{"id":653,"date":"1997-09-01T00:00:00","date_gmt":"1997-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/japon653\/"},"modified":"1997-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-08-31T22:00:00","slug":"japon653","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=653","title":{"rendered":"Japon"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Kichirou Inoue <\/p>\n<p>Voir aussi Itin\u00e9raire<strong>  Le candidat par lui-m\u00eame** Kichirou (prononcez: Kitchir\u00f4.ou) Inoue a \u00e9t\u00e9 candidat ind\u00e9pendant soutenu par le PCJ en f\u00e9vrier 1996 aux \u00e9lections municipales de Kyoto, la vieille capitale imp\u00e9riale, joyau architectural du Japon. Il \u00e9voque le paradoxe de cette ville, symbole du Japon traditionnel et, en m\u00eame temps, la ville de l&#8217;archipel o\u00f9 le Parti communiste japonais est le plus influent. <\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre, il faut garder \u00e0 l&#8217;esprit la violence du d\u00e9veloppement industriel et urbain du Japon d&#8217;apr\u00e8s-guerre. Sur les ruines d&#8217;un pays d\u00e9vast\u00e9 par les bombardements et sous la houlette des USA, les dirigeants japonais ont construit un Japon certes riche et moderne, mais au prix de sacrifices immenses de la population, de la destruction sauvage de l&#8217;environnement et d&#8217;une am\u00e9ricanisation forcen\u00e9e de la culture. En fait, tant les questions d&#8217;urbanisme, de d\u00e9fense des petites industries que les mouvements de consommateurs, \u00e9voqu\u00e9s par Inoue posent la question d&#8217;un autre d\u00e9veloppement, qui ne soit pas pilot\u00e9 par les grands groupes, les bureaucrates et les politiciens du PLD (le parti conservateur aux affaires sans interruption depuis la guerre), mais qui prenne en compte les vrais besoins de la population.<\/p>\n<p>La r\u00e9sistance aux projets pharaoniques (les fameux &#8221; travaux publics &#8220;) des d\u00e9cideurs prend le plus souvent la forme de &#8221; mouvements de citoyens &#8220;, tr\u00e8s locaux, tr\u00e8s concrets, parfois sans lien direct avec la vie politique nationale. C&#8217;est justement par sa capacit\u00e9, \u00e0 partir des besoins les plus pr\u00e9cis, \u00e0 tisser patiemment des liens au niveau local, avec pragmatisme, que le PCJ a su donner une expression politique \u00e0 la contradiction entre la ville de Kyoto, son tissu social, sa vocation de ville historique et le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement que veulent lui imposer le gouvernement central et la municipalit\u00e9 de droite.<\/p>\n<p>Mais il y a plus que les p\u00f4les de r\u00e9sistance que sont les mouvements de citoyens. Le PCJ parvient m\u00eame \u00e0 s&#8217;attirer le soutien d&#8217;organisations professionnelles jusqu&#8217;ici d\u00e9vou\u00e9es au PLD.<\/p>\n<p>Trop souvent, la politique se r\u00e9sout au Japon en une n\u00e9gociation entre ces groupes divers (associations professionnelles, groupes de quartiers, syndicats d&#8217;entreprise) parmi lesquels il faut souvent compter avec la mafia, fonctionnant comme autant de lobbies et assurant aux partis politiques conservateurs, en particulier le PLD, une client\u00e8le d&#8217;\u00e9lecteurs fid\u00e8les. Les derniers d\u00e9veloppements politiques viennent remettre en question le fonctionnement du syst\u00e8me. Les Japonais sont profond\u00e9ment d\u00e9go\u00fbt\u00e9s par les agissements des politiciens &#8211; marqu\u00e9s par la corruption, accus\u00e9s avec raison de ne jamais tenir leurs promesses, et de changer de parti au gr\u00e9 des alliances fractionnelles. Le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la chose publique exprime contradictoirement un recul des pratiques client\u00e9listes de vote, recul dans lequel on peut voir l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une v\u00e9ritable soci\u00e9t\u00e9 civile et une inqui\u00e9tante d\u00e9politisation. Reste que cette \u00e9volution, en remettant en question les appuis traditionnels du PLD, ouvre de nouvelles possibilit\u00e9s pour le PCJ. A Kyoto, fort d&#8217;une bonne implantation, le PCJ s&#8217;installe au coeur de ce qui a constitu\u00e9 le fondement du pouvoir du PLD.