{"id":549,"date":"1997-07-01T00:00:00","date_gmt":"1997-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/memoire549\/"},"modified":"1997-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-06-30T22:00:00","slug":"memoire549","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=549","title":{"rendered":"M\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Serge Ravanel <\/p>\n<p><strong> La m\u00e9moire des r\u00e9sistants ne suffit pas pour apporter les r\u00e9ponses dont on aurait besoin. Pour autant, doit-on accepter la manipulation des faits ? <\/strong><\/p>\n<p>Mourir pour la libert\u00e9, pour la d\u00e9mocratie, pour la patrie, le combat de la R\u00e9sistance a d\u00e9velopp\u00e9 des valeurs comme la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le courage, le souci du bien public et l&#8217;espoir de progr\u00e8s humain. Cependant, ce n&#8217;est pas parce que cette p\u00e9riode et celle de la lib\u00e9ration ont eu une influence forte et durable sur l&#8217;opinion publique que l&#8217;esprit vichyste a disparu. Il est toujours l\u00e0, impr\u00e9gnant une partie de la soci\u00e9t\u00e9. Chaque fois qu&#8217;il en a les moyens, il entreprend de d\u00e9nigrer la R\u00e9sistance. A l&#8217;heure o\u00f9, en France, une crise des valeurs se manifeste, o\u00f9 les rep\u00e8res tendent \u00e0 dispara\u00eetre, ces attaques peuvent exercer une influence pernicieuse. La R\u00e9sistance a constitu\u00e9 en son temps un rep\u00e8re, pas seulement en termes d&#8217;h\u00e9ro\u00efsme individuel. Certes, il y a eu de grands r\u00e9sistants, mais il y avait aussi un style de vie, une pr\u00e9occupation de l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est mis en cause aujourd&#8217;hui de nombreux c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Parmi ces tentatives, il convient de citer le livre r\u00e9cent de G\u00e9rard Chauvy qui s&#8217;en prend directement aux grands r\u00e9sistants qu&#8217;ont \u00e9t\u00e9 les \u00e9poux Aubrac (1). Se pr\u00e9sentant comme historien, Chauvy met \u00e0 l&#8217;\u00e9cart toute rigueur historique, se comporte de fa\u00e7on scandaleusement partiale, acceptant sans le moindre esprit critique le fameux &#8221; testament de Barbie &#8221; dont on sait qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 largement inspir\u00e9 par son avocat Verg\u00e8s. A l&#8217;inverse, il se compla\u00eet \u00e0 analyser les moindres \u00e9carts de langage qui ont pu se produire dans les d\u00e9clarations des \u00e9poux Aubrac en cinquante quatre ans de vie. Il n&#8217;admet pas, par exemple, que certaines dates ne soient pas rest\u00e9es rigoureusement pr\u00e9cises dans leur m\u00e9moire. Une incertitude \u00e0 cet \u00e9gard lui suffit pour tenter de semer le doute sur leur comportement de r\u00e9sistants. Il faut se rappeler que le &#8221; testament de Barbie &#8221; n&#8217;a \u00e9t\u00e9 connu qu&#8217;apr\u00e8s sa mort, en 1987. Il accuse Raymond Aubrac d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 un de ses collaborateurs. Mais quarante ans plus t\u00f4t, en 1948, Barbie ne pronon\u00e7ait m\u00eame pas le nom d&#8217;Aubrac quand, sous la protection des Am\u00e9ricains, il \u00e9tait interrog\u00e9 par le commissaire Jean Bibes. Et pour cause, le rapport du grand chef de police allemand Kaltenbrunner, du 29 juin 1943, \u00e9crit en pleine libert\u00e9 dans l&#8217;exercice de ses fonctions, \u00e0 son ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, von Ribbentrop, indique bien que c&#8217;est Ren\u00e9 Hardy, &#8221; \u00e9vad\u00e9 &#8221; au cours des arrestations de Caluire, qui a renseign\u00e9 la Gestapo et qui collaborait avec les Allemands (2). En 1987, Klaus Barbie n&#8217;est plus le chef tout puissant de la Gestapo de Lyon mais un prisonnier en passe d&#8217;\u00eatre jug\u00e9 pour crime contre l&#8217;humanit\u00e9. C&#8217;est un vaincu qui apprend comment des r\u00e9sistants l&#8217;ont jou\u00e9 (3). Il en con\u00e7oit une terrible amertume contre eux et une farouche volont\u00e9 de vengeance.