{"id":6316,"date":"2013-02-28T15:56:33","date_gmt":"2013-02-28T14:56:33","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/bestiaire-tout-simplement-beau6316\/"},"modified":"2023-06-23T23:13:47","modified_gmt":"2023-06-23T21:13:47","slug":"bestiaire-tout-simplement-beau6316","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6316","title":{"rendered":"Bestiaire, tout simplement beau"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Documentaire absolument cin\u00e9matographique, antith\u00e8se parfaite du film animalier traditionnel, <em>Bestiaire<\/em>, du canadien Denis C\u00f4t\u00e9 affirme la puissance du cadre filmique et sa capacit\u00e9 \u00e0 produire du discours sur le monde des b\u00eates comme sur celui des humains. Un film sans paroles, et apparemment sans histoire. Du grand art.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ca devrait t\u2019int\u00e9resser\u00a0\u00bb<\/em> m\u2019avait annonc\u00e9 amicalement l\u2019attach\u00e9e de presse du film. Ce n\u2019\u00e9tait pourtant pas gagn\u00e9. Apr\u00e8s la punition qu\u2019avait constitu\u00e9 la semaine derni\u00e8re <em><a href=\"6276\">Chimpanz\u00e9s<\/a><\/em>, l\u2019id\u00e9e de replonger dans un film ayant pour sujet les animaux ne parvenait que difficilement \u00e0 m\u2019humecter les pupilles. <em>\u00ab\u00a0Au moins ce sera court\u00a0\u00bb<\/em>, pouvais je me dire en d\u00e9couvrant que le film ne durait que une heure et douze minutes. A la sortie je regrettais presque qu\u2019il n\u2019en fasse pas le double.<br \/>\nC\u2019est que <em>Bestiaire<\/em>, malgr\u00e9 l\u2019apparence de son titre ne ressemble \u00e0 rien \u00e0 un film animalier. Projet artistique port\u00e9 par une simple exigence, regarder, le film que signe Denis C\u00f4t\u00e9 fonctionne par accumulation constante d\u2019images et de plans, par s\u00e9dimentation lente de cadres et de s\u00e9quences. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xxddpg\"><\/iframe> <\/p>\n<p>Prologue du film, un groupe d\u2019\u00e9tudiants, appliqu\u00e9s sur leurs chevalets, leurs cartons \u00e0 dessin. Il faut un certain temps avant de comprendre ce sur quoi se fixe leur activit\u00e9. Un daim empaill\u00e9. La s\u00e9quence suivante nous emm\u00e8ne dans ce qui ressemble \u00e0 une ferme, en hiver. Dans un enclos, C\u00f4t\u00e9 filme d\u2019abord des bisons, ensuite des lamas, enfin des chevaux. Rien de plus. Et pourtant, tout est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. La cam\u00e9ra fixe, qui jamais ne va chercher son sujet, pr\u00e9f\u00e9rant attendre patiemment que celui passe devant l\u2019objectif, la prise de son qui met toute son \u00e9nergie \u00e0 enregistrer le silence, le montage, tellement maitris\u00e9 qu\u2019il ne craint pas de laisser vivre les plans interminablement, c\u2019est \u00e0 dire plusieurs minutes d\u2019affil\u00e9es. Apr\u00e8s l\u2019ext\u00e9rieur, la cam\u00e9ra reprend son travail \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un b\u00e2timent. Dans chaque box, une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019animaux diff\u00e9rente. C\u00f4t\u00e9 change de mod\u00e8le et poursuit son travail d\u2019observation lente, \u00e0 la fa\u00e7on des \u00e9tudiants du prologue. Ici la cam\u00e9ra ne fait pas qu\u2019enregistrer ce qui est devant elle. Au contraire, elle construit son r\u00e9el, de fa\u00e7on plastique, esth\u00e9tique, intellectuelle.  Progressivement, un mouvement semble se d\u00e9gager de ce monde particulier. Le son des cornes sur les murs de b\u00e9ton, le raclement des sabots sur le sol renseignent sur ce que l\u2019on voit. Un enfermement, un encagement, une arche de No\u00e9 carc\u00e9rale.<\/p>\n<p>Les humains apparaissent alors. A la fois v\u00e9t\u00e9rinaires et gardes chiourmes, ils auscultent les b\u00eates, nettoient les all\u00e9es, ouvrent et referment les cages tout aussi silencieusement que leurs pensionnaires. Le r\u00e9cit se constitue alors progressivement dans l\u2019esprit du spectateur. Un r\u00e9cit pictural, sans parole aucune, compos\u00e9 des textures de poils et de plumes, du graphisme des robes et des postures. Un r\u00e9cit d\u2019une beaut\u00e9 presque \u00e9touffante poussant jusqu\u2019au grotesque face \u00e0 un h\u00e9ron amput\u00e9, ne pouvant plus d\u00e9ployer qu\u2019une seule aile. De quoi ce lieu est il l\u2019antichambre\u00a0? D\u2019un zoo comme tout porte \u00e0 le croire, ou d\u2019un atelier de taxidermiste comme le sugg\u00e8re ensuite le r\u00e9alisateur\u00a0? Le travail du film alors s\u2019applique \u00e0 suivre, celui des hommes sur les cadavres d\u2019animaux. Un canard en l\u2019occurrence, d\u00e9pouill\u00e9, d\u00e9piaut\u00e9, d\u00e9charn\u00e9, machinalement, consciencieusement \u00e0 la mani\u00e8re de charognards. Imperturbablement le cin\u00e9aste canadien continue son exploration, mais c\u2019est alors que notre regard vient \u00e0 se transformer. Apercevant les visiteurs du zoo de plein air, ce que l\u2019on aper\u00e7oit ce sont des troupeaux de gnous humains. Des veaux en short. Des hippopotames prenant des photos. Ridicules, path\u00e9tiques. A se demander qui, des b\u00eates ou des humains sont les spectateurs de ce circuit de divertissement familial. Et c\u2019est l\u00e0 toute la force de <em>Bestiaire<\/em>, aux antipodes du film animalier commercial, que de r\u00e9ussir \u00e0 construire son discours critique avec des images et rien d\u2019autre. On aurait tort pourtant de consid\u00e9rer ce film comme un objet exp\u00e9rimental, r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 un public snobinard ou festivalier. Car en laissant \u00e0 chacun la possibilit\u00e9 de se l\u2019approprier, <em>Bestiaire<\/em> rel\u00e8ve de l\u2019exp\u00e9rience cin\u00e9matographique la plus libre, la plus large, la plus d\u00e9tach\u00e9e, la plus authentique qui soit. Fascinant, et peut \u00eatre m\u00eame bouleversant, le film de Denis C\u00f4t\u00e9 offre aux spectateurs la possibilit\u00e9 d\u2019interroger leur rapport au monde tout en visant l\u2019absolu du plaisir de la projection filmique. Au risque de nous r\u00e9p\u00e9ter, du grand art.\u00a0<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6316 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/bestiaire2-3ad.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/bestiaire2-3ad-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"bestiaire2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Documentaire absolument cin\u00e9matographique, antith\u00e8se parfaite du film animalier traditionnel, <em>Bestiaire<\/em>, du canadien Denis C\u00f4t\u00e9 affirme la puissance du cadre filmique et sa capacit\u00e9 \u00e0 produire du discours sur le monde des b\u00eates comme sur celui des humains. 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