<\/p>\n<p> <strong> Si l&#8217;exp\u00e9rience de Kyoto se multiplie ailleurs&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>De ce point de vue, ces \u00e9lections de Kyoto sont la premi\u00e8re expression directe de la bipolarisation PCJ\/PLD.<\/p>\n<p>Un journaliste faisait remarquer que les \u00e9lus du PLD, jusqu&#8217;ici assur\u00e9s du soutien sans faille de la population, ne savaient pas tenir un discours politique coh\u00e9rent \u00e0 leurs \u00e9lecteurs, tandis que le PCJ argumentait, appelait les citoyens \u00e0 contr\u00f4ler les \u00e9lus, \u00e0 donner leur avis, \u00e0 intervenir et que c&#8217;est l\u00e0 que r\u00e9sidait sa force. A Kyoto aussi, comme le montre Inoue, c&#8217;est la volont\u00e9 de rester ma\u00eetre de l&#8217;avenir de la ville, de voir son opinion prise en compte qui est de plus en plus d\u00e9terminante dans les choix politiques des habitants. Si l&#8217;exp\u00e9rience de Kyoto se multiplie ailleurs, comme il semble que ce soit le cas, que l&#8217;affrontement classique gauche\/droite prend la forme d&#8217;un duel PLD\/PCJ et que la d\u00e9mocratie en constitue l&#8217;enjeu essentiel, la vie politique japonaise risque bien de sortir du ron-ron auquel elle nous a habitu\u00e9s jusqu&#8217;ici.<\/p>\n<p> <strong>  Comment appr\u00e9ciez-vous votre score dans cette p\u00e9riode o\u00f9 le Japon recherche une nouvelle vie politique ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Aux \u00e9lections de Kyoto, il y a eu une baisse consid\u00e9rable du taux de participation.40% aux municipales et 55% aux l\u00e9gislatives. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les gens sont tr\u00e8s d\u00e9\u00e7us par la politique, surtout les jeunes. Ce n&#8217;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cent, c&#8217;est au contraire l&#8217;expression d&#8217;une tendance de longue dur\u00e9e: la mont\u00e9e d&#8217;un terrible manque de confiance vis-\u00e0-vis des partis politiques, accentu\u00e9e encore par la r\u00e9cente valse des \u00e9tiquettes: les partis se dissolvent, changent de nom, les \u00e9lus changent de camps entre deux \u00e9lections, le PS s&#8217;est reni\u00e9, les deux seuls partis qui r\u00e9sistent bien sont le PLD et le PCJ, parce que leur discours est stable, leur identit\u00e9 claire. Les \u00e9lecteurs pensent qu&#8217;ils tiennent leurs promesses \u00e9lectorales. Il y a un ph\u00e9nom\u00e8ne de polarisation de la confiance sur ces deux partis.<\/p>\n<p>J&#8217;ai rassembl\u00e9 48% des suffrages exprim\u00e9s, et le candidat de tous les autres partis coalis\u00e9s n&#8217;a gagn\u00e9 qu&#8217;avec 4 000 voix d&#8217;avance. Le premier ministre conservateur, Hashimoto, a d\u00e9clar\u00e9, le soir des \u00e9lections, que de tels r\u00e9sultats \u00e9taient mauvais pour son coeur&#8230;<\/p>\n<p>Ce qu&#8217;il faut souligner, c&#8217;est la port\u00e9e nationale de ces r\u00e9sultats. Depuis 1993, le Japon est en pleine recomposition politique: chaque ann\u00e9e, de nouveaux partis naissent, d&#8217;autres disparaissent. Avec le ralliement du Parti socialiste aux positions du PLD et la constitution d&#8217;un gouvernement