{"id":5727,"date":"2012-10-25T09:16:38","date_gmt":"2012-10-25T07:16:38","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/amour5727\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:31","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:31","slug":"amour5727","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5727","title":{"rendered":"Amour"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Palme d\u2019or au dernier festival de Cannes, encens\u00e9 par la critique, <em>Amour<\/em> de Michael Haneke r\u00e9v\u00e8le une fois encore, derri\u00e8re le beau et grand film qu\u2019il est, les obsessions du cin\u00e9aste autrichien sur la culture et la violence. Cr\u00e9pusculaire et (un peu trop) classique.<\/p>\n<p>En son temps l\u2019historien Siegfried Kracauer avait montr\u00e9 le lien entre la fascination du cin\u00e9ma expressionniste allemand pour les figures du monstre et l\u2019av\u00e8nement d\u2019Hitler quelques ann\u00e9es plus tard. Aujourd\u2019hui on peut se demander de quoi les films fran\u00e7ais qui parlent de la disparition (<em>Adieu Berthe<\/em>, <em>Vous n\u2019avez encore rien vu<\/em>, <em>Amour<\/em>, m\u00eame si son r\u00e9alisateur est Autrichien) sont les sympt\u00f4mes, par del\u00e0 ceux  manifestes de la disparition d\u2019un monde.<\/p>\n<p>Si l\u2019on peut rattacher <em>Amour<\/em> <a href=\"5573\">au dernier film<\/a> d\u2019Alain Resnais, c\u2019est certes parce que l\u2019un et l\u2019autre mettent la disparition au centre de leurs r\u00e9alisations, bien entendu  aussi gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019Emmanuel Riva (la photographe d\u2019<em>Hiroshima mon amour<\/em>) mais surtout par la convergence du dispositif spectatoriel qu\u2019ils mettent tous deux en place, sous forme d\u2019adresse au public, dans le titre chez Resnais, au d\u00e9but du film chez Haneke. D\u00e8s la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne en effet, le cin\u00e9aste autrichien filme une salle de concert avant la repr\u00e9sentation, comme un miroir de la salle de cin\u00e9ma. Une voix, apr\u00e8s avoir fait les recommandations d\u2019usage poursuit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0nous vous souhaitons un excellent spectacle\u00a0\u00bb<\/em>. Soit.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xqv4re?theme=cappuccino&#038;foreground=%23FFFFFF&#038;highlight=%23FFF6D9&#038;background=%23666666\"><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Alors qu\u2019ils rentrent chez eux, apr\u00e8s le concert Emmanuel Riva et Jean-Louis Trintignant disparaissent l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, qui dans le hors champ d\u2019une salle de bain, qui dans la p\u00e9nombre de la cuisine au fond du couloir. Comme souvent chez les grands metteurs en sc\u00e8ne, (presque) tout est annonc\u00e9 d\u00e8s les premiers plans qui ont valeur programmatique. On sait combien le hors champ importe \u00e0 Haneke, qui dans tous ses films y place la violence que d\u2019autres auraient rendue visible, afin de mieux en montrer la pr\u00e9sence sourde dans les minutes de la vie quotidienne. De fait Haneke choisit de prendre l\u2019\u00e9v\u00e9nement que constitue une attaque c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 contre pied. Le hors champ, cette fois, est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des personnages. Cette violence qui marque le d\u00e9but de la trag\u00e9die, on n\u2019en voit d\u2019abord litt\u00e9ralement rien. Pas d\u2019\u00e9vanouissement, pas d\u2019objet qu\u2019on l\u00e2che, pas de malaise. Juste une absence, un silence glacial. <\/p>\n<p>Ici il faut saluer, non pas la performance, car on est aux antipodes de cette id\u00e9e de l\u2019acteur, mais le travail d\u2019orf\u00e8vre des deux com\u00e9diens, qui dans leurs traits, leurs voix parviennent \u00e0 faire affleurer tout autant leur peur, leur d\u00e9sarroi, leur d\u00e9sespoir, mais aussi parfois leur tendre monstruosit\u00e9 comme r\u00e9action \u00e0 l\u2019in\u00e9luctable. Dans leurs quelques gestes aussi. Ainsi les moments o\u00f9 Trintignant soutient Riva, s\u2019ils sont rendus n\u00e9cessaires par la situation m\u00e9dicale, renvoient dans le m\u00eame temps aux \u00e9treintes amoureuses, aux pas de deux d\u2019une fin de vie dans tambour ni trompettes. A ce titre on peut regretter que la bande annonce ait d\u00e9voil\u00e9 l\u2019un des moment de mise en sc\u00e8ne les plus extraordinaires, par son \u00e9conomie apparente et la maximisation de son effet, lorsque Trintignant assis, regarde son \u00e9pouse au piano, avant de couper la platine qui jouait Schubert. Violence du silence.<\/p>\n<p>Pour autant Michael Haneke ne r\u00e9ussit pas tout dans son film. Ainsi il n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame, du quotidien, alors que l\u2019on sait son lent glissement vers l\u2019in\u00e9luctable. A moins que cette assoupissement, qui pr\u00e9c\u00e8de dans le film l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la trag\u00e9die, soit manifeste. Car il y a aussi de la cruaut\u00e9 \u00e0 donner \u00e0 voir au spectateur l\u2019humiliation de la perte de l\u2019autonomie et \u00e0 la refuser au personnage de la fille, Isabelle Huppert, par la voix de Trintignant p\u00e8re qui lui dit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0rien de tout cela ne m\u00e9rite d\u2019\u00eatre montr\u00e9\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Film de l\u2019enfermement \u2013 on ne quitte pas le huis clos de l\u2019appartement, <em>Amour<\/em> se r\u00e9v\u00e8le aussi en tant que film d\u2019adieu. Adieu au personnage de la femme, adieu \u00e0 Trintignant en tant qu\u2019acteur de cin\u00e9ma (ce dernier a annonc\u00e9 que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 son dernier film) adieu peut \u00eatre enfin \u00e0 la m\u00e9canique th\u00e9orique du r\u00e9cit rationnel et de la mise en sc\u00e8ne implacable tels que Haneke les pratiquait depuis pr\u00e8s de trente ans. A ce titre la d\u00e9lib\u00e9ration sur la fin du film reste grande ouverte. On ne connaissait pas le cin\u00e9aste comme adepte de la m\u00e9taphore, ni comme particuli\u00e8rement fascin\u00e9 ni par les fant\u00f4mes ou par les spectres. On attendra donc son prochain opus avec une sourde impatience.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5727 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/amourc-0dc.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/amourc-0dc.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Amour\" aria-describedby=\"gallery-1-16995\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16995'>\n\t\t\t\tAmour\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Palme d\u2019or au dernier festival de Cannes, encens\u00e9 par la critique, <em>Amour<\/em> de Michael Haneke r\u00e9v\u00e8le une fois encore, derri\u00e8re le beau et grand film qu\u2019il est, les obsessions du cin\u00e9aste autrichien sur la culture et la violence. 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