{"id":552,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/devoreurs-de-musee552\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"devoreurs-de-musee552","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=552","title":{"rendered":"D\u00e9voreurs de mus\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A la fin des ann\u00e9es 80, l&#8217;interrogation sur la nature du public des mus\u00e9es a pris une acuit\u00e9 particuli\u00e8re avec l&#8217;augmentation significative de leur fr\u00e9quentation. Signe d'&#8221; \u00e9litisation &#8221; des publics ou d\u00e9mocratisation ? <\/p>\n<p>Le nombre de visites des trois principaux \u00e9tablissements parisiens (Palais de la D\u00e9couverte, Cit\u00e9 des Sciences et de l&#8217;Industrie et Mus\u00e9um national d&#8217;Histoire naturelle avec sa grande Galerie de l&#8217;Evolution) atteint d\u00e9sormais les trois millions, alors qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait que de 1,1 million en 1985. Dans les ann\u00e9es 70, le public des mus\u00e9es scientifiques apparaissait d\u00e9j\u00e0 partiellement distinct de celui des mus\u00e9es d&#8217;art: moins en ce qui concernait l&#8217;origine sociale (pr\u00e9dominance des cadres sup\u00e9rieurs et des enseignants) que sous l&#8217;angle de la formation initiale (majoritairement scientifique), du genre (forte proportion d&#8217;hommes) et des types d&#8217;int\u00e9r\u00eats. Vingt ans plus tard, les diff\u00e9rentes \u00e9tudes men\u00e9es sur les trois sites font pencher vers la th\u00e8se d&#8217;une lente d\u00e9mocratisation ou, pour le moins, d&#8217;une diversification du recrutement. En attestent: une diminution significative de la place occup\u00e9e par les professions situ\u00e9es en haut de l&#8217;\u00e9chelle sociale au profit des classes moyennes; certes une \u00e9l\u00e9vation du niveau moyen de dipl\u00f4me, mais qui correspond \u00e0 l&#8217;\u00e9l\u00e9vation g\u00e9n\u00e9rale de la population fran\u00e7aise; une mont\u00e9e en puissance des visiteurs issus d&#8217;une part de cursus &#8221; technologiques &#8220;, d&#8217;autre part des &#8221; sciences sociales &#8220;; une meilleure repr\u00e9sentation des femmes qui s&#8217;explique autant par la redistribution des t\u00e2ches \u00e9ducatives au sein de la famille que par un go\u00fbt plus affirm\u00e9 pour les sciences (en particulier les sciences du vivant).<\/p>\n<p> <strong> Des fractions de public diff\u00e9rentes, avec de nouvelles motivations  <\/strong><\/p>\n<p>Ainsi le capital de familiarit\u00e9 avec le mus\u00e9e para\u00eet se dissocier progressivement du capital culturel. Se dessinent les modes de r\u00e9ponses \u00e0 une offre multiple: les deux plus anciens mus\u00e9es ont, en cinq ans, renouvel\u00e9 la moiti\u00e9 de leur public et, si la Cit\u00e9 des Sciences et de l&#8217;Industrie compte en majorit\u00e9 des primo-visiteurs, une fr\u00e9quentation r\u00e9guli\u00e8re est en cours d&#8217;installation; enfin la fr\u00e9quentation des trois sites se conjugue pour une fraction importante des publics des trois institutions. Une &#8221; loi &#8221; de la fr\u00e9quentation compl\u00e9mentaire peut ainsi \u00eatre \u00e9tablie: la visite r\u00e9cente de l&#8217;un des trois mus\u00e9es est un indice de la fr\u00e9quentation r\u00e9cente d&#8217;au moins l&#8217;un des deux autres; une visite ancienne de l&#8217;un d&#8217;entre eux est plut\u00f4t l&#8217;indice d&#8217;une