{"id":5476,"date":"2012-08-01T07:00:00","date_gmt":"2012-08-01T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/generation-y-generation-x5476\/"},"modified":"2023-06-23T23:11:42","modified_gmt":"2023-06-23T21:11:42","slug":"generation-y-generation-x5476","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5476","title":{"rendered":"G\u00e9n\u00e9ration Y, g\u00e9n\u00e9ration X ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">N\u00e9s entre 1978 et 1994, ils appartiennent \u00e0 ce que des sociologues<br \/>\nont appel\u00e9 la g\u00e9n\u00e9ration Y. Leur sexualit\u00e9 est indissociable des<br \/>\ncaract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9poque. De quoi inventer de nouvelles fa\u00e7ons<br \/>\nde s\u2019aimer\u2026 ou pas.<\/p>\n<p><em>\u00ab Sodomie, \u00e9jaculation faciale ou double<br \/>\np\u00e9n\u00e9tration, \u00e0 en croire les articles<br \/>\nsur le sujet dans la presse, ces<br \/>\npratiques feraient partie du r\u00e9pertoire<br \/>\nsexuel habituel de la g\u00e9n\u00e9ration Y. <\/em> \u00bb<br \/>\nC\u2019est en ces termes que Julia Tissier et Myriam<br \/>\nLevain, jeunes journalistes dans la vingtaine et<br \/>\nauteur du livre <em>La g\u00e9n\u00e9ration Y par elle-m\u00eame<\/em><br \/>\n(\u00e9d. Fran\u00e7ois Bourin, 2012), introduisent leur<br \/>\nchapitre sur la sexualit\u00e9 au titre \u00e9vocateur \u00ab Ils<br \/>\nsont dop\u00e9s au porno \u00bb. L\u2019ouvrage \u00e9gr\u00e8ne en effet<br \/>\nles id\u00e9es re\u00e7ues sur la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui et<br \/>\nle rapport \u00e0 la sexualit\u00e9 n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 leur<br \/>\nplaidoyer pour un regard plus nuanc\u00e9 sur les<br \/>\ncoutumes de l\u2019\u00e9poque.<br \/>\nDe fait, on ne peut dissocier la sexualit\u00e9 de la<br \/>\nsoci\u00e9t\u00e9 et de son \u00e9volution mais concernant<br \/>\nles Y, Nathalie Bajos, directrice de recherche \u00e0<br \/>\nl\u2019Inserm et coauteur de <em>Enqu\u00eate sur la sexualit\u00e9 en<br \/>\nFrance<\/em> (\u00e9d. La D\u00e9couverte, 2008), est formelle :<br \/>\n\u00ab <em>Dans le domaine des attitudes sur la sexualit\u00e9,<br \/>\nil n\u2019y a plus aujourd\u2019hui de clivage marqu\u00e9<br \/>\nentre les jeunes et leurs parents mais plut\u00f4t<br \/>\nune absence d\u2019opposition entre g\u00e9n\u00e9rations.<\/em> \u00bb<br \/>\nGhislaine Paris, m\u00e9decin sexologue, confirme :<br \/>\n\u00ab <em>Dans les ann\u00e9es 1968-1970, il y a eu un<br \/>\ns\u00e9isme provoquant une r\u00e9volution toute \u00e0 la fois<br \/>\nsexuelle, culturelle, sociale, philosophique\u2026<br \/>\nLes parents des Y ont construit leur vie d\u2019adulte<br \/>\n\u00e0 partir de cette r\u00e9volution et ce mouvement<br \/>\nse r\u00e9percute encore aujourd\u2019hui ; leurs enfants<br \/>\nprennent la suite. <\/em> \u00bb La lib\u00e9ration sexuelle,<br \/>\nl\u2019\u00e9clatement du mod\u00e8le familial traditionnel ont<br \/>\n\u00e9t\u00e9 initi\u00e9s par les parents des Y, mus \u00e0 l\u2019\u00e9poque<br \/>\npar une recherche d\u2019id\u00e9al qui a depuis pris du<br \/>\nplomb dans l\u2019aile. Dans les ann\u00e9es 1970, on<br \/>\na cru qu\u2019en rejetant le mod\u00e8le pass\u00e9, on allait<br \/>\ntrouver le