{"id":541,"date":"1997-06-01T00:00:00","date_gmt":"1997-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/techniques-et-derives541\/"},"modified":"1997-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-05-31T22:00:00","slug":"techniques-et-derives541","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=541","title":{"rendered":"Techniques et d\u00e9rives&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Dominique Wolton <\/p>\n<p>Voir aussi Le Wolton<strong> Dominique Wolton, directeur du laboratoire &#8221; Communication et politique &#8221; au CNRS, publie un livre o\u00f9 il dresse le bilan de ses recherches depuis une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es sur la communication, ses techniques et ses d\u00e9rives. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Nous vivons dans un monde o\u00f9 chacun essaie de communiquer mais o\u00f9 il n&#8217;y a jamais eu autant de solitude. Est-ce parce que communiquer est une forme de non-dialogue ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Dominique Wolton : <\/strong> La communication suppose que deux personnes ou deux collectivit\u00e9s soient capables de s&#8217;\u00e9couter, de se r\u00e9pondre et d&#8217;accepter de g\u00e9rer la diff\u00e9rence. L&#8217;enjeu de la communication, c&#8217;est cette diff\u00e9rence. La communication, c&#8217;est en fait la gestion de l&#8217;incommunication. Or, la plupart du temps, ce que l&#8217;on appelle communication, ce n&#8217;est qu&#8217;une suite de monologues. Il peut donc y avoir beaucoup d&#8217;expression sans qu&#8217;il y ait beaucoup de compr\u00e9hension. Il est beaucoup plus facile de faire du monologue que de la r\u00e9elle communication. Et deux choses renforcent cette d\u00e9viation. D&#8217;une part, notre soci\u00e9t\u00e9 valorise \u00e9norm\u00e9ment l&#8217;individu, qui se traduit par &#8220;sois toi-m\u00eame&#8221;, &#8220;exprimes-toi&#8221;, et qui nous am\u00e8ne \u00e0 confondre communication et expression, et d&#8217;autre part, nous avons des panoplies de techniques de communication de plus en plus performantes (radio, t\u00e9l\u00e9phone, t\u00e9l\u00e9vision, informatique&#8230;) qui la facilitent, de telle sorte que ces techniques finissent par \u00eatre assimil\u00e9es \u00e0 de l&#8217;inter-compr\u00e9hension. Mais en fait elle ne la facilite en rien.<\/p>\n<p> <strong> Vous dites dans votre livre que &#8221; la r\u00e9volution de l&#8217;an 2000 sera celle de l&#8217;information pour tous &#8220;. Ce ne sera donc pas forc\u00e9ment celle de la communication. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. W.: <\/strong> Non. Et il est beaucoup plus facile de faire de l&#8217;information que de la communication. L&#8217;information est un message et tout le probl\u00e8me est de savoir comment il est communiqu\u00e9, est per\u00e7u et comment on y r\u00e9pond. Ce n&#8217;est pas parce que vous avez un t\u00e9l\u00e9phone portable, trois \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision et un acc\u00e8s Internet que vous communiquez mieux qu&#8217;autrui.<\/p>\n<p> <strong> Vous parlez beaucoup de l&#8217;interdisciplinarit\u00e9 de la science de la communication. Parce qu&#8217;elle est une action propre \u00e0 l&#8217;homme et \u00e0 sa propre complexit\u00e9 ou est-ce parce que la soci\u00e9t\u00e9 est complexe ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. W.: <\/strong> Comme la communication est le propre de l&#8217;homme et qu&#8217;elle est au coeur de toute exp\u00e9rience humaine, on y retrouve toute la complexit\u00e9 de l&#8217;homme. Et, du coup, cette complexit\u00e9 proprement anthropologique de la communication est naturellement renforc\u00e9e par celle de la soci\u00e9t\u00e9 qui, elle-m\u00eame, \u00e0 besoin de communication.<\/p>\n<p> <strong> Mais les gens comprennent de moins en moins cette communication que vous appelez normative. Nous venons d&#8217;en voir un exemple avec la campagne \u00e9lectorale. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. W.: <\/strong> Quand les enjeux n&#8217;arrivent pas \u00e0 se d\u00e9gager, \u00e7a ne sert \u00e0 rien. Et lorsqu&#8217;on parle de communication politique, le plus important, c&#8217;est la politique. Trop de personnes veulent r\u00e9duire la politique \u00e0 de la simple communication. Celle-ci est donc menac\u00e9e par deux d\u00e9rives folles: l&#8217;id\u00e9ologie technique et l&#8217;id\u00e9ologie \u00e9conomique qui fait qu&#8217;elle se transforme en business.<\/p>\n<p> <strong> Les \u00e9tudes sur la communication ont-elles une influence sur la mani\u00e8re de communiquer ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. W.: <\/strong> Non. C&#8217;est tragique, parce que les recherches, dans quelque domaine que ce soit, n&#8217;ont aucune influence. Elles n&#8217;en acqui\u00e8rent une qu&#8217;en cas de crise sur un sujet donn\u00e9. Or, la communication est en pleine expansion. Mais elle se situe tellement au coeur des rapports sociaux qu&#8217;elle finira bient\u00f4t par \u00eatre un objet de conflit. Et cette remise en question viendra de la part du public, lorsqu&#8217;il en aura assez de cette overdose communicationnelle qui le consid\u00e8re bien souvent comme un imb\u00e9cile.<\/p>\n<p><strong> Le Wolton <\/strong><\/p>\n<p>Dira-t-on un jour de ce livre sur la communication le Wolton comme on parle du Ma\u00eetron pour la biographie ou du Robert pour le dictionnaire ? Il le m\u00e9rite. Ce travail de r\u00e9f\u00e9rence sanctionne vingt ans de recherche. S&#8217;ouvrant par une sorte d&#8217;hymne \u00e0 la libert\u00e9 citoyenne (&#8220;il existe une marge de manoeuvre&#8221;), le livre se compose de six parties: les concepts; t\u00e9l\u00e9vision, le lien social; communication et d\u00e9mocratie; information et journalisme; les nouvelles technologies; l&#8217;Europe. Dans les conclusions, on retiendra notamment cette proposition: &#8220;\u00e0 propos des rapports entre la communication et la politique, l&#8217;objectif consiste \u00e0 r\u00e9habiliter la politique contre la communication, pour essayer d&#8217;inverser l&#8217;ordre qui lentement s&#8217;installe dans les d\u00e9mocraties, au profit de la communication&#8221;. Il plaide pour &#8220;une r\u00e9glementation&#8221; de la communication, ce qui ne signifie pas restreindre sa libert\u00e9 mais pr\u00e9server sa dimension normative.n G. S.<\/p>\n<p>Dominique Wolton, Penser la communication, Flammarion, 400 p, 135 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Dominique Wolton <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-541","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/541","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=541"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/541\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=541"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=541"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=541"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}