{"id":604,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entretien-avec-ron-querry604\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"entretien-avec-ron-querry604","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=604","title":{"rendered":"Entretien avec Ron Querry"},"content":{"rendered":"<p><strong> La cinquantaine alerte, les yeux bleu acier, Ron Query arbore une longue queue de cheval, grise comme son \u00e9paisse moustache. Descendant du clan Sixton de la nation choctaw (Oklahoneli, r\u00e9gion d&#8217;Oklahoma), par la famille de sa m\u00e8re, il n&#8217;a pourtant jamais v\u00e9cu dans une r\u00e9serve: &#8221; Les Choctows sont des forcen\u00e9s de l&#8217;assimilation &#8220;, explique-t-il. Apr\u00e8s avoir fait ses classes dans les Marines, amoureux des chevaux, il a notamment travaill\u00e9 comme cow-boy, entra\u00eeneur, soigneur, mar\u00e9chal-ferrant, avant de devenir professeur d&#8217;Universit\u00e9, puis assistant du responsable de l&#8217;\u00e9ducation au p\u00e9nitencier du Nouveau-Mexique et, enfin, journaliste free- lance (il a dirig\u00e9 une revue hippique). Il vit actuellement \u00e0 Tucson (Arizona).<\/strong><\/p>\n<p> <strong>  L&#8217;histoire que vous racontez est dramatique, mais l&#8217;humour y est malgr\u00e9 tout tr\u00e8s pr\u00e9sent, comme dans l&#8217;univers de votre ami &#8221; Thomas King &#8221; (Medecine River, Albin Michel). Est-ce une caract\u00e9ristique de la litt\u00e9rature am\u00e9rindienne ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Ron Querry : <\/strong> Les gens imaginent g\u00e9n\u00e9ralement les Indiens comme \u00e9tant des gens perp\u00e9tuellement s\u00e9rieux, graves, voire carr\u00e9ment inqui\u00e9tants. Or, la plupart des Indiens font beaucoup de &#8221; jokes &#8221; (blagues) et rient beaucoup sur eux-m\u00eames. L&#8217;humour noir est tr\u00e8s courant chez nous&#8230; Il est naturel d&#8217;user d&#8217;ironie, \u00e0 propos des autres tribus notamment, des &#8221; Blancs &#8220;, du gouvernement, du BAI (Bureau des Affaires indiennes), etc.<\/p>\n<p> <strong> On a l&#8217;impression d&#8217;assister \u00e0 l&#8217;explosion de la litt\u00e9rature indienne, avec l&#8217;\u00e9mergence de nouveaux auteurs d&#8217;une trentaine d&#8217;ann\u00e9es&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Ron Querry : <\/strong> C&#8217;est vrai, depuis six ou sept ans environ, de nombreux romans \u00e9crits par des Indiens ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. Autant qu&#8217;en vingt ans auparavant. Je pense que c&#8217;est un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode d\u00fb au film Danse avec les loups. J&#8217;ai horreur de dire \u00e7a, mais c&#8217;est vrai que Hollywood y a beaucoup fait&#8230; Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a aid\u00e9 \u00e0 publier de nombreux auteurs, qui ne sont pas si jeunes que \u00e7a, en fait.<\/p>\n<p>Nombreux sont professeurs d&#8217;Universit\u00e9, assez m\u00fbrs&#8230;comme moi, Louis Owens et Joseph Marshall III. Il y a aussi de jeunes auteurs, notamment des femmes, qui apparaissent depuis quelque temps. Avant, les \u00e9crivains qui \u00e9crivaient sur les Indiens n&#8217;\u00e9taient pas indiens. Leurs romans \u00e9taient truff\u00e9s de st\u00e9r\u00e9otypes, ou romantiques. Aujourd&#8217;hui, le public lit de vraies histoires, plus r\u00e9alistes. Je crois qu&#8217;en finissant mon livre les gens en savent davantage sur le peuple Navajo. On peut nous croire. Nous savons de quoi nous parlons.<\/p>\n<p> <strong> Vous dressez un portrait dur des conditions de vie dans les r\u00e9serves indiennes. La situation s&#8217;est-elle am\u00e9lior\u00e9e ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Ron Querry : <\/strong> Mon roman parle de la situation actuelle&#8230; Malheureusement, elle n&#8217;a pas beaucoup \u00e9volu\u00e9, \u00e0 ma connaissance. Je n&#8217;\u00e9cris pas des romans politiques ! Je me contente de raconter une histoire. Au lecteur d&#8217;en tirer les conclusions. J&#8217;ai mis quatre ans \u00e0 \u00e9crire un livre que le lecteur mettra quatre heures \u00e0 lire&#8230; Mon r\u00f4le n&#8217;est pas de militer. J&#8217;aimerais qu&#8217;on me consid\u00e8re comme un \u00e9crivain. Pas en tant qu&#8217;Indien \u00e9crivant des livres&#8230; Personnellement, il n&#8217;est pas dit que j&#8217;\u00e9crive toujours sur les Indiens. On se fait beaucoup d&#8217;id\u00e9es sur les r\u00e9serves en Europe. La s\u00e9gr\u00e9gation existe, mais elle est autant sociale que raciale. Comme en France, j&#8217;imagine&#8230; Aujourd&#8217;hui, certains jeunes reviennent vivre dans les r\u00e9serves parce qu&#8217;ils y trouvent du travail, dans le domaine du jeu, par exemple. Ils choisissent de (re)d\u00e9couvrir leur culture. J&#8217;ai une fille, mais je n&#8217;ai pas fait l&#8217;effort de lui inculquer nos traditions. Elle vit en Californie, o\u00f9 elle est &#8221; US Marshall &#8221; (policier, NDLR). Sa m\u00e8re est d&#8217;origine \u00e9cossaise&#8230; La soeur de ma m\u00e8re ne disait pas qu&#8217;elle \u00e9tait indienne. C&#8217;\u00e9tait mal vu \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est le contraire: on voit beaucoup d&#8217;artistes, comme Johnny Depp, revendiquer leur hypoth\u00e9tique sang indien. Les &#8221; sang-m\u00eal\u00e9 &#8221; se sentent am\u00e9ricains&#8230;et indiens.<\/p>\n<p>Ron Querry le Dernier Pow Wow, traduit de l&#8217;am\u00e9ricain par Dani\u00e8le Laruelle, \u00e9ditions du Rocher (collection Nuage Rouge, dirig\u00e9e par Olivier Dalavault), 259 p, 129 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cinquantaine alerte, les yeux bleu acier, Ron Query arbore une longue queue de cheval, grise comme son \u00e9paisse moustache. Descendant du clan Sixton de la nation choctaw (Oklahoneli, r\u00e9gion d&#8217;Oklahoma), par la famille de sa m\u00e8re, il n&#8217;a pourtant jamais v\u00e9cu dans une r\u00e9serve: &#8221; Les Choctows sont des forcen\u00e9s de l&#8217;assimilation &#8220;, explique-t-il. 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