{"id":625,"date":"1997-09-01T00:00:00","date_gmt":"1997-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/enseignement-superieur625\/"},"modified":"1997-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-08-31T22:00:00","slug":"enseignement-superieur625","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=625","title":{"rendered":"ENSEIGNEMENT SUPERIEUR"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Alain Hayot <\/p>\n<p><strong> L&#8217;embauche annonc\u00e9e de jeunes chercheurs, de nouveaux postes de ma\u00eetres de conf\u00e9rence, de personnels de services ne peuvent masquer des ambitions qui restent grandes pour un enjeu national. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Comme tous les autres minist\u00e8res, Claude All\u00e8gre, ministre de l&#8217;Education nationale et de la Recherche, ne risque-t-il pas de se trouver en butte \u00e0 la politique de r\u00e9duction des d\u00e9ficits ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> Pacte de stabilit\u00e9 oblige, les lettres de cadrage, apr\u00e8s les arbitrages rendus par Lionel Jospin, vont donner la priorit\u00e9 \u00e0 des red\u00e9ploiements au sein des budgets avec, pour ce minist\u00e8re, des moyens constants. Or, quelle que soit l&#8217;intelligence de ces red\u00e9ploiements, malgr\u00e9 les intentions du ministre de r\u00e9orienter son budget sur des bases int\u00e9ressantes, il sera impossible d&#8217;amorcer une r\u00e9ponse aux revendications essentielles ou une mise en oeuvre des annonces qui nous sont faites. Cela dit, si nous consid\u00e9rons que les moyens ne sont pas \u00e0 la hauteur, nous adopterons cependant une attitude constructive qui tendra \u00e0 favoriser l&#8217;intervention des universitaires et des personnels dans la d\u00e9finition m\u00eame des objectifs et la mise en oeuvre d&#8217;une nouvelle politique, afin de cr\u00e9er des emplois, revaloriser la citoyennet\u00e9, assurer un d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p> <strong> Quels grands chantiers le gouvernement devrait-il ouvrir ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> La formation initiale comme la formation continue des salari\u00e9s passera par l&#8217;Enseignement sup\u00e9rieur. C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 le cas mais le ph\u00e9nom\u00e8ne ira s&#8217;\u00e9largissant. Nous sommes en pr\u00e9sence d&#8217;un immense chantier de mutations, de r\u00e9novation, de r\u00e9ajustement de l&#8217;Enseignement sup\u00e9rieur aux mutations du travail. En outre, les exigences de citoyennet\u00e9 et les besoins en mati\u00e8re de culture, de production et de transmission de savoirs, contribuent \u00e0 ce qu&#8217;effectivement l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur constitue un enjeu national pour la jeunesse. Ce chantier a \u00e9t\u00e9 ouvert en partie par les enseignants du sup\u00e9rieur mais il manque cruellement de moyens pour \u00eatre finalis\u00e9, moyens mat\u00e9riels et humains. Un autre axe de travail pourrait r\u00e9pondre \u00e0 cette question de soci\u00e9t\u00e9 qu&#8217;est l&#8217;organisation d&#8217;une synergie entre formation-recherche et emploi. On sait tr\u00e8s bien aujourd&#8217;hui que l&#8217;innovation, la cr\u00e9ation, les nouveaux m\u00e9tiers, les nouvelles formes de travail passent par une articulation entre formation sup\u00e9rieure et recherche. A la base se situe la reconnaissance des dipl\u00f4mes issus de la formation \u00e0 la recherche et par la recherche, dans le secteur public, comme dans le priv\u00e9. Le d\u00e9veloppement de l&#8217;emploi scientifique dans le public s&#8217;impose dans ces conditions. Claude All\u00e8gre annonce des cr\u00e9ations d&#8217;emplois de chercheurs mais il faut aller plus loin puisque, pour renouveler l&#8217;emploi scientifique \u00e0 niveau \u00e9gal dans les laboratoires, il faudrait multiplier par trois ou quatre le rythme d&#8217;embauches. Mais le secteur public ne pourra pas, par exemple, int\u00e9grer la totalit\u00e9 des docteurs et, de toutes fa\u00e7ons, il serait bon que les docteurs issus de l&#8217;Universit\u00e9 irriguent le tissu industriel et de services.<\/p>\n<p> <strong> Pour atteindre ces objectifs, ne faut-il pas innover en mati\u00e8re d&#8217;infrastructure ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> Nous sugg\u00e9rons pour notre part la cr\u00e9ation d&#8217;un \u00e9tablissement public auquel les entreprises priv\u00e9es pourraient \u00eatre associ\u00e9es, ax\u00e9 sur la recherche technologique. Il permettrait de lever l&#8217;hypoth\u00e8que qui p\u00e8se sur des organismes de recherche fondamentale, comme le CNRS, qui n&#8217;ont pas pour vocation la recherche appliqu\u00e9e.