{"id":5151,"date":"2011-12-05T16:47:00","date_gmt":"2011-12-05T15:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/frantz-fanon-la-lutte-des-corps5151\/"},"modified":"2023-06-23T23:10:17","modified_gmt":"2023-06-23T21:10:17","slug":"frantz-fanon-la-lutte-des-corps5151","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5151","title":{"rendered":"Frantz Fanon, la lutte des corps"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Souvent les biographies d\u00e9politisent leur sujet. Pourtant, la col\u00e8re de l\u2019\u00e9crivain militant d\u00e9c\u00e9d\u00e9 il y a 50 ans questionne en profondeur nos soci\u00e9t\u00e9s marqu\u00e9es par une condamnation absolue de la violence des domin\u00e9s. Entretien avec Elsa Dorlin, philosophe et f\u00e9ministe.<\/p>\n<p><em>Ci-dessous, une version &#8220;enrichie&#8221; de l&#8217;entretien publi\u00e9 dans le num\u00e9ro de d\u00e9cembre<\/em>.<\/p>\n<p>Frantz Fanon, psychiatre, militant anticolonialiste et r\u00e9volutionnaire, est mort il y a cinquante ans. N\u00e9 en Martinique en 1925, il fut enterr\u00e9 en terre alg\u00e9rienne, son pays d\u2019adoption, le 6 d\u00e9cembre 1961. Son \u0153uvre chemine, en \u00e9cho \u00e0 sa propre vie, de la condition des Noirs aux combats de lib\u00e9ration nationale. \u00ab\u00a0<em>\u00f4 mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb Les derniers mots de <em>Peau noire, masques blancs<\/em> disent le r\u00f4le que l\u2019\u00e9crivain fait jouer \u00e0 l\u2019\u00e9piderme, aux muscles, \u00e0 la chair. \u00c0 tel point que la lib\u00e9ration, la d\u00e9sali\u00e9nation, l\u2019\u00e9mancipation passent chez lui par un d\u00e9ploiement musculaire qui s\u2019inscrit dans une violente lutte des corps. Fanon part de son exp\u00e9rience subjective d\u2019homme noir pour penser les rapports de couleurs et de classes. Puis il s\u2019appuie sur son engagement durant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie pour esquisser, dans <em>Les Damn\u00e9s de la terre<\/em>, les contours de cette \u00ab\u00a0<em>plaie vive [du colonis\u00e9] qui fuit l\u2019agent caustique<\/em>\u00a0\u00bb. Cinquante ans apr\u00e8s sa mort \u00ab\u00a0<em>On ne sait s\u2019il faut le consid\u00e9rer comme un \u201c Martiniquais \u201d, un \u201c Alg\u00e9rien \u201d, un \u201c Fran\u00e7ais \u201d ou, simplement, un \u201c Noir \u201d<\/em>\u00a0\u00bb, estime David Macey auteur d\u2019une biographie qui vient de para\u00eetre. Une chose est s\u00fbre, cette figure est au croisement des questions de couleurs, de classes, et m\u00eame, dans une certaine mesure, de sexes.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr\u00a0:<\/strong> <strong> <em>Quels usages de Fanon fait-on aujourd\u2019hui\u00a0?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Elsa Dorlin\u00a0:<\/strong> Fanon est bien plus connu et mobilis\u00e9 au-del\u00e0 des fronti\u00e8res hexagonales\u2026 En France m\u00e9tropolitaine, la comm\u00e9moration de sa disparition est aussi l\u2019occasion de (re)d\u00e9couvrir son \u0153uvre et son engagement. Sa pens\u00e9e est une r\u00e9f\u00e9rence pour articuler les luttes anticoloniales ou postcoloniales, les conflits de classe et de couleur et, dans une moindre mesure, les combats f\u00e9ministes. Du c\u00f4t\u00e9 de la th\u00e9orie, aux Etats-Unis, par exemple, les d\u00e9partements et les programmes d\u2019\u00e9tudes postcoloniales, francophones, mais aussi d\u2019\u00e9tudes africaines ou africaines am\u00e9ricaines le consid\u00e8rent comme un penseur