{"id":5879,"date":"2012-11-07T19:05:00","date_gmt":"2012-11-07T18:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-petit-bain-love-boat5879\/"},"modified":"2012-11-07T19:05:00","modified_gmt":"2012-11-07T18:05:00","slug":"le-petit-bain-love-boat5879","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5879","title":{"rendered":"Le Petit bain, love boat"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Sur les quais de Seine, les cales de la p\u00e9niche le Petit bain<br \/>\nabritent un resto, une salle de concert, un studio multim\u00e9dia<br \/>\net une structure d\u2019insertion. Bienvenus \u00e0 bord d\u2019un<br \/>\nboat pas pipole pour une croisi\u00e8re solidaire. Reportage.<\/p>\n<p>Autour du quai Fran\u00e7ois<br \/>\nMauriac, le quartier a<br \/>\nbien chang\u00e9. En moins<br \/>\nd\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es.<br \/>\nles terrains vagues ont<br \/>\nlaiss\u00e9 la place \u00e0 la biblioth\u00e8que Fran\u00e7ois<br \/>\nMitterrand, au cin\u00e9ma MK2, aux<br \/>\nsi\u00e8ges de grandes entreprises et \u00e0<br \/>\nune fac. Non loin de l\u00e0, sur la Seine,<br \/>\naux pieds de la biblioth\u00e8que, les couleurs<br \/>\nvives de la p\u00e9niche Le Petit bain<br \/>\ntranchent radicalement avec le gris<br \/>\nambiant. Preuve que le collectif d\u2019architecte<br \/>\n\u00ab Encore Heureux \u00bb a r\u00e9ussi son<br \/>\npari : transformer une barge morose en<br \/>\nun lieu culturel acidul\u00e9, gai et frais. La<br \/>\nsalle de spectacle est immerg\u00e9e dans<br \/>\nle volume de la coque, le restaurant au<br \/>\nniveau du quai offre une vue imprenable<br \/>\nsur la Seine, une salle en hauteur accueille<br \/>\nun bar et des terrasses malheureusement<br \/>\ntrop humides en ce d\u00e9but<br \/>\nd\u2019automne pour y prendre un caf\u00e9. De<br \/>\nprime abord, ce bateau semble bobo \u00e0<br \/>\nsouhait. Il est pourtant issu d\u2019une longue<br \/>\nlign\u00e9e de lieux alternatifs plut\u00f4t trashs,<br \/>\nd\u00e9velopp\u00e9s en dehors de champs institutionnels<br \/>\net marchands au cours des<br \/>\nann\u00e9es 1990. Des squats, des lieux<br \/>\ncoop\u00e9ratifs, des friches, des laboratoires,<br \/>\ndes projets pluridisciplinaires\u2026<br \/>\nCes exp\u00e9riences locales et collectives<br \/>\ntr\u00e8s singuli\u00e8res ont revitalis\u00e9 des territoires,<br \/>\ncr\u00e9\u00e9 de nouveaux liens entre les<br \/>\npopulations ou permis de faire \u00e9merger<br \/>\ndes champs artistiques qui peinaient \u00e0<br \/>\nse faire conna\u00eetre. La Friche de la belle<br \/>\nde mai \u00e0 Marseille, la Condition publique<br \/>\n\u00e0 Roubaix, Main d\u2019oeuvre \u00e0 Saint-<br \/>\nOuen\u2026 \u00c0 Paris, La Guinguette pirate<br \/>\net le Batofar sont solidement amarr\u00e9s<br \/>\nau quai Fran\u00e7ois Mauriac depuis plus<br \/>\nde dix ans. Ricardo Esteban, le directeur<br \/>\ndu Petit bain a particip\u00e9 en son<br \/>\ntemps \u00e0 la mise \u00e0 flots de ces deux bateaux<br \/>\npionniers. C\u2019\u00e9tait la belle \u00e9poque<br \/>\nde la nouvelle chanson fran\u00e7aise avec<br \/>\ndes formations comme La Tordue ou<br \/>\nLes T\u00eates raides. La Guinguette pirate<br \/>\na permis \u00e0 une foultitude de groupes de musiques ind\u00e9pendantes venus des<br \/>\nquatre coins du monde de jouer \u00e0 Paris.<br \/>\nQuant au Batofar, il a su d\u00e9montrer que<br \/>\nles musiques \u00e9lectroniques et urbaines<br \/>\nont bien des choses \u00e0 raconter si on ne<br \/>\nles enferme pas dans les clubs chics<br \/>\nde Paris. Du Batofar au Petit bain, la<br \/>\nforce de ses lieux repose sur l\u2019affirmation<br \/>\nde champs esth\u00e9tiques en prise<br \/>\navec leur temps, sur l\u2019\u00e9criture d\u2019un lieu<br \/>\natypique et sur la structuration d\u2019un<br \/>\nprojet collectif en relation directe avec<br \/>\nson environnement.