{"id":584,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/pays-de-l-est584\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"pays-de-l-est584","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=584","title":{"rendered":"PAYS DE L&#8217;EST"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les derni\u00e8res \u00e9lections dans les pays de l&#8217;Europe centrale et orientale semblent marquer un renforcement des forces de droite. Subsistent cependant, apr\u00e8s l&#8217;effondrement des r\u00e9gimes \u00e9tatiques depuis 1989, des mouvements d&#8217;opinions contradictoires qui ont suivi. <\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s est-europ\u00e9ennes ont rejet\u00e9 apr\u00e8s 1989 le syst\u00e8me du socialisme &#8221; r\u00e9el&#8221; . En 1993, les Lituaniens, suivis par la plupart de leurs voisins, ont rappel\u00e9 au pouvoir les &#8221; ex-communistes &#8220;. Les \u00e9lections qui ont eu lieu depuis en Lituanie, en Roumanie, en Bulgarie et en Russie, ainsi que les sondages, semblent montrer un renforcement de la droite. Ces \u00e9volutions peuvent sembler d\u00e9concertantes. Y avait- il en 1989 rejet des valeurs du socialisme ? Y a-t-il eu apr\u00e8s nostalgie envers le socialisme &#8221; r\u00e9el &#8221; ? Y a-t-il aujourd&#8217;hui retour des id\u00e9es de droite ?<\/p>\n<p>Les accords de la table ronde sign\u00e9s au printemps 1989 en Pologne servirent de r\u00e9f\u00e9rence pour les autres changements \u00e0 l&#8217;Est. Ils pr\u00e9voyaient la d\u00e9mocratisation des structures du socialisme &#8221; r\u00e9el &#8221; et l&#8217;\u00e9largissement des acquis sociaux introduits apr\u00e8s 1944. Les Polonais donn\u00e8rent, pour ces raisons, une majorit\u00e9 relative aux candidats de Solidarit\u00e9 en juin 1989. On fit les m\u00eames promesses en RDA, en Tch\u00e9coslovaquie, en Lituanie et ailleurs, ce qui explique pourquoi les changements se firent au d\u00e9but dans la bonne humeur. Port\u00e9s au pouvoir de fa\u00e7on soudaine, les dissidents durent improviser et copi\u00e8rent m\u00e9caniquement le mod\u00e8le occidental. Ils furent aid\u00e9s dans ces politiques par de jeunes \u00e9conomistes, souvent issus de la nomenklatura, qui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s dans les ann\u00e9es 80 dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines o\u00f9 ils avaient appris les principes du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Que ces politiques aient \u00e9t\u00e9 men\u00e9es de fa\u00e7on cons\u00e9quente et qu&#8217;elles aient rencontr\u00e9 au bout de quelques ann\u00e9es des succ\u00e8s incontestables sur le plan macro-\u00e9conomique (Pologne, Hongrie, Slov\u00e9nie, Estonie, etc.) ou qu&#8217;elles aient \u00e9t\u00e9 introduites de fa\u00e7on incons\u00e9quente (Roumanie, Slovaquie, Bi\u00e9lorussie, Russie, etc.), elles ont partout provoqu\u00e9 une d\u00e9sagr\u00e9gation des liens \u00e9conomiques et sociaux et une d\u00e9pression \u00e9conomique qui ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9l\u00e9gitimer le lib\u00e9ralisme r\u00e9el. En R\u00e9publique tch\u00e8que, les grandes entreprises ont souvent \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9es par des banques dont l&#8217;Etat reste l&#8217;actionnaire principal, ce que l&#8217;ancien dissident Petr Uhl qualifie de &#8221; socialisme bancaire &#8220;. Malgr\u00e9 le maintien d&#8217;un ch\u00f4mage faible gr\u00e2ce \u00e0 ce syst\u00e8me hybride, les derni\u00e8res \u00e9lections ont cependant permis l&#8217;essor de la social-d\u00e9mocratie, le maintien d&#8217;un