{"id":5825,"date":"2012-11-14T11:07:33","date_gmt":"2012-11-14T10:07:33","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/apres-mai-d-olivier-assayas-de5825\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:49","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:49","slug":"apres-mai-d-olivier-assayas-de5825","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5825","title":{"rendered":"Apr\u00e8s Mai, d&#8217;Olivier Assayas. De Beaux Lendemains\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Aur\u00e9ol\u00e9 de la reconstitution efficace des 70\u2019s dans Carlos, Olivier Assayas revient \u00e0 ce qui constitue le meilleur de son cin\u00e9ma, \u00e0 savoir la chronique adolescente, avec Apr\u00e8s Mai. Autobiographie assum\u00e9e, cette tribulation underground d\u2019une jeunesse \u00e9cartel\u00e9e entre le d\u00e9sir des voyages initiatiques et des amours libres, et la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque d\u2019un engagement politique radical, r\u00e9sonne d\u2019une \u00e9trange m\u00e9lancolie. Un film f\u00e9brile et fragile \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Nous sommes au d\u00e9but des ann\u00e9es 70. Le 9 f\u00e9vrier 1971 pour \u00eatre pr\u00e9cis. Ce jour l\u00e0, le secours rouge, organisation affili\u00e9e \u00e0 la gauche prol\u00e9tarienne (GP), appelle \u00e0 manifester, en soutien \u00e0 ses leaders incarc\u00e9r\u00e9s qui r\u00e9clament le statut de prisonniers politiques. Quoiqu\u2019interdite, la manifestation est maintenue, place de Clichy. Elle n\u2019aura pas lieu. Les CRS aid\u00e9s de \u00ab\u00a0voltigeurs\u00a0\u00bb c\u2019est \u00e0 dire 2 hommes sur une moto, l\u2019un conduisant, l\u2019autre matraquant, dispersent violemment les groupes gauchistes venus casqu\u00e9s et arm\u00e9s de barres de fer, avant qu\u2019ils ne se regroupent. Durant les affrontements, Richard Deshayes, jeune militant de 24 ans du groupe Vive la R\u00e9volution (VLR) scission mao\u00efste spontan\u00e9iste de la GP re\u00e7oit en plein visage une grenade fumig\u00e8ne lanc\u00e9e \u00e0 tir tendu. Il est d\u00e9figur\u00e9 et y laisse un \u0153il.<br \/>\nCet \u00e9v\u00e9nement, Assayas en fait le point de d\u00e9part et la toile de fond de son film. Mais,\u00a0de cette violence, tant r\u00e9volutionnaire qu\u2019institutionnelle, le cin\u00e9aste ne conserve que la dispersion d\u2019un groupe de jeunes gens, poursuivis par les tontons matraqueurs. Course poursuite dans les ruelles \u00e9troites de Paris, reconstitutions du choc des coups de b\u00e2tons dans le dos des manifestants, tentative enfin de transmission d\u2019une adr\u00e9naline particuli\u00e8re, celle que ne connaissent que trop bien toutes celles et tous ceux qui se confrontent \u00e0 la violence du pouvoir. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/4ETZ2Kp70oQ\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>D\u2019ou vient alors ce sentiment qu\u2019on n\u2019y est pas\u00a0vraiment, pas totalement\u00a0? Des manteaux en caoutchouc noir des cond\u00e9s, en passant par les jeans d\u00e9lav\u00e9s, \u00e9vas\u00e9s, les vestes de surplus militaire, les 2CV ou Renault 4 qu\u2019on a prit soins de stationner dans les rues, jusqu\u2019aux bittes Decaux qu\u2019on a enlev\u00e9es des trottoirs, tout \u00e0 l\u2019air \u00e0 la fois si parfaitement d\u2019\u00e9poque et si parfaitement d\u00e9sincarn\u00e9. Est ce l\u2019effet des plans larges, trop larges pour rendre la sc\u00e8ne v\u00e9ritablement haletante\u00a0? Est ce l\u2019absence de cette crasse typique de ces ann\u00e9es l\u00e0, m\u00e9lange de suie sur les murs des immeubles, de graisse sur les pav\u00e9s populaires, de sueurs dans le dos des manifestants, qui fait d\u00e9faut\u00a0? Ou bien quelque chose dans le regard des figurants, qui n\u2019appartient ni \u00e0 la col\u00e8re, ni, encore moins, \u00e0 la rage\u00a0? Aussi il faudra voir, ou plut\u00f4t