{"id":6338,"date":"2013-03-06T10:44:47","date_gmt":"2013-03-06T09:44:47","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/no-de-pablo-larrain-capitalisme-ou6338\/"},"modified":"2023-06-23T23:13:50","modified_gmt":"2023-06-23T21:13:50","slug":"no-de-pablo-larrain-capitalisme-ou6338","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6338","title":{"rendered":"\u00abNo\u00bb de Pablo Larra\u00edn, capitalisme ou dictature"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dernier volet d\u2019une trilogie sur la dictature chilienne, <em>No<\/em>, de Pablo Larra\u00edn fait retour sur la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 1988 qui vit la d\u00e9faite \u00e9lectorale d\u2019Augusto Pinochet. Un film all\u00e8gre, \u00e0 l\u2019instar du slogan des opposants \u00e0 la junte militaire, tout autant que m\u00e9lancolique face \u00e0 la puissance d\u2019une campagne publicitaire d\u2019autant plus efficace qu\u2019elle \u00e9vacua toute forme de discours politique au profit d\u2019une pure strat\u00e9gie marketing. A voir.\n<\/p>\n<p>C\u2019est un cas rare de transition politique, de la dictature vers la d\u00e9mocratie, via une consultation \u00e9lectorale organis\u00e9e par ceux l\u00e0 m\u00eame qui, quinze ans auparavant avaient renvers\u00e9 l\u2019Etat de droit. Contraints par les puissances occidentales \u00e0 aller au bout de leur promesse d\u2019organiser un r\u00e9f\u00e9rendum \u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre vingt, Pinochet et la junte se r\u00e9signent \u00e0 r\u00e9-autoriser les partis politiques interdits, du centre \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, sans pour autant douter un seul instant de leur victoire \u00e9lectorale. Il faut dire que le Chili de 1988 semble totalement d\u00e9politis\u00e9, le seul d\u00e9sir exprim\u00e9 par la population concernant l\u2019augmentation du niveau de vie. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"344\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xxawar\"><\/iframe><\/p>\n<p>Evacuant assez rapidement les d\u00e9bats qui agitent l\u2019int\u00e9rieur de la gauche qui craint que participer \u00e0 l\u2019\u00e9lection ne revienne finalement \u00e0 reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir fasciste, Pablo Larra\u00edn, cin\u00e9aste n\u00e9 trois ans apr\u00e8s le coup d\u2019Etat, pr\u00e9f\u00e8re focaliser son propos sur la figure de Ren\u00e9 Saavedra, jeune loup de la pub, form\u00e9 au marketing occidental et figure montante de la plus importante agence de Santiago, une entreprise li\u00e9e au pouvoir par son fondateur, consultant personnel du ministre de la communication. Hipster avant l\u2019heure, Saavedra est le type m\u00eame du geek des ann\u00e9es 80. Propri\u00e9taire d\u2019une Renault Fuego (!) mais aussi d\u2019un des premiers fours \u00e0 micro ondes disponibles au Chili, ce jeune p\u00e8re s\u00e9par\u00e9 de sa compagne militante et de ce fait r\u00e9guli\u00e8rement interpell\u00e9e, pr\u00e9f\u00e8re se d\u00e9placer en skate plut\u00f4t que de manifester pour les droits civils. C\u2019est pourtant \u00e0 lui que le directeur de campagne de l\u2019opposition coalis\u00e9e fait appel pour concevoir et r\u00e9aliser les spots du camp du NON \u00e0 Pinochet. <\/p>\n<p>Contre les militants qui aimeraient profiter du peu de temps d\u2019antenne qui leur est conc\u00e9d\u00e9 pour d\u00e9noncer les violences et les assassinats politiques, Saavedra axe la campagne sur un concept aussi peu politis\u00e9 que possible avec un logo malin, multicolore pour que l\u2019ensemble des partis coalis\u00e9s puissent s\u2019y reconna\u00eetre, arc en ciel comme la lumi\u00e8re qui vient apr\u00e8s l\u2019orage et un slogan publicitaire qui pourrait vendre \u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe quoi, <em>\u00ab\u00a0Chili, la joie qui vient\u00a0\u00bb<\/em> (voir ci-dessous vid\u00e9o de la campagne). L\u2019objectif de cette strat\u00e9gie consistant \u00e0 rallier l\u2019ensemble des ind\u00e9cis, ainsi que ceux qui, bien que lass\u00e9s de Pinochet, ne sont pas pr\u00eats \u00e0 voter pour le retour de l\u2019exp\u00e9rience socialiste de l\u2019\u00e9poque Allende. Un choix purement marketing, au r\u00e9sultat sans \u00e9quivoque\u00a0: 56% pour le NO, au point que Pinochet, malgr\u00e9 quelques tentations d\u2019annulation du vote, est contraint de reconna\u00eetre sa d\u00e9faite. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"345\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/H3Jph-eMjX8?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Pass\u00e9 l\u2019enthousiasme avec lequel le spectateur est replong\u00e9 dans ce tournant historique r\u00e9cent, pass\u00e9 la reconstitution assez <em>trendy<\/em> de cette fin de d\u00e9cennie par la volont\u00e9 de Pablo Larra\u00edn de tourner l\u2019ensemble du film avec des cam\u00e9ras vid\u00e9o analogiques (signalons \u00e0 l\u2019attention des nerds qu\u2019il s\u2019agit de cam\u00e9ras \u00e0 tube Ikegami en 1983) ce qui sourd du film c\u2019est une immense m\u00e9lancolie, cons\u00e9quence d\u2019une d\u00e9sillusion radicale. <\/p>\n<p>Car ce que le r\u00e9f\u00e9rendum de 1988 marque et que le film met en sc\u00e8ne, plus que le renvoi pacifique des putschistes et leur remplacement par les d\u00e9mocrates, c\u2019est la transformation de l\u2019Etat dictatorial en soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0! D\u2019ailleurs Alfredo Castro, acteur dans les trois films de Larra\u00edn, qui interpr\u00e8te le patron de la boite de pub ne m\u00e2che pas ses mots sur le Chili post Pinochet\u00a0: <em>\u00ab\u00a0cette dictature, avec d\u2019autres visages plus \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb continue d\u2019op\u00e9rer comme une structure de pouvoir et de syst\u00e8me \u00e9conomique \u00e0 travers de puissants groupes, une structure aussi cruelle dans sa s\u00e9gr\u00e9gation et sa discrimination envers les plus d\u00e9munis que l\u2019a \u00e9t\u00e9 la n\u00e9faste dictature qui les a mis en place\u00a0\u00bb<\/em>. Pour son metteur sc\u00e8ne, Pablo Larra\u00edn, <em>\u00ab\u00a0la campagne du Non est la premi\u00e8re \u00e9tape de la consolidation du capitalisme comme unique syst\u00e8me possible au Chili. Ce n\u2019est pas une m\u00e9taphore, c\u2019est directement cela, la publicit\u00e9 pure et dure, amen\u00e9e \u00e0 la politique.\u00a0\u00bb<\/em> De l\u00e0 d\u2019o\u00f9 il nous vient <em>No<\/em> parle alors plus largement \u00e0 tous ceux qui, ici, s\u2019interrogent sur l\u2019articulation entre la politique et ses diff\u00e9rents mod\u00e8les de transmission au corps \u00e9lectoral. Comme si, entre la propagande du pass\u00e9 et la communication, son avatar contemporain, il s\u2019av\u00e9rait n\u00e9cessaire de repenser, de recr\u00e9er, loin des pubards type S\u00e9gu\u00e9la (F.Mitterrand) ou Beigbeder (R.Hue) les conditions d\u2019une agit\u2019prop actuelle et citoyenne.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6338 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/no-5a0.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/no-5a0-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"no.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dernier volet d\u2019une trilogie sur la dictature chilienne, <em>No<\/em>, de Pablo Larra\u00edn fait retour sur la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 1988 qui vit la d\u00e9faite \u00e9lectorale d\u2019Augusto Pinochet. 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