{"id":6151,"date":"2013-01-24T10:05:48","date_gmt":"2013-01-24T09:05:48","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/blancanieves-le-grand-retour-de-la6151\/"},"modified":"2023-06-23T23:13:24","modified_gmt":"2023-06-23T21:13:24","slug":"blancanieves-le-grand-retour-de-la6151","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=6151","title":{"rendered":"Blancanieves, le grand retour de la (blanche) neige"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Film muet, en noir et blanc, <em>Blancanieves<\/em>, de l\u2019espagnol Pablo Berger, revisite de fa\u00e7on magistrale l\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres histoires des fr\u00e8res Grimm. Transformant le conte en m\u00e9lodrame, l\u2019inscrivant dans une Espagne des ann\u00e9es vingt, au carrefour du clich\u00e9 et de l\u2019ironie visuelle, Berger signe \u00e0 grands coup de citations cin\u00e9matographiques un para-film hypnotique et envo\u00fbtant. Une \u0153uvre fertile et moderne, beaucoup plus proche de la po\u00e9sie de <em>Tabou<\/em> que du m\u00e9canisme grima\u00e7ant de <em>The Artist<\/em>\u2026<\/p>\n<p>Pour un peu, \u00e7a deviendrait un genre \u00e0 part enti\u00e8re. A la suite des exp\u00e9riences visuelles baroques du canadien Guy Maddin, ainsi que des variations esth\u00e9tiques sign\u00e9es Kaurismaki (<em>Juha<\/em>), Gomes (<em>Tabou<\/em>) ou m\u00eame Hazanavicius (<em>The Artist<\/em>), la sortie sur les \u00e9crans de <em>Blancanieves<\/em> tend \u00e0 laisser penser que les films en noir et blanc, muets de surcroit, n\u2019en n\u2019ont pas (encore) fini avec le cin\u00e9ma. Un paradoxe r\u00e9jouissant apr\u00e8s deux d\u00e9cennies de kitsch 3D et d\u2019effets num\u00e9riques \u00e0 tout va, et une tendance \u00ab\u00a0 back to the golden ages\u00a0\u00bb plus vivace encore dans la musique populaire, que ce soit avec le groupe de blues-musette Les Primitifs du Futur, ou le combo proto rockabilly Katy, Daisy &#038; Lewi. Mais revenons \u00e0 nos sept nains\u2026<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"345\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xwkaxa\"><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Le rideau se l\u00e8ve sur une ville \u00e9cras\u00e9e de soleil, d\u00e9sert\u00e9e, tant l\u2019ensemble de la population s\u2019est press\u00e9e \u00e0 l\u2019ar\u00e8ne pour assister \u00e0 une corrida. Funeste corrida, du moins pour le matador, qui perd l\u2019usage de ses jambes et de ses bras suite \u00e0 l\u2019attaque du \u00ab\u00a0Toro\u00a0\u00bb. Cette violence d\u00e9clenche alors les contractions de sa femme, enceinte jusqu\u2019au cou. Une petite fille nait, alors que la m\u00e8re d\u00e9c\u00e8de. L\u2019infirmi\u00e8re convoite la place de l\u2019\u00e9pouse. M\u00e9lo.  En moins de plans qu\u2019il ne faut pour l\u2019\u00e9crire on est transport\u00e9s dans l\u2019\u00e2ge d\u2019or du cin\u00e9ma, celui de son invention, pas tant comme langage que comme art. Ici les figures de styles se nomment valeurs de plans, science du montage et compositions photographiques. <\/p>\n<p>La situation dramaturgique install\u00e9e, il faut que la petite go\u00fbte un peu au bonheur de sa grand-m\u00e8re avant que de rejoindre son p\u00e8re impotent et sa mar\u00e2tre perverse. Que la vieille calanche au cours d\u2019un flamenco endiabl\u00e9 nous \u00e9claire sur l\u2019ironie dont fait preuve Pablo Berger. Chaque \u00ab\u00a0espagnolade\u00a0\u00bb, flamenco donc, corrida mais aussi pi\u00e9t\u00e9 catholique, est en effet retourn\u00e9e, passant d\u2019un sch\u00e8me conservateur et