{"id":618,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/noir618\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"noir618","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=618","title":{"rendered":"NOIR"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>La trameUne caract\u00e9ristique des romans de Jim Nisbet, c&#8217;est que d\u00e8s les premi\u00e8res pages &#8211; qui sont comme des ouvertures &#8211; le lecteur se sent entra\u00een\u00e9 sur des territoires, de la conscience plut\u00f4t que de l&#8217;espace, qu&#8217;il n&#8217;avait jusque l\u00e0 pas explor\u00e9s. Et que le sol risque de se d\u00e9rober sous ses pieds d&#8217;arpenteur pourtant familier du polar, que l&#8217;aventure risque fort de ne pas se d\u00e9rouler sans \u00e9motions fortes, sans effets secondaires&#8230; Qu&#8217;on en juge. Dans le premier roman publi\u00e9 en France de cet auteur n\u00e9 en Caroline du Nord en 1947, Les damn\u00e9s ne meurent jamais (1981, traduction fran\u00e7aise 1990), les flics d\u00e9couvrent, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;appartement o\u00f9 une femme vient d&#8217;\u00eatre assassin\u00e9e de la fa\u00e7on la plus sanglante, quelques lignes tap\u00e9es \u00e0 la machine par un \u00e9crivain sp\u00e9cialis\u00e9 dans les histoires d&#8217;horreur. Ces lignes &#8211; &#8221; J&#8217;ai toujours voulu \u00e9corcher vif une femme &#8221; &#8211; le rendent tout naturellement suspect aux yeux des enqu\u00eateurs. Et va s&#8217;ensuivre une enqu\u00eate qui se transforme en plong\u00e9e dans l&#8217;univers de violence &#8221; sociopathe &#8221; des bas-fonds de San Francisco, o\u00f9 les surprises et les hal\u00e8tements du lecteur prolongent ceux du d\u00e9tective Martin Windrow. Depuis ce livre, Nisbet a \u00e9limin\u00e9 le private eye (qu&#8217;on retrouve tout de m\u00eame dans le Chien d&#8217;Ulysse) de ses histoires.&#8221; C&#8217;est une facilit\u00e9 que d&#8217;utiliser un priv\u00e9, dit-il. Il y a d&#8217;autres probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre en tant qu&#8217;\u00e9crivain, et ce type de personnage a fini par me para\u00eetre un alibi.&#8221; Mais le salutaire d\u00e9rangement caus\u00e9 par ses choix de sujets demeure une constante. Ainsi, Pr\u00e9lude \u00e0 un cri, que viennent de publier les \u00e9ditions Rivages (1), d\u00e9bute par les d\u00e9sirs de drague d&#8217;un Am\u00e9ricain moyen. Et il faut citer l\u00e0 un court extrait pour juger de la richesse de langue de l&#8217;auteur (traduit par Freddy Michalski) qui accompagne un propos d&#8217;une certaine crudit\u00e9.&#8221; Le vendredi soir \u00e9tait pour Stanley son soir \u00e0 sexe, et la fellation maraudeuse et ambulatoire \u00e9tait l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il s&#8217;en faisait. Pas la position du missionnaire, pas la sodomie, pas les grognements d&#8217;une entreprise athl\u00e9tique, pas les grommellements th\u00e9\u00e2traux, pas la sueur glissant en rigole de la pointe de son nez, pas un voile de moiteur luisante au creux des petites fossettes d&#8217;une chute de reins, pas une couche circulaire, mauve avec fleurs de lys jaune p\u00e2le et miroir fum\u00e9 encadr\u00e9 de laiton au plafond \u00e9carlate, pas de champagne ni de caviar ou tout un tas de commentaires ad\u00e9no\u00efdaux \u00e0 propos de l&#8217;\u00e9vocation par Debussy des fontaines sanglotant d&#8217;extase du po\u00e8me de Verlaine, pas de coulures de cire de bougie chaude sur des t\u00e9tons, pas d&#8217;exploits violents, nu sous imperm\u00e9able, dans des cabines t\u00e9l\u00e9phoniques aux coulures de pisse comme autant de mesures \u00e0 l&#8217;eau-forte: aucune de ces choses ne l&#8217;int\u00e9ressait.&#8221; Cela, ce foisonnement, c&#8217;est la touche Nisbet (grand lecteur du XIXe et admirateur de Huysmans et Stendhal&#8230;), teint\u00e9e d&#8217;un tr\u00e8s d\u00e9capant humour noir. L&#8217;enfer sur terre (ce n&#8217;est pas un hasard si Nisbet d\u00e9die Pr\u00e9lude \u00e0 un cri au regrett\u00e9 Robin Cook qui en fut un autre grand explorateur), cet auteur n&#8217;a pas son pareil pour nous y faire voyager. Et il faut citer \u00e0 cet effet les hallucinantes cinquante premi\u00e8res pages d&#8217;Injection mortelle o\u00f9 l&#8217;on &#8221; accompagne &#8221; un m\u00e9decin venu assister dans ses derniers instants un Noir innocent condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 dans un de ces sinistres couloirs de la mort, forme moderne et pr\u00e9tendument aseptis\u00e9e de la barbarie. Homme au bout du rouleau, le doc Franklin Royce emploiera le reste de ses jours \u00e0 chercher le vrai coupable, m\u00eame si c&#8217;est sans espoir de retour. Parce qu&#8217;il faut crier pour donner un sens \u00e0 sa vie. Parce qu&#8217;il passe l&#8217;Am\u00e9rique au scalpel, parce qu&#8217;il nous met en face des d\u00e9mons de notre soci\u00e9t\u00e9 comme de ceux que nous avons dans nos t\u00eates, parce qu&#8217;il est aussi un vrai style, Jim Nisbet est aujourd&#8217;hui un des auteurs qui comptent. Encore trop peu lu aux Etats-Unis, c&#8217;est une joie pour nous qu&#8217;il soit reconnu ici o\u00f9 cet architecte ne se lasse pas d&#8217;admirer les entr\u00e9es du m\u00e9tropolitain sign\u00e9es par Hector Guimard il y a presque un si\u00e8cle.<\/p>\n<p>1. Tous les ouvrages de Jim Nisbet en traduction fran\u00e7aise ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s chez Rivages.<\/p>\n<p>Jim Nisbet, Pr\u00e9lude \u00e0 un cri, Rivages thriller, 457 p., 149 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-618","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/618","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=618"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/618\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=618"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=618"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=618"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}