{"id":5487,"date":"2012-07-07T07:00:00","date_gmt":"2012-07-07T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/denis-lavant-mon-tandem-avec-leos5487\/"},"modified":"2023-06-23T23:11:45","modified_gmt":"2023-06-23T21:11:45","slug":"denis-lavant-mon-tandem-avec-leos5487","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5487","title":{"rendered":"Denis Lavant : \u00abMon tandem avec L\u00e9os Carax\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Interpr\u00e8te principal, double de cin\u00e9ma, incarnation de<br \/>\ncin\u00e9aste, Denis Lavant aura longtemps jou\u00e9 avec L\u00e9os<br \/>\nCarax le r\u00f4le que Jean-Pierre L\u00e9aud tenait vis-\u00e0-vis de<br \/>\nFrancois Truffaud, avant de prendre son autonomie dans<br \/>\ndes projets, tant au cin\u00e9ma qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 forte teneur<br \/>\nexp\u00e9rimentale. Trente ans apr\u00e8s <em>Boy Meets Girl<\/em>, film<br \/>\nculte de l\u2019adolescence new wave, Denis Lavant fait son<br \/>\ncome back caraxien dans <em>Holy Motors<\/em>, un film po\u00e9tique<br \/>\net radical, hant\u00e9 par les fant\u00f4mes du cin\u00e9ma. Rencontre.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr : <\/strong> <em> <strong>On peut dire d\u2019<em>Holy Motors<\/em> qu\u2019il est un \u00abocni\u00bb, un<br \/>\nobjet cin\u00e9matographique non identifi\u00e9. Comment<br \/>\nvous m\u00eame avez-vous ressenti cela ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p><strong>Denis Lavant : <\/strong> D\u00e8s la lecture du sc\u00e9nario de <em>Holy Motors<\/em> je me suis aper\u00e7u<br \/>\nque je n\u2019avais jamais rien lu de pareil. C\u2019\u00e9tait extr\u00eamement<br \/>\nculott\u00e9, d\u2019une lucidit\u00e9 extr\u00eame. L\u00e9os me fait penser \u00e0 C\u00e9line<br \/>\ndans sa conscience po\u00e9tique d\u2019aujourd\u2019hui. D\u2019abord \u00e0 cause<br \/>\nde son isolement dans le milieu du cin\u00e9ma, et ensuite par sa<br \/>\nmani\u00e8re impressionniste de faire du cin\u00e9ma. Il y a une phrase<br \/>\nde C\u00e9line qui m\u2019est venue \u00e0 l\u2019esprit pendant la conf\u00e9rence de<br \/>\npresse du film \u00e0 Cannes, quand je me suis aper\u00e7u de la r\u00e9serve<br \/>\nde certains critiques qui disait du film qu\u2019il est obscur, qu\u2019il<br \/>\nn\u2019y a pas d\u2019histoire\u2026 Cette phrase de C\u00e9line c\u2019est : \u00ab <em>Je ne<br \/>\nveux pas narrer, je veux faire ressentir.<\/em> \u00bb Et c\u2019est exactement<br \/>\n\u00e7a avec <em>Holy Motors<\/em>. C\u2019est un film qu\u2019on ressent, comme<br \/>\nun mat\u00e9riau po\u00e9tique.<\/p>\n<p><em> <strong> <em>Holy Motors<\/em> hante le spectateur longtemps apr\u00e8s sa<br \/>\nprojection. Quel est son myst\u00e8re ? <\/strong> <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est un film qui est port\u00e9 par un deuil, le suicide de Katia<br \/>\nGoloubeva cinq jours avant le d\u00e9but du tournage. Donc \u00e7a part<br \/>\nde quelque chose de tragique. Et c\u2019est pour \u00e7a que je dis que<br \/>\nce film c\u2019est d\u2019abord le rapport aux disparu-e-s.<br \/>\nDe toute fa\u00e7on le m\u00e9tier de<br \/>\ncom\u00e9dien c\u2019est \u00e7a : faire parler<br \/>\nles morts. Qu\u2019ils se nomment<br \/>\nMoli\u00e8re, Shakespeare ou Kolt\u00e8s.<br \/>\nEt mon personnage endosse des<br \/>\npersonnalit\u00e9s pour continuer \u00e0<br \/>\nvivre. C\u2019est ce qui se passe pour<br \/>\nbeaucoup de gens. On n\u2019a pas une<br \/>\nseule personnalit\u00e9 d\u00e9finie, on bouge,<br \/>\non change selon \u00e0 qui on s\u2019adresse.<br \/>\nSi on est en famille, au boulot en<br \/>\nfonction des rapports de pouvoir,<br \/>\ndes rapports d\u2019autorit\u00e9, des rapports<br \/>\nde soumission, de d\u00e9vouement,<br \/>\ndes rapports amoureux\u2026 La<br \/>\npersonnalit\u00e9 humaine est \u00e0 multiples<br \/>\nfacettes. Le film raconte \u00e7a.