parti ouvertement communiste et l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un courant national-populiste. Les dissidents de gauche n&#8217;ont pas su proposer apr\u00e8s 1989 d&#8217;alternative au capitalisme. Beaucoup ont \u00e9volu\u00e9 vers la droite. Les milieux issus de la nomenklatura n&#8217;ont pas su ou pas voulu r\u00e9sister aux vents dominants mais les liens efficaces qu&#8217;ils avaient tiss\u00e9s dans le pass\u00e9 et une bonne connaissance des rouages du pouvoir et de leurs soci\u00e9t\u00e9s les ont aid\u00e9s \u00e0 maintenir leurs positions sociales. Ils surent ensuite cultiver la nostalgie qui se manifesta peu \u00e0 peu \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la stabilit\u00e9 existant \u00e0 l&#8217;\u00e9poque du socialisme &#8221; r\u00e9el &#8221; pour reconqu\u00e9rir une l\u00e9gitimit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p> <strong> Des conflits d&#8217;int\u00e9r\u00eats, de g\u00e9n\u00e9rations et de conceptions <\/strong><\/p>\n<p>Derri\u00e8re le monolithisme apparent des partis dits communistes, des rivalit\u00e9s d&#8217;int\u00e9r\u00eats, de g\u00e9n\u00e9rations et de conceptions existaient depuis l&#8217;\u00e9poque socialiste. Dans les faits, ces partis avaient toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9roclites. Les premiers communistes \u00e9taient peu nombreux lorsqu&#8217;ils prirent le pouvoir. Ils furent vite noy\u00e9s dans la masse des nouveaux adh\u00e9rents d&#8217;origine populaire dont une partie a us\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique du communisme pour monter dans la hi\u00e9rarchie sociale. Ces parvenus n&#8217;ont pas particip\u00e9 \u00e0 un authentique processus r\u00e9volutionnaire, et n&#8217;ont souvent m\u00eame pas eu \u00e0 faire de choix politique clair. Le socialisme &#8221; r\u00e9el &#8221; fut en fait une construction hybride m\u00ealant des restes de mentalit\u00e9s f\u00e9odales et paternalistes avec des valeurs socialistes modernistes et une fascination masqu\u00e9e envers les grandes puissances occidentales. Les &#8221; jeunes loups &#8221; de la nomenklatura ont voulu se d\u00e9barrasser \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 des &#8221; g\u00e9rontocrates &#8221; au pouvoir depuis la derni\u00e8re guerre, rejoignant en cela les milieux dissidents jouissant d&#8217;une l\u00e9gitimit\u00e9 de rechange. Dans la CEI, en Roumanie et dans une grande partie de la Yougoslavie, diff\u00e9rentes strates de la nomenklatura ont r\u00e9ussi \u00e0 se maintenir au pouvoir apr\u00e8s 1989. Peu concurrenc\u00e9s par des dissidents isol\u00e9s, ces milieux se sont divis\u00e9s en plusieurs orientations oscillant de gauche \u00e0 droite. Ailleurs, les milieux anticommunistes sont parvenus \u00e0 prendre le pouvoir et ont impos\u00e9 un discours-amalgame liant socialisme, communisme, stalinisme, nomenklatura et goulag. Ils ont l\u00e9gitim\u00e9 des politiques d&#8217;\u00e9purations qui ont renforc\u00e9 &#8221; l&#8217;esprit de corps &#8221; des anciens cadres des parti-Etats qui eurent d\u00e8s lors tendance \u00e0 se rassembler dans les formations &#8221; ex-communistes &#8220;. Elles se sont g\u00e9n\u00e9ralement transform\u00e9es en des coalitions de circonstances regroupant des membres pouvant se reconna\u00eetre aussi bien dans le n\u00e9olib\u00e9ralisme que dans la social-d\u00e9mocratie ou le nationalisme.