{"id":5480,"date":"2012-08-16T07:00:00","date_gmt":"2012-08-16T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-porno-est-mort-vive-le-porno5480\/"},"modified":"2023-06-23T23:11:43","modified_gmt":"2023-06-23T21:11:43","slug":"le-porno-est-mort-vive-le-porno5480","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5480","title":{"rendered":"Le porno est mort, vive le porno !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">De plus en plus de r\u00e9alisatrices f\u00e9ministes s\u2019emparent d\u2019un genre longtemps jug\u00e9 honteux et machiste pour en faire un outil positif en faveur de l\u2019expression des sexualit\u00e9s. Reportage.<\/p>\n<p>\u00ab<em> Parler de pornographie reste difficile.<\/em> \u00bb Andr\u00e9s Barba et Javier Montes d\u00e9butent l\u2019essai <em>La C\u00e9r\u00e9monie du porno<\/em> (2007) par cet avertissement. Car le plus souvent, quand on entend parler de pornographie, c\u2019est pour s\u2019entendre justifier des lois liberticides de contr\u00f4le d\u2019Internet, pour expliquer la violence conjugale, voire la perte de libido. Dans <em>The Secret Museum<\/em>, Walter Kendrick rappelle l\u2019\u00e9volution de la censure appliqu\u00e9e \u00e0 la pornographie : de la censure morale des hommes, s\u2019affichant pour prot\u00e9ger les femmes et les mineurs, \u00e0 celle des f\u00e9ministes anti-pornographie, pour emp\u00eacher les jeunes hommes de devenir des violeurs en puissance.<\/p>\n<p>Mais depuis les ann\u00e9es 1990, l\u2019industrie pornographique s\u2019est massifi\u00e9e et, avec l\u2019arriv\u00e9e de la VHS puis des sites Internet et des r\u00e9seaux sociaux, l\u2019accessibilit\u00e9 a fait voler en \u00e9clat toute vell\u00e9it\u00e9 de restriction efficace. En 2001, aux \u00c9tats-Unis, l\u2019industrie du porno rapportait entre 10 et 14 milliards de dollars, \u00ab <em>soit plus que le football, le basket-ball et le baseball r\u00e9unis <\/em> \u00bb, rappelle le New York Times dans l\u2019article \u00ab <em>Naked capitalism<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Encore faut-il s\u2019entendre sur ce que l\u2019on entend par industrie porno. \u00ab <em>Les films X, en g\u00e9n\u00e9ral, sont produits par des hommes et destin\u00e9s \u00e0 un public masculin, ce qui les oriente vers des codes tr\u00e8s particuliers : chosification et humiliation des femmes, en focalisant toujours l\u2019importance sur le plaisir masculin et non le plaisir f\u00e9minin<\/em> \u00bb, \u00e9crit Lucia Etxebarria dans <em>Ce que les hommes ne savent pas, le sexe racont\u00e9 par les femmes<\/em> (\u00e9d. H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson, 2009).<\/p>\n<h2>La masturbation, r\u00e9serv\u00e9e aux mecs\u2009?<\/h2>\n<p>La norme en vigueur dans ces films aux codes r\u00e9p\u00e9titifs a longtemps \u00e9t\u00e9 de s\u2019\u00e9pargner le sc\u00e9nario et de se limiter \u00e0 un objectif purement masturbatoire. En oubliant un l\u00e9ger d\u00e9tail : les femmes aussi se masturbent.<\/p>\n<p>Et les codes du genre ne les attirent pas forc\u00e9ment. \u00ab <em>Au d\u00e9but, je ne regardais pas trop de films pornos car la majorit\u00e9 \u00e9taient machistes, moches et agressifs. Mais j\u2019aimais beaucoup l\u2019id\u00e9e du porno, comme un moyen de t\u2019inspirer, de t\u2019exciter voire de t\u2019\u00e9duquer. J\u2019ai donc commenc\u00e9 \u00e0 faire mes propres films, pour savoir s\u2019il \u00e9tait possible de faire du porno qui m\u2019excitait tout en montrant des valeurs qui me parlent <\/em> \u00bb, explique la r\u00e9alisatrice de cin\u00e9ma explicite pour adultes Erika Lust, dans son bureau de Barcelone.