{"id":5686,"date":"2012-10-17T18:43:58","date_gmt":"2012-10-17T16:43:58","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/et-vogue-la-galere5686\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:24","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:24","slug":"et-vogue-la-galere5686","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5686","title":{"rendered":"Et vogue la gal\u00e8re&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Fruit de la rencontre improbable de Moussa Tour\u00e9, r\u00e9alisateur s\u00e9n\u00e9galais de documentaires et d\u2019Eric N\u00e9v\u00e9, producteur fran\u00e7ais de films de genre, <em>La Pirogue<\/em> oscille entre discours politique et dramaturgie oc\u00e9ane. Un film poignant autant que n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait il y a quinze ans. Apr\u00e8s avoir tourn\u00e9 le dos \u00e0 une carri\u00e8re dans la finance Eric N\u00e9v\u00e9 faisait une entr\u00e9e fracassante dans le landerneau du cin\u00e9ma fran\u00e7ais en produisant <em>Doberman<\/em> de Jan Kounen, un film d\u2019une provocation telle que la critique ne l\u2019a toujours pas dig\u00e9r\u00e9. Depuis, N\u00e9v\u00e9 s\u2019\u00e9tait fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de la s\u00e9rie B de grande facture, travaillant avec des talents aussi divers que Fr\u00e9d\u00e9ric Schoendorffer, Olivier Dahan ou Romain Gavras. Apr\u00e8s ces quelques succ\u00e8s mais aussi pas mal d\u2019\u00e9checs, il faut reconna\u00eetre que c\u2019est avec un certain \u00e9tonnement qu\u2019on apprenait l\u2019engagement du producteur fran\u00e7ais dans un projet africain, en l\u2019occurrence s\u00e9n\u00e9galais. C\u2019est que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on aurait pu penser, le cin\u00e9ma selon N\u00e9v\u00e9 a une port\u00e9e plus grande que le simple spectacle, aussi virtuose, aussi d\u00e9rangeant soit-il, qui a \u00e0 voir avec la constitution d\u2019une m\u00e9moire collective, d\u2019une Histoire commune. Ainsi <em>\u00ab\u00a0pour assurer la coh\u00e9sion d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile, il faut conna\u00eetre et comprendre tous les corps qui la composent\u00a0\u00bb<\/em>. Selon N\u00e9v\u00e9, <em>\u00ab\u00a0au del\u00e0 d\u2019une force de travail, les citoyens originaires d\u2019Afrique de l\u2019ouest, apportent aussi une histoire, une culture, une morale qui ne pourra qu\u2019enrichir notre soci\u00e9t\u00e9 si elle sait les comprendre\u00a0(\u2026) c\u2019est pourquoi il est n\u00e9cessaire d\u2019interroger leur histoire, et au coeur de celle-ci, il faut savoir pourquoi et comment ils sont venus\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/SWWQj4PhX_s?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Moussa Tour\u00e9, r\u00e9alisateur s\u00e9n\u00e9galais et figure du cin\u00e9ma africain (il f\u00fbt le dernier pr\u00e9sident du FESPACO, le festival du cin\u00e9ma de Ouagadougou) se souvenait de son m\u00e9canicien qui avait fait la travers\u00e9e, depuis les c\u00f4tes du S\u00e9n\u00e9gal jusqu\u2019aux iles canaries, avant d\u2019\u00eatre expuls\u00e9 et rapatri\u00e9 au bout de deux mois. L\u00e0 bas, sur cette c\u00f4t\u00e9 africaine, chaque famille compte au moins un membre \u00e0 s\u2019\u00eatre embarqu\u00e9 sur une pirogue pour tenter sa chance en Europe. Ce faisant c\u2019est un portrait en creux d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise sans autre horizon que celui de l\u2019oc\u00e9an que Moussa Tour\u00e9 tenait \u00e0 mettre en image, en le doublant dans le m\u00eame temps d\u2019un message politique \u00e0 l\u2019attention d\u2019un gouvernement s\u00e9n\u00e9galais corrompu. Un portrait faisant la part belle aux visages des diff\u00e9rentes ethnies qui composent le S\u00e9n\u00e9gal, au grain de leurs peaux aussi.