{"id":5916,"date":"2012-11-28T14:47:01","date_gmt":"2012-11-28T13:47:01","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/tout-le-monde-il-est-gentil5916\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:57","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:57","slug":"tout-le-monde-il-est-gentil5916","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5916","title":{"rendered":"Tout le monde il est gentil&#8230; Populaire de R\u00e9gis Roinsard"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ev\u00e9nement cin\u00e9matographique autoproclam\u00e9, opportun\u00e9ment sorti en cette fin d\u2019ann\u00e9e dans l\u2019espoir de rafler quelques r\u00e9compenses lors de la prochaine c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sars, <em>Populaire<\/em>, en salles ce mercredi s\u2019affirme comme le dernier avatar en date de la tendance r\u00e9tro du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. D\u2019abord s\u00e9duisant, finalement affligeant. Critique.<\/p>\n<p>Alors que dans la plupart des films contemporains, le design visuel \u00ab\u00a0\u00e0 la mode\u00a0\u00bb d\u00e9ploie \u00e0 l\u2019envie ses tonalit\u00e9s m\u00e9talliques, avec noirs profonds \u2013 on dit \u00ab\u00a0coll\u00e9s\u00a0\u00bb &#8211; et teintes de rouille et d\u2019acier, la premi\u00e8re chose qu\u2019on remarque devant <em>Populaire<\/em>, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un film en couleurs\u2026 Bleus \u00e9lectriques, rouges p\u00e9taradants, jaunes acidul\u00e9s, verts craquants, toute la palette des couleurs synth\u00e9tiques semble avoir \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour cette reconstitution du quotidien des fran\u00e7ais \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50. Qu\u2019importe que l\u2019\u00e9poque \u2013 pour ceux qui s\u2019en souviennent \u2013 ait \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t terne, grise, d\u2019une v\u00e9ritable tristesse visuelle, ce que propose le film c\u2019est une accumulation de d\u00e9cors de magazine, tels que la presse consum\u00e9riste de ce d\u00e9but des trente glorieuse, les proposait. Un peu comme si aujourd\u2019hui le cin\u00e9ma nous faisait croire que l\u2019ensemble des foyers fran\u00e7ais actuels ressemblaient aux int\u00e9rieurs de \u00ab\u00a0la maison de Marie Claire\u00a0\u00bb\u2026 Passons, mais pas compl\u00e8tement.  <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/CmWbph2KZmk?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Dans le suppl\u00e9ment f\u00e9minin d\u2019un hebdomadaire dominical, un encart publicitaire sobrement intitul\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9dition sp\u00e9ciale\u00a0\u00bb affirme qu\u2019<em>\u00ab\u00a0\u00e0 travers le parcours de son h\u00e9ro\u00efne, <em>Populaire<\/em> aborde les premiers pas de l\u2019\u00e9mancipation des femmes dans la France des ann\u00e9es 1958\u00a0\u00bb<\/em>. Hum, hum\u2026 <em>Populaire<\/em> br\u00fblot proto f\u00e9ministe donc\u00a0? On serait curieux de savoir ce qu\u2019en pense Virginie Despentes\u2026 Ne serait ce que de l\u2019affiche du film, sur laquelle D\u00e9borah Fran\u00e7ois, l\u2019actrice principale, se trouve derri\u00e8re son homologue masculin, Romain Duris. Une grande marque de vernis \u00e0 ongle ne s\u2019y est pas tromp\u00e9e, elle, qui affirme fi\u00e8rement dans les pages de cet encart co-brand\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0la gamme Colorama partage les valeurs du film et s\u2019adresse \u00e0 toutes les femmes\u00a0\u00bb<\/em>\u2026 Un slogan qui fleure bon les fifties, \u00ab\u00a0happy days\u00a0\u00bb de la condition f\u00e9minine \u00e0 n\u2019en pas douter. Car peut \u00eatre ne le saviez vous pas \u2013 mais <em>Populaire<\/em> est l\u00e0 pour nous rappeler certaines \u00e9vidences d\u2019ordre revendicationnelles de la part de ces femmes que le film prend un plaisir manifeste \u00e0 nous montrer. Ainsi, <em>\u00ab\u00a0\u00eatre secr\u00e9taire c\u2019est moderne\u00a0\u00bb<\/em>. C\u2019est cela\u2026<\/p>\n<p>Soit Rose Pamphile, s\u2019ennuyant dans l\u2019\u00e9picerie normande de papa et pr\u00e9f\u00e9rant devenir secr\u00e9taire \u00e0 Lisieux. Pass\u00e9 l\u2019entretien d\u2019embauche, sc\u00e8ne durant laquelle les pr\u00e9tendantes \u00e0 la modernit\u00e9 sont align\u00e9es comme au bordel, elle sera