<\/p>\n<p> <strong> Quand Claude All\u00e8gre d\u00e9clare qu&#8217;il subventionnera les laboratoires et non plus les programmes, n&#8217;est-ce pas d\u00e9j\u00e0 une garantie ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> C&#8217;est bien un coup d&#8217;arr\u00eat \u00e0 la politique contractuelle s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une redistribution \u00e0 bon escient en direction des programmes propres aux laboratoires. A condition de ne pas simplement conforter le pouvoir des directions de laboratoires et de favoriser, en leur sein, une r\u00e9elle d\u00e9mocratisation. Ainsi, la recherche fondamentale pourrait sortir de l&#8217;impasse dans laquelle elle se trouve depuis des ann\u00e9es. En revanche, il y a besoin d&#8217;\u00e9largir le champ d&#8217;un secteur de recherche technologique (il existe dans les entreprises ou sous forme contractuelle dans les laboratoires du secteur public), recherche appliqu\u00e9e, s&#8217;articulant aux besoins de la production et des services d&#8217;aujourd&#8217;hui. Notamment vis-\u00e0-vis des PME qui n&#8217;ont pas les moyens de la recherche. Cr\u00e9er un grand \u00e9tablissement public \u00e0 la gestion duquel on associerait des entreprises et notamment les PME, dont la vocation serait strictement la recherche technologique, permettrait de lib\u00e9rer le d\u00e9veloppement de la recherche fondamentale tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour la recherche appliqu\u00e9e. Cette proposition d&#8217;un p\u00f4le public-priv\u00e9 m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre discut\u00e9e. Sur le fond, elle introduit une dimension nouvelle, celle d&#8217;une relation public-priv\u00e9, en terme de recherche mais aussi de formation.<\/p>\n<p>Cette relation n&#8217;est pas uniquement conflictuelle, elle peut devenir productive. Les liens qui se nouent alors ne doivent pas \u00eatre g\u00e9r\u00e9s en terme de concurrence mais d&#8217;efficacit\u00e9 sociale et de compl\u00e9mentarit\u00e9. Pour cela, la relation public-priv\u00e9 doit \u00eatre pilot\u00e9e par une responsabilit\u00e9 publique. Il s&#8217;agit par exemple de donner l&#8217;occasion \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 et aux grands organismes publics de recherche d&#8217;investir le champ \u00e9norme de la formation continue. Tout le monde s&#8217;accorde pour constater l&#8217;ampleur des d\u00e9g\u00e2ts provoqu\u00e9s par la gestion exclusive par les entreprises de la formation continue &#8211; gestion qui n&#8217;a pas r\u00e9pondu \u00e0 ces besoins. Dans le m\u00eame temps, on n&#8217;a donn\u00e9 aucun moyen au secteur public pour y r\u00e9pondre. Voici donc un grand chantier \u00e0 ouvrir en donnant au service public non pas toute la place, mais toute sa place. La responsabilit\u00e9 publique pourrait s&#8217;exercer avec plus de ma\u00eetrise des projets \u00e0 mettre en oeuvre.<\/p>\n<p> <strong> Mais certains pourraient craindre la &#8221; tutelle &#8221; du public, d&#8217;autres une &#8221; liaison dangereuse &#8221; du public avec le priv\u00e9, d&#8217;autres opposer un a priori culturel, issu de l&#8217;exp\u00e9rience, et insurmontable&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> Par responsabilit\u00e9 publique, il faut entendre diff\u00e9rents pouvoirs publics qui exerceraient \u00e0 ces diff\u00e9rents niveaux leur responsabilit\u00e9. La mixit\u00e9 public-priv\u00e9 est une question majeure qu&#8217;on ne peut pas contourner. Elle pose effectivement le probl\u00e8me des \u00e9changes d&#8217;enseignants entre le priv\u00e9 et le public, celui des stages, de la formation continue, de la recherche et de la transmission des savoirs et des savoir-faire. Pour qu&#8217;il y ait une r\u00e9elle efficacit\u00e9 sociale en mati\u00e8re de mixit\u00e9, il ne faut pas lui fixer, comme le veut le patronat, un objectif prioritaire de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re, mais la r\u00e9ponse aux besoins du pays et de la jeunesse. C&#8217;est \u00e0 cet objectif qu&#8217;entend r\u00e9pondre le concept de responsabilit\u00e9 publique. L&#8217;autonomie des \u00e9tablissements d&#8217;Enseignement sup\u00e9rieur, gagn\u00e9e en 1968, est un point d&#8217;appui important pour la r\u00e9novation et la d\u00e9mocratisation des services publics de l&#8217;enseignement et de la recherche, outils essentiels \u00e0 une telle politique. Et les communistes sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 participer concr\u00e8tement, avec leur r\u00e9flexion originale, aux grands chantiers \u00e0 ouvrir pour changer.