<\/p>\n<p>Prologue envoutant du film, un combat de lutteurs s\u00e9n\u00e9galais insiste longuement sur le c\u00e9r\u00e9monial animiste li\u00e9 \u00e0 ce sport national. On se souvient alors que Moussa Tour\u00e9, a fait ses armes dans le documentaire autant si ce n\u2019est plus que dans la fiction. On y d\u00e9couvre alors Baye Laye, p\u00e9cheur et fils de p\u00e9cheur, qu\u2019un baron local cherche \u00e0 embaucher comme capitaine de l\u2019une de ses embarcations \u00e0 destination  de l\u2019Europe. Manipulant les proches de Baye Laye, notamment son fr\u00e8re, il le convainc de prendre la barre d\u2019une pirogue, avec trente passagers \u00e0 son bord. D\u00e8s lors le film se d\u00e9ploie dans le huis clos de l\u2019embarcation en pleine mer. R\u00e9unis dans cet espace confin\u00e9, trois des douze ethnies que compte le S\u00e9n\u00e9gal cohabitent. Toucouleurs, Wolofs, Peuls de Guin\u00e9e, divers dans leurs comportements, d\u00e9ployant chacun leur propre rapport au groupe et \u00e0 l\u2019individu, il constituent une partie de ce portrait de l\u2019homme s\u00e9n\u00e9galais, tel que le per\u00e7oit Moussa Tour\u00e9.<\/p>\n<p>Dans cet espace r\u00e9duit, \u00e0 l\u2019action limit\u00e9e il faut de la ressource dans la mise en sc\u00e8ne, dans le cadrage et le montage pour \u00e9viter au spectateur la torpeur d\u2019un voyage de plusieurs jours. Et Moussa Tour\u00e9 en a, manifestement, lui qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice du lieu unique dans un documentaire se d\u00e9roulant dans un minibus\u2026 Paradoxalement en apparence la r\u00e9f\u00e9rence explicite du r\u00e9alisateur s\u00e9n\u00e9galais appartient au registre du cin\u00e9ma grand public, h\u00e9ro\u00efque, tragique. Ainsi avant de tourner, Moussa Tour\u00e9 \u00e0 projet\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble de ses acteurs <em>Master &#038; Commander<\/em> de Peter Weir, comme mod\u00e8le de jeu. De fait, comme dans <em>Master &#038; Commander<\/em> de Peter Weir c\u2019est en mer que surgit l\u2019angoisse. Du trois m\u00e2ts \u00e0 la pirogue, la taille de l\u2019embarcation importe peu dans la temp\u00eate. L\u2019on se surprend alors \u00e0 partager l\u2019inqui\u00e9tude de ces candidats \u00e0 l\u2019exil au milieu du vide oc\u00e9anique et \u00e0 fraterniser dans la d\u00e9tresse avec les protagonistes de la fiction.<\/p>\n<p>Par del\u00e0 son th\u00e8me, celui de la migration contrainte par la situation \u00e9conomie et d\u00e9mocratique de son pays, Moussa Toure, profite de son film pour r\u00e9gler son compte au malheureux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy. En faisant dire \u00e0 l\u2019un de ses personnages qu\u2019il est un homme africain bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 rentrer dans l\u2019Histoire, Tour\u00e9 s\u2019offre un droit de r\u00e9ponse qui ne lui aurait pas permis sinon. A l\u2019\u00e9poque, <em>\u00ab\u00a0si j\u2019avais pris la parole j\u2019aurais pu finir en prison\u00a0\u00bb<\/em>. Aujourd\u2019hui la seule crainte de Tour\u00e9 n\u2019est pas d\u2019\u00eatre embarqu\u00e9, mais que le public ne le soit pas par son film. On peut le rassurer sur ce point.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5686 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/pirb-7d1.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/pirb-7d1-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Et vogue la gal\u00e8re...\" aria-describedby=\"gallery-1-16923\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16923'>\n\t\t\t\tEt vogue la gal\u00e8re&#8230;\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fruit de la rencontre improbable de Moussa Tour\u00e9, r\u00e9alisateur s\u00e9n\u00e9galais de documentaires et d\u2019Eric N\u00e9v\u00e9, producteur fran\u00e7ais de films de genre, <em>La Pirogue<\/em> oscille entre discours politique et dramaturgie oc\u00e9ane. Un film poignant autant que n\u00e9cessaire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16923,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-5686","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5686"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5686\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/16923"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5686"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5686"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}