bonheur\u2026 Sauf que la fin du couple<br \/>\ntraditionnel comme unique r\u00e9f\u00e9rence a g\u00e9n\u00e9r\u00e9<br \/>\ndes \u00e9checs, des ruptures, des divorces en<br \/>\nhausse. \u00ab <em>Les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ont les pieds<br \/>\nsur terre. Ils tentent de tirer les le\u00e7ons de tout<br \/>\ncela ; ils savent que les solutions ne sont pas<br \/>\nsimples \u00e0 trouver et qu\u2019il faut les inventer. Et du<br \/>\ncoup ils t\u00e2tonnent\u2026<\/em> \u00bb, poursuit Ghislaine Paris.<br \/>\nIls t\u00e2tonnent d\u2019autant plus que l\u2019une des<br \/>\n\u00e9volutions majeures dans le champ de l\u2019intime,<br \/>\n\u00ab <em>c\u2019est l\u2019individualisation des normes,<\/em> affirme<br \/>\nNathalie Bajos. <em>Avant, quelques grandes<br \/>\ninstitutions (\u00c9tat, \u00c9glise, etc.) tenaient un<br \/>\ndiscours normatif et coh\u00e9rent sur la sexualit\u00e9.<br \/>\nAujourd\u2019hui, il y a une multitude de sources<br \/>\nnormatives ; les jeunes sont confront\u00e9s \u00e0 des<br \/>\ndiscours \u00e9manant des parents, de l\u2019\u00e9cole, de<br \/>\nleurs pairs, des m\u00e9dias, des m\u00e9decins. \u00c0 la<br \/>\nmaison, les parents mettent en valeur un certain type de comportement, qui peut \u00eatre<br \/>\ndiff\u00e9rent de ceux valoris\u00e9s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou en<br \/>\nclasse. \u00c0 chacun de donner une coh\u00e9rence \u00e0<br \/>\nl\u2019ensemble de ces discours et de ces injonctions<br \/>\n\u00e9ventuellement contradictoires. <\/em> \u00bb<br \/>\nNorme m\u00e9diatique<br \/>\nParmi les discours pr\u00e9gnants de l\u2019\u00e9poque,<br \/>\nceux \u00e9manant des m\u00e9dias occupent une place<br \/>\npr\u00e9pond\u00e9rante. Julia Tissier et Myriam Levain<br \/>\n\u00e9crivent m\u00eame dans leur livre que la norme qui<br \/>\ns\u2019appelait autrefois morale est aujourd\u2019hui en<br \/>\npartie m\u00e9diatique : \u00ab <em>Nous avons grandi dans<br \/>\nune soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le sexe est pratiquement partout,<br \/>\no\u00f9 les articles de presse et les \u00e9missions de<br \/>\nt\u00e9l\u00e9vision sur le sujet sont pl\u00e9thores. Le risque ?<br \/>\nVoir \u00e9merger une norme. La sodomie ? Nous<br \/>\ndevons en \u00eatre pass\u00e9s par l\u00e0. La fellation et<br \/>\nle cunnilingus ? Toujours, m\u00eame avant le petitd\u00e9j.<br \/>\nLa levrette ? Bien s\u00fbr, c\u2019est le nouveau<br \/>\nmissionnaire [\u2026]. Les diktats sexuels vont<br \/>\nde mal en pis.<\/em> \u00bb Diktat, le mot est fort. Et \u00e0 en<br \/>\ncroire Ghislaine Paris non seulement il n\u2019est pas<br \/>\ngalvaud\u00e9 mais il fait des d\u00e9g\u00e2ts : \u00ab <em>Le tabou et le<br \/>\nsacr\u00e9 ne sont pas dissociables de la sexualit\u00e9. La<br \/>\ndimension spirituelle de la sexualit\u00e9, c\u2019est ce qui<br \/>\nl\u2019humanise. Les Y ont acc\u00e8s \u00e0 la communication<br \/>\ntous azimuts, \u00e0 une prolif\u00e9ration d\u2019images\u2026 Ils<br \/>\nont cru que la sexualit\u00e9 \u00e9tait tomb\u00e9e dans le<br \/>\ndomaine public et que toute pudeur et intimit\u00e9<br \/>\navaient disparu. Ce n\u2019est pas vrai et ce n\u2019est<br \/>\npas possible. Par ailleurs, les m\u00e9dias font<br \/>\npasser des informations erron\u00e9es en valorisant<br \/>\ndes pratiques encore marginales telles que<br \/>\nl\u2019\u00e9changisme ou la sodomie et en les \u00e9rigeant<br \/>\nen normes. Or ne pas \u00eatre dans la norme cr\u00e9e<br \/>\nune angoisse. <\/em> \u00bb L\u2019enqu\u00eate de Nathalie Bajos et<br \/>\nMichel Bozon confirme, chiffres \u00e0 l\u2019appui, qu\u2019il<br \/>\nexiste un d\u00e9calage entre le discours m\u00e9diatique<br \/>\nsur la sexualit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9. Ainsi, seulement<br \/>\n36,1 % des hommes et 28,3 % des femmes<br \/>\nentre 20 et 24 ans ont pratiqu\u00e9 au moins une<br \/>\nfois la sodomie. Mais, m\u00eame si les diktats<br \/>\nexistent, ils ne sont pas forc\u00e9ment synonymes<br \/>\nde mal-\u00eatre. Nathalie Bajos prend l\u2019exemple<br \/>\nsuivant : \u00ab<em> Les journaux f\u00e9minins valorisent une<br \/>\nvie sexuelle r\u00e9guli\u00e8re, \u00e9panouie, etc. Sans cela,<br \/>\npas de bien-\u00eatre possible. Or dans l\u2019enqu\u00eate,<br \/>\nnous avons interview\u00e9 des individus qui n\u2019ont<br \/>\npas eu pendant longtemps de vie sexuelle et<br \/>\nqui se portent tr\u00e8s bien.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Influence il y a, donc, mais \u00e0 relativiser<br \/>\nnotamment concernant les pratiques. Et dans<br \/>\nce domaine, le porno accessible en un clic<br \/>\nde souris ne ferait pas tant de mal que \u00e7a.<br \/>\n\u00c9videmment l\u2019av\u00e8nement d\u2019Internet est l\u2019un des<br \/>\nfaits marquants de l\u2019\u00e9poque et la sexualit\u00e9, reflet<br \/>\nd\u2019une soci\u00e9t\u00e9, ne peut pas avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette<br \/>\nr\u00e9volution. Ghislaine Paris ne nie pas les \u00e9cueils :<br \/>\n\u00ab <em>De fait le porno peut susciter un traumatisme<br \/>\nchez les pr\u00e9adolescents car ils n\u2019ont pas les<br \/>\nmoyens de g\u00e9rer l\u2019excitation que cela provoque<br \/>\net sur laquelle ils ne peuvent pas mettre de<br \/>\nsens. Autre risque : confondre le porno avec<br \/>\nun documentaire sur la sexualit\u00e9. Certains vont<br \/>\nprendre ces images au premier degr\u00e9 et se<br \/>\ncroire oblig\u00e9s d\u2019atteindre ces performances de<br \/>\ntaille, de dur\u00e9e, de multiplication des rapports,<br \/>\netc. Cela g\u00e9n\u00e8re pression et angoisse.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Une angoisse l\u00e0 encore \u00e0 relativiser. Julia Tissier affirme ainsi que \u00ab <em>m\u00eame si les jeunes hommes<br \/>\nregardent du porno \u2013 le ph\u00e9nom\u00e8ne touche<br \/>\nbeaucoup moins les filles -, seul ou en groupe, et<br \/>\nque cela influence leur vision de la sexualit\u00e9, \u00e7a<br \/>\nne cr\u00e9e pas de d\u00e9g\u00e2ts irr\u00e9versibles. D\u00e8s qu\u2019ils<br \/>\nrentrent dans la vie sexuelle r\u00e9elle, ils font la<br \/>\ndiff\u00e9rence avec le porno. <\/em> \u00bb Tom, 21 ans, \u00e9tudiant<br \/>\n\u00e0 Paris, abonde : \u00ab <em>J\u2019ai regard\u00e9 du porno sur<br \/>\nInternet quand j\u2019\u00e9tais au coll\u00e8ge. Au moment<br \/>\nde la pubert\u00e9, on se pose des questions et le<br \/>\nporno a un c\u00f4t\u00e9 p\u00e9dagogique. Mais j\u2019ai toujours<br \/>\nsu que ce n\u2019\u00e9tait pas la r\u00e9alit\u00e9. <\/em> \u00bb<\/p>\n<h2>Hommes, femmes\u2026 m\u00eame combat\u2009?