<\/p>\n<p> <strong> Vous dites d\u00e9mocratisation, Claude All\u00e8gre parle de d\u00e9bureaucratisation. Voulez-vous dire la m\u00eame chose ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> Le besoin s&#8217;impose est aujourd&#8217;hui d&#8217;\u00eatre effectivement plus efficace, d&#8217;augmenter la qualit\u00e9 et la justice sociale dans le service rendu. D\u00e9bureaucratiser, oui, mais en r\u00e9novant et d\u00e9mocratisant, ne rel\u00e8ve pas d&#8217;effet de mode, ce qui garantit efficacit\u00e9 et justice. La qualit\u00e9 d\u00e9pend tr\u00e8s largement des moyens que l&#8217;on va donner, mais aussi de la responsabilisation des enseignants et des chercheurs en mati\u00e8re de d\u00e9finition des objectifs et des contenus de formation. La d\u00e9mocratisation est une condition de la qualit\u00e9 des formations sup\u00e9rieures. L&#8217;utilisation des termes n&#8217;est pas neutre. Ainsi celui de &#8221; massification &#8221; dans l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;Enseignement sup\u00e9rieur. Il est p\u00e9joratif. Nous savons en revanche que la majorit\u00e9 des jeunes de demain vont devoir passer par l&#8217;Enseignement sup\u00e9rieur pour \u00eatre form\u00e9s. La question n&#8217;est pas de r\u00e9pondre \u00e0 la &#8221; massification &#8220;, mais plut\u00f4t de garantir l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 un service public de qualit\u00e9 \u00e0 tous ceux qui en ont besoin. L&#8217;\u00e9laboration des politiques et de fili\u00e8res de formation, la r\u00e9vision des contenus, des programmes, la gestion des carri\u00e8res sont \u00e0 l&#8217;ordre du jour de cette d\u00e9mocratisation du service public.<\/p>\n<p> <strong> En quoi la d\u00e9mocratisation pourrait faire face au probl\u00e8me soulev\u00e9 du contenu des formations initiales et universitaires ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> En donnant aux enseignants l&#8217;opportunit\u00e9 d&#8217;exprimer le potentiel consid\u00e9rable dont ils sont d\u00e9tenteurs. Cela suppose \u00e9galement une meilleure articulation entre le secondaire et le sup\u00e9rieur, qui n&#8217;existe pas actuellement, tant dans la d\u00e9finition des formations que dans l&#8217;orientation des futurs \u00e9tudiants. Par ailleurs, la red\u00e9finition des contenus et surtout la finalisation professionnelle des enseignements sup\u00e9rieurs qu&#8217;on ne peut opposer \u00e0 l&#8217;indispensable culture g\u00e9n\u00e9rale de base et \u00e0 la formation citoyenne passent, \u00e0 mon avis, par un d\u00e9bat qui ne concerne pas seulement les enseignants, mais tous les acteurs de la vie sociale, \u00e9lus r\u00e9gionaux, entreprises, organisations syndicales, en regard des mutations du travail et de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p> <strong> Comment abordez-vous un probl\u00e8me majeur pour les jeunes et leurs familles, celui de l&#8217;allocation sociale ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Hayot : <\/strong> Un fait nouveau \u00e9merge: les uns l&#8217;appellent &#8221; massification &#8220;. Je pr\u00e9f\u00e8re parler de satisfaction des besoins immenses en mati\u00e8re d&#8217;enseignement sup\u00e9rieur aujourd&#8217;hui, avec la pluralit\u00e9 des attentes, la diff\u00e9renciation sociale des \u00e9tudiants, l&#8217;aspiration \u00e0 l&#8217;autonomie de la jeunesse, la dur\u00e9e des \u00e9tudes. La nation doit voir dans la formation de sa jeunesse un \u00e9l\u00e9ment essentiel d&#8217;\u00e9l\u00e9vation de son niveau culturel, social et d\u00e9mocratique ainsi que de la cr\u00e9ation et de l&#8217;innovation, et investir en elle. Il est temps de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des formes de pr\u00e9-salariat, avec certainement une priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 ceux qui en ont le plus besoin, mais il ne peut plus s&#8217;agir simplement d&#8217;une &#8221; bourse &#8220;. La soci\u00e9t\u00e9 doit r\u00e9pondre \u00e0 un imp\u00e9ratif du troisi\u00e8me mill\u00e9naire, l&#8217;imp\u00e9ratif de l&#8217;intelligence qui passe par l&#8217;acc\u00e8s pour tous \u00e0 une formation sup\u00e9rieure de qualit\u00e9. Le statut social de la personne en formation, l&#8217;\u00e9tudiant, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 sous cet angle. Il est grand temps d&#8217;ouvrir ce d\u00e9bat.n<\/p>\n<p>* Universitaire, membre du comit\u00e9 national du PCF, charg\u00e9 des questions de l&#8217;Enseignement sup\u00e9rieur et de la Recherche.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Alain Hayot <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-625","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/625","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=625"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/625\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=625"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=625"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=625"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}