{"id":599,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/vers-l-amerique599\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"vers-l-amerique599","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=599","title":{"rendered":"Vers l&#8217;Am\u00e9rique"},"content":{"rendered":"<p>Etonnants voyageurs ! Quelles nobles histoires\/ Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !\/ Montrez-nous les \u00e9crins de vos riches m\u00e9moires,\/ Ces bijoux merveilleux, faits d&#8217;astres et d&#8217;\u00e9thers,\/ Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !\/ Faites, pour \u00e9gayer l&#8217;ennui de nos prisons,\/ Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,\/ Vos souvenirs avec leurs cadres d&#8217;horizons,\/ Dites, qu&#8217;avez-vous vu ? &#8221;<\/p>\n<p>C&#8217;est en toute logique que les animateurs du Festival international du livre de Saint-Malo ont choisi les deux premiers mots du &#8221; Voyage &#8221; de Charles Baudelaire comme intitul\u00e9 de leur manifestation. Intens\u00e9ment moderne dans une \u00e9poque \u00e9triqu\u00e9e, le po\u00e8te concevait la litt\u00e9rature comme une formidable ouverture au monde, lui qui par ailleurs traduisit de l&#8217;am\u00e9ricain les Aventures d&#8217;Arthur Gordon Pym d&#8217;Edgar Allan Poe. La filiation est donc manifeste: pour Michel Le Bris et Jean-Claude Izzo, pionniers de cette aventure malouine dont c&#8217;\u00e9tait en mai la huiti\u00e8me \u00e9dition, la litt\u00e9rature n&#8217;est elle-m\u00eame que si elle saisit le r\u00e9el, si elle parle des drames universels, de la beaut\u00e9 m\u00e9tisse du monde. Pas une litt\u00e9rature d&#8217;exotisme, mais une litt\u00e9rature de d\u00e9couverte, des autres, donc de nous-m\u00eames. Cette ann\u00e9e, d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 r\u00e9affirmer cette volont\u00e9 contre toutes les modes et tous les replis, le Festival ouvrait ses portes sur les grands espaces des Etats-Unis. Fascinant &#8221; nouveau monde &#8221; qui, on le sait, a donn\u00e9 son tempo au si\u00e8cle. Mais, quand celui-ci s&#8217;ach\u00e8ve, alors le roi est nu. Ce qui fut le &#8221; r\u00eave am\u00e9ricain &#8221; est aujourd&#8217;hui bris\u00e9. La puissance, si elle pr\u00e9tend toujours dominer le monde, est aussi min\u00e9e de l&#8217;int\u00e9rieur. Derri\u00e8re la statue de la Libert\u00e9, la barbarie pointe un nez de plus en plus pro\u00e9minent, et le cauchemar am\u00e9ricain perd de sa climatisation. De cette cassure, des dizaines d&#8217;\u00e9crivains sont venus parler \u00e0 Saint-Malo; tant il est vrai que la litt\u00e9rature de cette partie de la plan\u00e8te a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;avant-garde de la critique des d\u00e9rives de sa soci\u00e9t\u00e9 (on ne redira jamais assez la rapidit\u00e9 avec laquelle les Am\u00e9ricains surent d\u00e9noncer, avec talent, la sale guerre du Vietnam que men\u00e8rent leurs gouvernants &#8211; bien plus vite que nous ne le f\u00eemes ici avec les &#8221; \u00e9v\u00e9nements &#8221; d&#8217;Alg\u00e9rie). Qu&#8217;ils viennent de leur repaire de Missoula dans le Montana, qui ressemble \u00e0 un havre de paix, ou qu&#8217;ils arrivent des grandes villes comme New York, Los Angeles, Detroit ou Chicago, les auteurs d&#8217;aujourd&#8217;hui tiennent tous le m\u00eame propos: l&#8217;argent a d\u00e9truit l&#8217;esprit de communaut\u00e9 aux Etats-Unis; et l&#8217;Am\u00e9rique, hier symbole d&#8217;esp\u00e9rance, est