de coalition, ce qui se dessine, c&#8217;est une opposition entre le PLD et tous ses alli\u00e9s et le PCJ. Bien s\u00fbr, nationalement, le rapport de force est encore en faveur du PLD mais si l&#8217;on regarde la popularit\u00e9 des propositions, les choses sont plus compliqu\u00e9es: le PCJ m\u00e8ne une bataille serr\u00e9e, tr\u00e8s concr\u00e8te sur tous les dossiers. Sur la question d&#8217;Okinawa, o\u00f9 le gouvernement refuse d&#8217;\u00e9couter la population qui demande la fermeture des bases am\u00e9ricaines, o\u00f9 sur la question des jusens, ces cr\u00e9ances douteuses \u00e9mises pour financer la sp\u00e9culation immobili\u00e8re que le gouvernement veut honorer avec l&#8217;argent des imp\u00f4ts, il y a une majorit\u00e9 de Japonais qui partagent des positions &#8211; fermer les bases, ou faire payer les banques plut\u00f4t que les contribuables &#8211; que seuls les communistes d\u00e9fendent&#8230; Le PCJ veut passer de cette majorit\u00e9 d&#8217;opinion \u00e0 une majorit\u00e9 politique qui l&#8217;exprime. Est-ce que le PCJ est capable de battre le PLD ? C&#8217;est la grande question.<\/p>\n<p> <strong> Quelle est l&#8217;orientation de la majorit\u00e9 municipale conservatrice ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Cela fait vingt ans que les travaux publics et les questions d&#8217;\u00e9ducation sont au centre du d\u00e9bat politique. La grande priorit\u00e9 de l&#8217;actuelle \u00e9quipe municipale, c&#8217;est le projet de construire une grande gare \u00e0 Kyoto, ou plut\u00f4t de re-construire une grande gare, puisqu&#8217;il y en avait d\u00e9j\u00e0 une.60 m\u00e8tres de haut et 460 m\u00e8tres de long. Cette gare ressemble \u00e0 un barrage. Il y a eu un grand d\u00e9bat autour de ce projet, le maire \u00e9tait pour, et moi j&#8217;\u00e9tais contre parce qu&#8217;il n&#8217;existe \u00e0 Kyoto qu&#8217;un seul b\u00e2timent de cette hauteur, le Kyoto H\u00f4tel dont la construction avait d\u00e9j\u00e0 soulev\u00e9 une vague de protestations. Comme la plupart des b\u00e2timents sont de deux ou trois \u00e9tages, les grands immeubles g\u00e2chent la perspective: la gare, qui ne correspond pas du tout \u00e0 l&#8217;image de cette ville traditionnelle, est un pas de plus vers son autodestruction. En plus, le b\u00e2timent est \u00e9trange, tout couvert de verre, moderne. La ville de Kyoto est entour\u00e9e de montagnes et de collines aux formes arrondies, de for\u00eats. Cette bo\u00eete vitr\u00e9e l\u00e0 dedans, c&#8217;est terrible&#8230; Autre exemple de priorit\u00e9 de la municipalit\u00e9: il y a une ligne de m\u00e9tro est-ouest qui a co\u00fbt\u00e9 huit ans de travaux et cinq cent milliards de yens (vingt-cinq milliards de francs). Le projet initial parlait de 250 milliards de yens (12,5 milliards de francs), alors bien s\u00fbr, le m\u00e9tro c&#8217;est tr\u00e8s pratique pour se d\u00e9placer, mais, si l&#8217;on sait que le budget annuel de la municipalit\u00e9 est de sept cent milliards de yens (35 milliards de francs), il faut bien avouer que le doublement du co\u00fbt de ce m\u00e9tro est une charge financi\u00e8re consid\u00e9rable. Le co\u00fbt a doubl\u00e9 parce qu&#8217;au Japon les travaux publics sont r\u00e9alis\u00e9s par de grandes entreprises du b\u00e2timent, qui s&#8217;associent et forment un bloc pour obtenir des commandes: d\u00e8s le d\u00e9part, le projet ne tenait pas debout et le cahier des charges \u00e9tait sans rapport avec la r\u00e9alit\u00e9. Les grosses entreprises, qui en savent beaucoup plus que la municipalit\u00e9, l&#8217;ont \u00e9videmment fait expr\u00e8s. Quand on a compris que ce serait beaucoup plus cher que pr\u00e9vu, les habitants de Kyoto se sont demand\u00e9s: pourquoi la municipalit\u00e9 s&#8217;est-elle laiss\u00e9 manipuler par les grosses entreprises ?