{"id":5239,"date":"2012-01-29T10:00:00","date_gmt":"2012-01-29T09:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-defis-environnementaux5239\/"},"modified":"2023-06-23T23:10:47","modified_gmt":"2023-06-23T21:10:47","slug":"les-defis-environnementaux5239","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5239","title":{"rendered":"Les d\u00e9fis environnementaux r\u00e9inventent le th\u00e9\u00e2tre d\u2019action"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Deux spectacles cr\u00e9\u00e9s cet automne s&#8217;emparent de la question enironnementale. Du vert &#8211; sombre &#8211; sur les planches. <\/p>\n<p>L\u2019Environnement est sur le devant de la sc\u00e8ne. Les crises qu\u2019il traverse et les d\u00e9bats qu\u2019il soul\u00e8ve imposent de r\u00e9agir. Vite et fort. Tout le monde ou presque le dit. Mais dans le vacarme ambiant, la r\u00e9flexion a-t-elle r\u00e9ellement les moyens d\u2019avancer ? Les menaces incessantes que m\u00e9dias et grands d\u00e9cideurs font planer au-dessus de nos t\u00eates alimentent les angoisses d\u2019une opinion \u2013 nous \u2013 qui s\u2019\u00e9puise \u00e0 chercher des solutions et des r\u00e9ponses \u00e0 sa port\u00e9e. Voil\u00e0 le monde couleur vert-de-gris que peignent deux spectacles cr\u00e9\u00e9s cet automne\u00a0: <em>Avenir radieux, une fission fran\u00e7aise<\/em> de Nicolas Lambert, et <em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire<\/em> de la compagnie du Dernier Soir, un texte \u00e9crit par Emmanuelle Pireyre et mis en sc\u00e8ne par Myriam Marzouki. Le premier nous plonge dans la sombre histoire du nucl\u00e9aire hexagonal sur un mode quasi documentaire. Le second tire de nos faits et gestes quotidiens une fable sur la chute acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du mythe du progr\u00e8s.<br \/>\nDeux points de vue distincts, donc. Mais qui s\u2019annoncent compl\u00e9mentaires d\u00e8s l\u2019ironie grin\u00e7ante de leur titre respectif. Et dans lesquels on retrouve des proc\u00e9d\u00e9s tr\u00e8s proches, ceux d\u2019un th\u00e9\u00e2tre militant ambitieux et intelligent\u00a0: un r\u00e9alisme saisissant, un propos tr\u00e8s dense, une dose d\u2019humour pour faire passer le message. <\/p>\n<p>Dans ces spectacles, la coh\u00e9rence du discours tient lieu d\u2019intrigue. Beaucoup, beaucoup d\u2019informations circulent. Mais le sentiment d\u2019oppression suscit\u00e9 par cette avalanche fonctionne comme un ressors dramatique \u00e0 part enti\u00e8re. Les sc\u00e8nes de discussions sur internet de <em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire<\/em>, par exemple, sont de grands moments de divertissement. Au d\u00e9but les bons plans fusent sur les forums, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 travers le plateau\u00a0: euphorie du partage et de la conqu\u00eate du savoir. Puis au fur et \u00e0 mesure, la frappe s\u2019affole sur les claviers, on sent monter l\u2019hyst\u00e9rie, les peurs, les frustrations&#8230; \u00ab\u00a0<em>Comment faire\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: plus il y a d\u2019informations, plus il en faut\u00a0!<br \/>\nAlors de la folie des march\u00e9s financiers aux dessous du \u00ab\u00a0<em>nucl\u00e9aire strat\u00e9gique fran\u00e7ais<\/em>\u00a0\u00bb (alias \u00ab\u00a0<em>la bombe<\/em>\u00a0\u00bb), ces deux cr\u00e9ations abordent \u00e0 peu pr\u00e8s tous les aspects imaginables de leur sujet. Mais sous la forme de sayn\u00e8tes rythm\u00e9es, en prise directe avec l\u2019air du temps, qui les rendent passionnants. <\/p>\n<h2>Sans dogmatisme<\/h2>\n<p>Nicolas Lambert, comme \u00e0 son habitude, r\u00e9ussit un v\u00e9ritable one-man-show manifeste. Seul en sc\u00e8ne avec un contrebassiste (ou une violoncelliste) invisible, il interpr\u00e8te tous les acteurs qui font ou subissent le d\u00e9veloppement