{"id":550,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/telecommunications550\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"telecommunications550","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=550","title":{"rendered":"T\u00e9l\u00e9communications"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Si rien ne vient contrecarrer l&#8217;\u00e9volution mondiale de restructurations des t\u00e9l\u00e9communications, un secteur public aura \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement lib\u00e9ralis\u00e9, avec une quasi-disparition des originalit\u00e9s propres au service public. <\/p>\n<p> <strong>  En1984 : <\/strong> d\u00e9mant\u00e8lement du monopole t\u00e9l\u00e9phonique am\u00e9ricain.1990: premi\u00e8re ouverture \u00e0 la concurrence des t\u00e9l\u00e9communications en Europe.1995: privatisation des grands op\u00e9rateurs publics et mise en place de grands groupes internationaux.1998: g\u00e9n\u00e9ralisation de la concurrence en Europe. L&#8217;op\u00e9ration de restructuration des t\u00e9l\u00e9communications a comport\u00e9 une attaque par secteurs du domaine public, qui est parti de la communication des entreprises pour atteindre ensuite le march\u00e9 beaucoup plus important du t\u00e9l\u00e9phone, avant de s&#8217;attaquer au secteur nouveau du multim\u00e9dia. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une restructuration du domaine aux niveaux nationaux qui s&#8217;est \u00e9tendue ensuite \u00e0 l&#8217;international, avec une r\u00e9gulation des t\u00e9l\u00e9communications passant du contr\u00f4le des Etats \u00e0 l&#8217;influence de grands groupes mondiaux.<\/p>\n<p>Si, aux Etats-Unis, puis dans la Grande-Bretagne thatch\u00e9rienne, deux royaumes du lib\u00e9ralisme, l&#8217;attaque contre les t\u00e9l\u00e9communications publiques a pu \u00eatre men\u00e9e frontalement, dans les autres pays europ\u00e9ens il a fallu louvoyer.<\/p>\n<p>En 1990, la concurrence est ouverte sur les &#8221; services \u00e0 valeur ajout\u00e9e &#8220;, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 l&#8217;exclusion des services de simple transport, comme le t\u00e9l\u00e9phone. C&#8217;est surtout la communication informatique des entreprises qui est vis\u00e9e, mais on y ajoute deux secteurs \u00e0 d\u00e9veloppement trop r\u00e9cent pour \u00eatre bien structur\u00e9s, le radiot\u00e9l\u00e9phone et les r\u00e9seaux audiovisuels. La r\u00e9gulation du march\u00e9 est assur\u00e9e, au niveau national, par une autorit\u00e9 devenue ind\u00e9pendante de l&#8217;op\u00e9rateur public.<\/p>\n<p> <strong> La strat\u00e9gie de conqu\u00eate des grands groupes mondiaux <\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9forme ne rencontre qu&#8217;une opposition limit\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 elle r\u00e9serve le t\u00e9l\u00e9phone qui repr\u00e9sente alors pr\u00e8s de 90% du chiffre d&#8217;affaires des op\u00e9rateurs. Aussit\u00f4t cette r\u00e9forme mise en place, la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne passe \u00e0 la seconde \u00e9tape et d\u00e9cide une lib\u00e9ralisation compl\u00e8te, infrastructures comprises, pour 1998. L&#8217;objectif vis\u00e9 est le trafic t\u00e9l\u00e9phonique qui repr\u00e9sente le march\u00e9 le plus important. A plus long terme, se profile le march\u00e9 du multim\u00e9dia qui s&#8217;ouvre avec la num\u00e9risation de l&#8217;audiovisuel. Devant ces enjeux, les grands groupes mondiaux se mobilisent et une strat\u00e9gie d&#8217;alliances se met en place pour le contr\u00f4le de ces deux domaines.<\/p>\n<p>Le premier obstacle \u00e0 la strat\u00e9gie de conqu\u00eate des t\u00e9l\u00e9communications par les grands groupes mondiaux tient \u00e0 la pr\u00e9sence des op\u00e9rateurs nationaux qui d\u00e9tiennent en g\u00e9n\u00e9ral des monopoles sur les r\u00e9seaux. La d\u00e9r\u00e9gulation progressive du secteur permet d&#8217;\u00e9corner plus ou moins profond\u00e9ment ces monopoles, mais elle maintient une partie des activit\u00e9s sous un r\u00e9gime de service public, c&#8217;est-\u00e0-dire en dehors de la r\u00e9gulation par le march\u00e9. Aussi apparaissent des pressions pour une privatisation de ces op\u00e9rateurs qui d\u00e9borde l&#8217;Europe pour devenir un ph\u00e9nom\u00e8ne mondial.