{"id":5972,"date":"2012-12-12T16:49:41","date_gmt":"2012-12-12T15:49:41","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-regles-du-jeu-tele-gaucho-un5972\/"},"modified":"2012-12-12T16:49:41","modified_gmt":"2012-12-12T15:49:41","slug":"les-regles-du-jeu-tele-gaucho-un5972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5972","title":{"rendered":"Les r\u00e8gles du jeu&#8230; \u00abT\u00e9l\u00e9 Gaucho\u00bb, un film de Michel Leclerc"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Deux ans apr\u00e8s <em>Le Nom des Gens<\/em>, fable sur l\u2019engagement, Michel Leclerc signe une nouvelle com\u00e9die politique directement inspir\u00e9e de ses ann\u00e9es d\u2019activiste audiovisuel \u00e0 T\u00e9l\u00e9 Bocal. Pas une grande \u0153uvre esth\u00e9tique, mais film foutraque et bienveillant, plus fin dans ses analyses du monde audiovisuel et de la soci\u00e9t\u00e9 militante qu\u2019il n\u2019en a l\u2019air. A voir.<\/p>\n<p>Qui se souvient de T\u00e9l\u00e9 Bocal\u00a0? Pour ceux qui ont moins de trente ans, ou qui ont pass\u00e9 les ann\u00e9es 90 en dehors de notre syst\u00e8me solaire, rappelons cette exp\u00e9rience politique, ludique, anti conformiste, qui consista, depuis un squat de la cit\u00e9 Aubry dans le XX\u00e8me arrondissement, \u00e0 fabriquer, de fa\u00e7on plus ou mois r\u00e9guli\u00e8re, des programmes audiovisuels dont la diffusion se faisait apr\u00e8s coup, et  via cassettes VHS dupliqu\u00e9e, dans diff\u00e9rents lieux de sociabilit\u00e9 de la capitale, en deux mots, des bistrots. Cinq ann\u00e9es durant Michel Leclerc participa \u00e0 cette aventure commenc\u00e9e lorsque les cam\u00e9scopes ont remplac\u00e9 les cam\u00e9ras. <em>\u00ab\u00a0Faire de la t\u00e9l\u00e9 devenait alors \u00e0 la port\u00e9e de tous\u00a0\u00bb<\/em>. Pas faux. <\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui le squat de la cit\u00e9 Aubry a laiss\u00e9 la place \u00e0 un programme immobilier priv\u00e9. Et si la t\u00e9l\u00e9vision mainstream a connu une r\u00e9volution, c\u2019est plut\u00f4t celle, r\u00e9trograde de la <em>low-costisation<\/em> des programmes, de la pr\u00e9carisation des professions, men\u00e9e \u00e0 bien par des dirigeants d\u00e9barqu\u00e9s tout droit du marketing et de l\u2019industrie dans cet univers o\u00f9 les saltimbanques, quoiqu\u2019on en pense, constituaient encore jusqu\u2019au tournant des ann\u00e9es 2000 le gros des troupes. Revenir plus de dix ans en arri\u00e8re, c\u2019est donc d\u00e9j\u00e0 exprimer une certaine nostalgie pour une \u00e9poque o\u00f9 le seul enchantement tenait \u00e0 des mobilisations g\u00e9n\u00e9reuses et collectives et \u00e0 la fa\u00e7on de les relayer dans les espaces publics. <em>\u00ab\u00a0Ma parenth\u00e8se enchant\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em> d\u00e9clare Leclerc. Et pour pas mal d\u2019entre nous aussi.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/i5wu248G0u8?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Le film pourtant d\u00e9marre assez mal. Dans l\u2019univers petit bourgeois d\u2019une lointaine banlieue blanche, Hugo se r\u00eave en cin\u00e9aste de la nouvelle vague, quand sa m\u00e8re pense que Pasolini est une marque de p\u00e2tes\u2026 Une famille de t\u00e9l\u00e9film, donc, telle qu\u2019elle se diffuse ad nauseum dans les programmes du type \u00ab\u00a0fais pas ci, fais pas \u00e7a\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0sc\u00e8nes de m\u00e9nage\u00a0\u00bb, et au sein de laquelle la connerie douce tient lieu d\u2019existentialisme et l\u2019inculture de valeur morale. Par une s\u00e9rie d\u2019artifices sc\u00e9naristiques bancals, Hugo se retrouve \u00e0 Paris, stagiaire dans le pire <em>talk show<\/em> qui soit, install\u00e9 par Papa Maman dans une chambre de bonne de la rue de Bagnolet. L\u2019aventure \u00e0 proprement parler peut commencer, une fois Hugo ayant rencontr\u00e9 