{"id":623,"date":"1997-09-01T00:00:00","date_gmt":"1997-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ville-sujets-ou-assujettis623\/"},"modified":"1997-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-08-31T22:00:00","slug":"ville-sujets-ou-assujettis623","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=623","title":{"rendered":"Ville: sujets ou assujettis ?"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;intervention citoyenne n&#8217;est pas une sorte d&#8217;excroissance qui serait aux combats politiques ce que la cerise est sur le g\u00e2teau. Un mode d&#8217;implication dans lequel le citoyen n&#8217;intervient qu&#8217;\u00e0 la marge s&#8217;\u00e9puise vite. Cette intervention doit \u00eatre con\u00e7ue comme nourrissant de mani\u00e8re multiforme un processus d\u00e9bouchant sur des d\u00e9cisions que les citoyens s&#8217;approprient parce qu&#8217;\u00e9tant les leurs. A l&#8217;\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9, cette vis\u00e9e a une nette port\u00e9e civilisationnelle. Le rapport des citoyens avec ceux &#8221; qui d\u00e9cident &#8221; en serait boulevers\u00e9 de fond en comble. C&#8217;est n\u00e9cessairement un renversement de perspectives pour ceux qui sont en charge de responsabilit\u00e9s. L&#8217;\u00e9difice d\u00e9l\u00e9gataire, dans toutes ses variantes, atteint ses butoirs historiques. La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise aligne depuis vingt ans ses secousses pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur parce que les attitudes b\u00e9ates \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des pouvoirs et des d\u00e9cideurs, quels qu&#8217;ils soient, ne sont plus de mise. Echaud\u00e9s, les Fran\u00e7ais sont devenus plus exigeants, demandent des comptes, sont moins \u00e0 la recherche du &#8221; sauveur &#8221; sens\u00e9 r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes et parler \u00e0 leur place. Il y a l\u00e0 mati\u00e8re \u00e0 cultiver l&#8217;exigence montante d&#8217;une autre mani\u00e8re de faire de la politique. Mais aussi, le pire, car la distanciation avec la politique telle qu&#8217;elle est per\u00e7ue, faite de reniements et de d\u00e9ceptions, ajout\u00e9e aux formes aigu\u00ebs de d\u00e9structurations sociales, ont aliment\u00e9 les replis, le vote Front national, l&#8217;abstention, la non-inscription sur les listes \u00e9lectorales.<\/p>\n<p>Ce noeud de contradictions n&#8217;est pas insurmontable. Cela implique de situer l&#8217;intervention citoyenne au niveau ad\u00e9quat pour en faire un levier de d\u00e9passement des rapports sociaux existants. Cet enjeu balaye tout le champ d&#8217;intervention. Il ne saurait se r\u00e9duire au &#8221; local &#8221; m\u00eame si ce niveau, j&#8217;y reviendrai, est embl\u00e9matique de fortes potentialit\u00e9s. De fait, les rapports qu&#8217;\u00e9tablissent les citoyens \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des espaces de d\u00e9cision sont paradoxaux. Plus l&#8217;\u00e9chelon appara\u00eet \u00e0 port\u00e9e d&#8217;intervention (mairie, conseil g\u00e9n\u00e9ral), le sentiment de pouvoir peser et compter est plus pr\u00e9gnant. Cela n&#8217;est pas sans ambigu\u00eft\u00e9. Ne demande-t-on pas aux maires un emploi, la s\u00e9curit\u00e9, une \u00e9cole de la r\u00e9ussite ? Autant de domaines pour lesquels ils ne disposent pourtant que d&#8217;\u00e9troites marges de manoeuvre. Mais cette diff\u00e9renciation commun\u00e9ment