{"id":54,"date":"1995-09-01T00:00:00","date_gmt":"1995-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-habits-neufs-de-la-droite054\/"},"modified":"1995-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-08-31T22:00:00","slug":"les-habits-neufs-de-la-droite054","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=54","title":{"rendered":"Les habits neufs de la droite"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  Le projet chiraquien cherchait \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la volont\u00e9 de changer des Fran\u00e7ais. Mais l&#8217;action gouvernementale d\u00e9ment d\u00e9j\u00e0 les engagements \u00e9lectoraux. Elle tente d&#8217;int\u00e9grer les salari\u00e9s \u00e0 leur propre exploitation. Le d\u00e9bat sur de v\u00e9ritables solutions \u00e0 la crise s&#8217;en trouve r\u00e9activ\u00e9. Une course de vitesse s&#8217;engage. Elle porte sur le contenu du changement. <\/p>\n<p>Annonce de la reprise des essais nucl\u00e9aires, contrats initiative-emploi, voyage africain, r\u00e9forme constitutionnelle, d\u00e9claration pr\u00e9sidentielle reconnaissant la responsabilit\u00e9 de l&#8217;Etat fran\u00e7ais dans l&#8217;extermination des juifs, propositions pour la Bosnie: pendant l&#8217;\u00e9t\u00e9, le duo Chirac-Jupp\u00e9 n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 avare d&#8217;initiatives. Ils sont souvent pourtant apparus au four et au moulin, seuls, volontaristes. Leur majorit\u00e9 est rest\u00e9e dans l&#8217;attente, l&#8217;expectative, et le patronat r\u00e9ticent, voire hostile.&#8221; Le premier ministre est aujourd&#8217;hui dans la posture d&#8217;un boxeur qui cherche son souffle sous l&#8217;oeil goguenard d&#8217;une majorit\u00e9 qui compte les points &#8220;, \u00e9crivait le Figaro du 24 juillet.<\/p>\n<p> <strong>  Un succ\u00e8s construit sur l&#8217;id\u00e9e du n\u00e9cessaire changement  <\/strong><\/p>\n<p>Tableau \u00e9tonnant. Comment le comprendre ? Annonce-t-il, d\u00e8s septembre, de nouveaux durcissements, des signes d&#8217;all\u00e9geance ou des r\u00e9conciliations surprises ? Ces affrontements profiteront-ils aux puissants, se feront-ils sur le dos des salari\u00e9s ? Ou les progressistes tireront-ils leur \u00e9pingle de cette situation complexe ?<\/p>\n<p>Jacques Chirac a construit son succ\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle sur l&#8217;id\u00e9e du n\u00e9cessaire changement. Son projet politique et \u00e9conomique visait \u00e0 s&#8217;attaquer \u00e0 la fracture sociale. Dans son analyse, le statu quo, la continuation d&#8217;une politique o\u00f9 l&#8217;argent et les profits \u00e9taient les seuls servis, ne pouvait que mener \u00e0 l&#8217;explosion sociale. Elle mettait en p\u00e9ril le pouvoir de la droite. Il consid\u00e9rait, dans le m\u00eame esprit, que le renoncement \u00e0 voir la France jouer un r\u00f4le de premier plan en Europe et dans le monde ne pouvait que favoriser la mont\u00e9e &#8211; par r\u00e9action &#8211; du sentiment nationaliste et donc de Le Pen. Autre source de fragilit\u00e9 pour la droite. Ces orientations n&#8217;\u00e9taient pas conjoncturelles, \u00e9lectoralistes. Elles recouvrent une volont\u00e9 de mettre en place un projet droitier, national et populaire. Il s&#8217;agit toujours de parvenir \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration des salari\u00e9s, des ch\u00f4meurs, des citoyens aux objectifs capitalistes mais \u00e0 l&#8217;inverse de Balladur, en acceptant comme une donn\u00e9e de la situation, les aspirations les plus vives des Fran\u00e7ais: besoin de r\u00e9ponses au ch\u00f4mage et aux in\u00e9galit\u00e9s sociales, besoin de d\u00e9mocratie, besoin de nation. D&#8217;o\u00f9 un apparent paradoxe. Le discours chiraquien identifie souvent de v\u00e9ritables probl\u00e8mes mais les r\u00e9ponses qu&#8217;il propose tentent toujours de pr\u00e9server les int\u00e9r\u00eats capitalistes, le pouvoir politique de la droite.