<\/h2>\n<p>H\u00e9ritage des ann\u00e9es 1970, normes<br \/>\nindividualis\u00e9es, Internet\u2026 Ces \u00e9l\u00e9ments qui<br \/>\nforgent une \u00e9poque ont-ils influenc\u00e9 diff\u00e9remment<br \/>\nles hommes et les femmes ? \u00c0 cette question,<br \/>\nNathalie Bajos r\u00e9pond sans ambages : \u00ab <em>Dire<br \/>\nqu\u2019il n\u2019y a plus de clivage marqu\u00e9 entre les<br \/>\ng\u00e9n\u00e9rations n\u2019implique pas que les d\u00e9terminants<br \/>\nsociaux n\u2019existent plus. Les diff\u00e9rences de<br \/>\ngenre restent tr\u00e8s structurantes et marquent les<br \/>\nattentes et les pratiques. Par exemple, si l\u2019\u00e2ge<br \/>\nde la premi\u00e8re fois est aujourd\u2019hui quasiment le<br \/>\nm\u00eame \u2013 17,6 ans pour les femmes, 17,2 pour<br \/>\nles hommes \u2013, cette \u00e9tape de la vie est toujours<br \/>\nv\u00e9cue de fa\u00e7on diff\u00e9rente selon les sexes : chez<br \/>\nles filles, elle renvoie d\u00e9j\u00e0 au registre de la<br \/>\nsentimentalit\u00e9 alors que pour les hommes, c\u2019est<br \/>\navant tout une exp\u00e9rience li\u00e9e \u00e0 la curiosit\u00e9 et<br \/>\nau plaisir.<\/em> \u00bb Quant aux repr\u00e9sentations, elles<br \/>\ncontinuent d\u2019\u00eatre pens\u00e9es comme diff\u00e9rentes<br \/>\nentre les hommes et les femmes, les deux sexes<br \/>\ns\u2019accordant sur ce qui les distingue : plus de<br \/>\nbesoins chez les premiers pour des raisons<br \/>\nnaturelles, des attentes diff\u00e9rentes en raison<br \/>\ndes hormones, etc. Julia Tissier \u00e9voque, elle, le<br \/>\nculte de la performance et l\u2019injonction \u00e0 jouir qui,<br \/>\n\u00e0 l\u2019entendre, feraient davantage pression sur les<br \/>\njeunes hommes. Elle pr\u00e9cise : \u00ab<em> La culpabilit\u00e9<br \/>\nli\u00e9e \u00e0 la sexualit\u00e9 et \u00e0 certaines pratiques a<br \/>\ndisparu. Aujourd\u2019hui, on nous met la pression<br \/>\nsur le fait qu\u2019il faut prendre son pied \u00e0 chaque<br \/>\nfois ; le mec se sent coupable s\u2019il n\u2019arrive pas \u00e0<br \/>\nfaire jouir sa copine.<\/em> \u00bb Ghislaine Paris lui embo\u00eete<br \/>\nle pas : \u00ab <em>La performance est en effet pr\u00e9sente<br \/>\ndans le domaine sexuel, \u00e0 l\u2019image d\u2019une soci\u00e9t\u00e9<br \/>\nqui privil\u00e9gie la course \u00e0 la r\u00e9ussite. Chez les<br \/>\njeunes hommes, cela va peser sur leur identit\u00e9<br \/>\nvirile qui ne se joue plus aujourd\u2019hui sur le<br \/>\nfait de multiplier les conqu\u00eates mais plut\u00f4t de<br \/>\ndonner du plaisir \u00e0 sa partenaire. \u00c0 ces jeunes<br \/>\nhommes qui s\u2019angoissent, je leur dis : ce n\u2019est<br \/>\npas vous qui la faites jouir, c\u2019est elle qui prend<br \/>\ndu plaisir. <\/em> \u00bb Tom ne nie pas : \u00ab <em>La pression que<br \/>\nse font subir les mecs entre eux. Certains font<br \/>\nles fiers en vantant le temps qu\u2019ils ont tenu, etc.<br \/>\net si tu t\u2019es adonn\u00e9 \u00e0 certaines pratiques comme<br \/>\nla sodomie, c\u2019est que t\u2019es un bon. C\u2019est comme<br \/>\nun graal, la preuve que tu as franchi une \u00e9tape<br \/>\nsup\u00e9rieure. Personnellement, je ne partage<br \/>\npas ce point de vue mais selon moi il y a des<br \/>\npassages oblig\u00e9s, un peu comme un cahier des<br \/>\ncharges que tu remplis au fur et \u00e0 mesure et<br \/>\ntant mieux parce que sinon tu t\u2019ennuies vite.