<\/p>\n<h2>Etudier les cartes<\/h2>\n<p>\u00c0 onze heures du matin, pendant que<br \/>\nles matelots nettoient le bar, une r\u00e9union<br \/>\nde partenaires priv\u00e9s se tient<br \/>\ndans la cale du Petit bain. Delphine<br \/>\nZehnder, charg\u00e9e de communication,<br \/>\nest encore fatigu\u00e9e de la soir\u00e9e de la<br \/>\nveille, elle avoue :<em> \u00ab On a ouvert ce lieu<br \/>\nsans mode d\u2019emploi et nous sommes<br \/>\nencore en train de l\u2019\u00e9crire. \u00bb<\/em><br \/>\nN\u00e9 d\u2019une rencontre entre l\u2019\u00e9quipe de la<br \/>\nGuinguette pirate et celle du Bouquin<br \/>\naffam\u00e9 (un caf\u00e9 culturel \u00e0 Clichy-sous-<br \/>\nBois), le projet s\u2019appuie sur une r\u00e9alit\u00e9<br \/>\nsans appel: peu d\u2019artistes vivent de leur<br \/>\nart. L\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er le Petit bain est moins<br \/>\nsuscit\u00e9e par le d\u00e9sir d\u2019explorer une<br \/>\nnouvelle esth\u00e9tique musicale que par<br \/>\nl\u2019urgence d\u2019un constat sociopolitique :<br \/>\nles artistes et le milieu culturel doivent<br \/>\nfaire face \u00e0 une pr\u00e9carit\u00e9 nouvelle. D\u2019un<br \/>\nc\u00f4t\u00e9, le quartier est en pleine transformation,<br \/>\ndes familles s\u2019installent et il<br \/>\nfaut maintenant g\u00e9rer des probl\u00e8mes<br \/>\nde voisinage. R\u00e9sultat ? Fini les f\u00eates<br \/>\nsur le quai \u00e0 10 000 personnes. De<br \/>\nl\u2019autre, les cadres des nouvelles entreprises<br \/>\navoisinantes ont besoin de se<br \/>\nrestaurer le midi. Conscient de cette<br \/>\nnouvelle donne, l\u2019\u00e9quipe du Petit bain<br \/>\nlance un restaurant d\u2019insertion. Cette<br \/>\nactivit\u00e9 lucrative pay\u00e9e par les classes<br \/>\nsup\u2019 va financer, pour partie, les activit\u00e9s<br \/>\nmoins rentables et plus artistiques<br \/>\ndu soir, en permettant \u00e0 des personnes<br \/>\npr\u00e9caires de retrouver du travail<br \/>\nvia le restaurant.<\/p>\n<h2>Maintenir le cap<\/h2>\n<p>Le projet tient la route, le resto tourne<br \/>\n\u00e0 plein, pourtant, fort de ce succ\u00e8s,<br \/>\nRicardo Esteban garde la t\u00eate froide<br \/>\net tient son cap. D\u00e9sireux de pr\u00e9server<br \/>\n<em>\u00ab une totale libert\u00e9 artistique \u00bb<\/em>, il<br \/>\nfouille, avec ses deux programmateurs,<br \/>\nles moindres recoins de l\u2019Europe et de<br \/>\nl\u2019Am\u00e9rique du sud et invite \u00e0 Paris des<br \/>\ngroupes quasi inconnus de \u00ab pop indig\u00e8ne<br \/>\n\u00bb. Pour exemple, le Petit bain se<br \/>\npr\u00e9pare \u00e0 accueillir prochainement une<br \/>\nsoir\u00e9e klezmer d\u00e9jant\u00e9e et un concert<br \/>\nde <em>\u00ab curiosit\u00e9s bruitistes, soniques et<br \/>\nmusiquantes de Madame Macario \u00bb.<\/em><br \/>\nPour le directeur de la p\u00e9niche, libert\u00e9<br \/>\nrime avec ind\u00e9pendance \u00e9conomique,<br \/>\nde fait son projet repose sur 50 % de<br \/>\nfinancements publics et 50 % de ressources<br \/>\npropres. Tandis que la mairie<br \/>\nde Paris apporte son soutien et se porte<br \/>\ngarante aupr\u00e8s des banques, Le Cigale<br \/>\net la Guarrigue, deux financeurs de projets<br \/>\nsolidaires, pr\u00eatent de l\u2019argent.