<\/p>\n<p>Une strat\u00e9gie de conqu\u00eate des secteurs nationaux d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s et d&#8217;internationalisation des activit\u00e9s voit s&#8217;activer, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des op\u00e9rateurs historiques, de nouveaux arrivants en provenance des industries de l&#8217;\u00e9lectronique ou d&#8217;autres secteurs \u00e0 la recherche de diversification. Les op\u00e9rateurs traditionnels sont concurrenc\u00e9s sur leurs activit\u00e9s d&#8217;origine, o\u00f9 ils perdent une part de march\u00e9, ce qui les conduit \u00e0 se porter sur les march\u00e9s ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Pour cette conqu\u00eate, de grandes alliances sont mises en place en 1995 sur le march\u00e9 des communications d&#8217;entreprises, en attente de la d\u00e9r\u00e9gulation du t\u00e9l\u00e9phone: celle du britannique BT avec MCI, le deuxi\u00e8me transporteur am\u00e9ricain; celle de France T\u00e9l\u00e9com et Deutsche Telekom avec Sprint, le troisi\u00e8me transporteur; celle d&#8217;ATT avec Unisource, qui regroupe plusieurs op\u00e9rateurs europ\u00e9ens, et avec la G\u00e9n\u00e9rale des Eaux, principal concurrent de France T\u00e9l\u00e9com, ainsi qu&#8217;avec l&#8217;espagnol Telefonica et avec la SNCF, nouveau concurrent fran\u00e7ais. D&#8217;autres alliances de moindre ampleur r\u00e9unissent l&#8217;informaticien IBM et la STET italienne ou bien Ameritech, une compagnie r\u00e9gionale du t\u00e9l\u00e9phone am\u00e9ricain, avec le belge Belgacom.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 des communications mobiles, radiot\u00e9l\u00e9phonie et radio-messagerie, met en jeu des acteurs diff\u00e9rents, en raison du moindre co\u00fbt des infrastructures. La pr\u00e9sence des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines y est pr\u00e9pond\u00e9rante, avec Airtouch en Belgique, Su\u00e8de, Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Danemark, avec Ameritech en Pologne, Bell Atlantic en R\u00e9publique tch\u00e8que et en Italie, Bell South en Allemagne, Nynex en Gr\u00e8ce, et US West en Grande-Bretagne, Hongrie, R\u00e9publique Tch\u00e8que et France.<\/p>\n<p> <strong> La valse mondiale des grands op\u00e9rateurs europ\u00e9ens  <\/strong><\/p>\n<p>Parmi les op\u00e9rateurs europ\u00e9ens, BT appara\u00eet comme le plus agressif en Europe, avec une repr\u00e9sentation principale en France, mais aussi en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Su\u00e8de. Deutsche Telekom est concurrenc\u00e9, sur des terrains divers, par les fran\u00e7ais G\u00e9n\u00e9rale des Eaux, Bouygues, SNCF et EDF et par les \u00e9trangers ATT, BT, C\u00e2ble &#038; Wirelesse, Deutsche Telekom, Iris et Sector, sans compter les soci\u00e9t\u00e9s offrant un reroutage favorable sur le trafic international, en jouant sur les tarifs. Par contre, l&#8217;op\u00e9rateur fran\u00e7ais d\u00e9tient des parts dans les radiot\u00e9l\u00e9phones belge, libanais, grec, indien et polonais (avec ici un conflit pour son extension); il est pr\u00e9sent dans le capital des op\u00e9rateurs mexicain et argentin; il poss\u00e8de des implantations dans de nombreux pays.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des op\u00e9rateurs, les fournisseurs de services, conscients de l&#8217;importance prise par les services \u00e0 valeur ajout\u00e9e dans le d\u00e9veloppement des t\u00e9l\u00e9communications, s&#8217;internationalisent \u00e0 leur tour. On voit ainsi appara\u00eetre en Europe de nouveaux serveurs am\u00e9ricains provenant surtout de l&#8217;informatique et visant la client\u00e8le d&#8217;affaires, comme IBM, EDS, Microsoft, Oracle, Computers Assoc., Andersen, qui concurrencent les Europ\u00e9ens Sogeti, SNCT, SAP, Delis, etc. Ce mouvement, motiv\u00e9 par la part largement pr\u00e9pond\u00e9rante des services sur les \u00e9quipements dans le march\u00e9, va s&#8217;accentuer avec l&#8217;arriv\u00e9e du multim\u00e9dia.