majeur du XXe si\u00e8cle. Fanon reste aussi une ic\u00f4ne pour nombre de mouvements politiques aux Am\u00e9riques ou en Afrique\u00a0: il a inspir\u00e9 le tr\u00e8s embl\u00e9matique <em>Black Panther Party<\/em> et continu de nourrir id\u00e9ologiquement les h\u00e9ritiers du <em>Black Power<\/em>. L\u2019h\u00e9ritage antillais ou proprement alg\u00e9rien est plus compliqu\u00e9\u2026 Enfin, Frantz Fanon demeure un grand th\u00e9oricien de la r\u00e9volution\u00a0: il a toujours pens\u00e9 ensemble les antagonismes de couleur, de sexe et de classe. Dans <em>L\u2019an V de la r\u00e9volution<\/em>, qui porte sur la lutte de lib\u00e9ration nationale alg\u00e9rienne, le chapitre consacr\u00e9 aux combattantes alg\u00e9riennes, par exemple, porte sur les strat\u00e9gies de voilement et de d\u00e9voilement des femmes engag\u00e9es dans le FLN. C\u2019est l\u2019un de ses plus beaux textes, dans lequel il pense \u00e0 la fois l\u2019identit\u00e9 de genre, le courage physique et politique des militantes et la violence coloniale.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr\u00a0:<\/strong> <strong> <em>Dans ce texte, le port du voile rel\u00e8ve d\u2019une strat\u00e9gie des masques\u2026 <\/em>  <\/strong> <\/p>\n<p><strong>Elsa Dorlin\u00a0:<\/strong> Le devenir libre des femmes alg\u00e9riennes passe, en effet, par un jeu strat\u00e9gique de voilement et de d\u00e9voilement. Fanon critique f\u00e9rocement les autorit\u00e9s fran\u00e7aises en Alg\u00e9rie qui mettaient en sc\u00e8ne le d\u00e9voilement de femmes alg\u00e9riennes sur la place publique pour montrer les bienfaits des valeurs d\u2019\u00e9galit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et le progr\u00e8s de civilisation que repr\u00e9sentait soit disant la colonisation. Dans ce processus, les femmes sont totalement instrumentalis\u00e9es au profit d\u2019une certaine id\u00e9ologie imp\u00e9rialiste. Or, cette mise \u00e0 nu des femmes va \u00eatre strat\u00e9giquement utilis\u00e9e par les combattantes au moment de la guerre de lib\u00e9ration\u00a0: au gr\u00e9 des circonstances, elles vont se voiler ou se d\u00e9voiler pour mieux passer les barrages, acc\u00e9der aux quartiers r\u00e9serv\u00e9s aux colons, y cacher des armes ou d\u00e9poser des bombes\u2026 Ainsi, voil\u00e9es \u2013 <em>indig\u00e9nis\u00e9es<\/em> \u2013\u00a0ou d\u00e9voil\u00e9es \u2013 <em>assimil\u00e9es<\/em> \u2013 les femmes alg\u00e9riennes, combattantes politiques, refusent ces \u00ab\u00a0masques blancs\u00a0\u00bb, elles d\u00e9jouent cette alternative mystificatrice et raciste et deviennent de v\u00e9ritables menaces pour le pouvoir colonial en m\u00eame temps que des sujets politiques r\u00e9volutionnaires. <\/p>\n<p><strong>Regards.fr\u00a0:<\/strong> <strong> <em>Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique convoquent explicitement la figure de Fanon\u2026 Qu\u2019en est-il d\u2019un mouvement noir comme le CRAN<\/em> [[Conseil repr\u00e9sentatif des associations noires de France.]]\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Elsa Dorlin\u00a0:<\/strong> L\u2019homme, l\u2019intellectuel, le militant, est \u00e0 la crois\u00e9e des combats post-esclavagistes et des mouvements de lib\u00e9ration nationale dans un contexte colonial. Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique se r\u00e9f\u00e8rent plut\u00f4t au Fanon alg\u00e9rien des <em>Damn\u00e9s<\/em>. Dans ce texte, Fanon est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019urgence de l\u2019histoire et son \u00e9criture s\u2019en ressent\u00a0; urgence de l\u2019histoire de la lib\u00e9ration alg\u00e9rienne dont l\u2019issue politique est incertaine, mais aussi urgence de sa propre mort, alors que le cancer le ronge. Fanon r\u00e9fl\u00e9chit ce qui constitue une posture remarquable, entre pratique et th\u00e9orie, celle de l\u2019intellectuel combattant. L\u2019autre h\u00e9ritage est celui de <em>Peau noire, masques blancs<\/em>, texte ant\u00e9rieur publi\u00e9 en 1952. Le propos y est plus analytique. Fanon se prend lui-m\u00eame au jeu de l\u2019analyse et travaille la condition v\u00e9cue de l\u2019homme noir. Fanon est extr\u00eamement dur \u00e0 l\u2019\u00e9gard des antillais et enrage des effets d\u2019ali\u00e9nation et de division que produit le syst\u00e8me raciste fran\u00e7ais. Aux Antilles, la figure de Fanon est pr\u00e9sente depuis des ann\u00e9es dans les luttes marxistes et ind\u00e9pendantistes \u00e0 l\u2019image du mouvement contre la \u00ab\u00a0pwofitasyon\u00a0\u00bb en Guadeloupe. S\u2019il est des mouvements noirs qui pensent les probl\u00e9matiques postesclavagistes, les questions de s\u00e9gr\u00e9gation sur le territoire, les imbrications inextricables entre les questions de classe et les questions de race, ce sont bien ceux-ci. En m\u00e9tropole, la situation est diff\u00e9rente. Le Fanon noir, ph\u00e9nom\u00e9nologue et psychiatre, mais aussi le th\u00e9oricien de la lib\u00e9ration de la d\u00e9colonisation, le combattant tiers mondiste a \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9 et oubli\u00e9 par la gauche fran\u00e7aise et les mouvements antiracistes des ann\u00e9es 1980-2000. Son retour est concomitant d\u2019une r\u00e9actualisation de la question noire, mais je ne crois pas qu\u2019il soit une r\u00e9f\u00e9rence constitutive de l\u2019identit\u00e9 du CRAN. Fanon n\u2019est pas seulement une figure noire, mais aussi une figure communiste, r\u00e9volutionnaire, internationaliste, tiers-mondiste. Or la perspective du CRAN, qui est plut\u00f4t une force de lobby aupr\u00e8s des partis de droite et de gauche, est plut\u00f4t consensuelle.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr\u00a0:<\/strong> <strong> <em>L\u2019usage f\u00e9ministe de Fanon peut sembler incongru tant on a reproch\u00e9 \u00e0 celui-ci sa misogynie\u2026 <\/em>  <\/strong> <\/p>\n<p><strong>Elsa Dorlin\u00a0:<\/strong> On ne peut pas sauver Fanon. Il y a chez lui un virilisme qui clive les f\u00e9ministes, y compris les f\u00e9ministes carib\u00e9ennes et Africaines Am\u00e9ricaines. Certaines pages sur la femme blanche et la femme noire sont ultra misogynes. Mais, selon moi, c\u2019est un premier niveau de lecture. Il faut aller au-del\u00e0. Dans <em>Peau noire, masques blancs<\/em>, Fanon consid\u00e8re que le d\u00e9sir de reconnaissance de l\u2019homme noir passe par la sexualit\u00e9. Il analyse comme la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre reconnu, se transforme en volont\u00e9 d\u2019\u00eatre reconnu comme viril et <em>donc<\/em> comme Blanc. A la dialectique classique du ma\u00eetre et de l\u2019esclave, il oppose une dialectique impossible, une mascarade de dialectique symbolis\u00e9e par le d\u00e9sir de \u00ab\u00a0baiser les femmes\u00a0\u00bb blanches (c\u2019est ce qu\u2019il \u00e9crira dans <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em>). Attention \u00e0 ne pas se m\u00e9prendre\u00a0: \u00e0 travers cette image provoquante, il essaie de nous pr\u00e9venir des effets retors des