<\/p>\n<p> <strong> L'&#8221; esprit de corps &#8221; des anciens cadres des partis-Etats <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir des &#8221; ex-communistes &#8221; mais aussi l&#8217;\u00e9mergence de nouvelles formation de gauche comme l&#8217;Union du travail en Pologne, la social-d\u00e9mocratie tch\u00e8que ou l&#8217;Union des ouvriers slovaques, ainsi que le retour d&#8217;un discours patriotique, social ou \u00e9tatiste tenu par des dirigeants comme Eltsine, Lebed, Walesa ou Loukachenko doivent beaucoup aux d\u00e9ceptions de la br\u00e8ve p\u00e9riode de lib\u00e9ralisme pur et dur. Que la nomenklatura ait gard\u00e9 le pouvoir ou que les ex-dissidents aient r\u00e9ussi \u00e0 le conqu\u00e9rir apr\u00e8s 1989, partout les principes de solidarit\u00e9 et de justice sociale ont \u00e9t\u00e9 largement ignor\u00e9s. La pr\u00e9carisation des conditions de vie, le ch\u00f4mage, la privatisation et le d\u00e9mant\u00e8lement des grandes entreprises ont favoris\u00e9 le repli sur l&#8217;individu, la famille, les activit\u00e9s de survie et les valeurs-refuges. Le triomphe des dogmes lib\u00e9raux a l\u00e9gitim\u00e9 la r\u00e9ussite individuelle et contribu\u00e9 \u00e0 emp\u00eacher tout activisme collectif. Cette politique devait permettre une am\u00e9lioration rapide du niveau de vie de chacun mais elle s&#8217;est heurt\u00e9e \u00e0 la r\u00e9sistance passive des populations, r\u00e9ticentes \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de faire de nouveaux sacrifices au nom d&#8217;un avenir radieux d&#8217;autant plus hypoth\u00e9tique que cette fois, l&#8217;\u00c9tat avait cess\u00e9 de garantir un minimum vital, la mobilit\u00e9 sociale et des perspectives pour les enfants. Social-d\u00e9mocratis\u00e9s, reconstitu\u00e9s, scind\u00e9s ou maintenus, les anciens partis communistes ont partout perdu la masse de leurs membres, et particuli\u00e8rement leurs implantations dans les entreprises. Ils restent cependant souvent les partis les plus nombreux, surtout dans les pays o\u00f9 leur &#8221; mutation &#8221; a \u00e9t\u00e9 moins affirm\u00e9e, comme en R\u00e9publique tch\u00e8que ou en Russie. Les forces issues de la dissidence n&#8217;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er des partis de masse.<\/p>\n<p> <strong> La solidarit\u00e9 et la justice sociale largement ignor\u00e9es <\/strong><\/p>\n<p>Devant l&#8217;apathie de soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mobilis\u00e9es d&#8217;une part, et les pressions des grands organismes financiers supranationaux d&#8217;autre part, les milieux issus de la nomenklatura ont dans l&#8217;ensemble poursuivi les politiques mises en oeuvre apr\u00e8s 1989. Cette situation n&#8217;est pas simplement due \u00e0 un alignement passif de leur part sur les &#8221; contraintes ext\u00e9rieures &#8220;. Ces milieux gestionnaires se sentent en g\u00e9n\u00e9ral plus proches des couches dirigeantes des puissants Etats capitalistes que des couches populaires fragilis\u00e9es de leurs propres pays. Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de la nomenklatura ont souvent renonc\u00e9 \u00e0 entretenir les habitudes paternalistes et protectionnistes auxquelles les populations de l&#8217;Est s&#8217;\u00e9taient accoutum\u00e9es. Le &#8221; retour &#8221; au pouvoir des &#8221; ex-communistes &#8221; n&#8217;a donc pas vraiment frein\u00e9 le d\u00e9mant\u00e8lement des acquis sociaux.