{"id":5661,"date":"2012-10-11T18:19:47","date_gmt":"2012-10-11T16:19:47","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-briseur-de-tabous5661\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:20","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:20","slug":"le-briseur-de-tabous5661","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5661","title":{"rendered":"Le briseur de tabous"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Annonc\u00e9, apr\u00e8s \u00e9loge de la critique, comme un succ\u00e8s public potentiel, <em>Dans la Maison<\/em>, le nouveau film de Fran\u00e7ois Ozon d\u00e9\u00e7oit n\u00e9anmoins. Faussement provocant, irritant m\u00eame parfois, le film se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre le lieu d\u2019une expression id\u00e9ologique moins \u00ab\u00a0friendly\u00a0\u00bb qu\u2019elle n\u2019y para\u00eet.<\/p>\n<p>En son temps, Claude Chabrol s\u2019\u00e9tait fait une sp\u00e9cialit\u00e9 de d\u00e9noncer les turpitudes de la bourgeoisie de Province. Aujourd\u2019hui, Fran\u00e7ois Ozon semble en avoir repris le flambeau, non sans avoir d\u00e9plac\u00e9 ses projecteurs sur un autre segment de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0: la classe moyenne de banlieue. On se souvient que d\u00e9j\u00e0, le discours tenu dans <em>Potiche<\/em>, son pr\u00e9c\u00e9dent film, flirtait avec le m\u00e9pris de classe. Que le film ait \u00e9t\u00e9 l\u2019adaptation d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de boulevard des 70\u2019s ne change rien au propos mis en sc\u00e8ne. Face \u00e0 la caricature d\u2019un patron archa\u00efque, Ozon s\u2019amusait avec des gr\u00e9vistes infantiles, mollement d\u00e9fendus par un syndicaliste bureaucrate. <em>In fine<\/em>, le nouveau \u00ab\u00a0deal\u00a0\u00bb social se soldait par un changement de m\u00e9thode manag\u00e9riale, incarn\u00e9 par la figure maternante de la femme du patron, tellement plus \u00ab\u00a0cool\u00a0\u00bb que sa caricature de mari. <\/p>\n<p>Cette fois-ci, Ozon r\u00e9cidive avec l\u2019histoire d\u2019un professeur de fran\u00e7ais, \u00e9crivain frustr\u00e9 qui pousse l\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 mettre en litt\u00e9rature sa fascination perverse pour la m\u00e8re de l\u2019un de ses camarades de classe. On attendait un exercice virtuose sur la manipulation, sa repr\u00e9sentation, le pouvoir de la fiction et la fascination qu\u2019elle procure, on se retrouve \u00e0 assister \u00e0 un film aussi plat qu\u2019une t\u00e9l\u00e9vision contemporaine, r\u00e9ceptacle d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9nonc\u00e9s plus ou moins r\u00e9ac o\u00f9 l\u2019ironie du regard le dispute, une fois encore, au m\u00e9pris de classe. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xrdvaj\"><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Ici, le choix de Fabrice Luchini pour incarner le professeur est tout sauf anodin. On sait l\u2019amour du com\u00e9dien pour la litt\u00e9rature en g\u00e9n\u00e9ral et le grand roman fran\u00e7ais en particulier. La Fontaine, Flaubert, Hugo et C\u00e9line font partie de ces auteurs que Luchini aime \u00e0 lire sur sc\u00e8ne, dans une mise en sc\u00e8ne de lui-m\u00eame, lyrique parfois, emphatique souvent. Pourquoi pas. Mais que ce soit au th\u00e9\u00e2tre ou sur les plateaux t\u00e9l\u00e9, c\u2019est aussi comme porte-voix du pol\u00e9miste \u00ab\u00a0n\u00e9o-r\u00e9ac\u00a0\u00bb Philippe Muray, que Luchini officie. Ainsi lorsque, d\u00e8s les premi\u00e8res minutes du film, l\u2019abattement de l\u2019enseignant face au niveau de ses \u00e9l\u00e8ves se manifeste par un \u00ab\u00a0les barbares sont dans nos classes\u00a0\u00bb, on se demande qui parle\u00a0? Le personnage\u00a0de Germain ? Luchini acteur ou Muray derri\u00e8re lui\u00a0?<\/p>\n<p>Cette question du locuteur, c\u2019est bien \u00e9videmment le petit truc avec lequel Ozon joue visuellement, r\u00e9p\u00e9tant les sc\u00e8nes selon que le point de vue appartient soit au narrateur, l\u2019\u00e9l\u00e8ve Claude, soit \u00e0 son lecteur, le professeur Germain. Mais alors, et m\u00eame en tenant compte de la distance entre l\u2019auteur et ses personnages, qu\u2019en est-il de l\u2019insistance et de la jouissance avec laquelle les uns et les autres reprennent en boucle cette sortie verbale sur <em>\u00ab\u00a0l\u2019odeur singuli\u00e8re des femmes de la classe moyenne\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>\u00a0? \u00c0 ce titre que faut il penser de ce que le film nous dit de l\u2019art contemporain, (<em>\u00ab\u00a0c\u2019est de la merde\u00a0\u00bb<\/em>), et de la pr\u00e9sence valant d\u00e9monstration lors d\u2019une sc\u00e8ne dans une galerie, d\u2019une \u0153uvre repr\u00e9sentant des bites en formes de svatiska, aux c\u00f4t\u00e9s de poup\u00e9es gonflables \u00e0 t\u00eates de Staline, Mao ou Hitler\u00a0? Qui parle si ce n\u2019est Ozon lui-m\u00eame, exprimant peut-\u00eatre par l\u00e0 son id\u00e9ologie singuli\u00e8re de repr\u00e9sentant du conformisme intellectuel ? <\/p>\n<p>Exprimant ce qu\u2019il croit d\u00e9noncer, Fran\u00e7ois Ozon semble surtout avoir abdiqu\u00e9 du cin\u00e9ma et de ses potentialit\u00e9s pour s\u2019essayer, sans y parvenir jamais, au genre de la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9. On pourrait ainsi regarder son film comme un envers de <em>Desperate Housewives<\/em>, faisant l\u2019aveu de sa fascination pour le r\u00e9gime narratif et esth\u00e9tique de la s\u00e9rie am\u00e9ricaine et de son incapacit\u00e9 \u00e0 lui arriver \u00e0 la cheville. Car en fait ce qui est en passe de devenir le vrai mod\u00e8le d\u2019Ozon ce serait plut\u00f4t celui du boulevard film\u00e9, expression d\u2019un regard populiste vaguement d\u00e9mago, avec d\u00e9cors signifiants, coups de th\u00e9\u00e2tres convenus et com\u00e9diens surjouant leurs personnages. La promesse de Fran\u00e7ois Ozon consistait \u00e0 nous faire entrer <em>Dans la Maison<\/em>, finalement on a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 en sortir.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5661 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/ozon-f40.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/ozon-f40-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"ozon.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/ozonb-3fd.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/ozonb-3fd-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Le briseur de tabous\" aria-describedby=\"gallery-1-16862\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16862'>\n\t\t\t\tLe briseur de tabous\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Annonc\u00e9, apr\u00e8s \u00e9loge de la critique, comme un succ\u00e8s public potentiel, <em>Dans la Maison<\/em>, le nouveau film de Fran\u00e7ois Ozon d\u00e9\u00e7oit n\u00e9anmoins. 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