<\/p>\n<h2>Le plaisir f\u00e9minin\u2026 vu par les femmes<\/h2>\n<p>Erika Lust est ce qu\u2019on appelle dans le milieu une r\u00e9alisatrice de porno f\u00e9minin. D\u00e8s son premier court-m\u00e9trage en 2004, cette Su\u00e9doise, m\u00e8re de deux filles, s\u2019applique \u00e0 d\u00e9construire tous les clich\u00e9s qui font du film porno conventionnel un film machiste. \u00ab <em>Non, les femmes ne vont pas tout le temps au lit en talons, non, elles ne sourient pas tout le temps quand ils les \u00e9touffent avec leurs bites, non, les femmes jeunes n\u2019aiment pas forc\u00e9ment coucher avec des hommes \u00e2g\u00e9s, gros et moches\u2026<\/em> \u00bb Autant d\u2019incontournables que la dipl\u00f4m\u00e9e de sciences politiques s\u2019applique \u00e0 ridiculiser dans son livre <em>Porno pour elles<\/em> (\u00e9d. Femme fatale, 2009). Ses films, r\u00e9compens\u00e9s par de nombreux prix, respectent trois crit\u00e8res principaux : \u00ab <em>Une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique, \u00e0 montrer la sexualit\u00e9 depuis le point de vue de la femme, et au niveau de la production, \u00e0 s\u2019assurer que les actrices sont consentantes, respect\u00e9es et bien prot\u00e9g\u00e9es.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Non seulement les femmes se masturbent, mais elles \u00e9jaculent aussi. Une r\u00e9alit\u00e9 qui \u2013 jusqu\u2019\u00e0 ce que la r\u00e9alisatrice britannique de porno Anna Span sorte <em>Women love porn<\/em> et r\u00e9siste pour que les six minutes d\u2019\u00e9jaculation f\u00e9minine film\u00e9es ne soient pas coup\u00e9es \u2013 \u00e9tait censur\u00e9e par le British Board of Film Classification,<br \/>\nqui la confondait avec l\u2019acte d\u2019uriner. Que ce soit pour Anna Span ou Erika Lust, r\u00e9aliser des films pornographiques s\u2019inscrit dans la droite lign\u00e9e du leitmotiv d\u2019Annie Sprinkle, pionni\u00e8re du porno f\u00e9ministe : \u00ab<em> The answer to bad porn isn\u2019t no porn. It\u2019s more porn !<\/em> \u00bb (La r\u00e9ponse au mauvais porno, ce n\u2019est pas d\u2019interdire le porno, mais de faire plus de porno !)<\/p>\n<p>Erika Lust derri\u00e8re la cam\u00e9ra, \u00e7a donne des images l\u00e9ch\u00e9es et des sc\u00e8nes explicites oscillant entre l\u2019\u00e9rotique et la pornographie, \u00e0 destination des femmes h\u00e9t\u00e9rosexuelles. Mais pas que : \u00ab <em>De nombreux hommes m\u2019\u00e9crivent pour me remercier aussi <\/em> \u00bb, pr\u00e9cise-t-elle. Et pas non plus toutes les femmes : \u00ab <em>Dans le courant dit du porno f\u00e9minin, on trouve souvent l\u2019id\u00e9e que les femmes veulent toute la m\u00eame chose, l\u2019id\u00e9e que leur plaisir peut \u00eatre essentialis\u00e9. Or, selon moi, ce qui pose probl\u00e8me c\u2019est que l\u2019industrie porno de masse soit domin\u00e9e par des hommes et filme des femmes-objets. \u00c0 partir du moment o\u00f9 les femmes passent derri\u00e8re la cam\u00e9ra et deviennent sujets de leur sexualit\u00e9, si une actrice veut une double p\u00e9n\u00e9tration et une \u00e9jac\u2019 faciale et qu\u2019elle est respect\u00e9e au tournage, ce n\u2019est pas forc\u00e9ment sexiste. Ce qui compte, c\u2019est la diversit\u00e9 des sexualit\u00e9s<\/em> \u00bb, estime Judy Minx, une jeune actrice ayant jou\u00e9 tant dans des films pornos mainstream que dans des pornos queers et f\u00e9ministes.<\/p>\n<h2>Les femmes n\u2019aiment pas que la douceur\u2026<\/h2>\n<p>Acceptant de t\u00e9moigner en pleine marche des travailleuses du sexe samedi 2 juin, Judy revient sur l\u2019anecdote du tournage d\u2019un porno f\u00e9minin pour expliquer son scepticisme. \u00ab <em>Avec la s\u00e9rie X Femmes, Canal plus a donn\u00e9 la parole \u00e0 des r\u00e9alisatrices de cin\u00e9ma pour livrer leur vision du porno f\u00e9minin. R\u00e9sultat, les actrices, M\u00e9lanie Laurent ou Arielle Dombasle, \u00e9taient mises en valeur, tandis que les sc\u00e8nes pornographiques \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9es par des doublures, comme si c\u2019\u00e9tait trop d\u00e9gradant pour elles. <\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Wendy Delorme, actrice, performeuse queer partenaire de Judy dans<em> Too much pussy !