<\/p>\n<p>En l&#8217;absence de grandes forces de gauche visionnaires, les droites national-populistes rencontrent un \u00e9cho grandissant au sein de populations fragilis\u00e9es, ce qui est apparu lors des r\u00e9centes \u00e9lections polonaises et tch\u00e8ques. M\u00eame des organisations plus mod\u00e9r\u00e9es comme Solidarit\u00e9 en Pologne ou le Parti des petits propri\u00e9taires hongrois n&#8217;h\u00e9sitent plus \u00e0 utiliser ouvertement des th\u00e8mes nationaux-populistes. En Russie ou en Roumanie, l&#8217;apparition d&#8217;un discours &#8221; rouge-brun &#8221; chez certains communistes proc\u00e8de aussi de cette logique visant \u00e0 &#8221; ratisser large &#8220;, ce qui d\u00e9montre aussi la pauvret\u00e9 du programme de formations incapables d&#8217;analyser le pass\u00e9 et de formuler un projet alternatif de progr\u00e8s social.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;objectif de rejoindre l&#8217;Union europ\u00e9enne et\/ou l&#8217;OTAN <\/strong><\/p>\n<p>Aux derni\u00e8res \u00e9lections lituaniennes, l&#8217;\u00e9lectorat qui avait cru pouvoir faire confiance aux &#8221; ex-communistes &#8221; n&#8217;est pas pass\u00e9 \u00e0 droite, il s&#8217;est en grande partie abstenu. Les \u00e9lections roumaines ont vu aussi la d\u00e9faite des forces directement issus de l&#8217;ancienne nomenklatura et la victoire de l&#8217;opposition de droite, associ\u00e9e \u00e0 l&#8217;Union social-d\u00e9mocrate form\u00e9e autour de Petre Roman et de l&#8217;aile &#8221; moderniste &#8221; de la nomenklatura. En Bulgarie, les \u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es ont entra\u00een\u00e9 une nette victoire de la coalition d&#8217;opposition o\u00f9 la droite est majoritaire. On constate aussi l&#8217;enracinement d&#8217;un petit parti social-d\u00e9mocrate et la d\u00e9faite des &#8221; socialistes &#8220;, conglom\u00e9rat regroupant nomenklaturistes &#8221; social-d\u00e9mocratis\u00e9s &#8220;, &#8221; jeunes loups &#8221; fascin\u00e9s par le n\u00e9olib\u00e9ralisme, cadres tent\u00e9s par le nationalisme et militants attach\u00e9s \u00e0 une identit\u00e9 communiste. En Pologne, les sondages laissent pr\u00e9voir une remont\u00e9e des forces de droite lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives de l&#8217;automne. Partout donc, la droite semble reprendre des forces. Son influence ne s&#8217;\u00e9largit cependant pas vraiment, ce que l&#8217;on observe dans les enqu\u00eates d&#8217;opinions t\u00e9moignant d&#8217;un d\u00e9sarroi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 entra\u00eenant une tendance au vote-sanction. Les partis de droite sont tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et profitent surtout de l&#8217;absence d&#8217;alternative \u00e9labor\u00e9e au n\u00e9olib\u00e9ralisme. Les milieux maintenant le cap vers l&#8217;Occident r\u00e9el et le n\u00e9olib\u00e9ralisme sont en fait peu nombreux mais restent influents car ils s&#8217;appuient sur les forces financi\u00e8res nationales et internationales. L&#8217;\u00e9lectorat traditionaliste de droite est tr\u00e8s m\u00e9fiant devant la mondialisation et la disparition du r\u00f4le &#8221; protecteur &#8221; de l&#8217;Etat mais, par habitude, par all\u00e9geance aux forces traditionnelles comme les Eglises et par manque de perspectives cr\u00e9dibles \u00e0 gauche, il a tendance \u00e0 \u00e9couter d&#8217;une oreille favorable les discours nationaux-populistes. Les x\u00e9nophobies se heurtent \u00e0 des r\u00e9sistances, ce que prouvent les r\u00e9actions \u00e0 la guerre de Tch\u00e9tch\u00e9nie, les regrets devant le d\u00e9mant\u00e8lement de la Tch\u00e9coslovaquie, la Yougo-nostalgie en Slov\u00e9nie, l&#8217;accalmie en Transylvanie ou en Moldavie. M\u00eame d\u00e9voy\u00e9s, les discours \u00e9galitariste, autogestionnaire, collectiviste, pacifiste et internationaliste tenus par