{"id":5451,"date":"2012-06-06T08:00:00","date_gmt":"2012-06-06T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/luc-dardenne-sortir-de-la-solitude5451\/"},"modified":"2023-06-23T23:11:35","modified_gmt":"2023-06-23T21:11:35","slug":"luc-dardenne-sortir-de-la-solitude5451","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5451","title":{"rendered":"Luc Dardenne, \u00ab Sortir de la solitude et vivre sans Dieu \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">C\u00e9l\u00e9br\u00e9s \u00e0 moult reprises par le festival de Cannes, les fr\u00e8res<br \/>\nDardenne ont r\u00e9alis\u00e9 plusieurs films qui font date dans l\u2019histoire du<br \/>\ncin\u00e9ma. L\u2019indissoluble duo conserve pourtant une sinc\u00e8re modestie.<br \/>\nL\u2019un d\u2019eux, Luc, publie un ouvrage qui sonde les relations humaines.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong>Sur l\u2019affaire humaine <em>est un<br \/>\nlivre philosophique qui interroge<br \/>\nla peur de mourir. L\u2019\u00e9criture<br \/>\nest-elle un geste plus<br \/>\nsolitaire que le cin\u00e9ma ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> Non. Pour nos films, nous sommes deux, mais la<br \/>\nsolitude est l\u00e0 aussi. Les moments o\u00f9 je peux me<br \/>\nreposer sur mon fr\u00e8re sont rares et brefs et les<br \/>\nmoments o\u00f9 il peut se reposer sur moi sont \u00e9galement<br \/>\nrares et brefs. Quand nous n\u2019arrivons pas \u00e0<br \/>\ntrouver la place de la cam\u00e9ra, chacun ressent de<br \/>\nl\u2019angoisse. Dans mon livre, j\u2019ai mis en ordre des<br \/>\nnotes que j\u2019avais prises en \u00e9crivant le sc\u00e9nario du<br \/>\n<em>Gamin au v\u00e9lo<\/em>. Je voulais vraiment comprendre<br \/>\nce que cherchait cet enfant, ce qui lui manquait<br \/>\net en quoi une femme, Samantha, pouvait le sauver,<br \/>\nle transformer, lui donner une enfance. J\u2019en<br \/>\nsuis arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il avait peur de mourir. Lui,<br \/>\nqui allait devenir violent, d\u00e9truire et se d\u00e9truire, se<br \/>\nvivait comme quelqu\u2019un qui va mourir, qui n\u2019a plus<br \/>\naucune issue, qui ne peut plus aimer la vie. Puis<br \/>\nce livre est devenu une r\u00e9flexion sur la solitude<br \/>\net la mort de Dieu, sur la fa\u00e7on de sortir de cette<br \/>\nsolitude et de vivre sans Dieu. Se penser comme<br \/>\nsolitude face \u00e0 sa mort est une fa\u00e7on de ne pas<br \/>\navoir accept\u00e9 la mort de Dieu, de ne pas arriver<br \/>\n\u00e0 en faire le deuil en serrant la main d\u2019autrui,<br \/>\nen vivant \u00e0 plusieurs.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Emmanuel L\u00e9vinas tient une place \u00e0 part<br \/>\ndans cette galaxie de penseurs qui nourrissent<br \/>\nvotre filmographie. Comment<br \/>\nl\u2019avez-vous rencontr\u00e9 ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> J\u2019ai suivi un de ses deux derniers cours de la Sorbonne<br \/>\nsur le temps et la mort, qu\u2019il \u00e9tait venu donner<br \/>\n\u00e0 Louvain en 1978. Et je l\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 Paris<br \/>\npour un film que je pr\u00e9parais avec mon fr\u00e8re sur le<br \/>\nphilosophe Ernst Bloch, <em>Enqu\u00eate sur le corps de<br \/>\nProm\u00e9th\u00e9e<\/em>, dans lequel il devait intervenir. L\u00e9vinas<br \/>\nest le philosophe que j\u2019ai lu, que je lis le plus,<br \/>\net qui m\u2019a le plus impressionn\u00e9 \u2013 au sens o\u00f9 l\u2019on<br \/>\nimpressionne