dispositifs de domination qui assurent leur condition de reproduction en imposant aux domin\u00e9s les voies \u2013 n\u00e9cessairement pi\u00e9g\u00e9es \u2013 par lesquelles ils peuvent se lib\u00e9rer. Ainsi, ce que nous donne \u00e0 penser cette analyse fanonienne c\u2019est que les sujets racis\u00e9s (les descendant.e.s d\u2019esclave, les indig\u00e8nes\u2026) ont constamment \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9.e.s dans et par la sexualit\u00e9 \u2013 tour \u00e0 tour \u00e9mascul\u00e9s, viol\u00e9.e.s ou bestialis\u00e9.e.s\u2026 -, mais aussi, et plus fondamentalement, que les colons blancs ont impos\u00e9 leur domination \u00e0 travers une symbolique sexiste mais aussi des technologies de genre et de sexualit\u00e9. Enfin, que nous dit Fanon si ce n\u2019est que cet engendrement r\u00e9ciproque du genre et de la race implique que nos imaginaires, nos d\u00e9sirs et nos repr\u00e9sentations sont les sympt\u00f4mes des rapports de pouvoir. <\/p>\n<p><strong>Regards.fr\u00a0: <\/strong> <strong> <em>Mais la lib\u00e9ration politique va de pair, chez lui, avec une lib\u00e9ration sexuelle\u00a0? <\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Elsa Dorlin\u00a0:<\/strong> Pour Fanon, la lutte va jusque dans le lit. En d\u2019autres termes, la sexualit\u00e9 est politique. Plus encore, les sc\u00e8nes de lib\u00e9ration nationale passeront aussi et surtout par le corps. Il s\u2019agit de lib\u00e9rer une \u00e9nergie corporelle pour se d\u00e9gager de la domination coloniale qui empoigne les corps, les emp\u00eache de bouger, de respirer, de se relever. Cette id\u00e9e de corps enferm\u00e9s, immobiles, contraints jusque dans leurs moindres mouvements est aussi pertinente pour penser le sexisme. Dans la casbah, on ne peut pas respirer. Les rues sont \u00e9troites, les logements exigus et sales, le corps impossible \u00e0 d\u00e9ployer, d\u00e9crit Fanon dans <em>Les damn\u00e9s<\/em>. Dans un environnement sexiste, on retrouve cette id\u00e9e de corps domin\u00e9s dont le moindre geste est emp\u00each\u00e9, sous contr\u00f4le. La lib\u00e9ration va donc \u00eatre musculaire, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une explosion orgasmique. Avec Fanon, on peut construire d\u2019autres mythologies de lutte\u00a0: on oublie souvent de r\u00e9aliser et d\u2019exprimer que \u00e7a fait plaisir de lutter, que \u00e7a d\u00e9ploie le d\u00e9sir, que \u00e7a augmente la puissance d\u2019agir. C\u2019est \u00e7a aussi la politique, le plaisir\u2026 <\/p>\n<p><strong>Regards.fr\u00a0:<\/strong> <strong> <em>La violence est au coeur de sa th\u00e9orie de la lib\u00e9ration. Quel r\u00f4le joue-t-elle\u00a0? <\/em>  <\/strong> <\/p>\n<p><strong>Elsa Dorlin\u00a0:<\/strong> Il y a chez lui une apologie de la violence\u00a0: la violence d\u00e9sintoxique, \u00e9crit-il. C\u2019est une pratique n\u00e9cessaire tant le dispositif dominant est oppressant. Sans elle, la dynamique de l\u2019oppression ne peut \u00eatre rompue. Au fond, elle est ce qui permet au sujet d\u2019interrompe le cours de l\u2019histoire des dominants pour \u00e9crire l\u2019histoire des vaincus, pour \u00e9crire sa propre histoire. Tout le probl\u00e8me \u00e9thique et politique que Fanon nous laisse en h\u00e9ritage, c\u2019est de savoir que faire de cette violence une fois qu\u2019on y a mis les mains. La violence ne va t-elle pas finir par nous intoxiquer en retour ? Ma r\u00e9ponse, c\u2019est que la violence n\u2019est pas un moyen. Nous devons suspendre ce