{"id":6506,"date":"2013-04-15T12:00:45","date_gmt":"2013-04-15T10:00:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/the-act-of-killing-les-salopards6506\/"},"modified":"2023-06-23T23:14:11","modified_gmt":"2023-06-23T21:14:11","slug":"the-act-of-killing-les-salopards6506","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6506","title":{"rendered":"The Act of Killing&#8230; les salopards"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Comment \u00e9voquer le massacre, par l\u2019arm\u00e9e indon\u00e9sienne et ses suppl\u00e9tifs, de pr\u00e8s d\u2019un million de personnes, communistes ou apparent\u00e9es au cours de l\u2019ann\u00e9e 1965, lorsque les victimes ont disparu et que les t\u00e9moins vivent encore dans la peur des repr\u00e9sailles\u00a0? En donnant la parole aux tortionnaires qui, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une incroyable impunit\u00e9, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 rejouer leurs m\u00e9faits devant la cam\u00e9ra de Joshua Oppenheimer. Un documentaire glacial et d\u00e9routant. <\/p>\n<p>D\u2019abord on n\u2019y comprend pas grand-chose, si ce n\u2019est que dans l\u2019esprit des protagonistes que suit la cam\u00e9ra, \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb constitue un terme g\u00e9n\u00e9rique pour dire \u00ab\u00a0opposants\u00a0\u00bb, ce dernier mot caract\u00e9risant finalement tous les \u00ab\u00a0non partisans\u00a0\u00bb du pouvoir indon\u00e9sien, tel qu\u2019il est en place depuis le milieu des ann\u00e9es 60. Constatant par l\u00e0 que l\u2019histoire politique de l\u2019Indon\u00e9sie, pays dirig\u00e9 pendant 30 ans par un dictateur, le g\u00e9n\u00e9ral Suharto, est loin de nous \u00eatre famili\u00e8re, on se laisse tout d\u2019abord porter par la souriante nonchalance du personnage principal, Anwar Congo, sans s\u2019apercevoir qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 trop tard. Trop tard pour \u00e9chapper \u00e0 la reconstitution, sur la terrasse d\u2019un immeuble, de la technique mise au point par Anwar lui m\u00eame pour \u00e9liminer les \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb qui avaient eu le malheur de croiser sa route\u00a0: un fil\u00a0m\u00e9tallique attach\u00e9 \u00e0 un poteau, enroul\u00e9 autour du cou de la victime, le bourreau tirant avec un manche en bois \u00e0 l\u2019autre bout du fil. La seule question que se pose alors Anwar, c\u2019est celle de la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la sc\u00e8ne telle qu\u2019elle est rejou\u00e9e. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/HwTGskh1zg4?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Ce que le spectateur n\u2019appr\u00e9hende pas tout de suite, ce qu\u2019il-elle mettra finalement toute la dur\u00e9e du film \u00e0 int\u00e9grer sans jamais pouvoir totalement l\u2019accepter, c\u2019est que <em>The Act of Killing<\/em> loin d\u2019\u00eatre un documentaire dans lequel des tortionnaires, au cr\u00e9puscule de leur vie se confesseraient, avoueraient et peut \u00eatre regretteraient leurs crimes, se trouve \u00eatre au contraire le <em>making-off<\/em> d\u2019un projet &#8211; \u00e0 nos yeux compl\u00e8tement d\u00e9lirant \u2013 de glorification de leurs actes pass\u00e9s. Car ce que filme Joshua Oppenheimer c\u2019est la mise en place, les recherches de financement (essentiellement du racket), les r\u00e9p\u00e9titions, les essais, puis finalement le tournage \u00e0 proprement parler d\u2019un film de fiction relatant, dans une veine h\u00e9ro\u00efco-kitsch, les aventures de ces gangsters au service de la junte indon\u00e9sienne. Comme le dit Brian D. Johnson, critique am\u00e9ricain mis en exergue par le distributeur du film, <em>\u00ab\u00a0c\u2019est comme si Hitler et ses complices avaient