<br \/>\nJ\u2019ai envie de d\u00e9couvrir des choses nouvelles,<br \/>\nd\u2019aller toujours plus loin ; \u00e7a pourrait m\u2019amener<br \/>\n\u00e0 tester des pratiques un peu marginales\u2026 \u00bb Et<br \/>\nd\u2019ajouter : \u00ab Sur le plan de la performance, de la<br \/>\njouissance, les filles se prennent autant la t\u00eate<br \/>\nque nous. En grandissant, je trouve m\u00eame que<br \/>\nles diff\u00e9rences s\u2019estompent.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Sur ce sujet, Lucie Sabau, membre de Osez<br \/>\nle f\u00e9minisme (OLF) et l\u2019une des initiatrices de<br \/>\nla campagne \u00ab Osez le clito \u00bb n\u2019est pas du tout<br \/>\nd\u2019accord. Premi\u00e8re raison de s\u2019insurger de cette<br \/>\njeune femme de 30 ans : \u00ab <em>Le probl\u00e8me de notre<br \/>\ng\u00e9n\u00e9ration, c\u2019est que nous avons grandi dans<br \/>\nl\u2019illusion d\u2019une \u00e9galit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 acquise. Et sur le<br \/>\nplan sexuel, les id\u00e9es re\u00e7ues \u00e0 combattre sont<br \/>\nnotamment que les femmes ont une sexualit\u00e9<br \/>\npassive, destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre compl\u00e9mentaire de<br \/>\ncelle des hommes et que les hommes ont des besoins naturels irr\u00e9pressibles. <\/em> \u00bb Et pour<br \/>\nmettre \u00e0 mal ces clich\u00e9s, l\u2019association a lanc\u00e9<br \/>\nen juin 2011 une campagne sur Internet mais<br \/>\naussi sur les murs de nos villes visant \u00e0 valoriser<br \/>\nla sexualit\u00e9 des femmes et \u00e0 \u00ab <em>combattre<br \/>\nl\u2019ali\u00e9nation actuelle qui passe par des normes<br \/>\nqui nous sont vendues comme celles de la<br \/>\nlib\u00e9ration sexuelle alors que c\u2019est l\u2019inverse.<br \/>\nQuand on dit d\u2019une fille qu\u2019elle est coinc\u00e9e ou<br \/>\nfrigide, cela veut dire qu\u2019elle n\u2019est pas conforme<br \/>\naux attentes masculines. La lib\u00e9ration sexuelle<br \/>\na surtout profit\u00e9 aux hommes<\/em> \u00bb, affirme Lucie.<br \/>\nSymbole de cette lib\u00e9ration en trompe l\u2019oeil, le<br \/>\nclitoris, grand oubli\u00e9 aussi bien de la recherche et<br \/>\ndes m\u00e9dias\u2026 que des filles elles-m\u00eames (alors<br \/>\nque dire des gar\u00e7ons ?) nombreuses \u00e0 ne pas<br \/>\nconna\u00eetre leur propre anatomie. \u00ab<em> La sexualit\u00e9<br \/>\nf\u00e9minine est enferm\u00e9e dans des normes avec<br \/>\ndes pratiques obligatoires, au premier rang<br \/>\ndesquelles se situe la p\u00e9n\u00e9tration. En gros,<br \/>\nun acte sexuel h\u00e9t\u00e9rosexuel, c\u2019est l\u2019interaction<br \/>\nentre un vagin et un p\u00e9nis. Le clitoris, organe<br \/>\ncentral du plaisir chez les femmes, est rel\u00e9gu\u00e9<br \/>\n\u00e0 la pr\u00e9paration du plat principal qu\u2019est la<br \/>\np\u00e9n\u00e9tration ; l\u2019orgasme vaginal ayant \u00e9t\u00e9<br \/>\nlongtemps \u00e9rig\u00e9 comme la norme. Or, pour<br \/>\nbeaucoup d\u2019entre elles, ce n\u2019est pas gratifiant<br \/>\net