<\/em> d\u2019Emily Jouvet (2010), met l\u2019accent sur ce point : \u00ab <em>La d\u00e9culpabilisation des femmes sur leurs pratiques sexuelles s\u2019accompagne souvent d\u2019une \u00e9dulcoration. Les sites Internet proposent en g\u00e9n\u00e9ral une interface tr\u00e8s girly-f\u00e9minisante, ce qui n\u2019est pas un mal en soi, mais cela participe de l\u2019id\u00e9e que les femmes n\u2019ont pas une fa\u00e7on crue et sans d\u00e9tours d\u2019aborder le sexe, qu\u2019il nous faut toujours des arabesques, du rose et des fanfreluches\u2026<\/em> \u00bb<\/p>\n<h2>Le porno, une culture l\u00e9gitime\u2009?<\/h2>\n<p>Annie Sprinkle, Erika Lust, Wendy Delorme et Judy Minx se revendiquent toutes, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re, du mouvement \u00ab sex-positif \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en faveur d\u2019une sexualit\u00e9 d\u00e9nu\u00e9e de pr\u00e9jug\u00e9s n\u00e9gatifs. Une philosophie qui ne s\u2019envisage qu\u2019au prix d\u2019un engagement en faveur d\u2019un autre porno, \u00e0 mille lieux des f\u00e9ministes anti-pornographie des ann\u00e9es 1970. Le mouvement na\u00eet dans \u00ab<em> La Mecque LGBT : San Francisco. Il est concomitant de l\u2019\u00e9mergence du mouvement des lesbiennes SM inspir\u00e9es par Pat Califia <\/em> \u00bb, \u00e9crit Wendy Delorme dans l\u2019article \u00ab Porno f\u00e9ministe : la fin d\u2019un oxymore \u00bb publi\u00e9 dans la revue <em>Ravages<\/em> en octobre 2011. D\u00e8s le d\u00e9but, la d\u00e9fense d\u2019un autre porno s\u2019accompagne d\u2019une mise en valeur de la pluralit\u00e9 des sexualit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Depuis 2006, les Feminist Porn Awards sont organis\u00e9s par le sex-shop Canadien Good For Her et r\u00e9compensent souvent des films LGBT. La r\u00e9alisatrice Courtney Trouble \u00ab <em>cr\u00e9er en 2002 le site NoFauxxx et en 2010 la web-TV Queer Porn TV o\u00f9 elle met en ligne des photos et vid\u00e9os sexy faites par et pour des lesbiennes, gays, bis, trans\u2026 <\/em> \u00bb, pr\u00e9cise Wendy Delorme. \u00ab <em>De plus en plus de stars du porno queer apparaissent dans des films conventionnels. Et vice-versa <\/em> \u00bb, ajoute Judy Minx, preuve que le mouvement n\u00e9 de la sc\u00e8ne ind\u00e9pendante gagne peu \u00e0 peu le porno mainstream.<\/p>\n<p>D\u00e9pass\u00e9 Pigalle, Judy Minx aper\u00e7oit Guillaume, du Tag Parfait, un site \u00ab hipster \u00bb sur le porno, r\u00e9sume-t-elle. \u00ab <em>L\u2019id\u00e9e du site, c\u2019est que le porno fait partie de la culture de notre g\u00e9n\u00e9ration. Tout le monde sait ce qu\u2019est une MILF <\/em> (Mother I\u2019d Like to Fuck, ndlr) <em>! On n\u2019est pas Hot Vid\u00e9o, juste des jeunes qui aiment le porno et s\u2019en inspirent pour \u00e9crire des textes gonzo<\/em> \u00bb, r\u00e9sume le blogueur de 25 ans, presque timide. Parler de porno reste difficile. Et le restera. Mais, \u00e0 l\u2019instar d\u2019autres cultures populaires longtemps jug\u00e9es honteuses, le porno est sorti du placard<br \/>\net devient plus l\u00e9gitime.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5480 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/toos-784.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/toos-784-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Le porno est mort, vive le porno !\" aria-describedby=\"gallery-1-16485\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16485'>\n\t\t\t\tLe porno est mort, vive le porno !\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/tooc-18a.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/tooc-18a.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Le porno est mort, vive le porno !\" aria-describedby=\"gallery-1-16486\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16486'>\n\t\t\t\tLe porno est mort, vive le porno !\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De plus en plus de r\u00e9alisatrices f\u00e9ministes s\u2019emparent d\u2019un genre longtemps jug\u00e9 honteux et machiste pour en faire un outil positif en faveur de l\u2019expression des sexualit\u00e9s. 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