{"id":5949,"date":"2013-07-21T15:00:00","date_gmt":"2013-07-21T13:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mes-souvenirs-d-oscar-niemeyer5949\/"},"modified":"2013-07-21T15:00:00","modified_gmt":"2013-07-21T13:00:00","slug":"mes-souvenirs-d-oscar-niemeyer5949","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5949","title":{"rendered":"Mes souvenirs d\u2019Oscar Niemeyer"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Oscar Niemeyer est mort le 5 d\u00e9cembre 2012. Il venait d\u2019\u00eatre hospitalis\u00e9 mais a voulu vivre jusqu\u2019au dernier jour et donc travailler. Il est mort juste avant son 105e anniversaire, laissant inachev\u00e9 encore quelques projets. <\/p>\n<p><em>Article publi\u00e9 initialement le 6 d\u00e9cembre 2012<\/em> &#8211; Il y a vingt cinq ans exactement, terminant mes \u00e9tudes d\u2019architectes, j\u2019ai eu l\u2019immense chance de faire un stage de quelques mois dans son agence de Rio. Mon p\u00e8re, Jacques Tricot et lui s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s et appr\u00e9ci\u00e9s lors de la construction du si\u00e8ge du parti communiste \u00e0 Paris. Jacques, ing\u00e9nieur structure, lui d\u00e9j\u00e0 immense cr\u00e9ateur. Pour ce b\u00e2timent qui resta un de ses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, il voulait des choses impossibles. Il les a obtenue. Oscar savait ce que le b\u00e9ton pouvait r\u00e9aliser, ce que le jeune ing\u00e9nieur ne savait pas encore. L\u2019\u00e9cole ne dit pas tout. Oscar est devenu un ami de la famille et me voil\u00e0 invit\u00e9e \u00e0 venir apprendre l\u2019architecture \u00e0 ses cot\u00e9s. <\/p>\n<p>J\u2019ai fait ce stage alors qu\u2019Oscar f\u00eatait ses 80 ans. Je me souviens qu\u2019il disait d\u00e9j\u00e0, citant Malraux \u00ab\u00a0la vieillesse est un naufrage\u00a0\u00bb. Ca l\u2019emb\u00eatait vraiment de vieillir. Mais il se d\u00e9battait bien contre l\u2019emprise du temps. A la mesure d\u2019un homme, il a aussi gagn\u00e9 ce combat. Le temps ne l\u2019a jamais fait prisonnier. Jusqu\u2019au bout il a v\u00e9cu. <\/p>\n<p>Sa vie\u00a0? Bizarrement elle \u00e9tait d\u2019une incroyable r\u00e9gularit\u00e9 rarement interrompue. Parfois, une fois par moi, il recevait la visite de la fille de Carlos Prestes. Le chevalier d\u2019esp\u00e9rance avait besoin d&#8217;argent pour vivre. Celui qui fut le h\u00e9ros br\u00e9silien racont\u00e9 dans le grand roman de Jorge Amado, avait quitt\u00e9 le parti qu&#8217;il dirigea, le parti communiste br\u00e9silien. Oscar resta fid\u00e8le \u00e0 l&#8217;un et \u00e0 l&#8217;autre&#8230; Il y avait aussi de longs jours sans sa visite \u00e0 l\u2019agence. Oscar partait \u00e0 Brasilia en voiture. L&#8217;architecte international avait peur de l\u2019avion et dans ce grand pays, aller \u00e0 la capitale est une aventure! Mais quand il \u00e9tait \u00e0 Rio, il venait tous les jours, week-end compris. Il arrivait vers 10 heures \u00e0 son agence. Celle-ci n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tablie dans une b\u00e2tisse moderne, de sa cr\u00e9ation. Non, elle se situait au dernier \u00e9tage d\u2019un des plus anciens \u00ab\u00a0gratte-ciel\u00a0\u00bb de Copacabana, un b\u00e2timent d\u2019une quinzaine d\u2019\u00e9tages. Ce b\u00e2timent ressemblait pourtant \u00e0 son architecture, avec ses bow-windows en courbe.  Influence du baroque. Ce baroque portugais qu\u2019Oscar connaissait, appr\u00e9ciait et dont il a fait son miel. Il aimait \u00e0 parler des courbes du corps des femmes. Je sais qu\u2019il connaissait aussi celles laiss\u00e9es dans l\u2019architecture par la colonisation portugaise. Il poss\u00e9dait d\u2019ailleurs sur une ile face \u00e0 Rio une ancienne maison coloniale de style baroque. <\/p>\n<p>Quand il ouvrait la porte de sa petite agence, il voyait la mer. Tout le bureau \u00e9tait baign\u00e9 de cette lumi\u00e8re vive. Mais lui partait s\u2019enfermer pour deux heures dans son bureau monacal, sombre et sans lumi\u00e8re. L\u00e0 il lisait, dessinait. Pas de l\u2019architecture. Il dessinait souvent des corps de femmes. Il