une plaque sensible. C\u2019est \u00e0 partir<br \/>\nde lui que j\u2019essaie de penser. Nous parlons beaucoup<br \/>\nde L\u00e9vinas avec Jean-Pierre, nous commentons<br \/>\nlonguement certaines phrases de ses livres,<br \/>\nil influence notre cin\u00e9ma. \u00c0 la fin du <em>Fils<\/em>, quand<br \/>\nOlivier Gourmet s\u2019appr\u00eate \u00e0 tuer le gar\u00e7on qui a<br \/>\nassassin\u00e9 son fils, il voit son regard. La cam\u00e9ra est<br \/>\nen plong\u00e9e, dans la position du p\u00e8re, au-dessus<br \/>\nde l\u2019adolescent. Face \u00e0 ces yeux-l\u00e0, pr\u00e8s du sol,<br \/>\nle spectateur per\u00e7oit que c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a qui a<br \/>\nemp\u00each\u00e9 le meurtre. Chez L\u00e9vinas, autrui m\u2019interdit<br \/>\nde le tuer et m\u2019oblige \u00e0 la responsabilit\u00e9 pour<br \/>\nlui. Le meurtre est l\u00e0, en m\u00eame temps que son<br \/>\ninterdiction. Quand autrui vous a capt\u00e9, il vous<br \/>\nposs\u00e8de, il n\u2019y a pas moyen de s\u2019en d\u00e9faire. Dans<br \/>\n<em>Le silence de Lorna<\/em>, celle-ci ne sait pas que le fait d\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 la demande de Claudie, le<br \/>\ndrogu\u00e9, la conduira \u00e0 trahir son futur \u00e9poux et ses<br \/>\ncomparses les gangsters. Ce qui me contraint \u00e0<br \/>\nla responsabilit\u00e9 est plus fort que ma volont\u00e9,<br \/>\nautrui est une loi pour moi. La question que je<br \/>\npose dans mon livre est de savoir si cette loi<br \/>\npeut m\u2019obliger si je n\u2019ai pas, enfant, \u00e9t\u00e9 aim\u00e9<br \/>\ninfiniment, absolument, par un autre \u00eatre humain.<br \/>\nN\u2019a-t-il pas fallu qu\u2019un autre apaise par<br \/>\nson amour infini ma peur de mourir, ma peur<br \/>\ndu dehors, de l\u2019autre ? Nous naissons inachev\u00e9s,<br \/>\nfragiles, il faut comme un sas d\u2019amour infini<br \/>\nde la m\u00e8re, du p\u00e8re ou d\u2019un autre, qui apaise<br \/>\nnotre peur de mourir et nous permet d\u2019adh\u00e9rer<br \/>\n\u00e0 la vie, de ne plus fuir le dehors, de ne plus<br \/>\nn\u00e9cessairement ha\u00efr l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Peut-on dire qu\u2019avec<\/em> Le Gamin au v\u00e9lo,<br \/>\n<em>vous \u00eates pass\u00e9s de la question du traumatisme<br \/>\n\u00e0 sa r\u00e9solution ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> Il y a toujours dans nos films un moment o\u00f9 la<br \/>\ntension, la possibilit\u00e9 du meurtre, dispara\u00eet. Rosetta<br \/>\nse bat contre la forteresse que la soci\u00e9t\u00e9<br \/>\nest devenue pour elle. Voulant avoir sa place,<br \/>\nelle s\u2019enferme elle-m\u00eame. N\u2019\u00e9tant plus capable<br \/>\nd\u2019un geste de solidarit\u00e9, d\u2019amiti\u00e9, elle ne peut<br \/>\npas comprendre qu\u2019on veuille l\u2019aider. C\u2019est un<br \/>\npersonnage brechtien, un peu comme M\u00e8re<br \/>\nCourage qui place mal son courage et perd tous<br \/>\nses enfants \u00e0 force d\u2019ent\u00eatement. Il est facile de<br \/>\nse transformer en guerrier dans nos soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9<br \/>\nla concurrence, notamment pour le travail, est<br \/>\ntoujours plus grande. Mais \u00e0 la fin, Rosetta se<br \/>\nlaisse relever par Riquet, apr\u00e8s \u00eatre tomb\u00e9e en<br \/>\npleurs sur sa bombonne de gaz. Elle cesse de<br \/>\npercevoir l\u2019autre comme un ennemi et accepte de<br \/>\nvoir en Riquet non plus un concurrent, qu\u2019elle a<br \/>\nd\u00e9nonc\u00e9 pour avoir sa place, mais un ami. Elle<br \/>\ns\u2019ouvre enfin au d\u00e9sir d\u2019\u00eatre avec un autre. Dans<br \/>\n<em>Le Fils<\/em>, le p\u00e8re de l\u2019enfant assassin\u00e9 ne pardonne<br \/>\npas \u00e0 l\u2019adolescent meurtrier, mais il ne le tue pas.