aujourd&#8217;hui g\u00e9n\u00e9ratrice de toutes les formes de violence. Le constat est sans appel pour ceux qui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le stylo au colt (dans un pays o\u00f9 celui-ci fait souvent partie du quotidien) et qui savent qu&#8217;\u00e9crire c&#8217;est &#8221; aller voir derri\u00e8re la fa\u00e7ade &#8220;, selon les mots de Fran\u00e7ois Gu\u00e9rif, invit\u00e9 du Festival et grand sp\u00e9cialiste du roman noir am\u00e9ricain. Alors, dans des livres passionn\u00e9s, polars ou travel writings, ils campent les d\u00e9cors multiples d&#8217;un territoire sauvage qui ne se r\u00e9sout pas \u00e0 la froide logique des d\u00e9cideurs de Manhattan. Bien s\u00fbr, les gangs sont partout, avec des recrues toujours plus jeunes, bien s\u00fbr le crack mortel file de main en main, bien s\u00fbr s&#8217;accumulent les champs d&#8217;ordures toxiques en marge des m\u00e9tropoles, o\u00f9 tentent de survivre des centaines de milliers de homeless, laiss\u00e9s pour compte de l&#8217;horreur \u00e9conomique&#8230; Et certains font m\u00eame le voyage jusqu&#8217;au bout de la nuit, nous entra\u00eenant dans le Couloir de la mort, o\u00f9 l&#8217;on parque les condamn\u00e9s \u00e0 l&#8217;ex\u00e9cution capitale, ou sur le tournage de snuff movies, films parall\u00e8les o\u00f9 les acteurs sont froidement ex\u00e9cut\u00e9s. Comme disait Raymond Chandler, &#8221; ce n&#8217;est pas un monde parfum\u00e9, mais c&#8217;est le monde dans lequel vous vivez &#8220;. Mais bien s\u00fbr, aussi, aucun de nos raconteurs d&#8217;histoires de l&#8217;Ouest ne se satisfait de ce monde d\u00e9jant\u00e9 ni ne se compla\u00eet dans la contemplation de sa perversit\u00e9. Souvent issus, et plus proches de toute fa\u00e7on du monde ouvrier que des salons bourgeois, ils mettent en sc\u00e8ne des hommes et des femmes que tout pousse \u00e0 courber l&#8217;\u00e9chine et qui pourtant r\u00e9sistent, courent pour ne pas tomber, parfois unissent leurs efforts pour ne plus avoir \u00e0 fuir et disent alors: Y a basta !, comme le leur a souffl\u00e9 un certain sous-commandant un peu plus au sud de leur continent, copain de l&#8217;\u00e9crivain de polars, Paco Ignacio Taibo II, qui pr\u00e9sentait d&#8217;ailleurs au Festival son livre sur Che Guevara&#8230; Ainsi tout se tient. Le meilleur symbole, en tout cas, de ces hommes qui gardent la t\u00eate haute et ne se r\u00e9signent pas, auteurs ou personnages des livres comme de la vie, \u00e7&#8217;aura \u00e9t\u00e9 la pr\u00e9sence de nombreux \u00e9crivains indiens, au verbe digne mais haut, \u00e0 la plume (sans jeu de mots !) puissante et remarquable, et qui ne firent pas un instant oublier que l&#8217;un des leurs, Leonard Peltier, est aujourd&#8217;hui dans un Etat d\u00e9mocratique le plus vieux prisonnier du monde, condamn\u00e9 pour un crime de sang qu&#8217;il n&#8217;a d&#8217;\u00e9vidence pas commis.&#8221; Dites, qu&#8217;avez-vous vu ? &#8221; Raconteurs de tous les pays, continuez inlassablement de nous \u00e9mouvoir, de nous dire des histoires d&#8217;amour et de mort, de d\u00e9tresse et d&#8217;esp\u00e9rance, continuez, s&#8217;il vous pla\u00eet, de nous dire l&#8217;Histoire du monde.<\/p>\n<p>1. R\u00e9seau local, interne organis\u00e9 selon les m\u00eames dispositifs technologiques que l&#8217;Internet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Etonnants voyageurs ! 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