{"id":5573,"date":"2012-09-26T14:31:47","date_gmt":"2012-09-26T12:31:47","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/du-neuf-avec-du-vieux5573\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:04","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:04","slug":"du-neuf-avec-du-vieux5573","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5573","title":{"rendered":"Du neuf avec du vieux"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">A 90 printemps, Alain Resnais poursuit avec <em>Vous n&#8217;avez encore rien vu<\/em>, son nouveau film,  l\u2019exploration th\u00e9\u00e2trale et cin\u00e9matographique de l\u2019existence humaine qu\u2019il avait entam\u00e9e il y a vingt cinq ans avec <em>M\u00e9lo<\/em>. S\u2019appuyant sur le mythe d\u2019Orph\u00e9e et le texte dramaturgique de Jean Anouilh, Resnais signe l\u00e0 un opus d\u2019une vivacit\u00e9 intellectuelle et d\u2019une fraicheur esth\u00e9tique rare et indispensable. Novateur une fois encore.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re chose qui vient \u00e0 l\u2019esprit avant que la projection ne d\u00e9marre, c\u2019est qu\u2019en choisissant d\u2019intituler son dix-huiti\u00e8me long m\u00e9trage en un demi si\u00e8cle de carri\u00e8re, Vous n\u2019avez encore rien vu, Resnais n\u2019adresse pas seulement un pied de nez \u00e0 ceux qui pouvaient lui reprocher de sombrer progressivement dans un ronron formel parfois soporifique, mais qu\u2019il fait aussi directement \u00e9cho \u00e0 son premier succ\u00e8s \u00e9crit avec Marguerite Duras, <em>Hiroshima mon amour<\/em>, et \u00e0 sa r\u00e9plique pass\u00e9e \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 cin\u00e9phile <em>\u00ab\u00a0tu n\u2019as rien vu (\u00e0 Hiroshima)\u00a0\u00bb<\/em>, affirmant par l\u00e0 l\u2019extr\u00eame coh\u00e9rence artistique de sa longue carri\u00e8re de r\u00e9alisateur. Nous voil\u00e0 pr\u00e9venus.<\/p>\n<p>Ensuite, ca commence par un appel t\u00e9l\u00e9phonique. L\u2019ensemble des protagonistes re\u00e7oit la nouvelle de la disparition d\u2019un des leurs. Un message identique pour chacun, jusqu\u2019\u00e0 la redondance, au point que cette sc\u00e8ne, par son refus de l\u2019ellipse donne le ton, programmatique, du film. Contre l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des existences contemporaines et sa traduction narrative, Resnais, lui, a tout son temps. Cet appel c\u2019est aussi celui de chacun des com\u00e9diens, identifi\u00e9s par leurs patronymes respectifs. Une sorte de g\u00e9n\u00e9rique esth\u00e9tiquement renouvel\u00e9, \u00e0 l\u2019instar de celui qu\u2019avait mis en sc\u00e8ne Godard dans le M\u00e9pris.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xr08cg?theme=cappuccino&#038;foreground=%23E8D9AC&#038;highlight=%23FFF6D9&#038;background=%23493D27\"><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Cette redondance dans l\u2019effet, dont le but consiste \u00e0 bouleverser notre perception du film, passe aussi fortement par la musique, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 chaque ouverture de porte lors de l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne des com\u00e9diens. Symphonique, tonitruante, p\u00e9plumisante, elle est l\u2019\u0153uvre de Mark Snow, le compositeur du g\u00e9n\u00e9rique de la s\u00e9rie parano\u00efaque X Files. Oui, oui, X Files\u00a0! Resnais fan de s\u00e9ries US, cela pourrait para\u00eetre surprenant, sauf \u00e0 envisager que pour lui chaque saison narrative constitue une histoire \u00e9nhaurme, r\u00e9alisant sans le savoir forc\u00e9ment ce que Eric Von Stroheim ou Abel Gance appelaient de leurs v\u0153ux, \u00e0 savoir des films de plusieurs heures. Un rapport particulier au temps, ici encore.