes de torture<\/a> exerc\u00e9s sous l\u2019ancien r\u00e9gime sur des prisonniers, \u00ab<em>\u00e0 pr\u00e9senter volontairement un rapport sur les atrocit\u00e9s dont ils ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins<\/em>\u00bb, il flotte comme un sale parfum de cocufiction sur le sit-in.<\/p>\n<p>Et les naddhaoui de la Kasbah apparaissent bien isol\u00e9s sous leur auvent de fortune. En attendant la reconnaissance du statut de prisonnier politique et le r\u00e9tablissement des droits (professionnels et m\u00e9dicaux notamment) ils t\u00e9moignent de leur v\u00e9cu, d&#8217;une \u00ab<em>barbarie inhumaine<\/em>\u00bb ass\u00e8ne Abdelkalek. Il a pass\u00e9 cinq ann\u00e9es pass\u00e9es en prison, de 1984 \u00e0 1987 et de 1989 \u00e0 1991. Il parle d&#8217;un jeune homme contraint de violer son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 par les ge\u00f4liers. De visages plong\u00e9s dans des bassins d&#8217;excr\u00e9ments humains jusqu&#8217;\u00e0 suffocation. De bastonnades men\u00e9s \u00e0 quinze sur un, \u00e0 briser les b\u00e2tons sur un corps inanim\u00e9. Il parle de tous ceux qui sont morts. Et de son fr\u00e8re que l&#8217;on a d\u00e9nud\u00e9, attach\u00e9 et frapp\u00e9 devant lui, ligot\u00e9 sur une chaise \u00e0 qui l&#8217;on demandait de parler. \u00ab<em>Mais je n&#8217;avais rien \u00e0 dire<\/em>\u00bb. Brusquement, la voix s&#8217;\u00e9trangle. Abdelkalek fait un pas de c\u00f4t\u00e9, s&#8217;isole cinq minutes. C&#8217;\u00e9tait il y a plus de vingt ans. Son fr\u00e8re est ressorti handicap\u00e9 de cette s\u00e9quence et lui, doit toujours se faire soigner de probl\u00e8mes au ventre contract\u00e9s durant ses ann\u00e9es de d\u00e9tention. Son cas a \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9 dit-il dans des rapports d&#8217;Amnesty International et de l&#8217;Onu. Un peu fan\u00e9s, islamistes et ex-taulards maltrait\u00e9s, lui et ses camarades n&#8217;ont pas vraiment le profil s\u00e9duisant &#8211; notamment pour les m\u00e9dias occidentaux &#8211; des jeunes \u00ab<em>r\u00e9volutionnaires tunisiens<\/em>\u00bb de janvier 2011. Ils ne demandent pas \u00e0 plaire, juste \u00e0 \u00eatre reconnus. Samedi 27, ce sera le 100 \u00e8me jour de sit-in. Ils promettent ce jour-l\u00e0 une action \u00ab<em>surprise<\/em>\u00bb annon\u00e7ant un \u00ab<em>changement de strat\u00e9gie<\/em>\u00bb pour se faire entendre. Mais elle sera \u00ab<em>non-violente et pacifique<\/em>\u00bb&#8230; pour ne pas trop emb\u00eater les \u00ab<em>amis<\/em>\u00bb au pouvoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le 17 janvier dernier, un sit-in d&#8217;anciens prisonniers se tient devant la Kasbah de Tunis o\u00f9 si\u00e8ge le premier ministre. Essentiellement issus des rangs d&#8217;Ennahda, ces militants tortur\u00e9s dans les ge\u00f4les de Ben Ali n&#8217;int\u00e9ressent plus grand monde en Tunisie. 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