rassurant \u00e0 un autre, inqui\u00e9tant, mettant en danger les protagonistes. <\/p>\n<p>Par del\u00e0 le respect, pas loin du f\u00e9tichisme joyeux, des codes esth\u00e9tiques et visuels du cin\u00e9ma d\u2019antan, ce qui emporte, c\u2019est la relecture, limite <em>queer<\/em>, du conte pour enfants. Ainsi du personnage de la belle m\u00e8re, dominatrice BDSM, maitresse d\u2019un officier pr\u00e9-franquiste, en laisse et \u00e0 quatre pattes. Il en va de m\u00eame des sept nains dont l\u2019un(e) est travesti, \u00e0 moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019un nain trans, allez savoir\u2026 Bien entendu parmi tous les hommages au panth\u00e9on cin\u00e9matographique, la r\u00e9f\u00e9rence au <em>Freaks<\/em> de Tod Browning s\u2019av\u00e8re plus que limpide. Mais plus int\u00e9ressante encore est la transformation de la jeune Carmen, pas encore renomm\u00e9 Blanche Neige, en jeune fille \u00e0 la m\u00e8che gar\u00e7onne, limite (<em>very<\/em>) <em>sexy butch<\/em>. Berger d\u00e9borde alors les conflits sexuels sous jacents au conte pour investir visuellement d\u2019autres territoires de genre. <\/p>\n<p>Ce plaisir manifeste du r\u00e9alisateur espagnol \u00e0 explorer dans son film les alt\u00e9rit\u00e9s se double d\u2019un propos politique assez peu ambigu, lorsqu\u2019un manager faustien vient faire signer \u00e0 une Blancanieves analphab\u00e8te un contrat \u00e0 vie et que cette derni\u00e8re ne sait pas encore qu\u2019elle en sera redevable par del\u00e0 la mort. Et si la soci\u00e9t\u00e9 des nains se donne \u00e0 voir comme joyeuse communaut\u00e9 de saltimbanques, elle ne manquera pas de se faire absorber par la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019un spectacle qui ne dit pas encore son nom. <\/p>\n<p>Pour toutes ces raisons on aurait donc tort de s\u2019abstenir d\u2019aller admirer cette Espagne de cin\u00e9ma dont la mise en sc\u00e8ne op\u00e8re en \u00e9cho de la Californie des films noirs, type <em>Sundet Boulevard<\/em> (B.Wilder) au pr\u00e9texte que la corrida en serait l\u2019un des motifs centraux. Car dans les deux face \u00e0 face entre l\u2019homme (puis la fille) et le taureau, l\u2019animal s\u2019en sort plus que bien. Vainqueur la premi\u00e8re fois, graci\u00e9 la seconde, le combat entre les deux, relevant, plut\u00f4t que de l\u2019habituelle boucherie, d\u2019une chor\u00e9graphie de type mythologique. Plus que G. Bataille, c\u2019est alors Picasso Minotaure qui nous vient \u00e0 l\u2019esprit. A l\u2019issue de la projection de <em>Blancanieves<\/em>, notre esprit poursuit sa course vagabonde, dans le souvenir clair obscur de cette belle et \u00e9trange fantaisie. L\u2019enfant qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 songeant\u00a0: qu\u2019est ce que c\u2019est chouette la (blanche) neige\u00a0!<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-6151 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/film-4-1fa.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/film-4-1fa-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Blancanieves, le grand retour de la (blanche) neige\" aria-describedby=\"gallery-1-17645\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-17645'>\n\t\t\t\tBlancanieves, le grand retour de la (blanche) neige\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Film muet, en noir et blanc, <em>Blancanieves<\/em>, de l\u2019espagnol Pablo Berger, revisite de fa\u00e7on magistrale l\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres histoires des fr\u00e8res Grimm. 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