lisait en ce temps l\u00e0, je me souviens, les \u00e9crits de Leonard de Vinci. <\/p>\n<p>A midi, on d\u00e9jeunait. Parfois au restaurant, juste en bas. Toujours le m\u00eame. Parfois, il faisait monter le repas. Toujours le m\u00eame. Oscar n\u2019avait pas envie de s\u2019emb\u00eater \u00e0 choisir. Quand une chose est bonne, qu\u2019elle est belle, qu\u2019elle est bien faite, pourquoi vouloir changer\u00a0? Ainsi, il portait toujours une chemise en soie beige qui allait \u00e0 son teint. Je ne l\u2019ai jamais vu habill\u00e9 autrement. J\u2019assistais aux tr\u00e8s nombreux entretiens qu\u2019i accordait \u00e0 la presse\u00a0: les 80 ans d\u2019Oscar c\u2019\u00e9tait un \u00e9v\u00e9nement national que tous les journaux couvraient. Il redisait les m\u00eames phrases, celles qu\u2019il avait ajust\u00e9es et qui exprimait exactement sa pens\u00e9e. Oscar \u00e9tait un homme de grande pr\u00e9cision.<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s midi, Oscar faisait de l\u2019architecture. A l\u2019\u00e9poque il construisait l\u2019immense complexe de conf\u00e9rence et d\u2019exposition de Sao-Paulo. Je dessinais sous la conduite de l\u2019autre architecte de l\u2019agence, au crayon \u00e0 papier sur du calque pelure, \u00e0 peine transparent, quand dans les grandes agences am\u00e9ricaines l\u2019ordinateur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de mise. Le m\u00eame calque servira pour tout le chantier. On commen\u00e7ait par dessiner le b\u00e9ton, ce cher b\u00e9ton, et sur ce calque  viendront se rajouter tous les d\u00e9tails, le verre, le carrelage.<\/p>\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s midi sa petite fille architecte d\u00e9barquait. Pour se m\u00e9nager, il lui avait confi\u00e9 la direction de son agence d\u2019ex\u00e9cution, celle qui met au point tous les projets. Elle d\u00e9roule le travail fait par la cinquantaine d\u2019architectes qui travaillent pour Oscar, mais qu\u2019il ne rencontre jamais. IL commente les dessins pr\u00e9sent\u00e9s. Elle repart et reviendra le lendemain avec les modifications faites. Parfois il lui confie quelques croquis qui vont devenir un grand b\u00e2timent.<\/p>\n<p>Vers 6 heures, sa secr\u00e9taire se pr\u00e9pare. Elle range les quelques papiers, sort des verres, du fromage, de la charcuterie. Les amis peuvent arriver. Et jusque tr\u00e8s tard le soir, les amis d\u2019oscar viennent discuter, palabrer en g\u00e9n\u00e9ral de politique dans cette grande salle, en fait pas si grande, 30 m2 entour\u00e9s de mur blancs avec pour seule d\u00e9coration une m\u00e9daille en bronze accroch\u00e9e au mur, celle offerte par le parti communiste fran\u00e7ais en remerciement pour le si\u00e8ge place du colonel Fabien.<br \/>\nL\u00e0 j\u2019\u00e9coutais. Je parlais mal le portugais. L\u2019agence \u00e9tait devenue un salon parisien du temps de la R\u00e9volution. Tout ce que Rio comptait d\u2019artistes, d\u2019intellectuels progressistes passait un soir ou l\u2019autre. Il y avait souvent son ami cher, le  grand romancier et anthropologue Darcy Ribeiro. A l\u2019\u00e9poque Gorbatchev lan\u00e7ait la Perestro\u00efka et son livre venait d\u2019\u00eatre traduit au Br\u00e9sil. Oscar n\u2019aimait pas ces remises en cause. Lui \u00e9tait fid\u00e8le \u00e0 Staline, celui qui avait battu Hitler. Ca, on ne lui \u00f4terait pas\u00a0! Je me taisais. <\/p>\n<p>Vers 21 heures, son chauffeur arrivait. Oscar partait sans c\u00e9r\u00e9monie. Les autres restaient, terminaient leur verres, achevaient leur discussion. Et partaient \u00e0 leur tour. Le dernier claquait la porte. On reprendra la discussion demain. <\/p>\n<p>\u2026.Ce matin, je me demande o\u00f9 sont mes photos d\u2019Oscar. A l\u2019\u00e9poque il n\u2019y avait pas de num\u00e9rique et je suis bord\u00e9lique. O\u00f9 sont ces photos\u00a0? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oscar Niemeyer est mort le 5 d\u00e9cembre 2012. Il venait d\u2019\u00eatre hospitalis\u00e9 mais a voulu vivre jusqu\u2019au dernier jour et donc travailler. 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