<br \/>\nIl accepte de lui apprendre son m\u00e9tier, de ramener<br \/>\nce gamin violent \u00e0 la vie. Les gens font la paix<br \/>\ndans nos films. <em>Le Gamin au v\u00e9lo<\/em>, c\u2019est un peu<br \/>\nla m\u00eame chose. Samantha, une coiffeuse, r\u00e9ussit<br \/>\n\u00e0 pacifier le gar\u00e7on qui \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 tuer avec une<br \/>\nbatte de baseball. Elle prend sa violence sur elle<br \/>\net parvient \u00e0 dissoudre sa peur de mourir. C\u2019est<br \/>\nvrai qu\u2019en \u00e9crivant le sc\u00e9nario, j\u2019ai dit \u00e0 mon fr\u00e8re :<br \/>\n\u00ab <em>Je me demande si on n\u2019entre pas dans notre<br \/>\nchambre secr\u00e8te\u2026<\/em> \u00bb<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Pourquoi avoir choisi une image maternelle<br \/>\ncomme figure de consolation ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> On avait pens\u00e9 \u00e0 un \u00ab Samantho \u00bb, qui aurait<br \/>\n\u00e9t\u00e9 un gars de la cit\u00e9, mais on n\u2019a pas os\u00e9, on<br \/>\nn\u2019a pas \u00e9t\u00e9 convaincus. Je crois qu\u2019un homme<br \/>\npeut jouer le r\u00f4le de \u00ab m\u00e8re \u00bb et qu\u2019une femme<br \/>\npeut jouer le r\u00f4le de \u00ab p\u00e8re \u00bb. Mais ma g\u00e9n\u00e9ration<br \/>\n\u00e0 moi, qui suis n\u00e9 en 1954, vit dans l\u2019id\u00e9e<br \/>\nd\u2019une diff\u00e9rence des sexes qui importe. Je sais<br \/>\nqu\u2019un couple homosexuel \u2013 homme ou femme<br \/>\n\u2013 peut \u00e9duquer des enfants et que ces enfants<br \/>\npeuvent peut-\u00eatre aimer un homme comme<br \/>\nils aiment une femme. Je ne voudrais pas<br \/>\naffirmer que seule une femme est capable<br \/>\nd\u2019\u00eatre aim\u00e9e et d\u2019aimer comme une \u00ab m\u00e8re \u00bb.<br \/>\nJe ne sais pas, c\u2019est une question ouverte<br \/>\npar notre \u00e9poque.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Vous estimez que la naissance de l\u2019enfant<br \/>\nr\u00e9veille aujourd\u2019hui chez l\u2019adulte la peur de mourir. Est-ce symptomatique de<br \/>\nnos soci\u00e9t\u00e9s ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> J\u2019essaie de guetter des signes. Or je sens que<br \/>\nla naissance d\u2019un enfant, m\u00eame si elle a toujours<br \/>\n\u00e9t\u00e9 l\u2019objet de sentiments ambivalents,<br \/>\nannonce moins la vie aujourd\u2019hui que la mort.<br \/>\n\u00c9duquer un enfant, c\u2019est pouvoir mourir pour<br \/>\nlui, lui donner une partie de sa vie, se consacrer<br \/>\n\u00e0 lui, accepter de vieillir. Dans nos soci\u00e9t\u00e9s,<br \/>\non a peur du temps, on investit le maximum<br \/>\ndans l\u2019instant pr\u00e9sent, dans le corps qui est la<br \/>\nchose la plus temporelle qui soit et que l\u2019on<br \/>\ntente d\u2019\u00e9terniser par tous les moyens. Dans ce<br \/>\ncontexte, l\u2019enfant n\u2019est pas le bienvenu, c\u2019est<br \/>\nun obstacle au d\u00e9sir de ne pas mourir, nous le<br \/>\nregardons comme un rival dans notre course<br \/>\ncontre le temps.