{"id":600,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/a-l-abordage-du-monde600\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"a-l-abordage-du-monde600","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=600","title":{"rendered":"A l&#8217;abordage du monde"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Michel Le Bris <\/p>\n<p><strong> Rencontre avec l&#8217;Homme aux semelles de vent, \u00e0 l&#8217;origine du Festival international du Livre de Saint-Malo. Breton de sang, Viking dans l&#8217;\u00e2me, il voyage sur les traces de Stevenson et fait escale, une fois par an, au pays du corsaire Robert Surcouf. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> O\u00f9 en est le Festival des \u00c9tonnants Voyageurs, huit ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Michel Le Bris : <\/strong> Il tente d&#8217;\u00e9viter les \u00e9tiquettes restrictives et de ne pas tomber dans le pi\u00e8ge de la banalisation. Ce que je d\u00e9fends comme id\u00e9e, depuis une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es, ce n&#8217;est pas la &#8221; litt\u00e9rature de voyage &#8221; (ou &#8221; Travel writing &#8220;, terme lanc\u00e9 par la revue litt\u00e9raire anglaise Granta, dont est issu Bruce Chatwin), comme genre litt\u00e9raire ferm\u00e9. Au contraire, c&#8217;est l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une litt\u00e9rature qui soit globalement plus aventureuse et qui retrouve le monde[[Pour une litt\u00e9rature voyageuse, \u00e9ditions Complexe]]. Le sous-titre du festival et de la revue Gulliver est clair: &#8221; Pour une litt\u00e9rature qui dise le monde &#8220;. Le voyage est un moyen de faire passer cette id\u00e9e d&#8217;une litt\u00e9rature qui cesse d&#8217;\u00eatre un jeu de mots avant-gardiste de la contemplation du nombril.<\/p>\n<p> <strong> La litt\u00e9rature en &#8221; col blanc &#8221; \u00e9voqu\u00e9e par Jean Vautrin ici m\u00eame r\u00e9cemment ?&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. L. B : <\/strong> Oui. Notre premier \u00e9dito l&#8217;annon\u00e7ait: il fallait \u00e9viter de se contenter d&#8217;une litt\u00e9rature voyageuse&#8230; Nous ajoutions d&#8217;embl\u00e9e, et je le r\u00e9p\u00e8te: &#8221; soucieuse de dire le monde &#8220;. Pas &#8221; engag\u00e9e &#8220;, terme lourd de sens qui donnait g\u00e9n\u00e9ralement de la mauvaise litt\u00e9rature, car servante des id\u00e9ologies, mais ouverte sur le monde. Le retour de b\u00e2ton d&#8217;une litt\u00e9rature dite engag\u00e9e, ce fut justement la litt\u00e9rature repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, qui ne voulait plus rien savoir des engagements politiques et qui, de ce fait, rejetait le monde avec&#8230; Pour en arriver \u00e0 cette affirmation: la litt\u00e9rature n&#8217;est qu&#8217;un pur jeu de langage ! Les ann\u00e9es soixante ont donn\u00e9 naissance \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de sur-investissement de la linguistique. Aujourd&#8217;hui, nous pouvons \u00e0 nouveau poser la question d&#8217;une litt\u00e9rature qui exprime les d\u00e9chirures de notre soci\u00e9t\u00e9. Qu&#8217;elles soient sociales, morales ou politiques&#8230;<\/p>\n<p> <strong> La litt\u00e9rature dite du &#8221; Grand dehors &#8220;, pour reprendre votre terminologie, avait donc ses limites&#8230;paradoxalement. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. L. B : <\/strong> La litt\u00e9rature de voyage en tant que telle, c&#8217;\u00e9tait tr\u00e8s bien, mais je voyais que de nombreux \u00e9crivains dits &#8221; voyageurs &#8221; passaient \u00e0 la fiction pure, tout en participant de la m\u00eame esth\u00e9tique. Avec Gulliver, nous avions par exemple consacr\u00e9 un num\u00e9ro \u00e0 la &#8221; World Fiction &#8221; (litt\u00e9rature cr\u00e9ole et des Cara\u00efbes), qui annon\u00e7ait pour nous une nouvelle \u00e9poque romanesque. Patrick Chamoiseau (prix Goncourt avec Texaco), Edouard Glissant, Rapha\u00ebl Confiant et Derek Walcott (Prix Nobel) en font partie. Un autre num\u00e9ro \u00e9tait consacr\u00e9 au Roman Noir, tr\u00e8s en vogue actuellement. Des passerelles existent.