fr\u00e9quentation mod\u00e9r\u00e9e des deux autres; une premi\u00e8re visite dans l&#8217;un des trois est l&#8217;indice d&#8217;une faible fr\u00e9quentation des deux autres. Apr\u00e8s l&#8217;ouverture de la grande Galerie de l&#8217;Evolution, un autre r\u00e9sultat appara\u00eet: ce ne sont pas seulement les &#8221; fort &#8221; pratiquants des mus\u00e9es qui ont tir\u00e9 profit d&#8217;un plus grand \u00e9ventail de l&#8217;offre, mais \u00e9galement les pratiquants &#8221; moyens &#8221; qui en ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9.<\/p>\n<p>Regardons, sur la m\u00eame p\u00e9riode, l&#8217;\u00e9volution du degr\u00e9 de convivialit\u00e9 de la visite au mus\u00e9e: il appara\u00eet clairement une baisse des visites solitaires et une augmentation des visites familiales. En 1993, selon le minist\u00e8re de la Culture dans une \u00e9tude concernant l&#8217;ensemble des mus\u00e9es, les visites solitaires repr\u00e9sentent 9%, en couple 21%, en famille 36%, entre amis 23% et en groupe organis\u00e9 11%. La fr\u00e9quentation des trois mus\u00e9es scientifiques parisiens poss\u00e8de des caract\u00e8res distincts de la moyenne des mus\u00e9es. En premier, la part des groupes y est bi en plus importante: fortement amplifi\u00e9e depuis une d\u00e9cennie, celle des groupes scolaires repr\u00e9sente d\u00e9sormais entre 25 et 35% des entr\u00e9es. S&#8217;agissant des autres fractions de public, c&#8217;est la visite familiale qui pr\u00e9domine largement. Au total, la proportion des moins de 18 ans est port\u00e9e, en moyenne, \u00e0 plus de 50% de l&#8217;ensemble des visiteurs.<\/p>\n<p>Faut-il rapporter ces modalit\u00e9s de visite aux objectifs que les visiteurs leur assignent ? Venir pour &#8221; se distraire &#8220;, &#8221; par curiosit\u00e9 &#8220;, &#8221; pour apprendre &#8221; constituent une premi\u00e8re s\u00e9rie de mobiles qui ne sont pas sans rapport avec l&#8217;image que s&#8217;est forg\u00e9e chaque centre de culture scientifique. Ainsi, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80, une vocation didactique \u00e9tait prioritairement associ\u00e9e au Palais de la D\u00e9couverte; en perspective ni la CSI qui demeurait, apr\u00e8s cinq ans de fonctionnement, un lieu d'&#8221; errance curieuse &#8220;, ni le Mus\u00e9um, dont la qualit\u00e9 du site \u00e9tait un vecteur pr\u00e9pond\u00e9rant dans les motivations, ne mobilisaient aussi fortement ce souci d&#8217;apprentissage. En 1994, l&#8217;ouverture de la GGE modifie le paysage de l&#8217;offre de culture scientifique et de ses modes d&#8217;exercice. La d\u00e9couverte d&#8217;un \u00e9tablissement par un public non encore fid\u00e9lis\u00e9 demeure la marque de la CSI et le devient pour la GGE. L&#8217;ouverture de cette derni\u00e8re replace sur le devant de la sc\u00e8ne l&#8217;une des vocations traditionnelles du MNHN, celle de la diffusion des connaissances.<\/p>\n<p> <strong> Une sc\u00e8ne d&#8217;\u00e9laboration collective de la culture scientifique et technique <\/strong><\/p>\n<p>La composante ludique de l&#8217;image de la CSI s&#8217;est d\u00e9finitivement install\u00e9e mais laisse d\u00e9sormais une place plus manifeste au volet cognitif. En contre-champ, l&#8217;image du Palais comme institution dispensatrice de savoirs s&#8217;\u00e9rode aupr\u00e8s des visiteurs non scolaires pour lesquels la fonction ludique se consolide. Une seconde cat\u00e9gorie de motivations concerne le r\u00f4le social dans lequel se reconna\u00eet le visiteur. Si le r\u00f4le incitateur des enfants est souvent mis en lumi\u00e8re, appara\u00eet \u00e9galement une autre logique des visites familiales et particuli\u00e8rement les formes d&#8217;autorisation r\u00e9ciproque des loisirs parentaux et enfantins. Le troisi\u00e8me type de motifs de visite est celui du degr\u00e9 d&#8217;adh\u00e9sion aux partis pris mus\u00e9ologiques et mus\u00e9ographiques des institutions.