du nucl\u00e9aire \u00ab\u00a0pr\u00e8s de chez nous\u00a0\u00bb. Il navigue pour cela entre la reconstitution d\u2019archives \u2013 les confessions d\u2019un Pierre Guillaumat tapi dans l\u2019ombre, ex-\u00e9minence grise de la politique \u00e9nerg\u00e9tique de la France, ou les discours mi-carotte mi-b\u00e2ton d\u2019un Pr\u00e9sident Sarkozy irr\u00e9sistible\u2026 de dr\u00f4lerie \u2013 et des s\u00e9quences inspir\u00e9es des d\u00e9bats publics sur le nucl\u00e9aire organis\u00e9s notamment \u00e0 Penly et \u00e0 Flamanville. Il devient alors tour \u00e0 tour l\u2019animateur qui distribue et confisque la parole\u00a0; le repr\u00e9sentant syndical crachant sa col\u00e8re au micro\u00a0; l\u2019ing\u00e9nieur qui tremble d\u2019assumer son r\u00f4le d\u2019expert en s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire\u00a0; l\u2019\u00e9lu local roublard et p\u00e9remptoire\u00a0; ou cette femme qui quand m\u00eame, malgr\u00e9 tout, \u00ab\u00a0<em>[se] pose un petit peu des questions<\/em>\u00a0\u00bb\u2026<br \/>\nMais loin de donner syst\u00e9matiquement le beau r\u00f4le aux citoyens de base, cette galerie de portraits croque chacun dans ses exc\u00e8s et ses ambigu\u00eft\u00e9s. C\u2019est ainsi que le syndicaliste tonitruant, \u00e0 contre-courant de la pure opposition \u00e9cologiste au nucl\u00e9aire, joue simplement un calcul contre l\u2019autre\u00a0: plut\u00f4t les emplois et les retomb\u00e9es \u00e9conomiques d\u2019un nouvel hypermarch\u00e9, que les avantages li\u00e9s au d\u00e9veloppement d\u2019une centrale. Les dogmatismes \u2013 de tout bord \u2013 n\u2019ont pas leur place dans ce spectacle qui se joue dans le concret, \u00e0 hauteur d\u2019hommes et de femmes.<\/p>\n<h2>Des pantins d\u00e9sorient\u00e9s<\/h2>\n<p><em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire<\/em> adopte le m\u00eame parti pris. Avec en prime une r\u00e9flexion plus th\u00e9orique sur l\u2019absurdit\u00e9, voire le ridicule, auxquels la course au progr\u00e8s accule l\u2019humanit\u00e9. Le d\u00e9cor \u00e9colo-kitsch \u2013 aussi vert que celui de Nicolas Lambert est noir et d\u00e9pouill\u00e9 \u2013 fait mal aux yeux. Les dialogues sont satur\u00e9s par un fatras de mantras en tous genres\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il faut que tu \u00e9volues\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>On peut beaucoup progresser\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb, et encore ce refrain repris en ch\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ah, l\u00e0 l\u00e0\u00a0! C\u2019\u00e9tait vraiment n\u2019importe quoi. C\u2019\u00e9tait le 20\u00e8me si\u00e8cle\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le plus insupportable \u00e9tant que cette accumulation de formules-types ne sonne m\u00eame pas faux.\u00a0Port\u00e9e par l\u2019efficacit\u00e9 du jeu, de la mise en sc\u00e8ne et de l\u2019\u00e9criture, elle fait \u00e9cho \u00e0 une mani\u00e8re de communiquer tristement contemporaine o\u00f9 chacun s\u2019approprie et relaie \u00ab\u00a0de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb des injonctions venues\u2026 D\u2019en haut, \u00e9videmment. De ces grands manitous du management des foules qui, forts de leur expertise, imposent des choix d\u00e9cisifs pour l\u2019\u00e9volution de nos rapports \u00e0 la nature. <\/p>\n<p>En les convoquant sur sc\u00e8ne, Nicolas Lambert\u00a0en dresse un portrait \u00e9difiant. En les effa\u00e7ant du d\u00e9cor, la compagnie du Dernier Soir rend leur entreprise de \u00ab\u00a0conduite du changement\u00a0\u00bb plus terrifiante encore. Et ce alors m\u00eame que les injonctions en question sont moins discutables\u00a0: dans <em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire<\/em>, il ne s\u2019agit pas de faire accepter le risque nucl\u00e9aire. Les personnages cherchent au contraire \u00e0 se \u00ab\u00a0responsabiliser\u00a0\u00bb pour r\u00e9tablir des rapports plus \u00e9quilibr\u00e9s avec l\u2019environnement.