raisonnement qui consiste \u00e0 assimiler la violence \u00e0 un moyen dangereux qui \u00ab\u00a0salit\u00a0\u00bb n\u00e9cessairement les fins les plus nobles. La violence est une pratique. On ne peut donc pas d\u00e9cider a priori de la pacification. On demande toujours aux domin\u00e9s de faire l\u2019effort \u00e9thique de renoncer \u00e0 la violence, ce qui revient \u00e0 leur infliger une double peine\u00a0: ils doivent non seulement se lib\u00e9rer, mais \u00e9galement se \u00ab\u00a0rendre\u00a0\u00bb, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une condition \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9, \u00e0 la libert\u00e9. On explique commun\u00e9ment aux femmes, par exemple, qu\u2019elles doivent se lib\u00e9rer tranquillement, en disant s\u2019il vous pla\u00eet. Au contraire, si elles retournaient syst\u00e9matiquement une baffe \u00e0 celui qui a les mains \u00ab\u00a0baladeuses\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre qu\u2019il y r\u00e9fl\u00e9chirait \u00e0 deux fois avant de recommencer. Dans ces conditions, il faut assumer le stigmate de la violence dans la mesure o\u00f9 celle-ci est la condition m\u00eame de l\u2019agir politique.<\/p>\n<p><strong>Regards.fr\u00a0:<\/strong> <strong> <em>Pour Fanon, le concept doit se faire \u00ab\u00a0muscle\u00a0\u00bb. Cela aide-t-il \u00e0 penser comment \u00eatre un intellectuel critique ou engag\u00e9 aujourd\u2019hui\u00a0? <\/em>  <\/strong> <\/p>\n<p><strong>Elsa Dorlin\u00a0:<\/strong> Ce concept vient \u00e0 point nomm\u00e9\u00a0: on a besoin de redonner corps \u00e0 nos th\u00e9ories. Fanon s\u2019exprime ainsi dans <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em>, au moment o\u00f9 il prend les armes pour aller combattre. J\u2019aime cette sensualit\u00e9 de la pens\u00e9e et du politique. En tant que f\u00e9ministe, c\u2019est pour cela que j\u2019admire la force sid\u00e9rante de l\u2019\u0153uvre fanonienne. Le fait que la th\u00e9orie est toujours et en m\u00eame temps pratique et la pratique th\u00e9orique, l\u2019id\u00e9e que nous sommes toujours situ\u00e9.e.s et jamais en dehors de notre corps, de notre histoire, des rapports sociaux qui nous constituent, sont des principes constitutifs de ma posture. Ce que nous disons nous engage, mais nous ne sommes pas d\u00e9sincarn\u00e9s, nous sommes ces corps militants, combattants qui parlent tout autant que nos \u00e9crits.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5151 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/fans-ddb.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/fans-ddb-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Frantz Fanon, la lutte des corps\" aria-describedby=\"gallery-1-15723\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-15723'>\n\t\t\t\tFrantz Fanon, la lutte des corps\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/fanc-bd5.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/fanc-bd5.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Frantz Fanon, la lutte des corps\" aria-describedby=\"gallery-1-15724\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-15724'>\n\t\t\t\tFrantz Fanon, la lutte des corps\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/fan-c70.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/fan-c70-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"fan.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvent les biographies d\u00e9politisent leur sujet. 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