int\u00e9rioris\u00e9e entre &#8221; le pouvoir d&#8217;en haut &#8221; et &#8221; le pouvoir d&#8217;en bas &#8221; ne constitue pas un obstacle. Ce qui peut conduire les citoyens \u00e0 consid\u00e9rer qu&#8217;ils peuvent, au total, compter r\u00e9ellement et \u00e0 tous les niveaux, c&#8217;est l&#8217;exp\u00e9rience qu&#8217;ils tirent de leurs interventions. L\u00e0 est la source dans laquelle ils peuvent puiser confiance dans leur propre force et lucidit\u00e9 sur la nature des r\u00e9sistances rencontr\u00e9es. C&#8217;est dans ce cheminement qu&#8217;ils se frottent &#8221; aux pouvoirs &#8220;. D\u00e8s lors, qu&#8217;ils rel\u00e8vent de l&#8217;Etat, du local, de l&#8217;entreprise, ou d&#8217;autres niveaux, c&#8217;est bien dans ce rapport, le plus souvent conflictuel, que peut grandir l&#8217;exigence d&#8217;une autre relation entre le peuple et ceux qui sont sens\u00e9s les repr\u00e9senter et d\u00e9cider. Les formes innovantes d&#8217;interventions citoyennes sont issues de ce gisement. Songeons, par exemple, au mouvement des cin\u00e9astes contre les lois Debr\u00e9, \u00e0 la fa\u00e7on dont les luttes sociales depuis deux ans ont fait \u00e9merger de nouvelles pratiques, aux actions des sans-logis, sans-papiers, sans-emploi. Ces mouvements ont produit de la radicalit\u00e9 sur le fond comme sur la forme, et rendu insupportables les attitudes de ceux qui manient avec arrogance leur pouvoir, coup\u00e9s des r\u00e9alit\u00e9s et sourds aux pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p> <strong> Restituer du pouvoir d&#8217;intervention et de d\u00e9cision aux electeurs <\/strong><\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce donc aujourd&#8217;hui bien g\u00e9rer pour un maire communiste ? C&#8217;est avant tout restituer du pouvoir d&#8217;intervention et de d\u00e9cision \u00e0 ceux qui vous en ont confi\u00e9. Une telle approche peut-elle d\u00e9responsabiliser des \u00e9lus, qui, apr\u00e8s tout, ont \u00e9t\u00e9 choisis sur un programme pour lequel les \u00e9lecteurs leur ont &#8221; d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 &#8221; son application ? Pr\u00e9cis\u00e9ment cette fa\u00e7on de concevoir le rapport &#8221; \u00e9lu-citoyen &#8220;, &#8221; repr\u00e9sentants-repr\u00e9sent\u00e9s &#8221; n&#8217;est-elle pas quelque peu \u00e9troite et, avouons-le, d&#8217;une assez faible plus-value citoyenne ? Certes, les \u00e9lus tiennent leur l\u00e9gitimit\u00e9 du suffrage universel. A ce titre, le moment d\u00e9l\u00e9gataire dans un processus d\u00e9mocratique (je me fais repr\u00e9senter par&#8230;) est un indispensable passage. Mais pour quel usage ? C&#8217;est \u00e0 ce point pr\u00e9cis que le champ des possibles s&#8217;ouvre. Il s&#8217;agit d&#8217;engager une relation directe du citoyen avec les enjeux tels qu&#8217;ils se posent. L&#8217;\u00e9lu, le maire, dans ce cadre, se positionnent en relais citoyens par une attitude de mise en perspective et d&#8217;accompagnement des d\u00e9bats. Ce faisant, le r\u00f4le des \u00e9lus ne se r\u00e9duit pas \u00e0 celui d&#8217;interface passif citoyen\/soci\u00e9t\u00e9. Ils ont \u00e9videmment des responsabilit\u00e9s qui impliquent en propre des r\u00e9flexions et des propositions. Mais tout r\u00e9side dans l&#8217;ordre des facteurs. En mettant en rapport l&#8217;\u00e9nergie que les \u00e9lus consacrent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir entre eux et leurs collaborateurs, et