{"id":5241,"date":"2012-01-30T08:00:00","date_gmt":"2012-01-30T07:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/angouleme-entre-exigences5241\/"},"modified":"2023-06-23T23:10:47","modified_gmt":"2023-06-23T21:10:47","slug":"angouleme-entre-exigences5241","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5241","title":{"rendered":"Angoul\u00eame : entre exigences artistiques et foire marchande"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Rendez-vous incontournable du neuvi\u00e8me art, le Festival international de la bande dessin\u00e9e d&#8217;Angoul\u00eame qui a ferm\u00e9 ses portes dimanche 29 janvier est le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une opposition entre les grandes \u00e9ditions et les structures ind\u00e9pendantes. <\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e par beaucoup d\u2019auteurs le \u00ab\u00a0salon de l&#8217;agriculture de la bande dessin\u00e9e\u00a0\u00bb, le festival International de la BD d\u2019Angoul\u00eame reste une immense foire aux livres qui comme tout produit culturel, n&#8217;\u00e9chappent pas aux r\u00e8gles du march\u00e9 de l&#8217;art. Ici les extr\u00eames se c\u00f4toient\u00a0: l\u2019\u0153uvre avant-gardiste et la BD produit-d\u00e9riv\u00e9 d&#8217;une s\u00e9rie TV, les chasseurs de d\u00e9dicaces et les artistes en devenir etc. Depuis une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es, le festival d&#8217;Angoul\u00eame est avant tout l&#8217;incarnation de la guerre \u00e9conomique, et donc artistique, opposant les mastodontes de la BD et les \u00e9diteurs alternatifs. A partir des ann\u00e9es 1990, un ensemble d\u2019\u00e9ditions ind\u00e9pendantes ont vu le jour, impuls\u00e9es par quelques artistes inventifs et radicaux. Subjectivit\u00e9 annonc\u00e9e, vision non-conformiste, elles ont consid\u00e9rablement renouvel\u00e9 et diversifi\u00e9 le neuvi\u00e8me art dans l&#8217;hexagone, voire en Europe. A Angoul\u00eame, dans l&#8217;espace Nouveau Monde on retrouve notamment l\u2019Association, Les Requins marteaux, Corn\u00e9lius, 6 pieds sous terre, Atrabile, Tanabis. <\/p>\n<p>Or dans une logique de profit croissant, les majors de la bande dessin\u00e9e ont rapidement repris \u00e0 leurs comptes les formes invent\u00e9s par la BD d&#8217;auteur : couverture souple, format noir et blanc, r\u00e9cit narratif et subjectif. \u00ab\u00a0<em>Le nouvel esprit du capitalisme a triomph\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la formidable r\u00e9cup\u00e9ration de la critique artiste<\/em>\u00a0\u00bb analysent les sociologues Eve Chiapello et Luc Boltanski [[<em>Le nouvel esprit du capitalisme<\/em>, de Eve Chiapello et Luc Boltanski, Gallimard 2005]]. Sans la moindre g\u00eane, Nadia Gibert la responsable d&#8217;\u00e9dition chez Casterman a ainsi pris l&#8217;habitude de d\u00e9clarer \u00e0 Angoul\u00eame que \u00ab\u00a0<em>la BD ind\u00e9pendante est son laboratoire<\/em>\u00a0\u00bb. D\u00e9sormais la mention \u00ab\u00a0roman graphique\u00a0\u00bb appara\u00eet dans toute les collections, quelle que soit la d\u00e9marche artistique initiale. Pour reconqu\u00e9rir l&#8217;espace marchand qu&#8217;avaient d\u00e9fich\u00e9s les ind\u00e9pendants, Deno\u00ebl, propri\u00e9t\u00e9 de Gallimard a cr\u00e9\u00e9 Deno\u00ebl Graphic, Hachette Litt\u00e9ratures la Fouine illustr\u00e9e, Dargaud Poisson Pilote, etc. \u00ab\u00a0<em>Un simulacre de diversit\u00e9 qui singe nos m\u00e9thodes ! Sur le mod\u00e8le industriel, les gros \u00e9diteurs ont rendu