{"id":616,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/noir616\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"noir616","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=616","title":{"rendered":"NOIR"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Gregory Mcdonald traduit par Isabelle Guin\u00e9 <\/p>\n<p>Voir aussi La trame, Rafael, derniers jours<strong>  Situation paradoxale pour cet \u00e9crivain qui a eu soixante ans cette ann\u00e9e: ph\u00e9nom\u00e8ne de la litt\u00e9rature polici\u00e8re des Etats-Unis dans les ann\u00e9es 70, puisqu&#8217;il obtient coup sur coup l&#8217;Edgar Allan Poe Award du meilleur premier roman avec Fletch et l&#8217;Edgar du meilleur premier roman publi\u00e9 en paperback pour Confess Fletch, les Am\u00e9ricains lui font aujourd&#8217;hui grise mine depuis la parution de the Brave (Rafael, derniers jours), qui a re\u00e7u ici un accueil particuli\u00e8rement chaleureux, d\u00e9passant largement le cadre du polar. Les neuf aventures de Fletch, commenc\u00e9es en 1974, avaient toute raison de s\u00e9duire le public am\u00e9ricain et nous-m\u00eames \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Dans son livre passionnant et incontournable sur les Auteurs de la S\u00e9rie noire (Joseph K., 1996), Claude Mespl\u00e8de fait tr\u00e8s bien le tour de ce nouveau personnage de roman noir: &#8220;&#8230;journaliste-enqu\u00eateur post-watergatien, mod\u00e8le Washington Post, intelligent, obstin\u00e9, lib\u00e9ral, l\u00e9g\u00e8rement gauchisant, ayant particip\u00e9 aux mouvements \u00e9tudiants contestataires des ann\u00e9es 60, Fletch a un c\u00f4t\u00e9 play-boy. Il aime l&#8217;argent, les femmes et les voitures de sport. Con\u00e7ues pour plaire au plus grand nombre, les aventures de Fletch sont superbement \u00e9crites, avec des dialogues extr\u00eamement brillants qui constituent l&#8217;essentiel du texte, et des intrigues captivantes.&#8221; Changement radical de d\u00e9cor et de personnage avec Rafael, derniers jours, \u00e9crit en 1991. Il n&#8217;y a pas le moindre voyeurisme, la moindre complaisance envers une violence barbare dans ce roman tr\u00e8s noir, peut-\u00eatre le plus remarquable de l&#8217;ann\u00e9e 96. Il y a tout simplement une mise \u00e0 nu d&#8217;un syst\u00e8me cynique qui fait des hommes de simples choses, sur lesquels d&#8217;autres peuvent avoir tous les droits. Gregory McDonald a appartenu \u00e0 une organisation humanitaire, les Peace Corps. Il sait ce qu&#8217;est l&#8217;horreur, il sait aussi parler avec respect et compassion des corps meurtris. Et il nous livre aussi, avec Rafael&#8230;, une histoire d&#8217;amour qui est une le\u00e7on d&#8217;humanit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Vous avez connu un grand succ\u00e8s avec les aventures de Fletch. D&#8217;o\u00f9 vient le personnage ? Pourquoi l&#8217;avez-vous abandonn\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Gregory Mcdonald : <\/strong> Mon p\u00e8re \u00e9tait journaliste, je l&#8217;ai \u00e9t\u00e9 aussi, et tout petit d\u00e9j\u00e0 j&#8217;entendais raconter des histoires de journalisme, souvent teint\u00e9es d&#8217;humour froid. Deux ou trois ans avant de quitter le journalisme (je travaillais au Boston Globe), l&#8217;id\u00e9e de ce personnage commen\u00e7ait de m\u00fbrir dans ma t\u00eate. Quand j&#8217;ai \u00e9crit le premier, j&#8217;\u00e9tais loin de me douter qu&#8217;il y aurait une suite. C&#8217;est en \u00e9coutant parler dans la rue, ou en recevant des lettres, que je me suis aper\u00e7u que les gens voulaient encore plus de Fletch&#8230; Et ainsi la s\u00e9rie a continu\u00e9. Mais avec l&#8217;id\u00e9e que chaque livre aurait sa propre identit\u00e9. Avec les Fletch, comme avec mes autres livres, ma volont\u00e9 est toujours d&#8217;\u00e9couter ce que disent les gens, et d&#8217;\u00e9crire en fonction de ce que je crois qu&#8217;ils attendent. J&#8217;\u00e9cris de la fa\u00e7on la plus universelle possible. Apr\u00e8s le neuvi\u00e8me Fletch, publi\u00e9 en 1986, j&#8217;ai senti que l&#8217;histoire \u00e9tait termin\u00e9e. Non pas parce que j&#8217;en avais assez du personnage, mais parce que le questionnement des gens n&#8217;\u00e9tait plus le m\u00eame que celui des ann\u00e9es 70. Dans la Fortune de Fletch \u00e9tait apparue l&#8217;id\u00e9e que mon personnage pouvait avoir un fils. Il y a maintenant deux romans qui sont consacr\u00e9s aux aventures de ce fils. Celui qui s&#8217;intitule le Fils de Fletch parle des probl\u00e8mes de fascisme qui existent aux Etats-Unis; il sera publi\u00e9 par Gallimard en janvier prochain. Je pense que son th\u00e8me int\u00e9ressera le public fran\u00e7ais&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Qu&#8217;est-ce qui a d\u00e9clench\u00e9 l&#8217;\u00e9criture de ce livre magnifique qu&#8217;est Rafael, derniers jours, et qui marque un changement de registre de votre part ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> G. M.: <\/strong> Le th\u00e8me de Rafael&#8230;est en fait assez similaire \u00e0 celui de mon premier roman, Running Scared, publi\u00e9 en 1964. Cet ouvrage \u00e9tait aussi dur, et il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s controvers\u00e9 \u00e9galement. Il y \u00e9tait question des premiers meurtres de rue, et surtout du fait qu&#8217;avec l&#8217;\u00e8re des ordinateurs nous devenions tous des num\u00e9ros, que toutes les institutions &#8211; h\u00f4pitaux, universit\u00e9s, etc.