championne du monde de dactylographie. Tant pis pour elle\u2026 Surtout que cette place de num\u00e9ro une, Rose la doit, certes \u00e0 la rapidit\u00e9 de sa frappe &#8211; comme \u00e0 la r\u00e9sistance de ses articulations &#8211; mais surtout, oui surtout, \u00e0 la volont\u00e9 de son patron, Louis Echard, assureur de p\u00e8re en fils, Romain Duris dans les bras duquel l\u2019h\u00e9ro\u00efne finira, bien \u00e9videmment, par tomber. Rappelons, \u00e0 toute fins utiles, qu\u2019\u00eatre moderne en 1958, dans cette France o\u00f9 comme le disait Truffaut, <em>\u00ab\u00a0tout le monde a deux m\u00e9tiers, le sien et critique de cin\u00e9ma\u00a0\u00bb<\/em> cela passe, plut\u00f4t que par le secr\u00e9tariat, et quoiqu\u2019il n\u2019y ait pas de sots m\u00e9tiers, notamment par la lecture des Cahiers du cin\u00e9ma, la d\u00e9fense de la Nouvelle Vague, <em>Les 400 coups<\/em> de Truffaut, <em>A bout de souffle<\/em>, plus tard, de Godard, et le rejet du cin\u00e9ma \u00e0 la papa, l\u2019inoxydable \u00ab\u00a0qualit\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb dont R\u00e9gis Roinsard, le r\u00e9alisateur, peut-\u00eatre m\u00eame sans s\u2019en rendre compte \u2013 c\u2019est l\u00e0 toute la force de l\u2019id\u00e9ologie \u2013 est le digne continuateur. Alors qu\u2019en 1958 le pays compte autant de cin\u00e9-club que de clochers, Roinsard pr\u00e9f\u00e8re installer des t\u00e9l\u00e9viseurs dans les salons\u2026 Je dis \u00e7a, j\u2019dis rien\u2026<\/p>\n<p>Pas besoin forc\u00e9ment de remonter au cin\u00e9ma des vieux briscards du type Pierre Granier-Deferre et consorts, car <em>Populaire<\/em> assume son affiliation \u00e0 la veine des films r\u00e9tros (voir <a href=\"5040\"><em>Une tendance certaine<\/em><\/a> dans <em>Regards<\/em>) qui depuis <em>Le Fabuleux Destin d\u2019Am\u00e9lie Poulain<\/em>, s\u2019appuient sur le fantasme de l\u2019esth\u00e9tique multicolore des <em>fifties<\/em> pour mieux en r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire, dans une version nostalgique assez r\u00e9ac finalement. Ici ce n\u2019est pas la veine \u00ab\u00a0newlook\u00a0\u00bb qui est en cause. Car il n\u2019est que de voir la s\u00e9rie <em>MadMen<\/em>, pour comprendre qu\u2019on peut \u00eatre vintage et mettre en sc\u00e8ne les contradictions sociale et sexuelles du moment. Plus proche de nous g\u00e9ographiquement un groupe d\u2019auteurs s\u2019y \u00e9taient, il y a trente ans d\u00e9j\u00e0, lanc\u00e9. Rejouant les codes visuels, graphiques associ\u00e9s \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 1958, reprenant \u00e0 leur compte le style \u00ab\u00a0Atomium\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9poque, la clart\u00e9 des lignes de design \u00e9taient mises en \u0153uvre avec un objectif radicalement ironique, subversif. Regroup\u00e9s sous la banni\u00e8re de la \u00ab\u00a0ligne claire\u00a0\u00bb ils se nommaient Joost Swarte, Ever Meulen, Yves Chaland, Serge Clerc. Ces jeunes turcs des ann\u00e9es 80 ne faisaient malheureusement pas des films mais des bandes dessin\u00e9es\u2026Tant mieux pour le 9\u00e8me art, et tant pis pour le cin\u00e9ma\u00a0!<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5916 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/populaire-346.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/populaire-346-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Tout le monde il est gentil... Populaire de R\u00e9gis Roinsard\" aria-describedby=\"gallery-1-17339\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-17339'>\n\t\t\t\tTout le monde il est gentil&#8230; Populaire de R\u00e9gis Roinsard\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/populaire2-d76.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/populaire2-d76-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"populaire2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ev\u00e9nement cin\u00e9matographique autoproclam\u00e9, opportun\u00e9ment sorti en cette fin d\u2019ann\u00e9e dans l\u2019espoir de rafler quelques r\u00e9compenses lors de la prochaine c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sars, <em>Populaire<\/em>, en salles ce mercredi s\u2019affirme comme le dernier avatar en date de la tendance r\u00e9tro du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. 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