<\/p>\n<p> <strong> La part pr\u00e9pond\u00e9rante des services sur les \u00e9quipements <\/strong><\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des industries, l&#8217;internationalisation des t\u00e9l\u00e9communications n&#8217;est pas non plus sans cons\u00e9quence. Pr\u00e9c\u00e9demment orient\u00e9es par les besoins en \u00e9quipements de leur op\u00e9rateur national, ces industries doivent trouver de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s. Les unes r\u00e9agissent en tentant de devenir op\u00e9rateurs; c&#8217;est le cas d&#8217;Olivetti, qui s&#8217;allie \u00e0 cette fin \u00e0 France T\u00e9l\u00e9com, ou de Thyssen, qui s&#8217;entend avec les chemins de fer allemands; Alcatel a h\u00e9sit\u00e9 dans cette voie, mais s&#8217;est limit\u00e9 au radiot\u00e9l\u00e9phone en alliance avec South Bell, Videophone et la G\u00e9n\u00e9rale des Eaux. D&#8217;autres industries \u00e9largissent leurs activit\u00e9s \u00e0 l&#8217;exportation, parfois engag\u00e9es ant\u00e9rieurement, en se restructurant \u00e0 cette fin, comme la branche industrielle d&#8217;ATT, comme Alcatel, non sans succ\u00e8s, ou comme Siemens, avec un retard pr\u00e9judiciable. Certaines se pr\u00e9occupent d&#8217;une diversification dans les services, comme chez Alcatel par exemple. D&#8217;autres encore renoncent \u00e0 leurs activit\u00e9s en t\u00e9l\u00e9communications, comme Philips qui les revend \u00e0 ATT. En m\u00eame temps, les industries d&#8217;autres branches de l&#8217;\u00e9lectronique s&#8217;engagent davantage dans les t\u00e9l\u00e9communications, comme Thomson, Bull, IBM ou Hewlett Packard.<\/p>\n<p>La mondialisation des t\u00e9l\u00e9communications n&#8217;est pas sans cons\u00e9quence sur le syst\u00e8me global que celles-ci constituent. Ses effets se font sentir sur les fonctions de service public des t\u00e9l\u00e9communications, sur les op\u00e9rateurs publics et sur la r\u00e9gulation du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Les fonctions de service public des t\u00e9l\u00e9communications interviennent \u00e0 plusieurs niveaux. Dans les \u00e9quilibres sociaux, les t\u00e9l\u00e9communications tiennent un r\u00f4le de lien social qui repose sur des services accessibles \u00e0 toutes les cat\u00e9gories. Or, la p\u00e9r\u00e9quation tarifaire qui en est la base se heurte \u00e0 la logique lib\u00e9rale de v\u00e9rit\u00e9 des prix; il en est de m\u00eame des \u00e9quilibres g\u00e9ographiques, au d\u00e9triment des zones d\u00e9favoris\u00e9es, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des nations, et des pays du tiers monde, au niveau mondial. Dans les services d&#8217;informations, la pr\u00e9sence des services publics assure des prestations ne relevant pas du seul domaine marchand, par exemple en formation professionnelle, en diffusion des connaissances, en activit\u00e9s culturelles, en mati\u00e8re d&#8217;informations g\u00e9n\u00e9rales, etc.; or, ces activit\u00e9s risquent d&#8217;\u00eatre balay\u00e9es par la marchandisation des t\u00e9l\u00e9communications.<\/p>\n<p> <strong> Des activit\u00e9s qui risquent d&#8217;\u00eatre balay\u00e9es par la marchandisation <\/strong><\/p>\n<p>Les op\u00e9rateurs publics ont acquis, dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, des positions qui d\u00e9bordent les fonctions propres de gestionnaires de r\u00e9seaux et de services. Ainsi, en France, l&#8217;op\u00e9rateur a des responsabilit\u00e9s \u00e9tatiques en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 publique et de d\u00e9fense nationale; il exerce des activit\u00e9s de recherche et de formation sup\u00e9rieure qui r\u00e9pondent \u00e0 des besoins nationaux et d\u00e9passent ses besoins propres; il se pr\u00e9occupe des \u00e9volutions \u00e0 long terme de tout le secteur de l&#8217;\u00e9lectronique, dont il est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9; il d\u00e9tient un r\u00f4le de promotion sociale propre aux grands services en r\u00e9seaux; il contribue \u00e0 la politique nationale, en mati\u00e8re d&#8217;emploi ou d&#8217;investissement