certaines choses marchent mieux pour<br \/>\nprendre du plaisir\u2026<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Pour autant, m\u00eame si pour OLF de nombreuses<br \/>\nbatailles sont encore \u00e0 mener, les militantes<br \/>\nd\u2019aujourd\u2019hui reconnaissent le travail accompli<br \/>\npar leurs a\u00een\u00e9es\u2026 et notamment la lib\u00e9ration de<br \/>\nla parole. R\u00e9sultat, aujourd\u2019hui, tout le monde<br \/>\nparle de sexe, filles comme gar\u00e7ons. Ainsi, Tom<br \/>\nreconna\u00eet s\u2019\u00eatre confi\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re apr\u00e8s une<br \/>\npanne ou avoir pris conseils aupr\u00e8s d\u2019un m\u00e9decin<br \/>\nsur les MST. Tout comme il s\u2019informe aupr\u00e8s de<br \/>\nses copines pour faire au mieux un cunnilingus<br \/>\n\u00e0 sa copine. Quant aux filles, elles ne sont pas<br \/>\nen reste et selon Julia, parlent beaucoup de cul,<br \/>\nde plaisir\u2026 \u00ab <em>La parole s\u2019est d\u00e9complex\u00e9e et<br \/>\ndans ce registre une s\u00e9rie comme Sex and the<br \/>\ncity qui met en sc\u00e8ne quatre new yorkaises qui<br \/>\n\u00e9voquent par le menu leurs diff\u00e9rentes relations<br \/>\nsexuelles a contribu\u00e9 \u00e0 lib\u00e9rer la parole. C\u2019est<br \/>\nvrai aussi qu\u2019on en parle plus facilement avec<br \/>\nnos parents \u2013 m\u00eame si c\u2019est souvent li\u00e9 \u00e0 la<br \/>\npr\u00e9vention, au sida et pas tellement au plaisir<br \/>\n\u2013 et avec nos partenaires : aujourd\u2019hui, on ne<br \/>\ndirait plus \u201cj\u2019ai la migraine\u201d mais \u201cje n\u2019ai pas<br \/>\nenvie de baiser ce soir\u201d.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h2>De l\u2019infantilisme \u00e0 la maturit\u00e9<\/h2>\n<p>Face \u00e0 cette parole d\u00e9complex\u00e9e, \u00e0 cette libert\u00e9,<br \/>\nm\u00eame si elle est en partie en trompe l\u2019oeil, les Y<br \/>\ncherchent leur propre mode. Sans nier le couple<br \/>\net les sch\u00e9mas traditionnels qu\u2019il recouvre. Car<br \/>\nen mati\u00e8re de sexualit\u00e9 et de sentiment, la<br \/>\nrecherche de normes et donc de cadres semble<br \/>\ntoujours de mise. Selon Tom, alors qu\u2019il vivait<br \/>\nune relation ambigu\u00eb avec une fille, ses copains<br \/>\nle questionnaient sans cesse pour qu\u2019il nomme<br \/>\nla relation : \u00ab <em>On me demandait : tu sors avec<br \/>\nelle ou pas ? Parce qu\u2019en gros, une relation<br \/>\navec une fille soit c\u2019est exclusif soit c\u2019est un<br \/>\nplan cul. Il n\u2019y a pas d\u2019autres alternatives. \u00c7a<br \/>\nm\u2019insupporte car \u00e7a limite les options et les<br \/>\npossibles. Mais je constate qu\u2019on se raccroche<br \/>\n\u00e0 des sch\u00e9mas, \u00e7a rassure.<\/em> \u00bb Pour Julia, m\u00eame<br \/>\nsi elle affirme que les Y sont touch\u00e9s par le syndrome \u00ab l\u2019herbe est plus verte ailleurs \u00bb et<br \/>\nont du mal \u00e0 se fixer, ils n\u2019en recherchent pas<br \/>\nmoins l\u2019amour et une relation durable. \u00ab<em> On<br \/>\nveut le prince charmant et s\u2019\u00e9clater au lit <\/em> \u00bb,<br \/>\nr\u00e9sume la jeune femme pour qui les trouples,<br \/>\npolyamours et autres combinaisons sexuelles<br \/>\nou relationnelles ne sont que \u00ab <em>foutaises. Ce<br \/>\nsont des microph\u00e9nom\u00e8nes et des gadgets<br \/>\nmis en valeur par la presse<\/em> \u00bb. Tout comme les<br \/>\nskins parties qui ne seraient que fantasmes<br \/>\ndes adultes sur la vie sexuelle des plus jeunes.