<\/p>\n<p>Il constate, par exemple, le refus des dirigeants d&#8217;entreprises de prendre leurs responsabilit\u00e9s dans la lutte contre le ch\u00f4mage mais, faute de vouloir s&#8217;attaquer aux int\u00e9r\u00eats financiers, il propose de r\u00e9duire les charges sociales sur les bas salaires et revient sur les dispositions s&#8217;opposant \u00e0 l&#8217;utilisation des contrats initiative-emploi comme emplois de substitution \u00e0 des emplois existants. Il en appelle \u00e0 la reprise de la consommation mais augmente la TVA et de nombreux tarifs de services publics qui freinent le pouvoir d&#8217;achat de ceux qui en ont le plus besoin. Il parle de revaloriser le travail mais, au lieu d&#8217;augmenter les bas et les moyens salaires, il pr\u00f4ne l&#8217;int\u00e9ressement aux r\u00e9sultats&#8230;financiers de l&#8217;entreprise. Il d\u00e9clare sa volont\u00e9 de justice sociale mais pr\u00e9voit de baisser l&#8217;imp\u00f4t sur les hauts revenus. Il dit vouloir r\u00e9duire la fracture sociale mais projette de privatiser une grande partie du secteur public pourtant source de solidarit\u00e9 et d&#8217;am\u00e9nagement \u00e9quilibr\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  Quelques paradoxes du discours chiraquien  <\/strong><\/p>\n<p>Il invoque la d\u00e9mocratie, le r\u00f4le accru du Parlement mais fait adopter une r\u00e9forme constitutionnelle qui renforce de fait les pouvoirs du pr\u00e9sident. Il souhaite voir grandir le r\u00f4le de la France dans le monde, mais \u00e0 contre-courant des \u00e9volutions internationales &#8211; il engage la reprise des essais nucl\u00e9aires et isole la France.<\/p>\n<p>Ce projet op\u00e8re effectivement un changement structurel. Mais sur aucun des grands choix, il ne prend le parti du peuple. Il veut au contraire int\u00e9grer les salari\u00e9s \u00e0 leur propre exploitation.<\/p>\n<p>Dans la population, son attrait reste encore r\u00e9el pour au moins deux raisons. Il semble s&#8217;attaquer \u00e0 de vrais probl\u00e8mes, les prendre en compte. Il refuse dans les mots le conservatisme, l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;on ne peut que travailler \u00e0 la marge, les arguments de type &#8221; on voudrait bien changer mais on ne peut pas faire autrement &#8220;. Cette derni\u00e8re id\u00e9e a encore ses \u00e9mules.<\/p>\n<p>A droite, dans la lign\u00e9e de Balladur, certains pensent qu&#8217;en servant &#8211; en douceur &#8211; la pens\u00e9e unique, ils pourront faire accepter \u00e0 notre peuple &#8211; au nom du r\u00e9alisme &#8211; l&#8217;Europe de Maastricht, l&#8217;affaiblissement de notre pays, la domination de la finance et la fracture sociale quitte \u00e0 l&#8217;accompagner socialement. Les dirigeants actuels du patronat pensent la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>La droite europ\u00e9enne aussi. Les \u00e9v\u00e9nements des derniers mois indiquent que l&#8217;affrontement entre eux est engag\u00e9. La contradiction s&#8217;aiguise entre la volont\u00e9 de changement exprim\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises par les \u00e9lecteurs et les exigences des plus puissants de voir pr\u00e9server sans