par exemple. Or, toutes ces activit\u00e9s risquent d&#8217;\u00eatre remises en question, si l&#8217;op\u00e9rateur devient une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e agissant selon les seules sollicitations du march\u00e9. D\u00e9j\u00e0, l&#8217;exp\u00e9rience montre que les op\u00e9rateurs d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s perdent des emplois: 120 000 en dix ans chez BP, 40 000 annonc\u00e9s \u00e0 ATT, 30 000 pr\u00e9vus chez Deutsche Telekom, etc. Qu&#8217;en sera-t-il des autres responsabilit\u00e9s publiques des op\u00e9rateurs ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse actuelle de l&#8217;Union europ\u00e9enne se limite au service universel; elle n&#8217;est pas satisfaisante, parce qu&#8217;elle ne couvre qu&#8217;une faible partie de ces responsabilit\u00e9s publiques et qu&#8217;elle n&#8217;apporte pas de r\u00e9ponse au probl\u00e8me du financement de toutes les activit\u00e9s de service public dans une \u00e9conomie de march\u00e9. Aussi ne peut-on qu&#8217;approuver les tentatives d&#8217;introduction de la notion de services d&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, sinon de services publics, dans les trait\u00e9s europ\u00e9ens, lors de la Conf\u00e9rence intergouvernementale de 1996. On comprend de m\u00eame l&#8217;opposition des agents de France T\u00e9l\u00e9com \u00e0 toute privatisation, m\u00eame partielle, qui appara\u00eet motiv\u00e9e par de telles pr\u00e9occupations g\u00e9n\u00e9rales de service public, et non pas par de seuls int\u00e9r\u00eats corporatistes.<\/p>\n<p>La r\u00e9gulation du nouveau march\u00e9 des t\u00e9l\u00e9communications n&#8217;apporte pas non plus de r\u00e9ponse satisfaisante \u00e0 la recherche d&#8217;un nouvel \u00e9quilibre \u00e9conomique et social du syst\u00e8me des t\u00e9l\u00e9communications. Les nouvelles instances nationales de r\u00e9gulation, plus ou moins ind\u00e9pendantes des pouvoirs publics, ne pourront \u00e9chapper \u00e0 une d\u00e9rive technocratique et elles ne pourront gu\u00e8re r\u00e9sister aux pressions des grands lobbies priv\u00e9s qui poussent \u00e0 la d\u00e9r\u00e9glementation, comme le montrent les exp\u00e9riences de la FCC am\u00e9ricaine, de l&#8217;Oftel britannique ou de la DGPT fran\u00e7aise. On passera ainsi d&#8217;un secteur r\u00e9gul\u00e9 par les Etats et, tenant un certain compte de l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 une r\u00e9gulation profitant d&#8217;abord aux nouveaux groupes mondiaux, \u00e0 commencer par les trois grands constitu\u00e9s autour d&#8217;ATT, de MCI et BT, et de Sprint, France T\u00e9l\u00e9com et Deutsche Telekom, au d\u00e9triment de tous les autres acteurs et des utilisateurs non pr\u00e9f\u00e9rentiels. L&#8217;Union europ\u00e9enne n&#8217;envisage m\u00eame pas une intervention organis\u00e9e dans la r\u00e9gulation, pour pr\u00e9server les int\u00e9r\u00eats de l&#8217;Europe.<\/p>\n<p>Aussi est-il urgent de se pr\u00e9occuper d&#8217;une politique alternative, qui apporterait une garantie de nouveaux \u00e9quilibres \u00e9conomiques et sociaux. Une telle alternative ne peut \u00eatre construite qu&#8217;autour d&#8217;une \u00e9conomie mixte o\u00f9 le march\u00e9 concurrentiel serait \u00e9quilibr\u00e9 par des services publics et o\u00f9 la r\u00e9gulation serait assur\u00e9e en fonction d&#8217;une d\u00e9finition pr\u00e9cise de l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>A peine se met en place cette lib\u00e9ralisation des t\u00e9l\u00e9communications, que de nouveaux enjeux apparaissent avec la mise au point de la num\u00e9risation de l&#8217;audiovisuel, dans les premi\u00e8res ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>Un nouveau discours, initialis\u00e9 aux Etats-Unis, prend naissance autour des concepts d&#8217;autoroutes de l&#8217;information et de soci\u00e9t\u00e9 de l&#8217;information. Dans une approche tr\u00e8s techniciste, on nous promet que les nouveaux r\u00e9seaux multim\u00e9dias vont apporter \u00e0 tous un acc\u00e8s aux connaissances mondiales, qui transformera la vie de chacun.