{"id":5336,"date":"2012-03-14T08:00:00","date_gmt":"2012-03-14T07:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/lucas-belvaux-je-suis-dans-la5336\/"},"modified":"2023-06-23T23:11:05","modified_gmt":"2023-06-23T21:11:05","slug":"lucas-belvaux-je-suis-dans-la5336","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5336","title":{"rendered":"Lucas Belvaux: \u00ab Je suis dans la filiation d\u2019un cin\u00e9ma politique \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Avec <em>38 T\u00e9moins<\/em>, son nouvel opus, Lucas Belvaux poursuit<br \/>\nson voyage du c\u00f4t\u00e9 obscur de l\u2019humain en m\u00eame<br \/>\ntemps que sa collaboration avec Yvan Attal. Polar paradoxal<br \/>\nautant que film sur la l\u00e2chet\u00e9, <em>38 T\u00e9moins<\/em> offre<br \/>\naussi un miroir invers\u00e9 qui interroge le sens de l\u2019engagement.<br \/>\nRencontre avec un cin\u00e9aste concern\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Pourquoi avoir choisi d\u2019adapter le roman de Didier<br \/>\nDecoin Est-ce ainsi que les femmes meurent ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> Pour la situation bien \u00e9videmment. Plus qu\u2019un roman c\u2019est<br \/>\nun fait divers. On n\u2019imagine pas que trente-huit personnes<br \/>\npuissent assister \u00e0 un meurtre sans r\u00e9agir ! Objectivement<br \/>\nelles ne risquaient rien \u00e0 prendre leur t\u00e9l\u00e9phone pour appeler<br \/>\nla police, alors qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019on laisse une fille mourir,<br \/>\nsans rien faire ? Voil\u00e0, ce genre de choses suffit pour faire un<br \/>\nfilm\u2026 Toute la difficult\u00e9 a consist\u00e9 \u00e0 adapter cette histoire qui<br \/>\nse passe en 1964 \u00e0 New York\u2026<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Et donc \u00e0 transformer le polar en quelque chose d\u2019autre ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> Oui. Plus que le polar c\u2019est le point de vue moral qui m\u2019importait.<br \/>\nNous sommes dans une \u00e9poque o\u00f9 le cin\u00e9ma ne pose<br \/>\npas beaucoup de questions de morale et je trouve que \u00e7a<br \/>\nmanque un peu. \u00c0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on fait preuve d\u2019un<br \/>\nminimum d\u2019empathie, on ne peut que se mettre \u00e0 la place<br \/>\ndes trente-huit t\u00e9moins. On ne peut que se poser la question<br \/>\n\u00ab <em>qu\u2019aurais-je fait ?<\/em> \u00bb, et on ne peut qu\u2019y r\u00e9pondre \u00ab<em> j\u2019aurais<br \/>\nfait quelque chose<\/em> \u00bb, \u00e0 juste titre. Alors pourquoi n\u2019ont-ils rien<br \/>\nfait ? Et cette question-l\u00e0, h\u00e9las, n\u2019a pas de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Le film pose une question implicite, quel seuil d\u2019horreur<br \/>\nfaut-il atteindre pour que l\u2019on r\u00e9agisse ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> C\u2019est juste. En m\u00eame temps, j\u2019ai essay\u00e9 de faire un film nont otalitaire. Toutes les questions<br \/>\nsont l\u00e9gitimes mais je ne donne<br \/>\naucune r\u00e9ponse. Certes, ce film<br \/>\nparle d\u2019engagement, mais il parle<br \/>\naussi d\u2019autres choses. Finalement,<br \/>\nc\u2019est un film dans lequel le spectateur<br \/>\nest trait\u00e9 en spectateur, c\u2019est\u00e0-<br \/>\ndire qu\u2019il est \u00e0 sa juste place.<br \/>\nCe n\u2019est pas un film d\u2019identification.