entendre comment ces jeunes com\u00e9diens d\u2019aujourd\u2019hui, jouent terriblement faux leurs textes d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit de redonner vie \u00e0 la prose militante de ces ann\u00e9es l\u00e0. Si le bottin existait encore, sa lecture n\u2019en aurait pas \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente. L\u2019un d\u2019eux, Felix Armand, l\u2019un des plus cr\u00e9dible dans le genre d\u2019ailleurs, reconnaissant m\u00eame que \u00ab\u00a0pour comprendre le langage politique de l\u2019\u00e9poque (il) a lu le dictionnaire\u00a0\u00bb. Bon. En quelques plans et quelques phrases on saura d\u00e9j\u00e0 que cette promesse l\u00e0, celle d\u2019un grand film sur la violence politique de cet imm\u00e9diat apr\u00e8s mai, ne sera pas tenu. <\/p>\n<p>N\u00e9anmoins c\u2019est l\u2019intelligence d\u2019Assayas de d\u00e9fricher alors, imm\u00e9diatement apr\u00e8s cette sc\u00e8ne collective, le champ individuel de ses personnages, dans l\u2019exploration des intimit\u00e9s sentimentales, et d\u2019ouvrir le film \u00e0 son versant le plus int\u00e9ressant, le plus s\u00e9duisant, le plus convaincant. Et avec finalement peu de moyens, mais avec l\u2019aide d\u2019une bande son impeccable, Assayas parvient \u00e0 faire de ces moments particuliers \u00e0 la fiction &#8211; une sc\u00e8ne d\u2019amour, de baise ou de s\u00e9paration &#8211; des \u00e9v\u00e9nements universels, \u00e9ternels, d\u2019une permanence trans-g\u00e9n\u00e9rationnelle. A ce moment on se demande alors si APRES MAI ne constituerait pas pour son r\u00e9alisateur, la mise en sc\u00e8ne du prequel de l\u2019un de ses plus beaux films pr\u00e9c\u00e9dents, l\u2019Eau Froide (1994) qui d\u00e9j\u00e0 se d\u00e9roulait dans les marges adolescentes de ce mitant des ann\u00e9es 70. Ainsi l\u2019on retrouvera dans Apr\u00e8s Mai, la capacit\u00e9 d\u2019Assayas \u00e0 filmer les rassemblements festifs, fussent-ils totalement mortif\u00e8res, avec en plus cette fois ci une vision plus estivale, plus solaire que dans l\u2019opus cit\u00e9. C\u2019est que le grand sujet d\u2019APRES MAI, par del\u00e0 le contexte historique et politique de cette \u00e9poque est \u00e0 rechercher dans le voyage int\u00e9rieur de ses protagonistes. Un voyage qui s\u2019incarne sur les chemins du N\u00e9pal ou de l\u2019Italie, un voyage dyonisien, loin de la prose martiale des groupes gauchistes. Dans ces moments le film prend son envol, par del\u00e0 les ann\u00e9es, vers son utopie routarde et situationniste, plus proche des Kerouac et Ginsberg des 70\u2019s qui auraient d\u00e9laiss\u00e9 le bebop pour le progrock, les bouquins pour le cinoche, que des futurs mandarins que devinrent rapidement les Mao fran\u00e7ais. Sur ce point particulier on ne saurait lui donner tort.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5825 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/maib-c05.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/maib-c05-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Apr\u00e8s Mai, d&#039;Olivier Assayas. De Beaux Lendemains\u00a0?\" aria-describedby=\"gallery-1-17215\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-17215'>\n\t\t\t\tApr\u00e8s Mai, d&#8217;Olivier Assayas. De Beaux Lendemains\u00a0?\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aur\u00e9ol\u00e9 de la reconstitution efficace des 70\u2019s dans Carlos, Olivier Assayas revient \u00e0 ce qui constitue le meilleur de son cin\u00e9ma, \u00e0 savoir la chronique adolescente, avec Apr\u00e8s Mai. Autobiographie assum\u00e9e, cette tribulation underground d\u2019une jeunesse \u00e9cartel\u00e9e entre le d\u00e9sir des voyages initiatiques et des amours libres, et la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque d\u2019un engagement politique radical, r\u00e9sonne d\u2019une \u00e9trange m\u00e9lancolie. 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