{"id":6163,"date":"2013-01-29T11:00:55","date_gmt":"2013-01-29T10:00:55","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-grand-retournement-de-mordillat6163\/"},"modified":"2013-01-29T11:00:55","modified_gmt":"2013-01-29T10:00:55","slug":"le-grand-retournement-de-mordillat6163","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6163","title":{"rendered":"\u00abLe Grand Retournement\u00bb de Mordillat, se faire plaisir et puis apr\u00e8s ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Mettre en vers et en alexandrins la crise \u00e9conomique, tel \u00e9tait le pari de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, \u00e9conomiste atterr\u00e9. Le r\u00e9sultat, <em>D\u2019un retournement l\u2019autre<\/em>, pi\u00e8ce jubilatoire, est mise en image par  G\u00e9rard Mordillat. On se demande bien pourquoi.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la crise de 2008, dite des subprimes, et de ses dommages collat\u00e9raux, on la conna\u00eet d\u00e9sormais. Au bord de la faillite apr\u00e8s avoir <em>t\u00eetris\u00e9<\/em> des cr\u00e9ances pourries \u00e0 tout va pour leurs plus grands b\u00e9n\u00e9fices, les banques ont fait appel aux Etats pour se renflouer, au pr\u00e9texte de prot\u00e9ger l\u2019\u00e9pargne. Une manne d\u2019argent frais, accord\u00e9e sans r\u00e9elles contreparties, r\u00e9inject\u00e9e <em>illico presto<\/em> dans le circuit financier, cr\u00e9ant pour les comptabilit\u00e9s nationales un endettement insupportable. Ces m\u00eames financiers, une fois les pertes collectivis\u00e9es et les profits, de nouveau privatis\u00e9s, imposent alors \u00e0 leurs sauveurs des cures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9s sans pr\u00e9c\u00e9dent, sous la menace de ne plus financer leurs d\u00e9ficits\u2026 De cette derni\u00e8re manifestation en date du jeu de dupes capitaliste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon en a tir\u00e9 une farce tragique, en vers et en alexandrins, \u00e0 la crois\u00e9e de la grandiloquence classique de Racine et de la vivacit\u00e9 subversive de Moli\u00e8re.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/2T88Jg4Dneg?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Pour donner vie au texte, G\u00e9rard Mordillat, r\u00e9alisateur \u00e0 l\u2019engagement jamais pris en d\u00e9faut, est all\u00e9 chercher quelques grosses pointures du th\u00e9\u00e2tre et du cin\u00e9ma, parmi lesquels Jacques Weber, Fran\u00e7ois Morel ou encore Edouard Baer pour ne citer que les com\u00e9diens les plus connus d\u2019un casting presque sans faille. Ensuite il a fallu faire avec les moyens du bord, c\u2019est \u00e0 dire sans financement public, ni engagement des diffuseurs t\u00e9l\u00e9. Au total, le budget dont dispose alors Mordillat tourne aux alentours de 500 000 euros, avanc\u00e9s int\u00e9gralement par V\u00e9ra Belmont, productrice de convictions. Etait ce pour autant une raison pour choisir de tourner cette adaptation dans une usine \u00e0 l\u2019abandon, m\u00e9taphore finalement commune de la ruine de l\u2019\u00e9conomie productive, cons\u00e9quente \u00e0 la crise financi\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p>Dans ce d\u00e9cor au signifiant univoque, Mordillat, tout \u00e0 la joie peut \u00eatre d\u2019avoir r\u00e9uni son casting de choix, en oublie le principal pour le spectateur du grand \u00e9cran\u00a0: la r\u00e9alisation. Tout se passe alors comme si ce que nous projetait l\u2019auteur de Vive La Sociale, n\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre que le montage de prises de r\u00e9p\u00e9titions, le <em>making off<\/em> d\u2019un filage en costume trois pi\u00e8ces. \u00c0 la gourmandise du texte de Lordon &#8211; et quand m\u00eame les rimes rel\u00e8vent parfois plus de l\u2019esprit potache d\u2019un kh\u00e2gneux que d\u2019un grand auteur dramaturge &#8211; ne r\u00e9pond qu\u2019un croquis de mise en sc\u00e8ne, brouillons de cam\u00e9ras port\u00e9es et plans assez\u2026 plan plan.<\/p>\n<p>L\u2019urgence \u00e9conomique de ce tournage pourrait constituer une explication acceptable \u00e0 ce ratage visuel. Pour autant, on ne comprend pas tr\u00e8s bien, alors que Lordon choisit de ne pas utiliser la langue de l\u2019ennemi, la novlangue \u00e9conomique, pourquoi Mordillat ne s\u2019est pas align\u00e9 sur la m\u00eame rigueur cin\u00e9matographique. Alors que Lordon ouvre, par le texte m\u00eame, sa mise \u00e0  nue des tenants et des aboutissants du capitalisme financier \u00e0 l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 nationale, Mordillat prend le risque esth\u00e9tique de la r\u00e9server uniquement \u00e0 ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 convaincus. S\u2019il reste de ce grand retournement une tentative engag\u00e9e, en effet, de film, dont le principal m\u00e9rite consiste \u00e0 mettre un peu de lumi\u00e8re sur le travail tant p\u00e9dagogique que litt\u00e9raire d\u2019un \u00e9conomiste trop peu pr\u00e9sent dans les grands m\u00e9dias, il est aussi \u00e0 craindre que sa diffusion, sa diss\u00e9mination dans le  champ du d\u00e9bat n\u00e9cessaire sur la crise ne soit limit\u00e9, pour les raisons \u00e9voqu\u00e9es ci dessus, aux seuls cercles militants. Dommage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mettre en vers et en alexandrins la crise \u00e9conomique, tel \u00e9tait le pari de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, \u00e9conomiste atterr\u00e9. Le r\u00e9sultat, <em>D\u2019un retournement l\u2019autre<\/em>, pi\u00e8ce jubilatoire, est mise en image par  G\u00e9rard Mordillat. 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