les parti-Etats avant 1989 ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les esprits et constituent un certain garde-fou. Du discours n\u00e9olib\u00e9ral originel ne subsiste dans les pays d&#8217;Europe centrale et orientale que l&#8217;objectif de rejoindre l&#8217;UE et l&#8217;OTAN. Ce processus est surtout per\u00e7u par les \u00e9lites de toutes tendances comme le moyen d&#8217;assurer la stabilit\u00e9 des institutions, ce qui n&#8217;est pas vraiment le souci de la majorit\u00e9 des populations. Derri\u00e8re les querelles au sommet, il y a tr\u00e8s rarement volont\u00e9 de remettre en cause le consensus sur l&#8217;acceptation des dogmes lib\u00e9raux, ce qui contribue \u00e0 expliquer le manque d&#8217;int\u00e9r\u00eat que ces pol\u00e9miques soul\u00e8vent et les fort taux d&#8217;abstention.<\/p>\n<p> <strong> La mont\u00e9e des discours populistes et le succ\u00e8s des appels int\u00e9gristes  <\/strong><\/p>\n<p>Les milieux dirigeants refusent en revanche d&#8217;aborder les questions sensibles qui ne manqueront pas de se poser si les processus d&#8217;int\u00e9gration \u00e0 l&#8217;Union europ\u00e9enne et \u00e0 l&#8217;OTAN se poursuivent. Les sondages d&#8217;opinion montrent tous que la majorit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s de l&#8217;Est sont attach\u00e9es au maintien de la petite propri\u00e9t\u00e9, oppos\u00e9es aux grandes restructurations industrielles, au d\u00e9mant\u00e8lement des acquis sociaux, \u00e0 l&#8217;augmentation des budgets militaires que devrait occasionner l&#8217;int\u00e9gration \u00e0 l&#8217;OTAN, aux revendications fonci\u00e8res allemandes \u00e0 l&#8217;Est et \u00e0 l&#8217;ouverture des march\u00e9s fonciers aux \u00e9trangers plus fortun\u00e9s. Les enqu\u00eates confirment aussi que ces opinions sont dans leur majorit\u00e9 m\u00e9fiantes devant la grande privatisation, le d\u00e9sengagement de l&#8217;Etat et la concurrence \u00e9trang\u00e8re. Les conditions existent pour l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une gauche sociale et radicale mais cela n\u00e9cessite du temps et surtout un enracinement dans la soci\u00e9t\u00e9, ce qui est difficile au moment o\u00f9 les tissus sociaux sont tr\u00e8s largement d\u00e9faits. En l&#8217;absence de relais politiques ou intellectuels, ces opinions ne peuvent se manifester ouvertement, mais tabler sur le maintien de la passivit\u00e9 comme semblent le faire les dirigeants occidentaux et les \u00e9lites locales est hasardeux. La mont\u00e9e des discours populistes ou le succ\u00e8s de m\u00e9dias int\u00e9gristes comme la radio &#8221; Maryja &#8221; en Pologne, \u00e9cout\u00e9e par deux millions d&#8217;auditeurs, montre qu&#8217;il existe une cat\u00e9gorie grandissante de ces soci\u00e9t\u00e9s qui \u00e9prouve un besoin de r\u00e9confort, de &#8221; valeurs fortes &#8221; et de boucs-\u00e9missaires.<\/p>\n<p>L&#8217;appui que les grands organismes politiques occidentaux apportent aux \u00e9lites dominantes, qu&#8217;elles soient issues des anciennes dissidences ou de la nomenklatura, contribue pour le moment au renforcement de la stabilit\u00e9 des institutions mais leur l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9elle reste faible. La vraie d\u00e9mocratie est donc loin d&#8217;\u00eatre toujours au rendez-vous. L&#8217;appui occidental \u00e0 Eltsine a favoris\u00e9 le pilonnage du parlement russe en 1993 et la suppression d&#8217;une constitution qui avait permis la d\u00e9mocratisation de la Russie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80. La Russie est