<\/p>\n<p>Enfin seulement, Resnais nous laisse entrer dans le vif du sujet, la volont\u00e9 posthume d\u2019un auteur th\u00e9\u00e2tral, que ses com\u00e9diens et amis, jaugent l\u2019interpr\u00e9tation de sa pi\u00e8ce la plus c\u00e9l\u00e8bre, Eurydice, par une troupe de jeunes acteurs. C\u2019est alors que l\u2019alchimie commence. Face \u00e0 la captation de cette nouvelle mise en sc\u00e8ne, chacun des protagonistes se met \u00e0 r\u00e9citer, reprendre, doubler, puis finalement rejouer les sc\u00e8nes qui se d\u00e9roulent sur l\u2019\u00e9cran. \u00ab\u00a0Redonder\u00a0\u00bb une fois de plus, ses r\u00e9pliques, son r\u00f4le, sa vie. Une narration kal\u00e9idoscope dont le r\u00e9sultat imm\u00e9diat consiste \u00e0 produire, comme toujours chez Resnais, cette distanciation post brechtienne, qui lui tient tant \u00e0 coeur. L\u2019univers mat\u00e9riel s\u2019efface alors pour laisser place \u00e0 un d\u00e9cor num\u00e9rique, une tapisserie mentale, un simple fond visuel pour l\u2019expression th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p>Un vertige saisit alors le spectateur, tant Resnais s\u2019applique, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son syst\u00e8me, \u00e0 briser son dispositif pour le recomposer d\u00e8s qu\u2019il semble compris, int\u00e9gr\u00e9, assimil\u00e9. Il faut reconna\u00eetre aussi que si la plupart sont hypnotis\u00e9 par cette capacit\u00e9 baroque de pousser chaque fois plus loin la variation autour du m\u00eame th\u00e8me, certains, un peu comme lors d\u2019une repr\u00e9sentation de th\u00e9\u00e2tre contemporain, quittent alors la salle, bruyamment, laissant claquer si\u00e8ges, strapontins et portes d\u2019issues de secours&#8230;<\/p>\n<p>Si cette hybridation des formes esth\u00e9tique, de la mise en sc\u00e8ne d\u2019un cin\u00e9ma th\u00e9\u00e2tralis\u00e9 r\u00e9siste pourtant \u00e0 l\u2019accusation de st\u00e9rilit\u00e9 conceptuelle, c\u2019est qu\u2019elle repose aussi sur l\u2019incarnation de ses com\u00e9diens, et leurs interpr\u00e9tations hors pairs. Amalric y est terrifiant de justesse, Arditi, souvent cabot ailleurs, se rappelle \u00e0 l\u2019exactitude de son m\u00e9tier. Et m\u00eame Az\u00e9ma, compagne du cin\u00e9aste et insupportable d\u2019hyst\u00e9rie fofolle la joue ici concentr\u00e9e, mezzo voce. C\u2019est dire si ce film est un bonheur, cr\u00e9atif, narratif, cin\u00e9matographique. Un moment, hors du temps, dont on ne peut qu\u2019esp\u00e9rer qu\u2019il soit largement partag\u00e9.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5573 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/resnc-5ad.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/resnc-5ad.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Du neuf avec du vieux\" aria-describedby=\"gallery-1-16707\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16707'>\n\t\t\t\tDu neuf avec du vieux\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/resn-f63.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/resn-f63-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"resn.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A 90 printemps, Alain Resnais poursuit avec <em>Vous n&#8217;avez encore rien vu<\/em>, son nouveau film,  l\u2019exploration th\u00e9\u00e2trale et cin\u00e9matographique de l\u2019existence humaine qu\u2019il avait entam\u00e9e il y a vingt cinq ans avec <em>M\u00e9lo<\/em>. 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