{"id":5566,"date":"2012-09-20T15:13:26","date_gmt":"2012-09-20T13:13:26","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/apres-la-bataille5566\/"},"modified":"2023-06-23T23:12:02","modified_gmt":"2023-06-23T21:12:02","slug":"apres-la-bataille5566","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5566","title":{"rendered":"Apr\u00e8s la bataille"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Alors que la rue arabe s\u2019enflamme \u00e0 cause d\u2019un indescriptible navet raciste diffus\u00e9 sur le web, sort aujourd\u2019hui sur les \u00e9crans \u00e9gyptiens (et hier sur les \u00e9crans fran\u00e7ais) un film digne du nom de cin\u00e9ma. R\u00e9alis\u00e9 par Yousri Nasrallah, h\u00e9ritier de  Youssef Chahine et de Rossellini tout \u00e0 la fois, Apr\u00e8s la bataille revient sur l\u2019un des \u00e9pisodes les plus m\u00e9diatis\u00e9 de l\u2019occupation de la place Tahrir et tente de faire le point sur les passions, les utopies et les impasses qui agitent encore la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9gyptienne. <\/p>\n<p>C\u2019est une s\u00e9quence film\u00e9e qui a fait le tour du monde. Celles des chameliers et des cavaliers \u00e9gyptiens, chargeant, le 2 f\u00e9vrier 2011 sur la place Tahrir du Caire, les manifestants hostiles au r\u00e9gime  d\u2019Hosni Moubarak. Une image digne du plus horrible des p\u00e9plums, \u00e0 partir de laquelle le cin\u00e9aste \u00e9gyptien Yousri Nasrallah, a d\u00e9cid\u00e9 de faire un film de cin\u00e9ma au titre limpide\u00a0: Apr\u00e8s la bataille. Comme l\u2019ensemble des observateurs non seulement internationaux mais aussi \u00e9gyptiens de cet \u00e9v\u00e9nement, Nasrallah aurait pu s\u2019empresser de ne voir dans cette brigade mont\u00e9e que l\u2019une des manifestations les plus spectaculaires des derniers soubresauts du pouvoir honni. Sauf que\u2026 <\/p>\n<p>Sauf que Yousri Nasrallah avait des ann\u00e9es auparavant fait la connaissance de ces b\u00e9douins s\u00e9dentaris\u00e9s depuis la fin  du XIX\u00e8me si\u00e8cle sur le plateau de Gizeh, au pied des pyramides. A l\u2019\u00e9poque le cin\u00e9aste travaillait \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un documentaire sur cette \u00e9tranget\u00e9 vestimentaire qui faisait un come back remarqu\u00e9, en Egypte comme dans tout le monde arabe\u00a0: le port du voile (<em>A propos des gar\u00e7ons, des filles et du voile<\/em>, 1995). Que ces gens qu\u2019il avait connu et appr\u00e9ci\u00e9, aient pu devenir des complets salauds constitua donc pour Nasrallah le point de d\u00e9part du film de fiction qu\u2019il projetait de tourner sur la r\u00e9volution. Une fiction donc, plut\u00f4t qu\u2019un  documentaire, car selon le r\u00e9alisateur, \u00ab\u00a0dans les situations de confusion, a fortiori en pleine r\u00e9volution, seule la fiction permet d\u2019y voir un peu clair\u00a0\u00bb. Ainsi, Apr\u00e8s la bataille choisit-il de raconter la rencontre, \u00e0 la fois politique et sentimentale, de Reem, jeune ex\u00e9cutive woman dans une agence de pub du Caire, en instance de divorce et membre d\u2019une ONG progressiste, avec Mahmoud, cavalier ayant particip\u00e9 \u00e0 la charge sur la place Tahrir, mais chop\u00e9 in fine par les manifestants et de ce fait m\u00e9chamment bastonn\u00e9\u2026<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"460\" height=\"259\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xtbhj3\"><\/iframe><br clear=\"all\"><\/p>\n<p>Cin\u00e9aste populaire, Nasrallah choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, la trame du m\u00e9lo, typique du cin\u00e9ma \u00e9gyptien, avec pour cons\u00e9quence initiale une l\u00e9g\u00e8re mise \u00e0 distance du spectateur occidental lambda (blanc, 40 