<\/p>\n<p> <strong> Ce n&#8217;est pas un hasard si ce combat a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 par l&#8217;ancien r\u00e9dacteur en chef de la Cause du peuple&#8230; Le succ\u00e8s du festival n&#8217;est-il pas aussi une r\u00e9ponse au malaise politico-social actuel ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. L. B : <\/strong> Effectivement&#8230; Mon parcours politique, comme on dit, a une certaine logique. Malgr\u00e9 les r\u00e9ticences d&#8217;une partie de la presse, qui ne comprenait pas notre message au d\u00e9but, le public, a tout de suite adh\u00e9r\u00e9. Parce qu&#8217;il y avait une demande&#8230;de sens ! J&#8217;ai la conviction qu&#8217;\u00e0 une \u00e9poque marqu\u00e9e par l&#8217;effondrement des id\u00e9ologies, la litt\u00e9rature retrouve une importance, une urgence qu&#8217;elle n&#8217;avait plus. Le monde redevient opaque, incompr\u00e9hensible, inqui\u00e9tant, angoissant et excitant de ce fait m\u00eame. Je crois tr\u00e8s fort \u00e0 la capacit\u00e9 des artistes de le dire. Il faut qu&#8217;ils le fassent sinon on est mort ! Si la litt\u00e9rature ne manifestait pas cette capacit\u00e9 \u00e0 dire ce qui se passe, o\u00f9 on est, qui on est, o\u00f9 on va, ce qu&#8217;on vit et pourquoi, dans les dix ann\u00e9es \u00e0 venir, c&#8217;est qu&#8217;elle est morte ! Je trouve qu&#8217;on manque dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise (hors polar) de romanciers qui ont la force de cin\u00e9astes tels que Ken Loach, Mike Leigh et Stephen Frears. Ces cin\u00e9astes anglais ont la capacit\u00e9 de parler des gens ordinaires. La vie en banlieue, c&#8217;est r\u00e9el, c&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 vivent la majorit\u00e9 des gens. Nous n&#8217;avons pas cette tradition en France, ce ton. Dans la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine, il y a de nombreux auteurs issus de milieux populaires qui ne se posent pas la question de savoir s&#8217;ils vont \u00eatre accept\u00e9s par un milieu litt\u00e9raire \u00e9litiste.<\/p>\n<p> <strong> Justement, cette ann\u00e9e, l&#8217;Am\u00e9rique d\u00e9barquait \u00e0 Saint-Malo ! Pourquoi ce choix ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. L. B : <\/strong> Nous avons tenu \u00e0 resserrer le propos, \u00e9viter l&#8217;effet de mode et rassembler des auteurs proches des id\u00e9es qu&#8217;on d\u00e9fend. Avec, autour de Jim Harrison, toute la bande du Montana (Rick Bass, James Crumley, Dan O&#8217;Brian, etc.), une demi-douzaine d&#8217;\u00e9crivains indiens. Et puis des \u00e9crivains du Sud, comme Harry Crews, et des auteurs de Romans Noirs. La s\u00e9lection n&#8217;aura jamais \u00e9t\u00e9 aussi riche et coh\u00e9rente. Nous voulons faire passer l&#8217;id\u00e9e que cette conception de la litt\u00e9rature n&#8217;est pas le fait de trois hurluberlus europ\u00e9ens, mais que c&#8217;est peut-\u00eatre le courant le plus important de la litt\u00e9rature d&#8217;aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p> <strong> Quel est l&#8217;avenir du Festival ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> M. L. B : <\/strong> Le danger aujourd&#8217;hui n&#8217;est pas d&#8217;\u00eatre \u00e9touff\u00e9, mais d&#8217;\u00eatre victime du succ\u00e8s. Les auteurs se battent presque pour venir ! Il faut \u00e9viter l&#8217;\u00e9cueil de l&#8217;effet de mode, de trop de passion&#8230; Lorsqu&#8217;on devient majoritaire, c&#8217;est classique, tout le monde se met \u00e0 dire la m\u00eame chose, et le premier qui l&#8217;a dit est oubli\u00e9. Si j&#8217;ai tir\u00e9 \u00e0 boulet rouge sur une certaine litt\u00e9rature fran\u00e7aise, c&#8217;est parce qu&#8217;elle emp\u00eachait d&#8217;autres litt\u00e9ratures de vivre ! Aujourd&#8217;hui, je remarque qu&#8217;\u00e0 partir du moment o\u00f9 un ph\u00e9nom\u00e8ne fonctionne \u00e9conomiquement, les a priori id\u00e9ologiques s&#8217;estompent&#8230; J&#8217;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aller au combat plut\u00f4t que de radoter dans mon bureau sur le fait que le milieu litt\u00e9raire est trop ferm\u00e9. Nous allons inviter davantage d&#8217;artistes peintres, de cin\u00e9astes et de photographes. Nous tenons \u00e0 pr\u00e9server le m\u00e9lange des genres et surtout la convivialit\u00e9 du festival. Le prochain festival aura lieu du 8 au 10 mai 1998, avec, pour th\u00e8me, &#8221; Chateaubriand, figure embl\u00e9matique de Saint-Malo &#8220;, dont on c\u00e9l\u00e9brera le cent cinquanti\u00e8me anniversaire de la mort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Michel Le Bris <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-600","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/600","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=600"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/600\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=600"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=600"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=600"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}