<\/p>\n<p>Il renvoie simultan\u00e9ment aux pr\u00e9f\u00e9rences des visiteurs pour telle ou telle forme de communication (centr\u00e9e sur l&#8217;objet, d\u00e9monstrative, interactive) et \u00e0 l&#8217;image de l&#8217;institution telle qu&#8217;elle s&#8217;est forg\u00e9e progressivement et telle qu&#8217;elle s&#8217;est diffus\u00e9e; il \u00e9claire aussi sur la sp\u00e9cificit\u00e9 du mus\u00e9e scientifique au sein de l&#8217;ensemble des supports de diffusion (m\u00e9dias \u00e9crits et audiovisuels en particulier). Le mus\u00e9e appara\u00eet comme un espace multim\u00e9dia voire hyperm\u00e9dia. Certes, nous sommes \u00e0 pr\u00e9sent davantage arm\u00e9s pour comprendre et pr\u00e9voir l&#8217;\u00e9volution des publics de ces mus\u00e9es. D\u00e9sormais, approches quantitatives et qualitatives marchent de pair. Ces diff\u00e9rents angles d&#8217;approche permettent d&#8217;aborder plus finement les raisons de la venue. Les \u00e9tudes qualitatives demeurent alors l&#8217;instrument cl\u00e9, qu&#8217;elles essaient d&#8217;\u00e9lucider les freins ou les motivations \u00e0 la d\u00e9cision de visite, ou qu&#8217;elles essaient de comprendre ce qu&#8217;il en est de l&#8217;exp\u00e9rience de visite. Ainsi, on est parti d&#8217;une description sociologique ext\u00e9rieure des visiteurs pour ensuite \u00e9tudier ce qui se passe pendant la visite. Et on utilise maintenant ces donn\u00e9es en amont pour am\u00e9liorer l&#8217;exposition. Les travaux les plus r\u00e9cents font d\u00e9couvrir les r\u00e8gles de fonctionnement d&#8217;un espace de d\u00e9ploiement, d&#8217;interrogation, de conflits, mais surtout de n\u00e9gociation entre des savoirs (savants, scolaires, m\u00e9diatis\u00e9s et sens commun) et des pratiques. La baisse de la fr\u00e9quentation des grands mus\u00e9es constat\u00e9e en 1996 ne doit pas occulter que le r\u00f4le social de ces mus\u00e9es a chang\u00e9: ils sont d\u00e9sormais une sc\u00e8ne d&#8217;\u00e9laboration collective de la culture scientifique et technique.<\/p>\n<p>* Charg\u00e9e de recherche au CNRS, URA &#8221; Sociologie de l&#8217;Education &#8221; (CNRS\/Paris V).Prenant pour cadre l&#8217;\u00e9volution du monde des mus\u00e9es et m\u00e9nageant un traitement particulier aux mus\u00e9es scientifiques, le laboratoire &#8221; Sociologie de l&#8217;Education &#8221; (URA 887-CNRS\/Paris-V) s&#8217;int\u00e9resse depuis 1970 aux nouvelles configurations de l&#8217;espace \u00e9ducatif et culturel.Jacqueline Eidelman participe aussi \u00e0 la revue Publics et mus\u00e9es (Presses universitaires de Lyon, 86, rue Pasteur, 69365 Lyon Cedex 07).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A la fin des ann\u00e9es 80, l&#8217;interrogation sur la nature du public des mus\u00e9es a pris une acuit\u00e9 particuli\u00e8re avec l&#8217;augmentation significative de leur fr\u00e9quentation. 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