attendre et \u00e0 100% tous leurs int\u00e9r\u00eats. Jacques Chirac est doublement au coeur de cette contradiction du fait de la nature de son projet et de l&#8217;opposition des balladuriens, des europ\u00e9istes et du patronat. Il propose \u00e0 celui-ci le &#8221; donnant-donnant &#8220;, la baisse des charges des entreprises contre la cr\u00e9ation d&#8217;emplois, le patronat refuse la notion &#8221; d&#8217;entreprise citoyenne &#8220;. Il met en cause le principe du franc fort au nom de la croissance et de la libert\u00e9 de la France. Le Monde dat\u00e9 du 8 ao\u00fbt 1995 annonce le &#8221; retour \u00e0 l&#8217;orthodoxie mon\u00e9taire &#8221; et consid\u00e8re que Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France, mon\u00e9tariste convaincu, &#8221; a gagn\u00e9 une premi\u00e8re manche &#8220;. Il en appelle \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 des hommes politiques mais ses anciens amis alimentent la presse d&#8217;information le compromettant, lui et son entourage. Faute d&#8217;avoir convaincu la droite dans son ensemble et le patronat en particulier, faute de vouloir s&#8217;appuyer sur le peuple dont ils ne peuvent satisfaire les v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats, Jacques Chirac et Alain Jupp\u00e9 sont en difficult\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  Des dangers mais aussi de nouvelles possibilit\u00e9s  <\/strong><\/p>\n<p>Ils semblent reculer tout en continuant \u00e0 affirmer leur volont\u00e9 de changement. Leurs concessions au patronat semblent l&#8217;emporter. La v\u00e9h\u00e9mence de leurs discours cherche-t-elle, dans ces conditions, \u00e0 compenser la modestie des r\u00e9sultats ? Ou pr\u00e9pare-t-elle des actes de rentr\u00e9e en vue d&#8217;affirmer leur autorit\u00e9 ? D&#8217;aucuns parlent de r\u00e9f\u00e9rendum, d&#8217;autres de menaces de dissolution de l&#8217;Assembl\u00e9e, d&#8217;une tentative de reprise en main de la majorit\u00e9. Philippe S\u00e9guin attend son heure. Jupp\u00e9 invite Sarkozy, son adversaire d&#8217;hier. D\u00e9solant spectacle qui contraste avec l&#8217;attente populaire toujours r\u00e9elle \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du pouvoir.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e9ments d&#8217;un approfondissement de la crise, en particulier politique, de notre soci\u00e9t\u00e9 sont l\u00e0.<\/p>\n<p>Le Pen en tient compte. Il joue l&#8217;\u00e9chec, l&#8217;exacerbation de cette crise politique. Il fait ventre de tout, surtout du pire ! Des assassinats d&#8217;enfants aux attentats terroristes, il profite de tout ce qui inqui\u00e8te, bouleverse, r\u00e9volte. Cet homme n&#8217;en est que plus dangereux, ses id\u00e9es aussi: le culte du chef et de l&#8217;ordre, le rejet de l&#8217;autre et des diff\u00e9rences, le d\u00e9mant\u00e8lement de notre syst\u00e8me de protection sociale, la recherche du bouc \u00e9missaire, un nationalisme x\u00e9nophobe. Il se nourrit de la crise pour semer la haine, opposer les victimes entre elles, cultiver les solutions simplistes. Il est maintenant &#8211; malheureusement &#8211; sur la route de toutes celles et de tous ceux qui cherchent une issue \u00e0 leur mal-vie. Face \u00e0 lui, les bonnes paroles ne suffisent pas. Son recul passe par un affrontement politique de grande envergure contre ses id\u00e9es et par l&#8217;action sur tous les terrains pour faire reculer la crise.