{"id":5718,"date":"2012-10-24T12:22:15","date_gmt":"2012-10-24T10:22:15","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-hero-ine-s-de-la-republique5718\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:30","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:30","slug":"les-hero-ine-s-de-la-republique5718","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5718","title":{"rendered":"Les h\u00e9ro(\u00efne)s de la R\u00e9publique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Un coll\u00e8ge, une classe de quatri\u00e8me, une cam\u00e9ra. Avec ces quelques \u00e9l\u00e9ments la documentariste Clara Bouffartigue signe <em>Temp\u00eate sous un cr\u00e2ne<\/em>, un film \u00e0 la tonalit\u00e9 juste sur la r\u00e9alit\u00e9 du m\u00e9tier d\u2019enseignant. Un documentaire vivifiant.\n<\/p>\n<p>C\u2019est le genre de documentaire surprenant, qu\u2019on aimerait voir plus souvent, sur grands \u00e9crans, comme dans la petite lucarne. Surprenant parce qu\u2019il ne respecte pas le code en vigueur selon lequel les protagonistes d\u2019un film doivent obligatoirement \u00eatre trait\u00e9s comme des personnages \u00e0 enjeux pour recueillir l\u2019attention du spectateur. Ici, au sein du coll\u00e8ge Jos\u00e9phine Baker de Saint Ouen point d\u2019enjeux narratifs individuels, mais une double mission, collective\u00a0: transmettre le savoir, permettre aux \u00e9l\u00e8ves d\u2019exprimer leurs capacit\u00e9s, leurs intelligences. Surprenant aussi par le regard port\u00e9 sur le coll\u00e8ge en tant que b\u00e2timent autonome, dot\u00e9 de sa propre \u00e9nergie, de sa propre inertie, un bel et grand paquebot qui, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ensemble d\u2019un corps \u00e9ducatif en \u00e9veil constant, tient son cap, au gr\u00e9 de la m\u00e9t\u00e9o fluctuante des \u00e9l\u00e8ves qu\u2019il accueille.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"345\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xu7lir\"><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>A ce titre la s\u00e9quence d\u2019ouverture offre un t\u00e9moignage assez pr\u00e9cis du niveau de houle que l\u2019on peut trouver dans une classe du second degr\u00e9. Soit Alice, professeur de fran\u00e7ais qui tente de mener \u00e0 bon port son cours sur Victor Hugo tandis qu\u2019un nombre assez \u00e9lev\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e8ves fait eau de toutes parts. Ce que donne \u00e0 voir cette sc\u00e8ne inaugurale, c\u2019est le d\u00e9passement de fait de la notion de discipline telle que ceux qui sont sortis du syst\u00e8me scolaire depuis vingt ans l\u2019envisagent encore. Pas de violence ici, mais un maelstr\u00f6m de pr\u00e9occupations et d\u2019activit\u00e9s diverses qu\u2019il faut r\u00e9ussir \u00e0 canaliser autant que faire se peut pour parvenir \u00e0 recentrer la classe sur le sujet principal, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9tude des <em>Mis\u00e9rables<\/em>. Il ne faut pas dix minutes au spectateur pour se trouver ahuri face \u00e0 cette situation, aussi lessiv\u00e9 que si l\u2019on s\u2019\u00e9tait pris une d\u00e9ferlante en pleine face, admiratif enfin devant l\u2019alternance de contr\u00f4le, de l\u00e2cher prise, d\u2019autorit\u00e9 et d\u2019humour que la prof met en \u0153uvre pour parvenir \u00e0 ses fins.<\/p>\n<p><em>Bis repetita<\/em> durant le cours d\u2019arts plastiques. Cette fois ci c\u2019est Isabelle qui est \u00e0 la man\u0153uvre, dans les m\u00eames conditions, c\u2019est \u00e0 dire force 5 \u00e0 force 6 avec mer agit\u00e9e. En bonne matelote de l\u2019enseignement cette derni\u00e8re navigue peinarde, prenant garde, sans en avoir trop l\u2019air, \u00e0 ne pas s\u2019\u00e9chouer sur les r\u00e9cifs testost\u00e9ron\u00e9s des \u00e9l\u00e9ments perturbateurs de la classe. On se rend compte alors que depuis le d\u00e9but du film, le bruit n\u2019a pas cess\u00e9 un instant. Brouhahas