ans, myope). Mais c\u2019est finalement pour mieux la renverser, en inverser les r\u00f4les (ici la position de l\u2019homme puissant objet est tenue par celle de la femme lib\u00e9r\u00e9e) mais aussi la remplir de sa dialectique politique et mieux confronter les figures des h\u00e9ros et des salauds. Car si le c\u0153ur de Nasrallah bat place Tahrir, le cin\u00e9aste prend le temps d\u2019interroger la situation r\u00e9elle des chameliers, pouss\u00e9s au crime par ces m\u00eames \u00e9lites locales \u00e0 qui ils doivent leur situation mis\u00e9rable. Ainsi ce que nous apprend le film, c\u2019est que ces hommes, m\u00e9pris\u00e9s par la population pour leur action violente, sont d\u2019abord ind\u00e9sirables \u00e0 l\u2019ancien syst\u00e8me qui voulait r\u00e9cup\u00e9rer les terres sur lesquels ils vivent afin de d\u00e9velopper des infrastructures de tourisme plus rentables qu\u2019une ballade \u00e0 dos de chameau, que ces cavaliers vivent sous la \u00ab\u00a0protection\u00a0\u00bb de ca\u00efds \u00e0 la solde du pouvoir, qu\u2019ils survivent enfin, s\u00e9par\u00e9s de la zone touristique des pyramide par un mur de 16km de long cens\u00e9 les faire partir\u2026<\/p>\n<p>Ce faisant Nasrallah affirme, par del\u00e0 sa filiation directe au grand Youssef Chahine dont il f\u00fbt le sc\u00e9nariste et le premier assistant r\u00e9alisateur, son h\u00e9ritage n\u00e9o r\u00e9aliste assum\u00e9, pr\u00e9caire dans son dispositif de r\u00e9alisation, assur\u00e9 dans son discours esth\u00e9tique et politique. Film\u00e9 \u00e0 l\u2019arrache dans des conditions difficiles souvent, dangereuse parfois, l\u2019\u00e9quipe technique et les com\u00e9diennes s\u2019\u00e9tant faites agresser plusieurs fois durant le tournage, place Tahrir notamment[[ Interrog\u00e9 par JM FRodon Yousri Nasrallah raconte\u00a0: <em>\u00ab\u00a0je ne sais pas qui \u00e9taient ces gens. Ils ont insult\u00e9 Menna (la com\u00e9dienne principale et star du cin\u00e9ma et de la t\u00e9l\u00e9 en Egypte) en la traitant de pute, en lui reprochant les films dans lesquels elle avait jou\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>]], mais \u00e9crit aussi avec la participation  des \u00e9gyptiens dont il raconte l\u2019histoire, Apr\u00e8s la bataille n\u2019est certainement pas le film terminal sur la r\u00e9volution  \u00e9gyptienne que la critique aurait aim\u00e9 d\u00e9couvrir lors de sa pr\u00e9sentation au dernier festival de Cannes. Il n\u2019en reste pas moins un film \u00e9tonnant, envoutant, po\u00e9tique, politique. Une plong\u00e9e n\u00e9cessaire au c\u0153ur des passions qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9gyptienne.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5566 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/batailles-e54.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/batailles-e54-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Apr\u00e8s la bataille\" aria-describedby=\"gallery-1-16688\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16688'>\n\t\t\t\tApr\u00e8s la bataille\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/batailleb-b8c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/batailleb-b8c-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Apr\u00e8s la bataille\" aria-describedby=\"gallery-1-16689\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16689'>\n\t\t\t\tApr\u00e8s la bataille\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que la rue arabe s\u2019enflamme \u00e0 cause d\u2019un indescriptible navet raciste diffus\u00e9 sur le web, sort aujourd\u2019hui sur les \u00e9crans \u00e9gyptiens (et hier sur les \u00e9crans fran\u00e7ais) un film digne du nom de cin\u00e9ma. 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