<\/p>\n<p>La situation actuelle est in\u00e9dite, en pleine \u00e9volution. Elle rec\u00e8le des dangers mais aussi de nouvelles possibilit\u00e9s. Jacques Chirac, en attaquant la pens\u00e9e unique, rouvre lui-m\u00eame, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, le d\u00e9bat sur d&#8217;autres solutions. Il a multipli\u00e9 les promesses qu&#8217;il ne pourra pas satisfaire. De nouvelles d\u00e9ceptions vont en na\u00eetre, qui peuvent pousser \u00e0 de nouvelles aventures y compris extr\u00e9mistes. Elles peuvent favoriser aussi le retour au conservatisme.<\/p>\n<p>Le Parti socialiste semble, pour l&#8217;instant, attendre l&#8217;\u00e9chec. Il ne met pas en cause ses dogmes des ann\u00e9es 80. Il veut se poser en recours le moment venu, telle est sa strat\u00e9gie.<\/p>\n<p>Henri Weber, secr\u00e9taire du Parti socialiste, le confirme. Le capitalisme \u00e9tant l&#8217;horizon ind\u00e9passable, il pr\u00f4ne &#8221; l&#8217;\u00e9dification de l&#8217;Europe politique &#8220;, &#8221; l&#8217;opposition r\u00e9solue \u00e0 la politique conservatrice-lib\u00e9rale du gouvernement Jupp\u00e9 &#8220;, &#8221; une adaptation de ses [le PS] formes d&#8217;organisation et d&#8217;action \u00e0 son nouvel environnement politique &#8221; comme les moyens de la r\u00e9novation du Parti socialiste qu&#8217;il qualifie de &#8221; seul grand parti de gauche &#8220;. Assurance qui cache mal l&#8217;inqui\u00e9tude des dirigeants socialistes sur la crise \u00e0 laquelle est confront\u00e9 leur parti.<\/p>\n<p>Toutes ces hypoth\u00e8ses existent mais un autre sc\u00e9nario se profile aussi: des forces de plus en plus nombreuses refusent l&#8217;inacceptable tout de suite, cherchent une voie progressiste diff\u00e9rente de celle qui a \u00e9chou\u00e9, refusent de consid\u00e9rer que nous vivons la fin de l&#8217;Histoire. Cette situation ouverte, la crise du pouvoir incite \u00e0 de nouvelles luttes, de nouvelles rencontres, de nouveaux d\u00e9bats pour remporter de salutaires victoires. Succ\u00e8s d&#8217;autant plus possibles que le pouvoir se targue de changement et que par l\u00e0 m\u00eame il est plus sensible \u00e0 la pression populaire. En t\u00e9moigne, par exemple, le recul qu&#8217;il a d\u00fb op\u00e9rer en maintenant, malgr\u00e9 ses projets initiaux, l&#8217;encadrement du prix des loyers.<\/p>\n<p>Notre peuple a indiqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises qu&#8217;il ne voulait pas du statu quo. Une course de vitesse est engag\u00e9e. Elle porte d&#8217;abord sur le contenu du changement. Pour que cette volont\u00e9 de changement ne se fourvoie pas, une chose est s\u00fbre: l&#8217;opposition \u00e0 Chirac-Jupp\u00e9 est indispensable. Elle doit se conjuguer avec un effort soutenu pour porter d&#8217;autres solutions, pour d\u00e9gager une nouvelle construction politique \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Merci au Centre de documentation du Comit\u00e9 national du Parti communiste fran\u00e7ais, et particuli\u00e8rement \u00e0 Pascal Carreau, pour l&#8217;aide apport\u00e9e au rassemblement des documents \u00e9crits et au traitement des donn\u00e9es chiffr\u00e9es.<\/p>\n<p>Un d\u00e9bat sur ce sujet, auquel Alain Hayot participe, a lieu dans l&#8217;espace Midi de la f\u00eate de l&#8217;Humanit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  Le projet chiraquien cherchait \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la volont\u00e9 de changer des Fran\u00e7ais. Mais l&#8217;action gouvernementale d\u00e9ment d\u00e9j\u00e0 les engagements \u00e9lectoraux. Elle tente d&#8217;int\u00e9grer les salari\u00e9s \u00e0 leur propre exploitation. 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