<br \/>\n\u00c0 aucun moment le spectateur n\u2019est otage du film. Je voulais que les spectateurs<br \/>\nsoient t\u00e9moins\u2026 des t\u00e9moins. Neutres. Un peu comme des<br \/>\njur\u00e9s peut-\u00eatre\u2026<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Le film d\u00e9marre par de longs plans de cargo en mer, plans compl\u00e8tement esth\u00e9tis\u00e9s. Quel en est le sens, par-del\u00e0<br \/>\nle lien avec le m\u00e9tier de pilote qu\u2019exerce le personnage<br \/>\nd\u2019Yvan Attal ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> L\u2019id\u00e9e sous-jacente \u00e9tait celle du bateau de <em>Nosferatu<\/em> de Murnau, qui am\u00e8ne les rats. Dans le film, l\u2019assassin ne vient<br \/>\npas du bateau. Mais peut-\u00eatre que oui. En fait, on n\u2019en sait<br \/>\nrien. Dans la premi\u00e8re version du sc\u00e9nario, l\u2019assassin descendait<br \/>\ndu cargo et repartait au petit jour avec le m\u00eame<br \/>\nporte-containers. Finalement, je n\u2019ai pas gard\u00e9 cette id\u00e9e de<br \/>\nsc\u00e9nario, mais j\u2019ai conserv\u00e9 le bateau du d\u00e9but, parce que<br \/>\ncela permettait une entr\u00e9e en douceur dans le film, dans un<br \/>\ncr\u00e9puscule qui nous emmenait vers la nuit du meurtre\u2026<br \/>\nC\u2019\u00e9tait ma fa\u00e7on de planter le d\u00e9cor.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>On reste donc dans la frustration<br \/>\nde l\u2019enqu\u00eate non r\u00e9solue\u2026<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> Oui, mais je pense que l\u2019enqu\u00eate<br \/>\nn\u2019a aucune importance dans le<br \/>\nsujet. D\u00e9j\u00e0 la victime ne m\u2019int\u00e9resse<br \/>\npas beaucoup, on en parle tr\u00e8s peu,<br \/>\net le meurtre, lui, ne m\u2019int\u00e9resse pas<br \/>\ndu tout. On en voit sans arr\u00eat au cin\u00e9ma,<br \/>\ndes tueurs en s\u00e9rie, des films<br \/>\ncentr\u00e9s sur les victimes, des films<br \/>\ncompassionnels sur les familles,<br \/>\nsur la douleur, sur la vengeance.<br \/>\nMoi, ne j\u2019ai pas grand-chose \u00e0 dire<br \/>\nde plus. Je ne peux que faire part<br \/>\nd\u2019un effroi.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>J\u2019ai lu un entretien de vous dans<br \/>\nlequel vous disiez : \u00ab Il y a toujours un moment o\u00f9 \u00e7a coince dans mes films. \u00bb Et dans<\/em> 38 T\u00e9moins,<em> \u00e7a coince o\u00f9 ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> Ce qui peut coincer c\u2019est que <em>38 T\u00e9moins<\/em> est un film de<br \/>\ntexte, dans lequel il y a de la parole. Contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e<br \/>\ndu cin\u00e9ma spectacle, je pense que tout ne peut pas passer<br \/>\npar l\u2019image ! Il y a de tr\u00e8s grands films qui sont du<br \/>\nth\u00e9\u00e2tre film\u00e9, par exemple <em>Sc\u00e8nes de la vie conjugale<\/em> de<br \/>\nBergman, \u00e7a parle, \u00e7a parle, \u00e7a parle. Une fois que j\u2019ai dit<br \/>\ncela, peut-\u00eatre que je ne suis pas \u00e0 la hauteur de Bergman.<br \/>\nH\u00e9las, probablement\u2026<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Vous d\u00e9clariez aussi faire un cin\u00e9ma \u00ab humaniste \u00bb.<br \/>\nDe quoi s\u2019agit-il ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> Eh bien c\u2019est un cin\u00e9ma qui met l\u2019humain au centre. Dans<br \/>\nlequel j\u2019essaie de trouver o\u00f9 \u00ab \u00e7a coince \u00bb justement, dans<br \/>\nlequel mes personnages ne sont pas \u00ab b\u00e9tonn\u00e9s \u00bb. Oui,<br \/>\nj\u2019assume la complexit\u00e9, et parfois m\u00eame les trous dans les<br \/>\npersonnages. Il n\u2019y a ni h\u00e9ros ni salauds absolus\u2026 \u00e0 part<br \/>\nl\u2019assassin, mais lui, je ne le montre pas parce que je ne sais<br \/>\npas quoi en dire, je ne le comprends pas. Ce ne sont pas les<br \/>\npersonnages qui sont au service du film, c\u2019est l\u2019inverse. Le<br \/>\nfilm les regarde et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 eux. C\u2019est en ce sens que je<br \/>\nparle de cin\u00e9ma humaniste.