{"id":6255,"date":"2013-02-14T13:30:18","date_gmt":"2013-02-14T12:30:18","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-passion-selon-saint-brian-de6255\/"},"modified":"2013-02-14T13:30:18","modified_gmt":"2013-02-14T12:30:18","slug":"la-passion-selon-saint-brian-de6255","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6255","title":{"rendered":"Passion selon Saint Brian de Palma"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cin\u00e9aste \u00e0 la filmographie in\u00e9gale, auteur marginalis\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration du nouvel Hollywood, Brian de Palma n\u2019a jamais craint  de donner quelque sueurs froides \u00e0 son public. Avec <em>Passion<\/em> il concentre dans un seul film le pire et le meilleur de son talent, heureusement dans le bon sens. Analyse.<\/p>\n<p>Parmi la multitude de profils de spectateurs de cin\u00e9ma, le plus grand antagonisme peut-\u00eatre, oppose ceux qui ne veulent surtout pas qu\u2019on leur raconte la fin du sc\u00e9nario et les autres qui s\u2019en fichent pas mal, consid\u00e9rant que la qualit\u00e9 d\u2019un film ne r\u00e9side pas dans son histoire, mais dans son traitement. De ce fait le remake poss\u00e8de cette qualit\u00e9 de pouvoir r\u00e9unir sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, et les oedipiens qui demandent \u00e0 se faire bercer ou parfois m\u00eame secouer par la narration, et les f\u00e9tichistes jouisseurs principalement du seul dispositif de mise en sc\u00e8ne, de son c\u00e9r\u00e9monial esth\u00e9tique.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/DbszSYCi88w?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Ainsi en va-t-il de <em>Passion<\/em>, dernier opus de Brian De Palma, cin\u00e9aste am\u00e9ricain, acclimat\u00e9 depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 notre vieux continent, qui reprend la trame et l\u2019intrigue en trois actes de <em>Crime d\u2019Amour<\/em>, l\u2019ultime film du fran\u00e7ais Alain Corneau. Soit la relation altern\u00e9e de domination et de soumission entre Christine, dirigeante de la branche europ\u00e9enne d\u2019une multinationale bas\u00e9e \u00e0 New York (interpret\u00e9e par Christine Scott Thomas chez Corneau, ici par Rachel Mac Adams) et Isabelle (Ludivine Sagnier puis Noomi Rapace) chef de projet subjugu\u00e9e par sa sup\u00e9rieure hi\u00e9rarchique. Entre les deux, ce qui se joue c\u2019est tout d\u2019abord une s\u00e9duction rentre dedans jou\u00e9e tant sur la sc\u00e8ne professionnelle que dans la sph\u00e8re de l\u2019intimit\u00e9. Mais que la soumise fasse preuve d\u2019autonomie et la voil\u00e0 condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019humiliation, abandonn\u00e9e par sa maitresse. Le dernier acte s\u2019ouvre sur la vengeance criminelle et d\u00e9roule le proc\u00e9d\u00e9 pervers de disculpation de la meurtri\u00e8re\u00a0: mettre en sc\u00e8ne sa propre culpabilit\u00e9, pour mieux y \u00e9chapper.<\/p>\n<p>Cette valse \u00e0 trois temps, malheureusement Brian De Palma la d\u00e9marre sur le mauvais pied. Celui d\u2019un vieux monsieur qui peut \u00eatre aimerait tenir la position du cha\u00eenon manquant quelque part entre le cin\u00e9ma hitchcockien et le porno chic. Satur\u00e9e par le placement de produits pour CSP+++, son ouverture, entre tensions professionnelles et langueurs saphiques, n\u2019atteint jamais le niveau de glamour auquel elle pr\u00e9tend, versant plut\u00f4t dans l\u2019esth\u00e9tique publicitaire du luxe mondialis\u00e9,  tourn\u00e9e \u00e0 Berlin comme elle aurait aussi pu bien l\u2019\u00eatre \u00e0 Londres, Milan ou Shanghai. Un effet renforc\u00e9 par la musique originale de Pino Donaggio, compositeur pourtant r\u00e9gulier du cin\u00e9aste, qui sonne ici \u00e9trangement, un peu comme la bande son d\u2019une production pour adultes de la maison Dorcel. Devant tant de kitsch contemporain on se dit que De Palma s\u2019est perdu en route, qu\u2019\u00e0 force de s\u2019astiquer la r\u00e9tine il s\u2019est tromp\u00e9 de chemin.<\/p>\n<p>S\u2019il faut attendre le deuxi\u00e8me carrefour pour commencer \u00e0 reconna\u00eetre le paysage familier du cin\u00e9aste dans la syst\u00e9matisation de la rivalit\u00e9 entre les deux personnages principales, ce n\u2019est qu\u2019au troisi\u00e8me acte qu\u2019on retrouve le Brian De Palma qu\u2019on \u00e9tait venu rencontrer. Celui du double jeu visuel, des faux semblants accessoiris\u00e9s, celui qui maitrise comme personne les codes du thriller classique et ceux du film noir. Celui, enfin de l\u2019obsession visuelle et de la parano\u00efa scopique, jouant dans son film et avec le spectateur de la manipulation des images. Parmi les s\u00e9quences les plus remarquables, celle du meurtre \u00e0 proprement parler, trait\u00e9e en split screen. Pendant que d\u2019un c\u00f4t\u00e9 Isabelle assiste \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019un ballet, ses yeux alternant avec la sc\u00e8ne, de l\u2019autre c\u2019est le crime qui est donn\u00e9 \u00e0 voir. Alors que les deux \u00e9crans interagissent l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du premier segment ce qui se joue c\u2019est ce qu\u2019en 1922 Lev Koulechov avait mis en \u00e9vidence. La cr\u00e9ation, entre les images, d\u2019un sens qui n\u2019est contenu dans aucune d\u2019elles. Simplicit\u00e9 et puissance du cin\u00e9ma. A la repr\u00e9sentation du ballet de l\u2019apr\u00e8s midi d\u2019un faune de Debussy, c\u2019est aussi la virtuosit\u00e9 chor\u00e9graphique de De Palma lui m\u00eame qui fait \u00e9cho, le cin\u00e9aste puisant alors \u00e0 qui mieux mieux dans le fond r\u00e9f\u00e9rentiel qui est le sien, depuis Fritz Lang et Hitchcock en passant par sa propre filmographie. Dans ce tourbillon visuel, <em>Passion<\/em> parvient \u00e0 s\u2019extraire de la platitude de musique d\u2019ascenseur de son d\u00e9but pour parvenir au niveau symphonique d\u2019un foisonnement visuel magistral et finalement bluffant. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cin\u00e9aste \u00e0 la filmographie in\u00e9gale, auteur marginalis\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration du nouvel Hollywood, Brian de Palma n\u2019a jamais craint  de donner quelque sueurs froides \u00e0 son public. Avec <em>Passion<\/em> il concentre dans un seul film le pire et le meilleur de son talent, heureusement dans le bon sens. 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