celle qu&#8217;ils consacrent aux habitants pour \u00e9laborer et d\u00e9cider, on constatera que, d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le risque n&#8217;est vraiment pas de trop en faire en \u00e9laboration directe. La propension \u00e0 &#8221; d\u00e9battre &#8221; avec les gens sur des projets largement ficel\u00e9s me semble \u00eatre, en effet, encore une pratique dominante. La prise en charge \u00e0 la source par les habitants d&#8217;une ville ou d&#8217;un quartier de leurs probl\u00e8mes dits &#8221; imm\u00e9diats &#8221; s&#8217;apparente-t-elle \u00e0 un \u00e9vitement des enjeux sens\u00e9s \u00eatre de plus grande envergure ?<\/p>\n<p> <strong> Des reniements qui ont nourri scepticisme et d\u00e9ception <\/strong><\/p>\n<p>Y a-t-il un crit\u00e8re absolu qui puisse d\u00e9finir ce qui est majeur ou secondaire ? Les \u00e9lus sont bien plac\u00e9s pour savoir qu&#8217;un probl\u00e8me qualifi\u00e9 de secondaire peut mobiliser du monde, susciter bien des d\u00e9bats et des conflits. Un am\u00e9nagement de quartier n&#8217;est pas en soi un enjeu strat\u00e9gique. Mais quand cet am\u00e9nagement d\u00e9poss\u00e8de les citoyens, qui peut penser dans ce contexte que ceux-ci puissent aller au-del\u00e0 dans leur engagement ? Qui peut le plus peut le moins, dit-on. En l&#8217;occurrence, ne faut-il pas inverser la formule ? Une insuffisance de prise en compte de probl\u00e8mes ressentis quotidiennement par les populations peut conduire \u00e0 des enfermements politiques dommageables. Il n&#8217;est que de voir, pour ne prendre que l&#8217;exemple de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9, comment ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui plombe certains quartiers am\u00e8ne des habitants \u00e0 plier leur vision de la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 ce seul credo. De l\u00e0 les fuites en avant extr\u00e9mistes propices \u00e0 renforcer le Front national. Les comit\u00e9s de quartier, le d\u00e9veloppement de la vie associative, des conseils municipaux ouverts aux interventions des habitants, les consultations, des \u00e9laborations budg\u00e9taires o\u00f9 les affectations des investissements sont d\u00e9cid\u00e9s par les habitants eux-m\u00eames n&#8217;ont pas, en soi, la vertu de g\u00e9n\u00e9rer des prises de conscience plus amples. Mais ce d\u00e9ploiement citoyen ne nous en \u00e9loigne pas. C&#8217;est bien en partant des pr\u00e9occupations telles qu&#8217;elles apparaissent et s&#8217;expriment que peuvent le mieux s&#8217;\u00e9clairer les responsabilit\u00e9s. Y a-t-il \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 entre les puissants mouvements sociaux qui se sont exprim\u00e9s pour contester frontalement certains choix et la multitude d&#8217;initiatives qui se mettent en oeuvre dans les villes et les quartiers ? Et puis existe-t-il un type d&#8217;enjeu qui rel\u00e8verait exclusivement d&#8217;un seul niveau de r\u00e9solution ? Nous savons d&#8217;exp\u00e9rience ce que sont les imbrications multiples qui fa\u00e7onnent des comportements politiques \u00e0 un moment donn\u00e9. L&#8217;aspiration \u00e0 plus et mieux de citoyennet\u00e9 est une donn\u00e9e qui ne cesse de cro\u00eetre. Elle est port\u00e9e par une large diversit\u00e9 d&#8217;acteurs de la vie publique. Elle ne se d\u00e9cline pas pour tous sur un m\u00eame registre. Les \u00e9lus, particuli\u00e8rement les \u00e9lus locaux, ont \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence une fonction sp\u00e9cifique d&#8217;entra\u00eenement. Mais les partis, les syndicats, les associations, le mouvement sportif, entre autres, jouent aussi un r\u00f4le. Leurs interventions par leur contenu et leurs objectifs se d\u00e9ploient de mani\u00e8re n\u00e9cessairement diff\u00e9renci\u00e9e. Qu&#8217;il existe, \u00e7a et l\u00e0, la propension \u00e0 opposer des pratiques de proximit\u00e9 (qui seraient efficaces) aux combats pour changer la logique des choix mis en oeuvre nationalement (qui seraient illusoires) est ind\u00e9niable. Les pouvoirs en place n&#8217;ont-ils pas, eux-m\u00eames, privil\u00e9gi\u00e9 ces approches pour mieux se disculper de leurs responsabilit\u00e9s, particuli\u00e8rement en mati\u00e8re d&#8217;emploi ou de fiscalit\u00e9 ? Mais prend-on le contre-pied de ce fait, en faisant la fine bouche \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de ce qui se met en mouvement sous le pr\u00e9texte que leur charge contestataire n&#8217;aurait qu&#8217;une port\u00e9e limit\u00e9e ? Ne doit-on pas en v\u00e9rit\u00e9 plut\u00f4t consid\u00e9rer que c&#8217;est dans une dynamique d&#8217;implication que la port\u00e9e des interventions a le plus de potentialit\u00e9s pour progresser et s&#8217;enrichir ?<\/p>\n<p>R\u00e9pondre par la n\u00e9gative \u00e0 cette question, c&#8217;est d&#8217;une certaine mani\u00e8re s&#8217;en remettre \u00e0 une hypoth\u00e9tique appropriation des leviers \u00e9tatiques sens\u00e9e apporter un changement de grande port\u00e9e. L&#8217;attente &#8221; du grand soir &#8220;, \u00e9vacu\u00e9e douloureusement par la porte de l&#8217;exp\u00e9rience, reviendrait ainsi par la fen\u00eatre du tout ou rien. Nul ne le nie: la politique, dans son mode de fonctionnement et de repr\u00e9sentation, est en \u00e9tat de crise. Pas seulement parce que, depuis 1981, les reniements successifs ont nourri scepticisme et d\u00e9ception. Cet aspect a fonctionn\u00e9 \u00e0 coup s\u00fbr comme un acc\u00e9l\u00e9rateur mais n&#8217;en constitue pas l&#8217;explication centrale. L&#8217;inad\u00e9quation actuelle du champ politique (mais on pourrait l&#8217;\u00e9largir au champ syndical) avec les attentes de l&#8217;opinion tient \u00e0 l&#8217;ampleur m\u00eame des bouleversements contradictoires qui travaillent, bousculent et d\u00e9stabilisent la soci\u00e9t\u00e9, l&#8217;entreprise, les institutions. En ce sens, tous les partis sont au pied du mur. Pour le Parti communiste, la question centrale qui lui est pos\u00e9e, c&#8217;est d&#8217;\u00eatre en capacit\u00e9 de poursuivre et d&#8217;amplifier sa mutation. La construction d&#8217;une r\u00e9appropriation citoyenne de la politique a besoin d&#8217;une composante communiste qui soit cr\u00e9atrice d&#8217;id\u00e9es et d&#8217;exp\u00e9rimentations. Nous n&#8217;en sommes qu&#8217;au d\u00e9but de la mise en oeuvre de cette d\u00e9marche. Mais d\u00e9j\u00e0 le regard int\u00e9ress\u00e9 que les Fran\u00e7ais portent sur nos \u00e9volutions t\u00e9moigne que ce chemin est le bon.<\/p>\n<p>* Maire de Morsang-sur-Orge.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;intervention citoyenne n&#8217;est pas une sorte d&#8217;excroissance qui serait aux combats politiques ce que la cerise est sur le g\u00e2teau. Un mode d&#8217;implication dans lequel le citoyen n&#8217;intervient qu&#8217;\u00e0 la marge s&#8217;\u00e9puise vite. 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