{"id":615,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/noir615\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"noir615","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=615","title":{"rendered":"NOIR"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Il y a tout juste soixante-dix ans, le roman noir (la hard boiled school) naissait aux Etats-Unis avec la publication de la Moisson rouge par Dashiell Hammett. Ce roman somptueux \u00e9tait le premier livre \u00e0 aborder le th\u00e8me, mille fois utilis\u00e9 depuis, de la ville pourrie, o\u00f9 politiciens, flics et gangsters ne sont que les \u00e9l\u00e9ments rivaux mais interchangeables d&#8217;une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 corrompue. L&#8217;oeil de Hammett passait au crible l&#8217;Am\u00e9rique et diss\u00e9quait d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 la combinaison affaires-politique-crimes qui allait dominer le si\u00e8cle. Louis Aragon ne s&#8217;y trompa pas, qui \u00e9crivit \u00e0 propos de ce livre: &#8221; La Moisson rouge demeure le grand roman de la naissance du mal, du surgissement du fascisme dans ses origines lointaines aux Etats-Unis comme produit de la guerre de 1914.&#8221; A la suite de Hammett, le souci constant de refl\u00e9ter une r\u00e9alit\u00e9 en mouvement a constitu\u00e9 le fil rouge du &#8221; polar &#8221; des Etats-Unis. Ce qu&#8217;exprime avec justesse cette formule de Jean-Pierre Deloux dans le Magazine litt\u00e9raire de juin 1996 consacr\u00e9 \u00e0 &#8221; la Plan\u00e8te polar &#8220;: &#8221; Ce besoin de s&#8217;interroger sur l&#8217;Histoire, la soci\u00e9t\u00e9 et ses probl\u00e8mes individuels et collectifs, est totalement caract\u00e9ristique du roman noir am\u00e9ricain qui n&#8217;a jamais renonc\u00e9 \u00e0 son r\u00f4le de miroir, voire de loupe grossissante de l&#8217;identit\u00e9 prot\u00e9iforme am\u00e9ricaine.&#8221; Des auteurs des d\u00e9buts jusqu&#8217;aux contemporains, cette litt\u00e9rature t\u00e9moigne donc inlassablement de son \u00e9poque: \u00e0 la prohibition, la Grande d\u00e9pression, puis au maccarthysme ont succ\u00e9d\u00e9 la guerre du Vietnam et ses s\u00e9quelles, le scandale du Watergate, les activit\u00e9s souterraines de la CIA, l&#8217;assassinat des Kennedy, la lib\u00e9ration des femmes, l&#8217;affirmation de l&#8217;homosexualit\u00e9, les minorit\u00e9s raciales, le justicier dans la ville et le serial killer, les mouvements hippie et contestataire, le trafic de drogue, les gangs de jeunes, les d\u00e9sastres \u00e9cologiques, et ont continu\u00e9 d&#8217;appara\u00eetre comme personnages tous les marginaux, paum\u00e9s, d\u00e9class\u00e9s que secr\u00e8te une soci\u00e9t\u00e9 de profit. Crumley, Nisbet, G. McDonald sont de ces \u00e9crivains qui auscultent les territoires de l&#8217;Am\u00e9rique d&#8217;aujourd&#8217;hui, qui racontent ce monde tr\u00e8s noir avec un sens aigu de l&#8217;\u00e9criture, sachant m\u00ealer, pour notre plaisir, le tragique et le lyrique. <\/p>\n<p>Dan O&#8217;Brian, Brendant Prairie, Paru chez Albin Michel (coll.Terres d&#8217;Am\u00e9rique), traduit par Dominique Rinaudo, 273 p, 120 F<\/p>\n<p>Craig Lesley, la Constellation du p\u00eacheur, Albin Michel (collection Terres d&#8217;Am\u00e9rique), traduit par Dominique Rinaudo, 425 p, 140 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Il y a tout juste soixante-dix ans, le roman noir (la hard boiled school) naissait aux Etats-Unis avec la publication de la Moisson rouge par Dashiell Hammett. Ce roman somptueux \u00e9tait le premier livre \u00e0 aborder le th\u00e8me, mille fois utilis\u00e9 depuis, de la ville pourrie, o\u00f9 politiciens, flics et gangsters ne sont que les \u00e9l\u00e9ments rivaux mais interchangeables d&#8217;une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 corrompue. L&#8217;oeil de Hammett passait au crible l&#8217;Am\u00e9rique et diss\u00e9quait d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 la combinaison affaires-politique-crimes qui allait dominer le si\u00e8cle. Louis Aragon ne s&#8217;y trompa pas, qui \u00e9crivit \u00e0 propos de ce livre: &#8221; La Moisson rouge demeure le grand roman de la naissance du mal, du surgissement du fascisme dans ses origines lointaines aux Etats-Unis comme produit de la guerre de 1914.&#8221; A la suite de Hammett, le souci constant de refl\u00e9ter une r\u00e9alit\u00e9 en mouvement a constitu\u00e9 le fil rouge du &#8221; polar &#8221; des Etats-Unis. Ce qu&#8217;exprime avec justesse cette formule de Jean-Pierre Deloux dans le Magazine litt\u00e9raire de juin 1996 consacr\u00e9 \u00e0 &#8221; la Plan\u00e8te polar &#8220;: &#8221; Ce besoin de s&#8217;interroger sur l&#8217;Histoire, la soci\u00e9t\u00e9 et ses probl\u00e8mes individuels et collectifs, est totalement caract\u00e9ristique du roman noir am\u00e9ricain qui n&#8217;a jamais renonc\u00e9 \u00e0 son r\u00f4le de miroir, voire de loupe grossissante de l&#8217;identit\u00e9 prot\u00e9iforme am\u00e9ricaine.&#8221; Des auteurs des d\u00e9buts jusqu&#8217;aux contemporains, cette litt\u00e9rature t\u00e9moigne donc inlassablement de son \u00e9poque: \u00e0 la prohibition, la Grande d\u00e9pression, puis au maccarthysme ont succ\u00e9d\u00e9 la guerre du Vietnam et ses s\u00e9quelles, le scandale du Watergate, les activit\u00e9s souterraines de la CIA, l&#8217;assassinat des Kennedy, la lib\u00e9ration des femmes, l&#8217;affirmation de l&#8217;homosexualit\u00e9, les minorit\u00e9s raciales, le justicier dans la ville et le serial killer, les mouvements hippie et contestataire, le trafic de drogue, les gangs de jeunes, les d\u00e9sastres \u00e9cologiques, et ont continu\u00e9 d&#8217;appara\u00eetre comme personnages tous les marginaux, paum\u00e9s, d\u00e9class\u00e9s que secr\u00e8te une soci\u00e9t\u00e9 de profit. 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