reproductibles le geste de l&#8217;artisan mais l&#8217;offre est standardis\u00e9e et normalis\u00e9e <\/em> \u00a0\u00bb s&#8217;inqui\u00e8te Jean Louis Capon \u00e0 la t\u00eate des \u00e9ditions Corn\u00e9lius. <\/p>\n<p>A ceci s&#8217;ajoute que la BD peine encore \u00e0 conqu\u00e9rir sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans les mass-m\u00e9dias, qualifi\u00e9e encore parfois de \u00ab\u00a0<em>sous-culture<\/em>\u00a0\u00bb au regard de la litt\u00e9rature, du cin\u00e9ma ou de la musique. L&#8217;approche critique s&#8217;en ressent et \u00e0 nouveau, pour illustrer l&#8217;\u00e9dition 2012 du festival International charentais, les titres qui re\u00e7oivent le plus d\u2019\u00e9cho dans la presse g\u00e9n\u00e9raliste, occupent d\u00e9j\u00e0 95 % des parts du march\u00e9 de la BD.  Et dans ce cr\u00e9neau r\u00e9gulier qu&#8217;est devenu Angoul\u00eame, une fois de plus les chiffres annonc\u00e9s comme tr\u00e8s positifs par les journalistes masquent en fait une menace latente pour la BD d&#8217;auteur\u00a0: 5327 livres de bande dessin\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en 2011, soit +3,04% d&#8217;augmentation. Or s&#8217;il progresse r\u00e9guli\u00e8rement, le march\u00e9 se resserre aussi : \u00ab\u00a0<em>les grandes maisons d\u2019\u00e9ditions saturent volontairement l&#8217;offre, au risque de noyer les petites productions<\/em>\u00a0\u00bb s\u2019inqui\u00e8te Franky Baloney, responsable des Requins Marteaux, \u00e9dition ind\u00e9pendante bordelaise. Franky Baloney sait d&#8217;ailleurs bien de quoi il parle\u00a0: en d\u00e9pit d\u2019une cons\u00e9cration en 2009 avec l\u2019ouvrage Pinocchio par Winshluss, les difficult\u00e9s financi\u00e8res ont presque noy\u00e9s les Requins Marteaux en 2011. <\/p>\n<h2>Le compromis de la direction<\/h2>\n<p>Depuis maintenant 8 ans, les \u00e9ditions Dupuis imposent aux visiteurs du festival international de la bande dessin\u00e9e d\u2019Angoul\u00eame, un achat en contrepartie de la d\u00e9dicace d\u2019un auteur. Une logique pas tr\u00e8s bien accept\u00e9e par les amoureux du neuvi\u00e8me art qui d\u00e9noncent un souci de rentabilit\u00e9 toujours plus accru. Dans un festival qui reste cher (l\u2019entr\u00e9e adulte est de 14 \u20ac pour un jour), en 2010 beaucoup d&#8217;\u00e9ditions de l&#8217;espace grandes bulles ont emboit\u00e9 l\u2019obligation d\u2019achat. \u00ab\u00a0<em>Qui serait pr\u00eat \u00e0 payer pour entrer dans une librairie avec l\u2019intention d\u2019acheter des livres et de faire la queue afin d\u2019obtenir des d\u00e9dicaces\u00a0? Vous\u00a0?<\/em> \u00bb \u00e9crivait un peu provocateur en 2009 le dessinateur Morvandiau dans <em>le Monde Diplomatique<\/em>. Files d\u2019attentes, vigiles, la pratique de la d\u00e9dicace a pris une importance qui est en train de lui faire perdre tout son sens \u00e0 la cr\u00e9ation artistique. Tout en reconnaissant l&#8217;engagement et le savoir faire de son directeur artistique Benoit Mouchart, Morvandiau estime que\u00a0\u00ab\u00a0<em>Angoul\u00eame ne changera pas<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Depuis sa cr\u00e9ation, il y a presque quarante ans, ce festival a toujours cherch\u00e9 \u00e0 concilier logique artistique et n\u00e9cessit\u00e9s commerciales, au risque de ne contenter vraiment personne<\/em>\u00a0\u00bb analyse-t-il. En effet, la s\u00e9lection des ouvrages nomin\u00e9s pour le prix du Jury est le fruit de tractations avec les grands \u00e9diteurs et chaque ann\u00e9e elle est critiqu\u00e9e pour son caract\u00e8re consensuel. A la t\u00eate de la direction artistique depuis 2003, Benoit Mouchart est tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 des auteurs. On lui doit notamment \u00ab <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/tribune\/0101437961-la-bande-dessinee-doit-sortir-du-ghetto\">La bande dessin\u00e9e doit sortir du ghetto !