<\/p>\n<p>Le maire a voulu \u00e9viter le scandale et a continu\u00e9 \u00e0 soutenir le projet en faisant appel \u00e0 l&#8217;imp\u00f4t pour payer, sans aucun contr\u00f4le des citoyens sur l&#8217;utilisation des fonds. C&#8217;est la principale le\u00e7on de cette triste histoire: il faut que les citoyens puissent contr\u00f4ler l&#8217;utilisation des fonds. La municipalit\u00e9 d\u00e9pense l&#8217;argent des gens, et comble le trou par les imp\u00f4ts et l&#8217;emprunt public. La dette est de 800 milliards de yens (40 milliards de francs). Le m\u00e9tro comme la gare sont des illustrations de cette m\u00e9thode&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Qu&#8217;est ce que vous proposez ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> De ne plus \u00e9mettre de bons pour redresser les finances publiques, et de r\u00e9duire les gaspillages en accordant la priorit\u00e9 aux projets indispensables. Par exemple, il est imp\u00e9ratif de mettre en valeur les atouts de la municipalit\u00e9 en changeant radicalement la politique d&#8217;urbanisme. Kyoto est une ville riche d&#8217;industries traditionnelles susceptibles de cr\u00e9er des emplois. Ces industries ont besoin de ressources humaines et les personnes \u00e2g\u00e9es peuvent y apporter leur exp\u00e9rience. Je pense au textile ou \u00e0 la c\u00e9ramique &#8211; des secteurs \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e. La ville de Kyoto a toujours mis en valeur ces industries traditionnelles, il faut les soutenir pour retenir les salari\u00e9s de ces secteurs et consolider leur couverture sociale. Par exemple, dans le textile, l&#8217;industrie des kimonos et des obi (les ceintures pour les kimonos): des milliers de petites entreprises de un ou deux salari\u00e9s ex\u00e9cutent chacune des dizaines d&#8217;op\u00e9rations, forment une sorte de constellation de micro-entreprises qui repr\u00e9sente dans son ensemble un poids \u00e9quivalent au budget de la municipalit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Soutenir l&#8217;industrie traditionnelle est un signe de modernit\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Mon seul but, c&#8217;est de faire de cette ville une ville harmonieuse, en accord avec elle-m\u00eame: je ne nie pas l&#8217;importance de l&#8217;industrie moderne, mais je veux mettre en valeur les atouts traditionnels de la ville: alors, effectivement, non, je ne veux pas de b\u00e2timents \u00e9lev\u00e9s qui d\u00e9figurent la ville, ni d&#8217;autoroute urbaine. Je souhaite restaurer l&#8217;usage du tramway, r\u00e9glementer la circulation routi\u00e8re, d\u00e9velopper l&#8217;usage du v\u00e9lo&#8230; Je pense que c&#8217;est l&#8217;avenir de Kyoto.<\/p>\n<p> <strong> Quels sont vos soutiens pour mettre en oeuvre une telle politique ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Comme la gare de Kyoto en est le symbole, il y a dans la ville des grandes surfaces, des grands magasins qui appartiennent au grand capital de la distribution et sont li\u00e9s \u00e0 d&#8217;\u00e9normes groupes. En face de \u00e7a, vous trouvez une multitude de petits artisans, de petits commer\u00e7ants, des restaurateurs de grand prestige, par exemple, sp\u00e9cialis\u00e9s dans une cuisine extr\u00eamement raffin\u00e9e. Je m&#8217;appuie sur ces petites entreprises et leurs salari\u00e9s, sur le peuple de Kyoto.