{"id":612,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/blanc612\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"blanc612","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=612","title":{"rendered":"BLANC"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Rick Bass <\/p>\n<p>Voir aussi La trame, Sur la piste des derniers grizzlis<strong>  Consid\u00e9r\u00e9 comme le fils spirituel de Jim Harrison, ce jeune \u00e9crivain est n\u00e9 \u00e0 Forth Worth (Texas) en 1958. Il a \u00e9lu domicile dans les montagnes du Montana, avec sa femme et sa fille, et consacre le temps que lui laisse son activit\u00e9 d&#8217;\u00e9crivain \u00e0 la d\u00e9fense de l&#8217;environnement. G\u00e9ologue de formation, il fut prospecteur de p\u00e9trole le long du Mississipi avant d&#8217;\u00eatre remarqu\u00e9 d\u00e8s son premier livre (Oil Notes, Bourgois). Il s&#8217;est impos\u00e9 en quelques ann\u00e9es comme un des \u00e9crivains am\u00e9ricains les plus originaux du moment: &#8221; Un jour, j&#8217;ai quitt\u00e9 le Sud. J&#8217;ai d\u00e9missionn\u00e9 de mon travail et j&#8217;ai fil\u00e9 jusqu&#8217;au milieu des montagnes. Je n&#8217;en partirai plus &#8220;&#8230; Sa conqu\u00eate de l&#8217;Ouest est d&#8217;ordre litt\u00e9raire. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Lorsqu&#8217;on \u00e9voque &#8221; l&#8217;\u00e9cole du Montana &#8220;, est-ce tout bonnement parce que de nombreux \u00e9crivains y r\u00e9sident ? Ou pensez-vous qu&#8217;on puisse devenir romancier en apprenant \u00e0 \u00e9crire dans un atelier sp\u00e9cialis\u00e9, comme on semble le penser aux Etats-Unis ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Rick Bass : <\/strong> Certains vont dans cette r\u00e9gion pour devenir \u00e9crivains. Moi, j&#8217;y suis all\u00e9 pour vivre dans la for\u00eat. J&#8217;ai d\u00e9couvert la litt\u00e9rature sur le tard, avec Jim Harrison et Thomas McGuane. Un ami libraire, dans le Mississipi, ne cessait de me dire: tu devrais lire ceci, tu devrais lire cela. L\u00e9gendes d&#8217;Automne, de Jim Harrison, a \u00e9t\u00e9 un choc \u00e9motionnel pour moi. M\u00eame s&#8217;il n&#8217;habite pas dans le Montana&#8230; Je n&#8217;ai pas appris \u00e0 \u00e9crire dans une \u00e9cole. D&#8217;ailleurs, pour arrondir mes fins de mois, je pourrais enseigner, mais je n&#8217;en ai pas envie. Plut\u00f4t que d&#8217;\u00e9cole, parlons plut\u00f4t de mouvance, de tendance, de communion d&#8217;esprit. G\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration, les styles changent mais pas le fond. L&#8217;amour des grands espaces, la solitude, la beaut\u00e9 de la nature, le ciel&#8230; Nous avons le m\u00eame \u00e9tat d&#8217;esprit. Je n&#8217;avais jamais lu Jack London ou Henri David Thoreau, avant de me lancer dans l&#8217;\u00e9criture. Il y a plus de for\u00eats dans le Montana que nulle part ailleurs&#8230; Nous ne posons pas la nature autour des personnages, ou les personnages autour de la nature. Personnages et nature ne font qu&#8217;un. Quant aux \u00e9tiquettes, aucun \u00e9crivain n&#8217;aime \u00eatre catalogu\u00e9. C&#8217;est une invention de journaliste, pas une strat\u00e9gie. Je pense pourtant que la meilleure litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, actuellement, se trouve dans l&#8217;Ouest. Je n&#8217;appr\u00e9cie pas trop ce que font les \u00e9crivains urbains. Je trouve qu&#8217;ils ne s&#8217;impliquent pas dans leurs personnages. Nous ne vivons pas dans le m\u00eame monde.<\/p>\n<p> <strong> Vous \u00eates beaucoup plus connu en France que dans votre pays. Cela vous surprend ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> R. B : <\/strong> (rires) Pas du tout. Je vis dans un grand pays, o\u00f9 il y a beaucoup d&#8217;\u00e9crivains&#8230;et beaucoup de gens qui ne s&#8217;int\u00e9ressent pas \u00e0 la litt\u00e9rature. C&#8217;est int\u00e9ressant. J&#8217;aime l&#8217;id\u00e9e d&#8217;\u00eatre compris par des gens d&#8217;une autre culture. Et puis, comme \u00e7a, je suis libre. Je n&#8217;ai pas un club de fans qui attend mes livres. J&#8217;\u00e9cris sans pression. Je gagne ma vie, sans plus. Je n&#8217;ai pas besoin de grand chose pour vivre&#8230; Ma maison, dans les bois, l&#8217;amour de ma famille. Parfois, je suis oblig\u00e9 d&#8217;accepter des petits boulots, je jardine, ou je chasse pour manger. Je devrais donner plus de conf\u00e9rences, mais \u00e7a m&#8217;ennuie. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 honor\u00e9 d&#8217;\u00eatre invit\u00e9 au Festival de Saint-Malo. J&#8217;ai aim\u00e9 rencontrer d&#8217;autres \u00e9crivains avec qui je suis sur la m\u00eame longueur d&#8217;onde. Notamment ceux d&#8217;origine indienne. Il y a de grands conteurs chez eux. Notamment des femmes, comme Leslie Marmon Silko (1).<\/p>\n<p> <strong> Votre style est clair comme de l&#8217;eau de roche, tout comme le th\u00e8me que vous abordez dans votre dernier livre&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> R. B : <\/strong> Merci. C&#8217;est difficile d&#8217;arriver \u00e0 cet effet. Mes premiers jets sont mauvais. Dans ma t\u00eate, ce n&#8217;est pas clair, au d\u00e9but. Sur le papier non plus. A travers cette recherche des derniers grizzlis, je dis: attention, c&#8217;est notre propre part sauvage, et notre aptitude \u00e0 coexister avec la nature, que nous risquons de perdre ! C&#8217;est une m\u00e9taphore. Je participe r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des protestations pour prot\u00e9ger la nature, contre de grandes soci\u00e9t\u00e9s dont le seul but est de faire de l&#8217;argent. Des gars d\u00e9barquent, et font ce qu&#8217;on appelle du &#8221; clear-cutting &#8221; (de la coupe sauvage de bois) \u00e0 coup de tron\u00e7onneuse, et s&#8217;en vont aussi vite qu&#8217;ils sont venus&#8230; Ce qui est dingue, c&#8217;est que l&#8217;histoire se r\u00e9p\u00e8te. C&#8217;est ce dont nous parlions, avec Dan O&#8217;Brian et Louis Owens, \u00e0 Saint-Malo. Avant, c&#8217;\u00e9tait les Blancs qui volaient la terre aux Peaux-Rouges. Aujourd&#8217;hui, ce sont les multinationales qui expulsent les gens de chez eux&#8230; Ces grosses soci\u00e9t\u00e9s financent les campagnes \u00e9lectorales des futurs \u00e9lus, s\u00e9nateurs et autres&#8230; Donc les politiciens, une fois \u00e9lus, ou r\u00e9\u00e9lus, laissent faire ces compagnies. Elles ach\u00e8tent des espaces vierges comme elles ach\u00e8teraient n&#8217;importe quoi. En cela, le Congr\u00e8s est dangereux parce que tous les s\u00e9nateurs sont pr\u00eats \u00e0 vendre le pays par parcelle. C&#8217;est un cercle vicieux. Mais plut\u00f4t que de savoir si le syst\u00e8me capitaliste est \u00e0 rejeter dans son ensemble, je crois que c&#8217;est une question de philosophie. Nous, les \u00e9crivains du Montana, disons que la nature n&#8217;a pas de prix. Ce n&#8217;est pas quantifiable. Si les for\u00eats disparaissent, nous ne sommes pas s\u00fbrs de les voir rena\u00eetre un jour. Il faut donc les pr\u00e9server.<\/p>\n<p>1. Leslie Marmon Silko, C\u00e9r\u00e9monie, Albin Michel, 1992.R\u00e9\u00e9dition, 1995, 10\/18.<\/p>\n<p>Rick Bass, Sur la piste des grizzlis, traduit de l&#8217;am\u00e9ricain par G\u00e9rard Meudal.Ho\u00ebbeke, 283 p., 128 F Les autres livres de Rick Bass sont parus chez Christian Bourgois \u00e9diteur: Oil Notes; Platte River; le Guet; et Dans les monts loyaut\u00e9, de 110 F \u00e0 120 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Rick Bass <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-612","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/612","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=612"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/612\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=612"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=612"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=612"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}