Jean Lou, escroc \u00e0 la petite semaine et leader incontest\u00e9 d\u2019un phalanst\u00e8re audiovisuel dans lequel le management  s\u2019appelle autogestion. A ce titre \u00ab\u00a0l\u2019entretien d\u2019embauche\u00a0\u00bb de l\u2019un par l\u2019autre, et la r\u00e9plique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0tu sais tourner\u00a0? Non. Bon, ben tu prends la cam\u00e9ra\u00a0\u00bb<\/em> tient lieux \u00e0 la fois de synecdoque de l\u2019esprit des lieux tout autant que d\u2019argument programmatique \u00e0 la fiction. C\u2019est donc cette bande de plus ou moins joyeux drilles, dot\u00e9s d\u2019un sens de l\u2019indignation et de la r\u00e9volte qui n\u2019a d\u2019\u00e9gal que le nombre de bras gauches qui la constitue, qui sera au c\u0153ur du film et c\u2019est tant mieux.<\/p>\n<p>Le fait est assez rare pour \u00eatre signal\u00e9. Par del\u00e0 le ton de la com\u00e9die, et la forme assez standardis\u00e9e de la r\u00e9alisation de Michel Leclerc, ce qui se donne \u00e0 voir avec <em>T\u00e9l\u00e9 Gaucho<\/em> c\u2019est un film sur le collectif. Pas un film choral dans lequel chacun joue sa partition, ni un film de bande au sens Hollywoodien du terme, mais un film sur la d\u00e9lib\u00e9ration et l\u2019action d\u2019un collectif dans lequel l\u2019engagement des uns se r\u00e9percute sur les trajectoires des autres. Un film sur un groupe de gauche, marginal, mouvementiste, alternatif certes, mais un film de gauche, sans conteste. D\u2019ailleurs les dialogues travaillent assez finement \u00e0 pointer les contradictions et l\u2019ambiguit\u00e9 militante des personnages, du r\u00e9volutionnaire radical qui habite chez ses vieux, porte d\u2019Auteuil, et qui n\u2019aimerait pas que cela se sache, \u00e0 la passionaria, chiante \u00e0 force de tout prendre sous l\u2019angle de l\u2019indignation, en passant par le leader charismatique, qui \u00ab\u00a0s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas de gauche serait un vrai facho\u00a0\u00bb, et tous les autres que l\u2019on reconna\u00eetra pour les avoir d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 en vrai\u2026<\/p>\n<p>S\u2019il fallait en rajouter, il faudrait saluer ce film au moins pour avoir d\u00e9voil\u00e9, via les rapport conflictuels avec HT1, la t\u00e9l\u00e9 ennemie, et le personnage de pr\u00e9sident du CSA, ce qu\u2019est v\u00e9ritablement le petit \u00e9cran\u00a0: un espace pour les publicitaires et les annonceurs. Le fait n\u2019est pas nouveau et n\u2019a pas attendu les d\u00e9clarations de Patrick Le Lay sur le temps de cerveau disponible. Il est \u00e0 l\u2019origine m\u00eame de la t\u00e9l\u00e9vision. Ce qui ne veut pas dire que rien de bon ne peut en sortir. La preuve T\u00e9l\u00e9 Gaucho est coproduit par TF1 et France 2. On peut penser que la faiblesse du film tient justement au fait que le sc\u00e9nario a du se faire tout petit politiquement pour \u00eatre accept\u00e9 par les deux mastodontes nationaux. On peut aussi esp\u00e9rer que sa force de subversion foraine sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le soir ou le film sera diffus\u00e9 par l\u2019un puis par l\u2019autre. Pendant pr\u00e8s de deux heures, quelques millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs d\u00e9couvriront enfin T\u00e9l\u00e9 Bocal. On ne peut que souhaiter que cela suscite des vocations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux ans apr\u00e8s <em>Le Nom des Gens<\/em>, fable sur l\u2019engagement, Michel Leclerc signe une nouvelle com\u00e9die politique directement inspir\u00e9e de ses ann\u00e9es d\u2019activiste audiovisuel \u00e0 T\u00e9l\u00e9 Bocal. Pas une grande \u0153uvre esth\u00e9tique, mais film foutraque et bienveillant, plus fin dans ses analyses du monde audiovisuel et de la soci\u00e9t\u00e9 militante qu\u2019il n\u2019en a l\u2019air. 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