<\/p>\n<p> <strong> Ce n&#8217;est pas paradoxal que Kyoto, ville traditionnelle, soutienne le PCJ ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Traditionnellement, le PCJ est bien implant\u00e9 \u00e0 Kyoto. D\u00e8s 1925, lors d&#8217;un scrutin au suffrage universel, il y a eu deux \u00e9lus du Parti des travailleurs et des paysans. Un professeur de la facult\u00e9 des Sciences \u00e9conomiques, Hadjim\u00e9 Kawakami, qui avait un prestige consid\u00e9rable, ne se cachait pas d&#8217;\u00eatre communiste. En 1965, quand je suis entr\u00e9, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la retraite, mais on c\u00e9l\u00e9brait encore des c\u00e9r\u00e9monies en son honneur, et suivre son exemple \u00e9tait le r\u00eave de nombreux \u00e9tudiants.<\/p>\n<p>En 1950, pour la premi\u00e8re fois dans l&#8217;histoire du Japon, une grande ville est dirig\u00e9e par une personnalit\u00e9 progressiste, Teraso Ninagawa, soutenue par le PCJ et le PS. La ville de Kyoto a \u00e9t\u00e9 le laboratoire pour une politique alternative au Japon, jusqu&#8217;en 1978 o\u00f9 la gauche a perdu les \u00e9lections.<\/p>\n<p> <strong> Pourquoi cet \u00e9chec de la gauche ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Sans doute la personnalit\u00e9 de Ninagawa a jou\u00e9: il n&#8217;y avait pas de successeur \u00e0 la hauteur. Le PLD a aussi fait d&#8217;immenses efforts pour emp\u00eacher la multiplication de municipalit\u00e9s d&#8217;union de la gauche. Et puis surtout les relations entre le PC et le PS se sont refroidies, l&#8217;union de la gauche a \u00e9t\u00e9 rompue. Aujourd&#8217;hui, le PS est au gouvernement avec le PLD au prix du renoncement \u00e0 son identit\u00e9 de gauche&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Et maintenant ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> J&#8217;\u00e9tais candidat ind\u00e9pendant, soutenu, comme parti politique par le seul PCJ. Depuis que je me suis pr\u00e9sent\u00e9 la premi\u00e8re fois, il y a quatre ans, il y a eu une \u00e9volution consid\u00e9rable de la situation. Les conditions de vie de ces gens se sont d\u00e9grad\u00e9es, en particulier du fait de la politique suivie au niveau national et de l&#8217;assujettissement au gouvernement central. Parmi les associations professionnelles de ces entreprises traditionnelles, par exemple dans la fabrication de kimono, la plupart \u00e9taient jusqu&#8217;ici fid\u00e8le au PLD, le parti de droite. Mais, avec les dangers qui p\u00e8sent sur leur existence m\u00eame, les choses bougent. Plus de vingt de ces associations ont appel\u00e9 leurs adh\u00e9rents \u00e0 voter pour moi, alors que, nationalement, ils sont acquis au PLD: avec la d\u00e9r\u00e9gulation et le d\u00e9veloppement des grandes surfaces, ils en sont \u00e0 demander un changement radical de la politique municipale. Ils ne sont pas tous favorables \u00e0 une politique progressiste, mais l&#8217;\u00e9volution est importante.<\/p>\n<p> <strong> Par exemple ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Les mouvements de citoyens sont tr\u00e8s nombreux et tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais les plus typiques, ce sont les associations de quartier contre la construction d&#8217;un immeuble qui bouche la vue et d\u00e9t\u00e9riore la vie du quartier. Le tissu des associations de gens qui habitent au m\u00eame endroit est tr\u00e8s dense.