<\/p>\n<p><em> <strong>Comment avez-vous travaill\u00e9<br \/>\nla multitude de personnages,<br \/>\naussi divers qu\u2019un mourant,<br \/>\nun tueur a gages, un banquier,<br \/>\n\u00ab monsieur merde \u00bb, etc., ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Ce qui m\u2019a permis d\u2019\u00e9viter de<br \/>\nme poser des questions sur la<br \/>\npsychologie des personnages, c\u2019est<br \/>\nqu\u2019on a utilis\u00e9 beaucoup d\u2019artifices,<br \/>\nde maquillage, de postiches, de<br \/>\nproth\u00e8ses. \u00c0 partir de l\u00e0, le corps<br \/>\nsuit sans avoir \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 tous<br \/>\nces h\u00e9t\u00e9ronymes, ces prolif\u00e9ration<br \/>\nde moi(s). Je dis moi(s) parce<br \/>\nque dans le sc\u00e9nario tous ces personnages s\u2019appelaient D.L. Il y avait D.L 1, D.L 2, D.L<br \/>\n3. Ce qui n\u2019est pas vraiment \u00e9tonnant. Hormis <em>Boy Meets<br \/>\nGirl<\/em> qui est un sc\u00e9nario que L\u00e9os avait \u00e9crit avant qu\u2019on se<br \/>\nrencontre, les personnages de <em>Mauvais Sang<\/em> et <em>Les Amants<br \/>\ndu Pont Neuf<\/em> sont \u00e0 mi-chemin entre lui, fictionn\u00e9, et moi<br \/>\ntel que je pouvais \u00eatre employ\u00e9. En fait c\u2019est \u00e0 partir de<br \/>\nMonsieur Merde qu\u2019on est rentr\u00e9s dans l\u2019artifice. L\u00e9os m\u2019en<br \/>\nparlait depuis longtemps et ce personnage je pense que je<br \/>\nle portais en moi depuis le d\u00e9but, depuis que j\u2019ai commenc\u00e9<br \/>\n\u00e0 faire du th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 faire l\u2019histrion. Pour r\u00e9sumer Monsieur<br \/>\nMerde c\u2019est une sorte d\u2019enfant scandaleux, qui bouffe des<br \/>\nfleurs et des billets de banque, une cr\u00e9ature qui serait sortie<br \/>\nde l\u2019esprit d\u2019un Dosto\u00efevski fou. Moi, ce qui me plait dans<br \/>\n\u00ab Merde \u00bb c\u2019est qu\u2019il parle un langage secret, compris de<br \/>\npersonne. Tout cela a \u00e0 voir avec l\u2019enfance, avec le go\u00fbt du<br \/>\njeu et du d\u00e9guisement.<\/p>\n<p><em> <strong>Justement, comment d\u00e9finir votre relation avec<br \/>\nL\u00e9os Carax ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Au d\u00e9part c\u2019est du travail, c\u2019est du souci, de la confrontation<br \/>\nm\u00eame, d\u2019\u00eatre comme cela embringu\u00e9 par quelqu\u2019un dans<br \/>\nson histoire. Parce que c\u2019est L\u00e9os qui est venu me chercher,<br \/>\nqui m\u2019a d\u00e9sign\u00e9 comme son interpr\u00eate. Et trente ans apr\u00e8s,<br \/>\nje m\u2019aper\u00e7ois que c\u2019est une aventure rare et pr\u00e9cieuse dont<br \/>\non ne se rend pas compte au moment o\u00f9 l\u2019on est plong\u00e9<br \/>\ndedans. C\u2019est apr\u00e8s coup. <em>Holy Motors<\/em> c\u2019est presque une<br \/>\nr\u00e9sultante de toutes ces ann\u00e9es de compagnonnage plus ou<br \/>\nmoins espac\u00e9, avec notre parcours de vie \u00e0 travers le cin\u00e9ma,<br \/>\net \u00e7a, c\u2019est chouette ! Il reste le regard de quelqu\u2019un sur moi,<br \/>\nde quelqu\u2019un qui me soutient, et qui a besoin aussi de moi,<br \/>\npour me faire dispara\u00eetre derri\u00e8re sa vision d\u2019un personnage.<\/p>\n<p><em> <strong>Vous \u00eates un vrai tandem ?<br \/>\n<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Oui. Apr\u00e8s tous ces films on sait comment fonctionne l\u2019autre,<br \/>\nle com\u00e9dien comme le r\u00e9alisateur. Avec <em>Holy Motors<\/em> on a<br \/>\nd\u00e9pass\u00e9 le conditionnement des <em>Amants du Pont Neuf<\/em>, pour<br \/>\nlequel il avait fallu se plonger vraiment dans la merde pour<br \/>\nr\u00e9ussir \u00e0 la faire ressentir, pour l\u2019exprimer. L\u00e0, \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas<br \/>\npareil, il y avait tout l\u2019appareillage du com\u00e9dien, ce m\u00e9dium<br \/>\ntravers\u00e9 par de l\u2019imaginaire, et il suffisait de canaliser, de<br \/>\ndompter cet imaginaire, sans contraindre le corps ou l\u2019esprit.