<br \/>\nMais paradoxalement, leur prise de conscience les r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de pantins d\u00e9sorient\u00e9s. Hier adeptes du r\u00eave pavillonnaire en kit, puis \u00e9co-consommateurs consciencieux, cyber-citoyens en chambre\u00a0: les quatre com\u00e9diens se glissent de sketch en sketch dans la peau des g\u00e9n\u00e9rations qui se sont succ\u00e9d\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es, toujours pourchass\u00e9es par une menace nouvelle, toujours enthousiasm\u00e9es par un nouveau mod\u00e8le de vie \u00ab\u00a0responsable\u00a0\u00bb\u2026 Conditionn\u00e9es et asservies par leur culpabilisation permanente. <\/p>\n<p>Et quelle agitation\u00a0! Un jour, il faut \u00e0 tout prix sauver une cafeti\u00e8re \u00e9lectrique d\u00e9faillante de la poubelle. Panique \u00e0 bord. Puis voici un couple qui a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019expier \u00ab\u00a0<em>une empreinte \u00e9cologique qu\u2019[il] avait du mal \u00e0 assumer<\/em>\u00a0\u00bb. Tous les deux n\u2019ont plus depuis qu\u2019une seule occupation\u00a0: l\u2019\u00e9co-geste \u00e0 plein temps.<br \/>\nCes personnages, en fait, sont d\u00e9connect\u00e9s du r\u00e9el. Ils ne s\u2019expriment plus\u00a0: ils t\u00e9moignent, fa\u00e7on talk-show. Ils ne vivent pas\u00a0: ils fantasment la \u00ab\u00a0<em>real life<\/em>\u00a0\u00bb sans oser quitter leur \u00e9cran. La dialectique \u00ab\u00a0risque permanent\/progr\u00e8s obligatoire\u00a0\u00bb imprim\u00e9e dans les esprits est intenable. Elle ne peut mener qu\u2019\u00e0 l\u2019impasse, puis \u00e0 l\u2019explosion. <\/p>\n<p>Ou alors\u2026 elle se d\u00e9gonfle\u00a0: c\u2019est la revanche que nous offre <em>Avenir radieux<\/em> en plongeant au c\u0153ur du \u00ab\u00a0nucl\u00e9aire dans le texte\u00a0\u00bb. Ici encore, que de grands mots\u00a0! Au camp de \u00ab\u00a0<em>l\u2019ignorance<\/em>\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0<em>pass\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb voire du \u00ab\u00a0<em>Moyen \u00c2ge<\/em>\u00a0\u00bb s\u2019opposent inlassablement \u00ab\u00a0<em>le destin du pays<\/em>\u00a0\u00bb, notre \u00ab\u00a0<em>tr\u00e8s lourde responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis des g\u00e9n\u00e9rations futures<\/em>\u00a0\u00bb. Au regard de quoi s\u2019impose bien s\u00fbr\u00a0 \u00ab\u00a0<em>une avanc\u00e9e consid\u00e9rable<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: le choix de \u00ab\u00a0<em>l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0de la France<\/em>\u00a0\u00bb par l\u2019atome\u2026<br \/>\nUn atome fiable et s\u00fbr qui produit n\u00e9anmoins un gr\u00e9sillement de compteur Geiger sous l\u2019archet du musicien. \u00c0 moins que les accents d\u2019all\u00e9gresse qui animent (parfois) ces voix pontifiantes ne se transforment en sanglots. Avec ces clins d\u2019\u0153il sonores malicieux, tout est dit. Condens\u00e9e et restitu\u00e9e par Nicolas Lambert, la ritournelle officielle s\u2019effondre d\u2019elle-m\u00eame face \u00e0 la cruaut\u00e9 des faits. <\/p>\n<h2> Une troisi\u00e8me voix<\/h2>\n<p>On rel\u00e8ve d\u2019abord le parall\u00e9lisme parfait entre ces bonnes intentions et celles de l\u2019opinion. La <em>vox populi<\/em> aussi s\u2019inqui\u00e8te pour \u00ab\u00a0<em>nos enfants<\/em>\u00a0\u00bb. Des pratiques du \u00ab\u00a0Moyen \u00c2ge\u00a0\u00bb, elle aussi\u00a0 en d\u00e9nonce : ces institutions qui rivalisent d\u2019incomp\u00e9tence ou de mauvaise foi pour ne jamais r\u00e9pondre aux questions pos\u00e9es.