<\/p>\n<p>Parfois, le seul point commun des gens qui sont dans ces associations, c&#8217;est l&#8217;adresse&#8230; Il y a aussi des associations plus th\u00e9matiques que locales, par exemple contre un projet public, comme la construction d&#8217;un centre d&#8217;incin\u00e9ration de d\u00e9chets, ou contre le projet de construction d&#8217;une autoroute urbaine. On trouve aussi des associations pour l&#8217;am\u00e9lioration des conditions de vie. Par exemple, il y a une association pour l&#8217;am\u00e9lioration des conditions de vie des handicap\u00e9s: dans ce domaine, la politique municipale est tr\u00e8s pauvre, en particulier, il y a tr\u00e8s peu de classes sp\u00e9ciales dans les \u00e9coles primaires et secondaires. Les associations ont demand\u00e9 et obtenu au terme d&#8217;une lutte de trois ans la construction d&#8217;une trentaine de ces classes sp\u00e9ciales. Parfois, les th\u00e8mes des luttes peuvent surprendre&#8230; Tenez, par exemple, la coop\u00e9rative pour laquelle je travaillais dans les ann\u00e9es 80 a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par des femmes au foyer, des m\u00e8res de famille parce qu&#8217;avec le d\u00e9veloppement industriel du Japon, dans les ann\u00e9es 70, on a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 de terribles probl\u00e8mes de pollution. Certains ont ajout\u00e9 des produits chimiques aux aliments: je me souviens qu&#8217;on avait retrouv\u00e9 de l&#8217;arsenic dans le lait pour b\u00e9b\u00e9&#8230; Il y a eu un vrai mouvement de panique chez les jeunes m\u00e8res qui ont demand\u00e9 des produits sains. La coop\u00e9rative faisait le lien entre consommateurs et paysans, v\u00e9rifiait les l\u00e9gumes, on se battait pour obtenir un contr\u00f4le ind\u00e9pendant sur la production et la distribution des produits. C&#8217;est un mouvement tr\u00e8s typique des ann\u00e9es de croissance du Japon, assez rare dans d&#8217;autres pays du monde: un mouvement social pour manger des produits sains.<\/p>\n<p> <strong> Vous voulez associer les \u00e9tudiants aux d\u00e9cisions, les jeunes s&#8217;int\u00e9ressent-ils \u00e0 la politique ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Partons de cas pr\u00e9cis: dans un coll\u00e8ge de la ville, on a oblig\u00e9 les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 porter l&#8217;uniforme, alors que, jusqu&#8217;ici, dans cet \u00e9tablissement, ce n&#8217;\u00e9tait pas obligatoire. Un des \u00e9tudiants a refus\u00e9 de porter l&#8217;uniforme d\u00e8s le premier jour de l&#8217;ann\u00e9e: il s&#8217;est pr\u00e9sent\u00e9 pour \u00eatre pr\u00e9sident de l&#8217;Association des \u00e9l\u00e8ves et a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu: il a demand\u00e9 que les \u00e9l\u00e8ves soient consult\u00e9s. Le directeur de l&#8217;\u00e9cole s&#8217;est f\u00e2ch\u00e9: devant l&#8217;\u00e9cole, il a enlev\u00e9 sa veste et port\u00e9 lui-m\u00eame l&#8217;uniforme pour montrer l&#8217;exemple. L&#8217;incident me semble tr\u00e8s important: cela veut dire que les jeunes sont pr\u00e8s \u00e0 \u00eatre associ\u00e9s aux d\u00e9cisions qui les concernent. Ce n&#8217;est pas un cas isol\u00e9&#8230;et leur port\u00e9e politique est importante parce que la question de l&#8217;uniforme n&#8217;est pas un d\u00e9tail: on les impose aux \u00e9l\u00e8ves dans les lyc\u00e9es et les coll\u00e8ges au nom du m\u00eame principe selon lequel on leur fait chanter l&#8217;hymne national et saluer le drapeau: c&#8217;est un rite d&#8217;ob\u00e9issance destin\u00e9 \u00e0 montrer que le directeur a tous les pouvoirs, que c&#8217;est lui qui d\u00e9cide. L&#8217;uniforme est visible, c&#8217;est un outil pour \u00e9touffer la libert\u00e9 d&#8217;expression des enseignants et des \u00e9tudiants. Ce n&#8217;est peut-\u00eatre pas militaire, mais c&#8217;est \u00e0 tout le moins conformiste: on apprend \u00e0 ne pas d\u00e9sob\u00e9ir aux ordres du sup\u00e9rieur, \u00e0 ne pas contester. Les levers de drapeaux et les c\u00e9r\u00e9monies scolaires ont la m\u00eame fonction.