<\/p>\n<p> <strong> Les r\u00e8gles de la recherche historique et l&#8217;objectivit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Ma contradiction entre les d\u00e9clarations de Barbie de 1948 et celles de 1987 ne g\u00eane pas Chauvy: il construit son livre essentiellement sur la base de ces derni\u00e8res qui accusent Aubrac. A l&#8217;inverse, il s&#8217;acharne \u00e0 relever les contradictions qui peuvent appara\u00eetre entre les t\u00e9moignages de plusieurs r\u00e9sistants. Y compris de ceux qui n&#8217;ont fait que relater ce qu&#8217;ils ont cru entendre. Autre preuve de sa partialit\u00e9, son refus de faire appel aux t\u00e9moins. A l&#8217;\u00e9vidence, s&#8217;il les a \u00e9cart\u00e9s, c&#8217;est parce qu&#8217;ils auraient infirm\u00e9 certains \u00e9l\u00e9ments de sa d\u00e9monstration.<\/p>\n<p>Je suis un de ces t\u00e9moins. J&#8217;\u00e9tais le compagnon de prison de Raymond Aubrac lorsqu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par la police fran\u00e7aise, le 15 mars 1943. C&#8217;est ensuite une de mes \u00e9quipes qui a attaqu\u00e9 la fourgonnette de la Gestapo, qui le transportait le 21 octobre 1943, en vue de le lib\u00e9rer. Mon t\u00e9moignage aurait apport\u00e9 un d\u00e9menti cat\u00e9gorique \u00e0 l&#8217;assertion selon laquelle cette op\u00e9ration aurait \u00e9t\u00e9 le fait des services secrets anglais en vue de lib\u00e9rer un de leurs agents, Jean Biche, et qu&#8217;en cons\u00e9quence la version officielle de cette op\u00e9ration devait \u00eatre remise en cause.<\/p>\n<p>Il existe encore au moins cinq autres t\u00e9moins vivants, qui auraient pu parler des faits incrimin\u00e9s. Chauvy les a ignor\u00e9s. Sa m\u00e9thode proc\u00e8de de l&#8217;id\u00e9e que n&#8217;importe quoi peut \u00eatre \u00e9crit, quel que soit son rapport avec les faits, et que le d\u00e9bat r\u00e9tablira la r\u00e9alit\u00e9. C&#8217;est faire preuve d&#8217;une immense irresponsabilit\u00e9 parce que, en attendant, le mal est fait, on a sali des \u00eatres int\u00e8gres.<\/p>\n<p>Reste qu&#8217;il faut continuer \u00e0 chercher et \u00e0 \u00e9crire sur la R\u00e9sistance et les r\u00e9sistants. Plus il y aura d&#8217;historiens qui s&#8217;int\u00e9resseront \u00e0 cette p\u00e9riode mieux cela sera. Mais \u00e0 condition qu&#8217;ils respectent les r\u00e8gles de la recherche historique et fassent preuve d&#8217;objectivit\u00e9. C&#8217;est d&#8217;autant plus important que la p\u00e9riode est riche en \u00e9v\u00e9nements encore mal expliqu\u00e9s. La clandestinit\u00e9 ne permettait pas de tenir des archives, et, bien souvent, la m\u00e9moire des r\u00e9sistants ne suffit pas pour apporter les r\u00e9ponses dont aurait besoin. Cette observation \u00e9tant faite, on peut noter que les travaux qui apparaissent aujourd&#8217;hui, sont d&#8217;une qualit\u00e9 de plus en plus \u00e9lev\u00e9e. Bien souvent les r\u00e9sistants eux-m\u00eames y trouvent mati\u00e8re \u00e0 mieux comprendre les \u00e9v\u00e9nements auxquels ils ont \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9s.n Propos recueillis par Myriam Barbera<\/p>\n<p> <strong> PS : <\/strong> Les \u00e9poux Aubrac ont intent\u00e9 une action en diffamation \u00e0 l&#8217;encontre de G\u00e9rard Chauvy et de son \u00e9diteur.<\/p>\n<p>* Compagnon de la Lib\u00e9ration<\/p>\n<p>1. G\u00e9rard Chauvy, Aubrac, chez Albin Michel.Ce livre a provoqu\u00e9 la r\u00e9action de 19 grands r\u00e9sistants parmi lesquels Serge Ravanel qui, avec notamment Henri Rol Tanguy, Genevi\u00e8ve Anthonioz-de Gaulle, Maurice Kriegel-Valrimont et Pierre de B\u00e9nouville, etc.ont \u00e9crit un texte, &#8221; Nous n&#8217;acceptons pas &#8220;, refusant la remise en cause des valeurs de la R\u00e9sistance et l&#8217;honneur de r\u00e9sistants &#8221; afin de faire oublier le d\u00e9shonneur de Vichy &#8220;, publi\u00e9 dans l&#8217;EJD du 3 au 9 avril 1997.<\/p>\n<p>2. Serge Ravanel, l&#8217;Esprit de r\u00e9sistance, Seuil<\/p>\n<p>3. Lucie Aubrac, Ils partiront dans l&#8217;ivresse, Seuil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Serge Ravanel <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-549","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=549"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/549\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}