<\/p>\n<p>Tout n&#8217;est pas faux dans ce discours. Il est vrai que les r\u00e9seaux doivent \u00e9voluer, non seulement pour passer les hauts d\u00e9bits de l&#8217;audiovisuel num\u00e9rique, mais parce que la logique de l&#8217;informatique, qui avait privil\u00e9gi\u00e9 l&#8217;intelligence dans les terminaux, c\u00e8de le pas aux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et reconna\u00eet la logique t\u00e9l\u00e9com, o\u00f9 l&#8217;intelligence se situe surtout dans le r\u00e9seau. Pour cette \u00e9volution, il faudra beaucoup d&#8217;investissements.<\/p>\n<p> <strong> March\u00e9 concurrentiel contre services publics <\/strong><\/p>\n<p>Il est vrai aussi que les t\u00e9l\u00e9communications transforment d\u00e9j\u00e0, et vont transformer encore plus, avec l&#8217;arriv\u00e9e des images, l&#8217;environnement des entreprises comme celui des particuliers. Mais cette transformation peut \u00eatre positive ou non pour l&#8217;\u00e9volution \u00e9conomique et sociale, selon la place que sauront y prendre les \u00eatres humains; Et ce n&#8217;est pas la logique du march\u00e9 concurrentiel, mais bien celle des services publics qui peut entra\u00eener un mouvement en ce sens !<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, les grands groupes am\u00e9ricains n&#8217;attendent pas pour se placer dans le nouveau march\u00e9 du multim\u00e9dia, alors que l&#8217;Europe ne semble pas en avoir encore saisi l&#8217;importance. On retrouve dans le mouvement am\u00e9ricain les acteurs pr\u00e9c\u00e9dents, mais agissant avec d&#8217;autres, issus des c\u00e2blo-op\u00e9rateurs ou de l&#8217;audiovisuel.<\/p>\n<p>En Europe, seule l&#8217;Allemagne r\u00e9agit gr\u00e2ce \u00e0 ses puissants groupes audiovisuels: Mannesman, RWE, Thyssen, Veba, Viag, etc. Une alliance s&#8217;amorce entre Deutsche Telekom, America on line et Bertelsman, non sans conna\u00eetre les foudres de la commission europ\u00e9enne. La France est absente.<\/p>\n<p>Les enjeux sont pourtant importants: qui d\u00e9tiendra les futures images que v\u00e9hiculeront les autoroutes de l&#8217;information et qui constitueront des programmes beaucoup plus diversifi\u00e9s que ce que pourra offrir la t\u00e9l\u00e9vision traditionnelle, m\u00eame avec les satellites num\u00e9ris\u00e9s ? Les Etats-Unis pr\u00e9parent une offensive pour contr\u00f4ler tout le march\u00e9 et imposer leurs programmes. Sans r\u00e9action europ\u00e9enne, c&#8217;est toute la m\u00e9moire et la culture de l&#8217;Europe qui risquent de sombrer sous la logique marchande !<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 de l&#8217;information peut \u00eatre autre chose que la pr\u00e9pond\u00e9rance des int\u00e9r\u00eats financiers de grands groupes am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Elle peut apporter un surcro\u00eet de connaissances r\u00e9pondant aux besoins r\u00e9els de la population; mais il y faut une facilit\u00e9 d&#8217;acc\u00e8s, que seul peut assurer un service public, et il y faut des contenus plus diversifi\u00e9s que les seuls produits marchands, ce que seuls peuvent apporter des services publics.<\/p>\n<p>* Ing\u00e9nieur g\u00e9n\u00e9ral des t\u00e9l\u00e9communications, auteur de la R\u00e9volution communicationnelle, les enjeux du multim\u00e9dia, l&#8217;Harmattan, 1995.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Si rien ne vient contrecarrer l&#8217;\u00e9volution mondiale de restructurations des t\u00e9l\u00e9communications, un secteur public aura \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement lib\u00e9ralis\u00e9, avec une quasi-disparition des originalit\u00e9s propres au service public. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-550","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/550","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=550"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/550\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=550"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=550"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=550"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}