<\/p>\n<p> <strong> Cela veut dire que l&#8217;image du PCJ change ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> K. I.: <\/strong> Les Japonais consid\u00e9raient les communistes comme des terroristes, ou des violents qui ne savent que d\u00e9truire et rien construire. Cette image est en train de changer. Il y a eu des affaires de corruption, des scandales de grandes banques li\u00e9es aux milieux politiques. L\u00e0-dedans, le PCJ a l&#8217;image d&#8217;un parti propre, parce qu&#8217;il est propre: il n&#8217;y a jamais eu de scandale li\u00e9 au PCJ. En fait, je pense que ce qui se passe en ce moment est tr\u00e8s important; bien s\u00fbr, les mouvements de citoyens ne suivent pas les d\u00e9cisions du PCJ comme des ordres, mais le PCJ existe, il soutient le mouvement social, ses prises de positions sont en convergence avec le mouvement social, tout cela est porteur de beaucoup de choses&#8230;<\/p>\n<p><strong> Itin\u00e9raire** Le candidat par lui-m\u00eame <\/strong><\/p>\n<p>Je suis n\u00e9 le 18 ao\u00fbt 1945 \u00e0 Kyoto. Trois jours seulement apr\u00e8s la reddition du Japon. En naissant \u00e0 un moment pareil, on ne peut pas \u00eatre indiff\u00e9rent \u00e0 l&#8217;histoire!! J&#8217;ai peu de souvenirs de l&#8217;occupation am\u00e9ricaine: en 1950 &#8211; j&#8217;avais 5 ans &#8211; il y avait un jardin botanique splendide. Pendant l&#8217;occupation, il a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9 par les Am\u00e9ricains pour servir de bordel et ils ont abattu les arbres pour faire des baraques de soldats. En 1964, un hiver tr\u00e8s froid a d\u00e9truit les r\u00e9coltes et fait des d\u00e9g\u00e2ts consid\u00e9rables: alors que les moyens technologiques existaient pour les limiter. C&#8217;est pourquoi j&#8217;ai voulu \u00e9tudier ces probl\u00e8mes, J&#8217;ai fait des \u00e9tudes \u00e0 Kyoto, au d\u00e9partement d&#8217;\u00e9conomie agraire. J&#8217;ai donc \u00e9t\u00e9 \u00e9tudiant de 1965 \u00e0 1970. Dans le monde entier, et au Japon aussi, c&#8217;\u00e9tait une p\u00e9riode de fort mouvement contre la guerre du Vietnam. Au Japon, il y a un proverbe: prot\u00e9ger les plus faibles et vaincre les puissants. Je me suis rapproch\u00e9 du PCJ. Ma famille est conservatrice, mais il n&#8217;y a pas eu de probl\u00e8mes, le PCJ commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre reconnu dans la soci\u00e9t\u00e9 japonaise. J&#8217;ai travaill\u00e9 \u00e0 la politique agricole de la mairie progressiste de Kyoto. Pour moi, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une belle exp\u00e9rience. Et puis, \u00e0 trente ans, je suis all\u00e9 travailler pour une revue du PCJ en direction des milieux agricoles, pendant sept ans, j&#8217;en ai \u00e9t\u00e9 l&#8217;\u00e9diteur et, en 1982, je suis revenu \u00e0 Kyoto et j&#8217;ai travaill\u00e9 pour une coop\u00e9rative agricole. En 1978, le PCJ a perdu la mairie de Kyoto, j&#8217;ai essay\u00e9 de trouver quelqu&#8217;un qui puisse \u00eatre candidat contre le PLD. J&#8217;ai demand\u00e9 \u00e0 plein de gens, mais comme je n&#8217;ai pas trouv\u00e9, j&#8217;ai pris mes responsabilit\u00e9s: je me suis pr\u00e9sent\u00e9. Une premi\u00e8re fois en 1992, la seconde en 1996. Comme je n&#8217;ai pas vraiment d&#8217;emploi, on m&#8217;appelle le samoura\u00ef sans ma\u00eetre.\u00e7a me laisse le temps de faire la cuisine et de m&#8217;occuper de mon petit-fils&#8230;&#8221; n K. I.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Kichirou Inoue <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-653","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=653"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/653\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}