d\u00e9sormais dot\u00e9e d&#8217;une constitution &#8221; n\u00e9o-monarchique &#8220;, adopt\u00e9e dans des conditions particuli\u00e8rement suspectes. Les d\u00e9rives autoritaires de Loukachenko en Bi\u00e9lorussie s&#8217;appuient sur cet exemple. Les grands m\u00e9dias occidentaux avaient jusqu&#8217;\u00e0 r\u00e9cemment fait de l&#8217;Albanie un mod\u00e8le, tant sur le plan \u00e9conomique que politique et il fallu l&#8217;effondrement de l&#8217;Etat pour que l&#8217;on accepte de d\u00e9couvrir l&#8217;ineptie des politiques \u00e9conomiques suivies, le r\u00f4le des mafias et du commerce de la drogue, la terreur r\u00e9pandue par la police secr\u00e8te du nouveau r\u00e9gime &#8221; lib\u00e9ral &#8221; ainsi que la d\u00e9l\u00e9gitimation d&#8217;une opposition &#8221; socialiste &#8221; incapable de diriger l&#8217;insurrection populaire. Dans tous les pays de la zone, on assiste \u00e0 l&#8217;effritement de la l\u00e9gitimit\u00e9 des pouvoirs, des &#8221; grands &#8221; partis et au renforcement des pouvoirs personnels.<\/p>\n<p> <strong> La fragmentation des populations \u00e0 tous les niveaux <\/strong><\/p>\n<p>La fragmentation des soci\u00e9t\u00e9s s&#8217;observe \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, entre classes, r\u00e9gions, ethnies, pays, sexes et g\u00e9n\u00e9rations, ce qui g\u00eane la cristallisation de grands mouvements rassembleurs de protestation et l&#8217;\u00e9laboration de projets alternatifs. Cette situation peut d\u00e9boucher sur une passivit\u00e9 prolong\u00e9e et l&#8217;enracinement d&#8217;une alternance sans alternative entre &#8221; vieilles nomenklaturas rajeunies &#8221; et &#8221; nouvelles \u00e9lites traditionalistes &#8220;. Cela pourrait \u00e9galement entra\u00eener des d\u00e9rives vers l&#8217;extr\u00eame-droite. L&#8217;espoir r\u00e9side dans le fait que les 18-22 ans font, dans l&#8217;ensemble et \u00e0 la diff\u00e9rence de leurs a\u00een\u00e9s de la tranche d&#8217;\u00e2ge 23-30 ans, montre d&#8217;une attirance pour les valeurs de la gauche sociale.<\/p>\n<p>* Professeur d&#8217;\u00e9conomie politique \u00e0 l&#8217;Institut d&#8217;\u00e9conomie politique europ\u00e9en de Br\u00eame.Il participait aux Assises pour un nouveau plein-emploi, tenues le 21 juin \u00e0 Paris \u00e0 l&#8217;initiative de &#8221; l&#8217;Appel des \u00e9conomistes pour sortir de la pens\u00e9e unique &#8220;.<\/p>\n<p>1. Conf\u00e9rences de presse simultan\u00e9es tenues le 27 mai 1997.On peut se procurer le texte anglais aupr\u00e8s de Li\u00eam Hoang Ngoc, n\u00b0 fax et tel: 01 43 55 09 36<\/p>\n<p>2. Voir Regards n\u00b0 20 p.11, &#8221; Quand les \u00e9conomistes se d\u00e9font de la pens\u00e9e unique &#8220;: d\u00e9bat entre Liem Hoang Ngoc et Michel Manaille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les derni\u00e8res \u00e9lections dans les pays de l&#8217;Europe centrale et orientale semblent marquer un renforcement des forces de droite. Subsistent cependant, apr\u00e8s l&#8217;effondrement des r\u00e9gimes \u00e9tatiques depuis 1989, des mouvements d&#8217;opinions contradictoires qui ont suivi. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-584","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/584","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=584"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/584\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=584"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=584"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=584"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}