{"id":6181,"date":"2013-01-30T20:18:06","date_gmt":"2013-01-30T19:18:06","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/lincoln-de-spielberg-une-ode-a-la6181\/"},"modified":"2013-01-30T20:18:06","modified_gmt":"2013-01-30T19:18:06","slug":"lincoln-de-spielberg-une-ode-a-la6181","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6181","title":{"rendered":"Lincoln de Spielberg, une ode \u00e0 la gloire de l&#8217;Am\u00e9rique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c9v\u00e9nement de ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, le film que Steven Spielberg consacre \u00e0 la figure tut\u00e9laire d\u2019Abraham Lincoln retrace le parcours sinueux qui d\u00e9boucha sur l\u2019adoption du 13\u00e8me amendement, inscrivant dans la Constitution des \u00c9tats-Unis l\u2019abolition de l\u2019esclavage. Un <em>biopic<\/em> sur Lincoln tout autant qu\u2019un film \u00e0 la gloire de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine avec au bout quelques p\u00e9pites quand m\u00eame\u2026<\/p>\n<p>Le film s\u2019ouvre sur un combat au corps \u00e0 corps, soldats noirs et blancs de l\u2019Union Yankee contre Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s sudistes dans un champ tellement boueux qu\u2019on n\u2019y distingue ni les uns ni les autres. Nous sommes en Am\u00e9rique, dans les derniers mois de la guerre de s\u00e9cession. A l\u2019issue du combat, Lincoln, assis sur une estrade en bois re\u00e7oit quelques conscrits, parmi lesquels deux engag\u00e9s noirs, qui lui rappellent ses promesses concernant l\u2019abolition de l\u2019esclavage et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits pour chaque individu. Deux heures et demi plus tard, la premi\u00e8re sera honor\u00e9e au prix d\u2019un abandon de la seconde\u00a0qui ne sera effective, via les luttes pour les droits civiques, qu\u2019un si\u00e8cle plus tard. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/T_gQYxLkA6g\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Pour asseoir ce qu\u2019il faut bien appeler son hagiographie de Lincoln en tant que monument de l\u2019Histoire, Spielberg fait le choix de donner \u00e0 voir en montage parall\u00e8le, \u00e0 la fois la personne priv\u00e9e, <em>pater familias<\/em> tortur\u00e9 par le d\u00e9c\u00e8s de ses enfants, et l\u2019animal politique, convaincu qu\u2019il lui faut faire voter l\u2019abolition de l\u2019esclavage avant de mettre fin \u00e0 la guerre civile, au risque du retour de cette derni\u00e8re, une fois la paix revenue. Le fait qu\u2019il manque vingt voix \u00e0 Lincoln pour faire passer son texte ne pose manifestement pas de probl\u00e8me insurmontable. Si le pr\u00e9sident refuse d\u2019acheter directement les parlementaires, leur proposer des postes de complaisance ne semble pas sacril\u00e8ge \u00e0 sa morale politique. Plus d\u00e9licate en revanche se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre la manipulation, et de la gauche du Congr\u00e8s favorable \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits, et de la frange la moins convaincu des r\u00e9publicains qui pr\u00e9f\u00e9rerait signer la paix plut\u00f4t que l\u2019abolition. S\u2019il reviendra aux uns d\u2019accepter de rogner sur leurs convictions, et aux autres d\u2019\u00eatre les dupes du double jeu de Lincoln pour que l\u2019amendement soit vot\u00e9, l\u2019id\u00e9ologie qui sous tend cet enjeux se r\u00e9v\u00e8le assez \u00ab\u00a0soc\u2019dem\u00a0\u00bb en fait, pr\u00e9f\u00e9rant le compromis historique au basculement radical du syst\u00e8me. Une politique des petits pas, tr\u00e8s \u00ab\u00a0d\u00e9mocrate\u00a0\u00bb dont le cynisme politicien se voit contrebalanc\u00e9 par la figure bic\u00e9phale du personnage Lincoln, entre \u00ab\u00a0monsieur petites blagues\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0lider maximo\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On sait le cin\u00e9ma am\u00e9ricain agir comme outil de <em>softpower<\/em> politique et diplomatique de par le monde, transmettant son message aux nations. Il n\u2019est pas anodin de constater alors que le projet de ce <em>biopic<\/em> remonte \u00e0 10 ans, en pleine \u00e8re Bush Jr. Comme si Spielberg, en s\u2019attaquant \u00e0 son Lincoln avait tenu \u00e0 faire passer l\u2019id\u00e9e que l\u2019Am\u00e9rique vaut quand m\u00eame le coup. La sortie du film post r\u00e9\u00e9lection d\u2019Obama en plein d\u00e9bat sur le contr\u00f4le des armes \u00e0 feu (et chez nous sur le mariage pour tous) lui permet de d\u00e9velopper en outre une pertinence interne, Lincoln jouant alors comme discours sur la m\u00e9thode politique qu\u2019il conviendrait d\u2019employer pour d\u00e9passer les clivages et oppositions de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Esth\u00e9tiquement cr\u00e9pusculaire Lincoln s\u2019appuie sur l\u2019incarnation d\u2019outre tombe de Daniel Day Lewis, spectre marmor\u00e9en du pr\u00e9sident am\u00e9ricain \u00e0 l\u2019avant veille de son assassinat, phare de la pens\u00e9e politique, titan de l\u2019Histoire. A cette figure un peu sur humaine du commandeur, on pr\u00e9f\u00e9rera sans nul doute ici la prestation de Tommy Lee Jones, monsieur \u00ab\u00a0man in black\u00a0\u00bb, dans le r\u00f4le de Thaddeus Stevens. Un opposant de l\u2019int\u00e9rieur dont le r\u00f4le central dans la victoire de Lincoln nous \u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent inconnu. Un r\u00e9publicain tr\u00e8s radical, progressiste inoxydable, et orateur hors pair, bref une esp\u00e8ce de M\u00e9lenchon <em>yankee<\/em>, la bonne surprise\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9v\u00e9nement de ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, le film que Steven Spielberg consacre \u00e0 la figure tut\u00e9laire d\u2019Abraham Lincoln retrace le parcours sinueux qui d\u00e9boucha sur l\u2019adoption du 13\u00e8me amendement, inscrivant dans la Constitution des \u00c9tats-Unis l\u2019abolition de l\u2019esclavage. Un <em>biopic<\/em> sur Lincoln tout autant qu\u2019un film \u00e0 la gloire de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine avec au bout quelques p\u00e9pites quand m\u00eame\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[357,299],"class_list":["post-6181","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web","tag-chronique","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6181","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6181"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6181\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}