et vacarmes r\u00e9sonnants, s\u2019amplifiant dans les couloirs du coll\u00e8ge flambant neuf jusqu\u2019au r\u00e9fectoire. L\u2019intelligence de la construction des moments de vie par la r\u00e9alisatrice, qui a longtemps mani\u00e9 les ciseaux virtuels des bans de montage avant de passer \u00e0 la r\u00e9alisation, appara\u00eet alors pendant le cours suivant qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une torpeur qu\u2019on ne peut s\u2019emp\u00eacher de comprendre autrement que comme digestive. A ce moment l\u00e0 peut \u00eatre, quelque chose rentre dans ces cr\u00e2nes en \u00e9tat de temp\u00eate perp\u00e9tuelle\u00a0: pourquoi pas la valeur politique du texte hugolien\u2026<\/p>\n<p>Ce qui frappe tout au long du film, c\u2019est l\u2019apparente disparition de la cam\u00e9ra au milieu de ces sc\u00e8nes de classe, comme si Clara Bouffartigue s\u2019\u00e9tait litt\u00e9ralement fondue dans le d\u00e9cor. Certes on peut envisager que les moments durant lesquels les \u00e9l\u00e8ves s\u2019adressent directement \u00e0 la cam\u00e9ra n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 mont\u00e9s. Il n\u2019emp\u00eache que la r\u00e9alisatrice n\u2019a pas utilis\u00e9 le dispositif classique de ce genre de document audiovisuel. Sans ing\u00e9nieur du son lors du tournage, mais avec une installation sonore fixe permettant de s\u2019en dispenser, Clara Bouffartigue a attendu deux mois avant de prendre une premi\u00e8re image, gr\u00e2ce \u00e0 un petit appareil photo num\u00e9rique, puis un temps plus long encore pour amener une mini cam\u00e9ra avec elle et commencer \u00e0 tourner v\u00e9ritablement. Pas mal auraient craqu\u00e9 avant, pas cette enfant de l\u2019\u00e9ducation nationale dont le projet \u00e9tait clair\u00a0: rendre hommage aux personnels de l\u2019EN. En ins\u00e9rant le duo de profs dans le collectif de l\u2019\u00e9quipe p\u00e9dagogique elle \u00e9vite les \u00e9cueils et de la fiction d\u2019<em>Entre les Murs<\/em>, qui tenait du face \u00e0 face entre le prof et ses \u00e9l\u00e8ves, mais aussi celui de la nostalgie rurale \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019autre grand docu du genre p\u00e9dagogique, <em>Etre et Avoir<\/em>.<\/p>\n<p>Alors que l\u2019ann\u00e9e et le film touchent ensemble \u00e0 leurs fins, un constat s\u2019impose celui d\u2019une double mission accomplie. Celle des professeurs vis \u00e0 vis de leurs \u00e9l\u00e8ves de quatri\u00e8me C d\u2019un coll\u00e8ge en zone d\u2019\u00e9ducation prioritaire, celle de la documentariste vis \u00e0 vis du public auquel elle s\u2019adresse, sans en rajouter des louches, \u00e0 bonne distance entre l\u2019affirmation subjective de son regard admiratif pour ceux qui font vivre l\u2019id\u00e9al du syst\u00e8me scolaire fran\u00e7ais et la description factuelle de l\u2019intelligence humaine n\u00e9cessaire \u00e0 la bonne marche de ce dernier. Contrairement \u00e0 ce que Fran\u00e7ois Ozon faisait dire \u00e0 Fabrice Luchini <a href=\"5661\">dans son dernier film<\/a>, les barbares ne sont pas dans nos classes, simplement parce que des profs comme Alice et Isabelle continuent de croire \u00e0 leur mission d\u2019enseignement. Jusqu\u2019\u00e0 quand\u00a0?<\/p>\n<p><em> <strong>Temp\u00eate sous un cr\u00e2ne<\/strong>, <\/em> documentaire de Clara Bouffartigue. Avec Isabelle Soubaign\u00e9. Sortie en salles le 24 octobre 2012.<\/p>\n<p>On vous recommande aussi le film <a href=\"5727\"><em> <strong>Amour<\/strong>, <\/em><\/a> de Michael Haneke.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5718 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/temp-d65.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/temp-d65-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"temp.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un coll\u00e8ge, une classe de quatri\u00e8me, une cam\u00e9ra. 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