<br \/>\nDe ce point de vue l\u00e0, on \u00e9tait extr\u00eamement compl\u00e9mentaires<br \/>\nsur le tournage.<\/p>\n<p><em> <strong>Vous avez dit de Carax qu\u2019il<br \/>\n\u00e9tait comme un medecine<br \/>\nman. Pour soigner quoi ?<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est quelque chose qui m\u2019est<br \/>\napparu chez L\u00e9os, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de<br \/>\n<em>Mauvais Sang<\/em>. Je lisais un bouquin<br \/>\nsur un <em>medecine man<\/em> indien du<br \/>\nnom d\u2019\u00c9lan noir. Le livre racontait<br \/>\ncomment, une nuit, il avait eu une<br \/>\nvision tr\u00e8s pr\u00e9cise. Et toute la tribu<br \/>\ns\u2019est mise \u00e0 son service, au service<br \/>\nde sa vision. \u00c0 tisser exactement<br \/>\nles v\u00eatements tels qu\u2019il les avait<br \/>\nvus, avec les couleurs, les motifs<br \/>\nqu\u2019il avait vus. \u00c0 choisir les chevaux<br \/>\navec la robe qui correspondait<br \/>\nexactement \u00e0 son r\u00eave. Et \u00e0<br \/>\norganiser une repr\u00e9sentation de<br \/>\ncette vision. Et l\u00e0, je me suis dit :<br \/>\nc\u2019est \u00e7a que l\u2019on fait nous aussi. Le<br \/>\ntournage d\u2019un film c\u2019est un groupe<br \/>\nde gens qui se mettent au service<br \/>\nde la vision d\u2019un seul. Et cette vision<br \/>\nfinalement sert toute la tribu, et audel\u00e0,<br \/>\ndans une sorte d\u2019op\u00e9ration<br \/>\nchamanique. Avec la notion de<br \/>\nfaire du bien, de remodeler le corps<br \/>\nhumain et l\u2019esprit. Une op\u00e9ration<br \/>\nalchimique dans le jeu, dans le<br \/>\nfait d\u2019accepter d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un<br \/>\nd\u2019autre. Artaud parle de \u00e7a aussi, de<br \/>\nremettre le corps humain sur l\u2019\u00e9tabli.<br \/>\nEt tout \u00e7a pour donner du soin.<br \/>\nApr\u00e8s, \u00e7a parvient aux spectateurs<br \/>\nou pas, c\u2019est r\u00e9ussit ou \u00e7a ne<br \/>\nfonctionne pas, mais chacun peut<br \/>\ny trouver quelque chose de bon,<br \/>\nindividuellement. Et j\u2019ai l\u2019impression<br \/>\nque \u00e7a existe particuli\u00e8rement dans<br \/>\nle dernier film qu\u2019on a fait ensemble.<br \/>\nAlors oui, ce serait \u00e7a mon moteur<br \/>\nsacr\u00e9. Ce plaisir l\u00e0. Avec la jubilation.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5487 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/lavantb-14d.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/lavantb-14d-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Denis Lavant : \u00abMon tandem avec L\u00e9os Carax\u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-16511\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16511'>\n\t\t\t\tDenis Lavant : \u00abMon tandem avec L\u00e9os Carax\u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/lavant-48b.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/lavant-48b-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"lavant.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interpr\u00e8te principal, double de cin\u00e9ma, incarnation de<br \/>\ncin\u00e9aste, Denis Lavant aura longtemps jou\u00e9 avec L\u00e9os<br \/>\nCarax le r\u00f4le que Jean-Pierre L\u00e9aud tenait vis-\u00e0-vis de<br \/>\nFrancois Truffaud, avant de prendre son autonomie dans<br \/>\ndes projets, tant au cin\u00e9ma qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 forte teneur<br \/>\nexp\u00e9rimentale. Trente ans apr\u00e8s <em>Boy Meets Girl<\/em>, film<br \/>\nculte de l\u2019adolescence new wave, Denis Lavant fait son<br \/>\ncome back caraxien dans <em>Holy Motors<\/em>, un film po\u00e9tique<br \/>\net radical, hant\u00e9 par les fant\u00f4mes du cin\u00e9ma. Rencontre.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16511,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-5487","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5487"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5487\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/16511"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}