<\/p>\n<p>Un \u00e9quilibre budg\u00e9taire qui prot\u00e8ge<br \/>\ndes al\u00e9as politiques comme des tentations<br \/>\nde profits. Car on imagine ais\u00e9ment<br \/>\nqu\u2019un joli bateau diffusant de la<br \/>\nmusique sympa serait un programme<br \/>\nlargement suffisant pour attirer les<br \/>\nfoules et permettre au Petit bain de<br \/>\ns\u2019autofinancer, voire m\u00eame de faire des<br \/>\nb\u00e9n\u00e9fices importants. Mais ce serait<br \/>\ncontraire \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des propri\u00e9taires<br \/>\ndu lieu. Les entr\u00e9es doivent rester<br \/>\nabordables pour garder un public<br \/>\nde curieux, le restaurant cherche \u00e0<br \/>\ntravailler avec des petits producteurs,<br \/>\nles rares profits sont r\u00e9investis pour<br \/>\nsoutenir des programmes artistiques<br \/>\npertinents et des projets men\u00e9s avec<br \/>\nles cit\u00e9s du quartier. On est loin de la<br \/>\np\u00e9niche branch\u00e9e, et si les bateaux ont<br \/>\nparticip\u00e9 au processus de gentrification<br \/>\ndes quais de Seine, pour Ricardo Esteban,<br \/>\nle Petit Bain est aujourd\u2019hui<em> \u00ab une<br \/>\n\u00e9pine dans le pied du quartier \u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Tout le monde \u00e0 bord<\/h2>\n<p>\u00c0 \u00e9couter Ricardo Esteban parler du<br \/>\nPetit bain, \u00e0 la mani\u00e8re dont il case le<br \/>\nmot \u00ab ind\u00e9pendance \u00bb dans presque<br \/>\ntoutes ses phrases, on a bien vite fait<br \/>\nde ranger son discours dans les tiroirs<br \/>\nnoirs de la pens\u00e9e libertaire, plus encline<br \/>\n\u00e0 hurler \u00e0 la r\u00e9sistance qu\u2019\u00e0 trouver<br \/>\nles moyens de bouleverser les normes<br \/>\ndominantes. On imagine bien vite une<br \/>\nbande de doux dingues, \u00e0 la recherche<br \/>\nd\u2019un lieu bien \u00e0 eux pour s\u2019amuser, produire<br \/>\ndes concerts et boire des bi\u00e8res.<br \/>\nMais souvent, dans ces projets inattendus<br \/>\npar les pouvoirs publics, s\u2019explorent<br \/>\naussi de nouvelles mani\u00e8res de s\u2019organiser<br \/>\ncollectivement pour r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la<br \/>\nvie publique. Plut\u00f4t que de choisir de<br \/>\nse monter en association ou en SARL,<br \/>\nl\u2019\u00e9quipe \u00e0 opter pour une Soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative<br \/>\n\u00e0 int\u00e9r\u00eat collectif. Cette SCIC<br \/>\ns\u2019appuie sur quatre coll\u00e8ges, les salari\u00e9s,<br \/>\nles usagers, les partenaires \u00e9conomiques<br \/>\net locaux et les fondateurs,<br \/>\noblig\u00e9s de fait \u00e0 s\u2019\u00e9couter, \u00e0 se parler,<br \/>\n\u00e0 n\u00e9gocier. Et forcer ainsi le dialogue<br \/>\nentre les partenaires, cr\u00e9er des projets<br \/>\navec les entreprises et les institutions<br \/>\ndu coin, imposer une relation horizontale<br \/>\nentre le plus grand nombre, c\u2019est<br \/>\nfaire comprendre \u00e0 ceux qui mettent un<br \/>\npied \u00e0 bord qu\u2019ils embarquent pour une<br \/>\ntravers\u00e9e collective. En cela, le projet<br \/>\ndu Petit Bain est \u00e9minemment politique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur les quais de Seine, les cales de la p\u00e9niche le Petit bain<br \/>\nabritent un resto, une salle de concert, un studio multim\u00e9dia<br \/>\net une structure d\u2019insertion. Bienvenus \u00e0 bord d\u2019un<br \/>\nboat pas pipole pour une croisi\u00e8re solidaire. Reportage.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[347],"class_list":["post-5879","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","tag-reportage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5879","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5879"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5879\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5879"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5879"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5879"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}