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Depuis<\/em> La Promesse, <em>vous r\u00e9alisez un<br \/>\nfilm tous les trois ans. Dans une interview,<br \/>\nvous d\u00e9clarez : <\/em> \u00ab On n\u2019est pas des<br \/>\ng\u00e9nies, on est lents\u2026 \u00bb <em>Pourquoi une<br \/>\ntelle modestie ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> C\u2019est la modestie de l\u2019artisan ! Il faut du temps<br \/>\npour faire les choses. \u00c0 chaque fois, on recommence<br \/>\n\u00e0 z\u00e9ro. Cr\u00e9er une relation entre la cam\u00e9ra<br \/>\net le r\u00e9cit, le rythme d\u2019une sc\u00e8ne, d\u2019une<br \/>\nd\u00e9marche, c\u2019est long.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Comment travaillez-vous avec votre fr\u00e8re ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> On \u00e9tablit ensemble les grandes \u00e9tapes du r\u00e9cit,<br \/>\non discute beaucoup du personnage principal,<br \/>\npuis je me r\u00e9fugie dans mon bureau pour \u00e9crire<br \/>\nune premi\u00e8re version. Et comme \u00e9crire, c\u2019est<br \/>\nchanger, on retravaille constamment par t\u00e9l\u00e9phone.<br \/>\nOn a besoin d\u2019\u00eatre deux, peut-\u00eatre parce<br \/>\nqu\u2019\u00eatre cin\u00e9aste en Belgique, \u00e7a n\u2019allait pas de<br \/>\nsoi quand nous avons commenc\u00e9 \u00e0 faire des<br \/>\nfilms documentaires dans les ann\u00e9es 1970. Et<br \/>\npuis nous n\u2019\u00e9tions pas pass\u00e9s par une \u00e9cole de<br \/>\ncin\u00e9ma et nous travaillions avec de la vid\u00e9o, engin<br \/>\nm\u00e9pris\u00e9 par les professionnels du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>\u00cates-vous cin\u00e9phile ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> On est cin\u00e9phile quand on a commenc\u00e9 \u00e0 voir des<br \/>\nfilms tous les jours d\u00e8s quatorze ans, que les films<br \/>\npeuvent s\u2019accumuler et ressortir au fil de croisements<br \/>\net autres rapprochements. Je n\u2019ai pas ce<br \/>\nlong savoir. Je n\u2019allais pas au cin\u00e9ma, sinon au<br \/>\ncin\u00e9club du coll\u00e8ge, je n\u2019avais pas de t\u00e9l\u00e9vision,<br \/>\n\u00e0 part celle des voisins. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 essayer<br \/>\nde rattraper mon retard \u00e0 partir de trente ans en<br \/>\nallant tous les jours voir trois ou quatre films \u00e0 la<br \/>\ncin\u00e9math\u00e8que de Bruxelles.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Votre livre parle tr\u00e8s peu de politique. La<br \/>\nquestion de la d\u00e9mocratie est pr\u00e9sente,<br \/>\nmais elle appara\u00eet conditionn\u00e9e par la<br \/>\nnature des relations humaines.<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> La d\u00e9mocratie est le seul syst\u00e8me politique qui<br \/>\nn\u2019est pas fond\u00e9 sur la peur, qui a fait le deuil de<br \/>\ntoutes les formes d\u2019absolu, d\u2019\u00e9ternit\u00e9, qui permet<br \/>\naux individus de se reconna\u00eetre libres et \u00e9gaux et<br \/>\nd\u2019augmenter cette libert\u00e9 et cette \u00e9galit\u00e9. Cela ne<br \/>\nse peut qu\u2019avec des individus qui acceptent leur<br \/>\nmortalit\u00e9, qui ne cherchent plus de consolation<br \/>\ndans une forme d\u2019\u00e9ternit\u00e9 religieuse ou profane<br \/>\net qui sont li\u00e9s entre eux par une profonde sympathie,<br \/>\n\u00e0 la fois comme souffrance pour l\u2019autre<br \/>\nqui souffre et comme joie d\u2019\u00eatre vivant. D\u2019\u00eatre<br \/>\nvivant en relation avec d\u2019autres vivants. Cette<br \/>\nsympathie, il me semble qu\u2019elle provient de notre premi\u00e8re relation avec l\u2019autre humain qui nous aima<br \/>\nau