<br \/>\nNathalie Bajos abonde et s\u2019insurge : \u00ab <em>Le<br \/>\ndiscours pr\u00e9gnant du moment c\u2019est que les<br \/>\njeunes feraient n\u2019importe quoi dans le champ<br \/>\nde la sexualit\u00e9. Or les faits n\u2019y r\u00e9sistent pas :<br \/>\nl\u2019\u00e2ge du premier rapport est stable, la tr\u00e8s<br \/>\ngrande majorit\u00e9 utilise des pr\u00e9servatifs, etc.<br \/>\nLes parents ne sont plus aujourd\u2019hui les<br \/>\npiliers de l\u2019autorit\u00e9 normative en la mati\u00e8re ce<br \/>\nqui peut \u00eatre mal v\u00e9cu. Ce type de discours<br \/>\nest symptomatique d\u2019une certaine panique<br \/>\nmorale des adultes.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Et Ghislaine Paris de conclure : \u00ab <em>M\u00eame s\u2019il<br \/>\nest en grande partie d\u00e9sacralis\u00e9, la jeune<br \/>\ng\u00e9n\u00e9ration prend le sexe tr\u00e8s au s\u00e9rieux ; c\u2019est<br \/>\nquelque chose qu\u2019ils ont envie de r\u00e9ussir.<br \/>\nC\u2019est devenu un \u00e9norme chantier de r\u00e9flexion<br \/>\net c\u2019est selon moi le signe d\u2019une grande<br \/>\nmaturit\u00e9. Ils sont dans la qu\u00eate de sens et dans<br \/>\nl\u2019autod\u00e9termination alors que leurs a\u00een\u00e9s \u00e9taient<br \/>\ninfantilis\u00e9s et soumis \u00e0 une morale rigide ;<br \/>\nl\u2019intervalle entre le premier rapport et le premier<br \/>\nenfant a beaucoup augment\u00e9, ces ann\u00e9es-l\u00e0<br \/>\nsont mises \u00e0 profit pour chercher des solutions<br \/>\npersonnelles, pour s\u2019affirmer. Aujourd\u2019hui,<br \/>\nla norme est \u00e9thique, c\u2019est la r\u00e9sultante<br \/>\nd\u2019un cheminement personnel.<\/em> \u00bb<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5476 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/porns-237.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/porns-237-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"G\u00e9n\u00e9ration Y, g\u00e9n\u00e9ration X ?\" aria-describedby=\"gallery-1-16472\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16472'>\n\t\t\t\tG\u00e9n\u00e9ration Y, g\u00e9n\u00e9ration X ?\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/pornc-439.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/pornc-439.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"G\u00e9n\u00e9ration Y, g\u00e9n\u00e9ration X ?\" aria-describedby=\"gallery-1-16473\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16473'>\n\t\t\t\tG\u00e9n\u00e9ration Y, g\u00e9n\u00e9ration X ?\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/porn-db3.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/porn-db3-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"porn.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9s entre 1978 et 1994, ils appartiennent \u00e0 ce que des sociologues<br \/>\nont appel\u00e9 la g\u00e9n\u00e9ration Y. Leur sexualit\u00e9 est indissociable des<br \/>\ncaract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9poque. 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