<\/a>\u00bb, une tribune remarqu\u00e9e parue dans <em>Lib\u00e9ration<\/em> en 2003. Mouchart est convaincu que le secteur dans son ensemble reste fragile et qu&#8217;Angoul\u00eame doit avant tout assurer la reconnaissance de la BD, sur plusieurs tableaux : \u00ab <em>Le festival \u00e9volue. En 2012 on compte une centaine de rendez-vous o\u00f9 le public peut \u00e9changer avec les auteurs\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb se d\u00e9fend Benoit Mouchard. Les expositions et les rencontres internationales ont en effet constitu\u00e9 les grandes forces d&#8217;Angoul\u00eame. De Carlos Gimenez, en passant par Gipi, St\u00e9phane Blanquet ou Marjane Satrapi, le festival Angoul\u00eame a aussi \u00e9t\u00e9 le tremplin d&#8217;un ensemble d\u2019auteurs ind\u00e9pendants, voire m\u00eame consid\u00e9r\u00e9s jusqu\u2019ici impubliables. \u00ab\u00a0<em>Lorsqu\u2019il remporte le prix du meilleur en album en 1976, \u00a0Hugo Pratt, est alors inconnu du grand public. De la m\u00eame mani\u00e8re quand\u00a0 Marjane Satrapi est r\u00e9compens\u00e9 en 2003, certains \u00e9diteurs ont pu juger ce choix invendable<\/em>\u00a0\u00bb conclue Benoit Mouchart. <\/p>\n<p>Rien n&#8217;est simple donc, mais la crise \u00e9conomique combin\u00e9e \u00e0 la pression grandissante du march\u00e9, ne laissent pas le compromis sur lequel est fond\u00e9 le festival d&#8217;Angoul\u00eame, a l&#8217;abri de mauvaises surprises.   <\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5241 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/tommi_mustiri-db3._mrespoir._editions_la_5eme_couche-1_-_copie.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/tommi_mustiri-db3._mrespoir._editions_la_5eme_couche-1_-_copie-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Angoul\u00eame : entre exigences artistiques et foire marchande\" aria-describedby=\"gallery-1-15921\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-15921'>\n\t\t\t\tAngoul\u00eame : entre exigences artistiques et foire marchande\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/tommi_mustiri-8fa._mrespoir._editions_la_5eme_couche.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/tommi_mustiri-8fa._mrespoir._editions_la_5eme_couche-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"tommi_mustiri._mrespoir._editions_la_5eme_couche.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rendez-vous incontournable du neuvi\u00e8me art, le Festival international de la bande dessin\u00e9e d&#8217;Angoul\u00eame qui a ferm\u00e9 ses portes dimanche 29 janvier est le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une opposition entre les grandes \u00e9ditions et les structures ind\u00e9pendantes. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":15921,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[382],"class_list":["post-5241","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-bd"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5241"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5241\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15921"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}