point d\u2019apaiser notre peur de mourir, de nous<br \/>\ndonner ce que Jean Am\u00e9ry appelle \u00ab la confiance<br \/>\ndans le monde \u00bb. Certes, la d\u00e9mocratie est critiquable,<br \/>\ndes populations comme les Roms sont<br \/>\nstigmatis\u00e9es en Italie, en Hongrie, dans la bouche<br \/>\nde Nicolas Sarkozy\u2026 Mais si l\u2019\u00e9galit\u00e9 est encore<br \/>\nloin d\u2019\u00eatre acquise, ce r\u00e9gime est le seul \u00e0 ne pas<br \/>\n\u00eatre fond\u00e9 sur la peur et le mensonge. Il permet<br \/>\nles critiques r\u00e9elles.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Vous pr\u00f4nez, \u00e0 la fin du livre, une esth\u00e9tique<br \/>\nqui soit une sorte d\u2019\u00e9thique de la<\/em> \u00ab faiblesse<br \/>\npartag\u00e9e\u2026 \u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong>Luc Dardenne:<\/strong> J\u2019essaie de sugg\u00e9rer, en pensant \u00e0 notre film<br \/>\n<em>Le Gamin au v\u00e9lo<\/em>, que l\u2019art exprime \u00e0 la fois la<br \/>\nsouffrance humaine et la joie d\u2019\u00eatre vivant. Face \u00e0<br \/>\ncertains films, certaines oeuvres d\u2019art, on acc\u00e8de<br \/>\n\u00e0 un moment de faiblesse partag\u00e9e, vid\u00e9 de<br \/>\ntoute force, de toute puissance, \u00e0 une humanit\u00e9<br \/>\npremi\u00e8re o\u00f9 l\u2019on partage la souffrance et la joie<br \/>\nd\u2019un autrui fictif.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5451 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/dars-eb8.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/dars-eb8-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Luc Dardenne, \u00ab Sortir de la solitude et vivre sans Dieu \u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-16391\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16391'>\n\t\t\t\tLuc Dardenne, \u00ab Sortir de la solitude et vivre sans Dieu \u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/darc-8b6.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/darc-8b6.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Luc Dardenne, \u00ab Sortir de la solitude et vivre sans Dieu \u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-16392\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16392'>\n\t\t\t\tLuc Dardenne, \u00ab Sortir de la solitude et vivre sans Dieu \u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/dar-f58.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/dar-f58-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"dar.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00e9l\u00e9br\u00e9s \u00e0 moult reprises par le festival de Cannes, les fr\u00e8res<br \/>\nDardenne ont r\u00e9alis\u00e9 plusieurs films qui font date dans l\u2019histoire du<br \/>\ncin\u00e9ma. L\u2019indissoluble duo conserve pourtant une sinc\u00e8re modestie.<br \/>\nL\u2019un d\u2019eux, Luc, publie un ouvrage qui sonde les relations humaines.<\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":16391,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299,353,365],"class_list":["post-5451","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-cinema","tag-litterature","tag-philosophie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5451","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5451"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5451\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/16391"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5451"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}