<br \/>\nEt sur ce point de la transparence, Nicolas Lambert jette dans la balance des dossiers accablants. La supercherie grotesque des d\u00e9bats publics n\u2019est rien, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019atmosph\u00e8re de polar crasseux qu\u2019on d\u00e9couvre en coulisses. Elle pourrait se r\u00e9sumer \u00e0 un seul et unique objectif\u00a0: circonvenir \u00ab<em>\u00a0l\u2019opinion\u00a0publique<\/em> \u00bb, cette g\u00eaneuse, par tous les moyens. Au prix de man\u0153uvres clandestines comme de reniements publics. Avec aussi l\u2019appui de ces bulletins d\u2019information qui ponctuent le grand d\u00e9sordre de <em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire<\/em> \u2013 les deux spectacles d\u00e9noncent les m\u00e9dias dominants avec la m\u00eame virulence. Car comme le dit Pierre Guillaumat, la source de premi\u00e8re main d\u2019<em>Avenir radieux<\/em>\u00a0: \u00ab<em>\u00a0le Fran\u00e7ais n\u2019aime pas informer&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb <\/p>\n<p>Moralit\u00e9 ? Sous nos peurs environnementales, la r\u00e9alit\u00e9 de la crise est profond\u00e9ment politique. Au spectateur qui esp\u00e9rait \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb comprendre s\u2019il faut \u00eatre pour ou contre le nucl\u00e9aire, ou comment vivre sans \u00e9puiser les ressources de la plan\u00e8te, ces cr\u00e9ations d\u00e9montrent que le probl\u00e8me est encore plus grave et plus global. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle du syst\u00e8me.<br \/>\n<em>Avenir radieux<\/em> se garde donc de livrer des solutions pr\u00eates \u00e0 l\u2019emploi et finit toutes lumi\u00e8res \u00e9teintes. Dans <em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire<\/em>, plus tranch\u00e9, les personnages en viennent \u00e0 abattre le d\u00e9cor avant de se dresser au milieu d\u2019une brume qui annonce, pr\u00e9viennent-ils, un changement radical.<br \/>\nProbl\u00e8me, cette r\u00e9volution-coup de th\u00e9\u00e2tre appara\u00eet en porte-\u00e0-faux avec la complexit\u00e9 de l\u2019intrigue. Elle l\u00e8ve l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 du titre. Or le spectacle avait pos\u00e9 assez de jalons pour la laisser ouverte, cette question\u00a0: qui est le \u00ab\u00a0<em>nous<\/em>\u00a0\u00bb mena\u00e7ant, qui est le \u00ab\u00a0<em>vous<\/em>\u00a0\u00bb promis \u00e0 la destruction\u00a0? Comme si la troupe se raccrochait, au dernier moment, \u00e0 une forme d\u2019engagement qui n\u2019est pourtant pas la plus int\u00e9ressante \u2013 quand le th\u00e9\u00e2tre ass\u00e8ne sa radicalit\u00e9 au lieu de l\u2019expliquer, parce qu\u2019il ne s\u2019adresse au fond qu\u2019\u00e0 des convaincus d\u2019avance.<\/p>\n<p>Mais que le th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame fasse partie de la solution\u00a0: oui, absolument\u00a0! Un th\u00e9\u00e2tre qui informe, d\u00e9crypte, qui se fait m\u00e9dia alternatif contre les manquements du discours dominant. Un th\u00e9\u00e2tre qui en d\u2019autres termes ouvre une troisi\u00e8me voie\u00a0et l\u2019incarne, dans les deux spectacles, par le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 embl\u00e9matique\u00a0: l\u2019irruption d\u2019une\u00a0troisi\u00e8me <em>voix<\/em>\u00a0qui sort de l\u2019action pour s\u2019adresser directement au public.