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Dans sa traduction politique cela pourrait faire penser \u00e0<br \/>\nBayrou ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> Ah non\u2026 je ne suis pas proche du Modem. Du tout (rires) ! Et je n\u2019ai pas l\u2019impression qu\u2019ils mettent l\u2019humain au centre. Dans<br \/>\nleurs discours oui, c\u2019est vrai, mais c\u2019est de la tactique, du<br \/>\npositionnement. Le Modem, finalement, ce n\u2019est pas l\u2019humain<br \/>\nqu\u2019il met au centre mais la dette ! Ils<br \/>\nne parlent que de \u00e7a ! Et leur r\u00e9solution<br \/>\nde la dette, elle ne prend pas en<br \/>\ncompte l\u2019humain justement ! Quand<br \/>\nles Grecs auront pay\u00e9 \u00ab leur dette \u00bb<br \/>\nils seront tous morts ! Pour moi, le<br \/>\ntraitement humain de la dette c\u2019est<br \/>\nde l\u2019annuler, et basta !<\/p>\n<p><strong>Regards.fr:<\/strong> <strong> <em>Et votre filiation politique ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Lucas Belvaux:<\/strong> Moi, je suis dans la filiation d\u2019un<br \/>\ncin\u00e9ma politique ! Renoir \u00e9videmment.<br \/>\nLe cin\u00e9ma russe aussi. Par<br \/>\nexemple <em>Quand passent les cigognes<\/em><br \/>\nde Kalatozov dans lequel<br \/>\nil y a des choses extraordinaires !<br \/>\nAlors oui, il s\u2019agit de films de propagande,<br \/>\nmais ces films-l\u00e0 sont aussi<br \/>\ndes films de mythologie. Donc on<br \/>\npeut les aimer. Il y a aussi le cin\u00e9ma<br \/>\nde propagande am\u00e9ricain, les<br \/>\ngrands westerns de Ford \u00e9videmment.<br \/>\nC\u2019est extraordinaire, c\u2019est l\u00e0<br \/>\no\u00f9 l\u2019humain joue ! Il ne faut quand<br \/>\nm\u00eame pas oublier que les cin\u00e9astes<br \/>\nstaliniens ne sont pas Staline. Ce<br \/>\nsont des artistes qui vont aimer les<br \/>\nhommes, les personnages, y faire<br \/>\nattention.<\/p>\n<p>En fait, les grands cin\u00e9astes,<br \/>\nquelles que soient leurs id\u00e9ologies,<br \/>\nleurs origines, ce qui les relie c\u2019est<br \/>\n\u00e7a : leur attention aux personnages.<br \/>\nC\u2019est cela qui fait les grandes<br \/>\nmises en sc\u00e8ne, celles qui rendent<br \/>\ncompte des rapports entre les gens<br \/>\net en m\u00eame temps de la complexit\u00e9<br \/>\ndes individus.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5336 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/delvb-c67.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/delvb-c67-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Lucas Belvaux: \u00ab Je suis dans la filiation d\u2019un cin\u00e9ma politique \u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-16120\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16120'>\n\t\t\t\tLucas Belvaux: \u00ab Je suis dans la filiation d\u2019un cin\u00e9ma politique \u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/delvc-fb1.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/delvc-fb1.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Lucas Belvaux: \u00ab Je suis dans la filiation d\u2019un cin\u00e9ma politique \u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-16121\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-16121'>\n\t\t\t\tLucas Belvaux: \u00ab Je suis dans la filiation d\u2019un cin\u00e9ma politique \u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/delv-eef.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/delv-eef-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"delv.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec <em>38 T\u00e9moins<\/em>, son nouvel opus, Lucas Belvaux poursuit<br \/>\nson voyage du c\u00f4t\u00e9 obscur de l\u2019humain en m\u00eame<br \/>\ntemps que sa collaboration avec Yvan Attal. 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