{"id":5647,"date":"2012-10-10T12:23:01","date_gmt":"2012-10-10T10:23:01","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-regard-persan5647\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:16","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:16","slug":"un-regard-persan5647","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5647","title":{"rendered":"Un regard persan"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Persona non grata dans son propre pays le cin\u00e9aste iranien Abbas Kiarostami poursuit son errance cr\u00e9atrice au Japon avec <em>Like Someone in Love<\/em>. Un triangle amoureux rempli de faux semblants. Surprenant et convaincant.\n<\/p>\n<p>Il y a deux ans on craignait d\u2019avoir perdu Abbas Kiarostami dans les collines de Toscane et d\u2019Ombrie. Malgr\u00e9, ou \u00e0 cause de son casting international \u2013 Juliette Binoche, Willian Shimell &#8211; <em>Copie Conforme<\/em> d\u00e9routait, d\u00e9cevait, comme si une partie de la force et de la pertinence de son cin\u00e9ma tenait \u00e0 ce qu\u2019il soit tourn\u00e9, chez lui, en Iran, avec des acteurs qui n\u2019en \u00e9taient pas, ou si peu. Loin d\u2019\u00eatre un choix volontaire, ce d\u00e9paysement radical tenait \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 qui lui \u00e9tait faite de continuer \u00e0 travailler en Iran. Et aujourd\u2019hui encore, Kiarostami se voit condamn\u00e9, par les autorit\u00e9s religieuses de son pays, \u00e0 poursuivre son errance cr\u00e9atrice. Au Japon, donc.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, comme souvent chez Kiarostami tient en peu de mots. Soit vingt quatre heures dans la vie d\u2019une jeune femme et d\u2019un vieillard qui ne se connaissent pas et entre lesquels vont se tisser des liens impr\u00e9vus. \u00c0 partir de l\u00e0, Kiarostami poursuit son travail sur l\u2019identit\u00e9 entam\u00e9 il y a vingt ans avec <em>Close Up<\/em>, dans lequel un pauvre bougre se faisait passer pour le cin\u00e9aste Moshen Makhmalbaf. Dans <em>Like Someone in Love<\/em> c\u2019est l\u2019ensemble des protagonistes qui se pr\u00eate au jeu des faux semblants. La jeune femme, \u00e9tudiante et fianc\u00e9e \u00e0 une jeune garagiste, se prostitue la nuit. Son client, un vieil universitaire occupe progressivement la place d\u2019un grand-p\u00e8re de pacotille. Le fianc\u00e9 oscille entre deux p\u00f4les, la rassurance et l\u2019inqui\u00e9tude. <\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xtlwhz\"><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>\u00c0 la question de savoir pourquoi il a choisi le pays du soleil levant pour son nouveau projet, Kiarostami r\u00e9pond\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Eh bien parce que si je tourne au Japon, on ne me dira pas que j\u2019ai fait un film occidental.\u00a0\u00bb<\/em> Un cin\u00e9aste moyen oriental qui choisit, le temps d\u2019un film, de s\u2019exiler en extr\u00eame-orient, la proposition tient la route. Alors que <em>Copie Conforme<\/em> se laissait happer par la beaut\u00e9 clich\u00e9e d\u2019une Italie touristique, Kiarostami choisit cette fois-ci de laisser le pittoresque japonais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. De Tokyo on ne verra, depuis l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un taxi, qu\u2019une place de gare, au milieu de laquelle une grand-m\u00e8re attend sa petite fille qui ne viendra pas. <\/p>\n<p>C\u2019est donc dans ce huis clos des int\u00e9rieurs nippons que la mise en sc\u00e8ne de Kiarostami se d\u00e9ploie de nouveau. On est frapp\u00e9 de retrouver alors ce \u00ab\u00a0je ne ne sais quoi\u00a0\u00bb qui fait la petite musique visuelle du cin\u00e9aste iranien. Oui, il y a bien un ensorcellement, extr\u00eamement r\u00e9jouissant, \u00e0 percevoir dans ce drame quotidien tourn\u00e9 au japon le caract\u00e8re persan de son r\u00e9alisateur autant que l\u2019universalit\u00e9 de son cin\u00e9ma. Ce faisant Kiarostami amoindri la r\u00e8gle th\u00e9orique-politique de Godard selon laquelle le cin\u00e9ma, on le fait l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on vit, et la transpose\u00a0en\u00a0: on fait du cin\u00e9ma l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on \u00e0 en-vie.<\/p>\n<p>Ceci \u00e9tant il ne faut pas croire que les choses aient \u00e9t\u00e9 ais\u00e9es. M\u00eame lorsqu\u2019on se nomme Kiarostami, et que l\u2019on a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 dans les plus grands festivals, m\u00eame lorsqu\u2019on a comme producteur Marin Karmitz et sa volont\u00e9 de d\u00e9fendre une certaine tendance du cin\u00e9ma d\u2019auteur, la question du financement n\u2019est pas de celles qui vont de soi. Apr\u00e8s qu\u2019Arte a refus\u00e9 de s\u2019engager sur ce film, Karmitz a pris le parti de compl\u00e9ter lui-m\u00eame le budget, en mettant aux ench\u00e8res une \u00e9ponge d\u2019Yves Klein de sa collection personnelle. Le fait est suffisamment rare dans la production fran\u00e7aise o\u00f9, gr\u00e2ce aux pr\u00e9achats des chaines et aux diverses aides l\u00e9gales, la plupart des films se montent sans aucun investissement personnel, pour qu\u2019il soit salu\u00e9 (m\u00eame si tout le monde n\u2019a pas une collection d\u2019art moderne \u00e0 disposition). Ainsi mieux que la transformation du plomb en or, il y a une certaine beaut\u00e9 du geste, une \u00e9l\u00e9gance morale \u00e0 ce que l\u2019art moderne puisse contribuer \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019une \u0153uvre de cin\u00e9ma, contemporaine. <\/p>\n<p>Car enfin il s\u2019agit bien d\u2019une \u0153uvre, poursuivie par son auteur avec ce film, \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique renouvel\u00e9e. \u00c0 ce titre les reflets jouent un r\u00f4le majeur dans <em>Like Someone in Love<\/em>, donnant des arri\u00e8res plans, des espaces, des jeux de miroirs \u00e9tonnants. Karmitz raconte qu\u2019il a vu Kiarostami <em>\u00ab\u00a0prendre son temps pour voir passer un figurant dans un reflet. Travailler avec l\u2019acteur allait plus vite que de travailler avec  le figurant\u00a0\u00bb<\/em>. De quoi les reflets sont-ils le nom\u00a0? Peut \u00eatre d\u2019une position miroir assujettie au film, dans laquelle le metteur en sc\u00e8ne fait la preuve qu\u2019il n\u2019a finalement rien perdu de ce qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat de son cin\u00e9ma\u00a0: son regard ac\u00e9r\u00e9, per\u00e7ant.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5647 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/kia-c8d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/kia-c8d-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"kia.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/kiac-e4e.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/kiac-e4e.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Un regard persan\" aria-describedby=\"gallery-1-16833\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16833'>\n\t\t\t\tUn regard persan\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/perses-842.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/perses-842-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Un regard persan\" aria-describedby=\"gallery-1-16834\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16834'>\n\t\t\t\tUn regard persan\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Persona non grata dans son propre pays le cin\u00e9aste iranien Abbas Kiarostami poursuit son errance cr\u00e9atrice au Japon avec <em>Like Someone in Love<\/em>. 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