surv\u00e9cu puis se seraient r\u00e9unis pour reconstituer leurs sc\u00e8nes favorites de l\u2019Holocauste devant une cam\u00e9ra\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>A ceci pr\u00e8s qu\u2019en Indon\u00e9sie, les salopards sont non seulement encore aux affaires, mais n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9, ne serait-ce qu\u2019inqui\u00e9t\u00e9s. L\u00e0-bas les milices paramilitaires, en treillis orange paradent dans les rues, se r\u00e9unissent dans des stades et re\u00e7oivent la visite du vice-pr\u00e9sident Indon\u00e9sien. Le cauchemar d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dictatoriale dans laquelle les ca\u00efds font r\u00e9gner l\u2019ordre par l\u2019usage d\u2019une terreur, quotidienne, banalis\u00e9e, revendiqu\u00e9e, est m\u00eame valoris\u00e9e par les plus hautes autorit\u00e9s. Avec <em>The Act of Killing<\/em> on se retrouve alors face \u00e0 l\u2019abjection de ces tortionnaires, maquill\u00e9s comme pour un film bis des ann\u00e9es 80, r\u00e9unis sur un plateau de tournage pour la reconstitution d\u2019un interrogatoire, avec \u00e0 la place du suspect, un type dont la famille enti\u00e8re a disparu. Ce dernier, d\u2019abord souriant face \u00e0 ses ma\u00eetres ne peut se retenir de sangloter, en silence pour ne pas g\u00eaner les assassins de sa famille et seuls ma\u00eetres du sc\u00e9nario dans lequel ils le feront jouer, avec ou sans son consentement. <\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment l\u00e0 par exemple, que l\u2019on s\u2019interroge sur le statut de ce film, celui de son r\u00e9alisateur, \u00e0 la fois t\u00e9moin, et n\u00e9cessairement, peut \u00eatre pas complice, mais au moins connivent. Et cette connivence, n\u00e9cessaire \u00e0 ce type de projet de film, se r\u00e9v\u00e8le de plus en plus lourde \u00e0 supporter \u00e0 mesure que le documentaire progresse sans varier d\u2019un trait de son propos initial. Il faut alors en passer par la mise \u00e0 distance que permettent les caract\u00e8res surr\u00e9alistes, grotesques, hallucinatoires des situations pour r\u00e9ussir \u00e0 se d\u00e9gager de la gangue poisseuse et malsaine qui suinte des images de <em>The Act of Killing<\/em>. Pour aussi d\u00e9rangeant qu\u2019il soit \u00e0 force de jouer de fa\u00e7on perverse sur les doubles ressorts de l\u2019empathie et du rejet visc\u00e9ral, <em>The Act of Killing<\/em> a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre Amnesty International, caution morale absolue en la mati\u00e8re, pour qui le film de Joshua Oppenheimer poss\u00e8de manifestement le m\u00e9rite de jeter un peu de lumi\u00e8re sur les t\u00e9n\u00e8bres indon\u00e9siennes. Pour autant nul ne peut dire au sortir de la projection qui aura \u00e9t\u00e9 le plus pi\u00e9g\u00e9 par ce film, de ses protagonistes \u00e0 la d\u00e9rive ou de ses spectateurs en d\u00e9route. Et finalement c\u2019est dans cet intervalle que r\u00e9sidera constamment \u00e0 la fois l\u2019int\u00e9r\u00eat du film, en m\u00eame temps que la m\u00e9fiance qu\u2019il ne cessera, \u00e0 n\u2019en point douter,  de susciter.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6506 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/killing-23d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/killing-23d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"killing.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment \u00e9voquer le massacre, par l\u2019arm\u00e9e indon\u00e9sienne et ses suppl\u00e9tifs, de pr\u00e8s d\u2019un million de personnes, communistes ou apparent\u00e9es au cours de l\u2019ann\u00e9e 1965, lorsque les victimes ont disparu et que les t\u00e9moins vivent encore dans la peur des repr\u00e9sailles\u00a0? 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