{"id":6219,"date":"2013-02-06T19:49:48","date_gmt":"2013-02-06T18:49:48","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-fille-de-nulle-part-le-home6219\/"},"modified":"2013-02-06T19:49:48","modified_gmt":"2013-02-06T18:49:48","slug":"la-fille-de-nulle-part-le-home6219","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6219","title":{"rendered":"La Fille de nulle part, le home cin\u00e9ma de Jean-Claude Brisseau"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Pour son retour derri\u00e8re la cam\u00e9ra, Jean Claude Brisseau se met lui m\u00eame en sc\u00e8ne et signe un film \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019introspection et du fantastique. Un opus sans argent, mais dot\u00e9 des plus beaux moyens du cin\u00e9ma. L\u2019\u0153uvre d\u2019un grand artisan et d\u2019un cin\u00e9aste r\u00e9silient.<\/p>\n<p>Avouons qu\u2019on l\u2019avait un peu volontairement perdu de vue, Brisseau. Tr\u00e8s exactement depuis que son nom \u00e9tait apparu plus souvent dans les chroniques judiciaires que dans les pages cin\u00e9ma des journaux, et pour une histoire de cornecul &#8211; un casting aupr\u00e8s de deux com\u00e9diennes, pouss\u00e9 jusqu\u2019au harc\u00e8lement sexuel, qui lui avait valu une condamnation \u00e0 un an avec sursis et 15 000 euros d\u2019amende. Une trilogie de films priapiques plus loin, on ne savait donc plus trop \u00e0 quoi s\u2019attendre de la part de l\u2019auteur de l\u2019ind\u00e9passable <em>De bruit et de fureur<\/em>. D\u2019autant qu\u2019en annon\u00e7ant un huis clos entre une jeune femme recueillie dans une vol\u00e9e d\u2019escaliers et l\u2019ogre Brisseau jouant \u00e0 domicile, le film courait le risque de rester l\u00e0 o\u00f9 la fille \u00e9tait annonc\u00e9e, c\u2019est \u00e0 dire nulle part. Force est de constater qu\u2019il n\u2019en est rien, et c\u2019est tant mieux.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/RLN5fERhMIc\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Car Brisseau choisit de concentrer son propos sur quelques th\u00e8mes qui lui sont chers. Les illusions, les fant\u00f4mes, le d\u00e9sir comme n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019existence, tout cela apparaissant comme une d\u00e9claration d\u2019amour au cin\u00e9ma et au pacte faustien qui lie le spectateur au film. Pour cela le cin\u00e9aste s\u2019appuie sur une intrigue minimale concernant Michel, prof de math \u00e0 la retraite et veuf, venant en aide \u00e0 Dora qu\u2019il d\u00e9couvre tabass\u00e9e sur le pas de sa porte. Ce qui se joue entre les deux a tout de l\u2019\u00e9change\u00a0immat\u00e9riel, entre la jeunesse et l\u2019exp\u00e9rience, la libert\u00e9 de celle qui n\u2019a rien et l\u2019emprisonnement psychique de celui qui n\u2019a plus personne, entre l\u2019\u00e9sot\u00e9risme \u00e9rotique de Dora et la rationalit\u00e9 marxiste de Michel. F\u00e9conde \u00e0 la fois pour l\u2019une et pour l\u2019autre, ce qui d\u00e9marrait comme une confrontation entre deux animaux solitaires se transforme au fur et \u00e0 mesure en un tandem complice, une couplicit\u00e9 des misfits de la soci\u00e9t\u00e9.  <\/p>\n<p>Cin\u00e9aste marxiste, Brisseau profite en outre de cet \u00e9cart de g\u00e9n\u00e9rations pour transmettre, sans fausse nostalgie, mais avec un d\u00e9sespoir poignant, les r\u00eaves bris\u00e9s de mai 68. Racontant d\u2019une part \u00e0 Dora le suicide de l\u2019un de ses camarades de r\u00e9voltes apr\u00e8s la reprise en main gaulliste, \u00e9coutant d\u2019autre part son plus vieil ami disserter sur le d\u00e9sir qui refuse de se rendre malgr\u00e9 le temps qui passe, le laissant terminer par cette r\u00e9plique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0le Parti m\u2019a nomm\u00e9 au conseil municipal. Et pourtant je m\u2019emmerde\u00a0\u00bb<\/em>. Auraient-ils hallucin\u00e9 leurs jeunesses\u00a0?<\/p>\n<p>Ce th\u00e8me de l\u2019illusion d\u2019ailleurs parcours l\u2019ensemble du film, lui donnant une vigueur particuli\u00e8re, sans laquelle peut \u00eatre la relation entre la belle (Virginie Legeay), et la b\u00eate (Jean Claude Brisseau) aurait pu n\u2019\u00eatre qu\u2019un aimable face \u00e0 face rohm\u00e9rien. C\u2019est alors que Brisseau fait intervenir l\u2019un de ses meilleurs motifs, celui du fantastique. On ne pensait pas encore possible de pouvoir surprendre un spectateur avec une prise de son satur\u00e9e et une paire de draps. C\u2019est pourtant ce qui arrive, r\u00e9v\u00e9lant par l\u00e0, toute l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, la pr\u00e9cision dans le d\u00e9coupage des sc\u00e8nes de Brisseau. Donnant \u00e0 voir ce qu\u2019on pourrait se r\u00e9sumer tout simplement par un talent de cin\u00e9aste.  <\/p>\n<p>Talentueux, Brisseau l\u2019est aussi certainement pour avoir r\u00e9ussi \u00e0 monter son film dans une sorte \u00ab\u00a0d\u2019ailleurs \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Disposant de 70 000 \u20ac provenant de la diffusion t\u00e9l\u00e9 de l\u2019un de ses pr\u00e9c\u00e9dents films, le metteur en sc\u00e8ne a profit\u00e9 de ce r\u00e9gime forc\u00e9 pour enlever tout le gras qu\u2019on voit dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais actuel. R\u00e9duisant \u00e0 l\u2019os son \u00e9quipe avec un chef op\u00e9rateur, et trois com\u00e9diens plus lui m\u00eame, son cin\u00e9ma retrouve en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, en efficacit\u00e9, comme s\u2019il renouait avec cette n\u00e9cessit\u00e9 vitale qui fait le sel des films de la nouvelle vague fran\u00e7aise. Contrairement \u00e0 Truffaut qui, lorsqu\u2019il tourna <em>La peau douce<\/em> dans son propre appartement parisien, marqua son arriv\u00e9e dans le cadre bourgeois d\u2019un cin\u00e9ma traditionnel, Brisseau fait le chemin inverse et revient \u00e0 la forme de ses premiers courts m\u00e9trages, ceux qui avait donn\u00e9 envie \u00e0 Pialat (et Rohmer) d\u2019aider le jeune prof de fran\u00e7ais cin\u00e9phile \u00e0 passer la rampe de la r\u00e9alisation longue. Voir revenir ainsi \u00e0 la vie un cin\u00e9aste qu\u2019on croyait disparu, ou, \u00e0 tout le moins pass\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de spectre ne peut que nous r\u00e9jouir. Il aura fallu que chez Brisseau le bruit laisse sa place au (presque) silence, pour voir ressurgir une sorte de fureur. Celle du beau geste, celle du cin\u00e9ma.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour son retour derri\u00e8re la cam\u00e9ra, Jean Claude Brisseau se met lui m\u00eame en sc\u00e8ne et signe un film \u00e0 la fronti\u00e8re de l\u2019introspection et du fantastique. Un opus sans argent, mais dot\u00e9 des plus beaux moyens du cin\u00e9ma. 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