- devenaient des entit\u00e9s totalement impersonnelles. Tous mes ouvrages, quoiqu&#8217;il en soit, poss\u00e8dent des niveaux de controverse sociale. Mais beaucoup de ceux-ci n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en France, ce qui fait que mon oeuvre a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e aux Fletch, \u00e0 mes romans purement policiers. Ce que j&#8217;esp\u00e8re, c&#8217;est que la lecture de Rafael&#8230;am\u00e8nera les gens \u00e0 prendre davantage conscience des probl\u00e8mes qui les entourent. C&#8217;est pourquoi je suis tr\u00e8s content de l&#8217;accueil que le livre re\u00e7oit en France. En Am\u00e9rique, c&#8217;est beaucoup plus difficile&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Vous avez dit que l\u00e0-bas ce livre avait quasiment ruin\u00e9 votre r\u00e9putation !&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> G. M.: <\/strong> C&#8217;est la v\u00e9rit\u00e9. Des dizaines d&#8217;articles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits \u00e0 propos du livre, mais les magazines ne les ont pas publi\u00e9s. Il y a eu un superbe article dans le New York Times, mais il est paru dix mois apr\u00e8s la sortie du livre, qu&#8217;on ne pouvait plus trouver en librairie ! Rafael&#8230;est une pilule, un bonbon amer, et les Am\u00e9ricains ont l&#8217;habitude de prendre des pilules, des bonbons plut\u00f4t tr\u00e8s enrob\u00e9s de sucre, et ce livre d\u00e9range leurs habitudes. Morgantown, le bidonville o\u00f9 vit Rafa\u00ebl, c&#8217;est l&#8217;envers du r\u00eave am\u00e9ricain. C&#8217;est aussi le contraire de ce qu&#8217;on a envie de penser de soi-m\u00eame, c&#8217;est le contraire de ce que les Etats-Unis essaient de montrer d&#8217;eux au reste du monde. Et c&#8217;est tout le probl\u00e8me des Am\u00e9ricains qui est l\u00e0: ils ne veulent pas voir que le tiers monde existe et qu&#8217;il est l\u00e0, juste en face d&#8217;eux.<\/p>\n<p> <strong> Evoquer les snuff movies, c&#8217;est-\u00e0-dire mettre une soci\u00e9t\u00e9 face \u00e0 sa folie, est-ce que \u00e7a n&#8217;a pas contribu\u00e9 aussi \u00e0 ce que les Am\u00e9ricains se voilent la face ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> G. M.: <\/strong> Je pense que si. A Saint-Malo, j&#8217;ai rencontr\u00e9 une personne qui m&#8217;a confi\u00e9 qu&#8217;elle avait entendu dire par quelqu&#8217;un du FBI que les snuff movies n&#8217;existaient pas; ce \u00e0 quoi j&#8217;ai r\u00e9pondu que le FBI n&#8217;existait pas non plus ! Ces films sont ce qui peut exister de plus terrible, de plus diabolique dans le monde. Ils existent bien, tourn\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Los Angeles ou au Mexique, mais ils ont heureusement une toute petite audience. Personne de sain ou de d\u00e9cent n&#8217;aurait l&#8217;aplomb de regarder une chose pareille ! Le probl\u00e8me de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine, c&#8217;est qu&#8217;\u00e0 chaque fois qu&#8217;elle invente quelque chose qui pourrait \u00eatre bien, elle le d\u00e9tourne; elle a invent\u00e9 l&#8217;\u00e9nergie nucl\u00e9aire et l&#8217;a transform\u00e9e en bombe atomique; elle a invent\u00e9 l&#8217;ordinateur et l&#8217;a utilis\u00e9 comme objet pour diffuser de la pornographie enfantine&#8230; C&#8217;\u00e9tait un challenge: je suis parti de ce qui peut exister de plus mauvais pour montrer ce qu&#8217;il peut y avoir de meilleur chez un homme: comment transformer l&#8217;horreur totale en une grande histoire d&#8217;amour. J&#8217;esp\u00e8re qu&#8217;en \u00e9crivant des bouquins tels que celui-l\u00e0 j&#8217;arriverai \u00e0 faire remonter la conscience des gens \u00e0 la surface; certains me disent qu&#8217;apr\u00e8s l&#8217;avoir lu, ils s&#8217;aper\u00e7oivent de choses qu&#8217;ils n&#8217;avaient jamais vues auparavant. Je suis donc assez d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mais sans perdre l&#8217;espoir&#8230;<\/p>\n<p>Gregory McDonald, Rafael, derniers jours (traduit de l&#8217;am\u00e9ricain par Jean-Fran\u00e7ois Merle), Fleuve Noir, 191 p., 39 F<\/p>\n<p>Les aventures de Fletch ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9es dans la collection &#8221; J&#8217;ai lu&#8221; .<\/p>\n<p>La Foire aux longs couteaux est disponible en S\u00e9rie Noire, Gallimard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Gregory Mcdonald traduit par Isabelle Guin\u00e9 <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-616","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/616","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=616"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/616\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=616"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=616"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=616"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}