<br \/>\nAinsi l\u2019un des com\u00e9diens de <em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire <\/em> s\u2019extrait r\u00e9guli\u00e8rement des tribulations de ses camarades pour retourner sur eux un regard de reporter. De m\u00eame, il arrive \u00e0 Nicolas Lambert de prendre la parole \u00ab\u00a0en personne\u00a0\u00bb. On le voit m\u00eame au d\u00e9but finir de nouer sa cravate, commenter l\u2019actualit\u00e9&#8230; Puis livrer une des raisons qui l\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9crire sa <em>Fission fran\u00e7aise<\/em>\u00a0: les publicit\u00e9s grand public d\u2019EDF et d\u2019Areva. Il se demandait ce que ces grands industriels esp\u00e8rent \u00ab\u00a0vendre\u00a0\u00bb \u00e0 nous autres, modestes consommateurs. Alors il a enqu\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>Ces voix \u00ab\u00a0off\u00a0\u00bb permettent donc d\u2019accompagner le public. Avec, sur le pr\u00e9sent, un diagnostic tr\u00e8s clair\u00a0: les m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9s, les citoyens sont d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s des moyens de g\u00e9rer leur environnement. Concernant le pass\u00e9, les s\u00e9quences r\u00e9trospectives, nombreuses et plus ou moins r\u00e9centes, d\u00e9voilent ce qui a conduit \u00e0 ce d\u00e9r\u00e8glement.<br \/>\nMais quid du futur, de l\u2019avenir\u00a0? C\u2019est la pr\u00e9occupation qui tr\u00f4ne en t\u00eate d\u2019affiche de <em>Laissez-nous juste le temps de vous d\u00e9truire<\/em> et d\u2019<em>Avenir radieux<\/em>. Et sur ce plan, la troisi\u00e8me voix (du th\u00e9\u00e2tre) prend toute sa dimension,\u00a0puisque l\u2019information alternative\u00a0qu\u2019elle porte est justement en train de faire changer les choses. Elle modifie le rapport de force au profit de l\u2019opinion d\u00e9boussol\u00e9e qu\u2019incarnent non seulement les personnages sur le plateau, mais aussi les spectateurs dans la salle. En venant \u00e0 notre rencontre, cette voix mat\u00e9rialise la dynamique collective dont le spectacle a besoin pour entrer en action.<\/p>\n<p>Car parmi toutes les raisons de d\u00e9sesp\u00e9rer, le collectif est bien la seule base que nos auteurs pr\u00e9servent envers et contre tout. Leurs personnages continuent \u00e0 discuter sur internet du moyen de r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant leur empreinte \u00e9cologique \u2013 m\u00eame si le saccage se poursuit sans eux. Ils s\u2019obstinent \u00e0 participer aux r\u00e9unions de la Commission nationale du d\u00e9bat public \u2013 m\u00eame si la construction de l\u2019EPR de Penly s\u2019est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9e sans eux. Ils r\u00e9sistent.<br \/>\n\u00c7a n\u2019est d\u00e9finitivement pas le Grand Soir. Mais cela ressemble \u00e0 une reconqu\u00eate de la d\u00e9mocratie. Et c\u2019est peut-\u00eatre une r\u00e9ponse \u00e0 tous ceux qui se demandent pourquoi on n\u2019a pas vu, en France, des milliers d\u2019Indign\u00e9s se rassembler sur la place publique. Entre mille lieux possibles, le mouvement des Indign\u00e9s fran\u00e7ais est ici.\u00a0Dans ce th\u00e9\u00e2tre qui recycle\u00a0nos peurs\u00a0en une \u00e9nergie lumineusement vert-de-gris. <\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5239 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/laissez-nous_juste_le_temps_de-634._2011-dr_david_schaffer_2.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/laissez-nous_juste_le_temps_de-634._2011-dr_david_schaffer_2-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"laissez-nous_juste_le_temps_de._2011-dr_david_schaffer_2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/laissez-nous_juste_le_temps_de-af8._2011-dr_david_schaffer_2_-_copie.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/laissez-nous_juste_le_temps_de-af8._2011-dr_david_schaffer_2_-_copie-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Les d\u00e9fis environnementaux r\u00e9inventent le th\u00e9\u00e2tre d\u2019action\" aria-describedby=\"gallery-1-15919\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-15919'>\n\t\t\t\tLes d\u00e9fis environnementaux r\u00e9inventent le th\u00e9\u00e2tre d\u2019action\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux spectacles cr\u00e9\u00e9s cet automne s&#8217;emparent de la question enironnementale. 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