{"id":5053,"date":"2011-10-16T10:00:00","date_gmt":"2011-10-16T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/octobre-61-memoire-en-eaux5053\/"},"modified":"2023-06-23T23:09:40","modified_gmt":"2023-06-23T21:09:40","slug":"octobre-61-memoire-en-eaux5053","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=5053","title":{"rendered":"Octobre 61, m\u00e9moire en eaux troubles"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00ab<em>Le 17 octobre 1961, des Alg\u00e9riens qui manifestaient pour le droit \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s lors d&#8217;une sanglante r\u00e9pression. La R\u00e9publique reconna\u00eet avec lucidit\u00e9 ces faits. Cinquante et un ans apr\u00e8s cette trag\u00e9die, je rends hommage \u00e0 la m\u00e9moire des victimes.<\/em>\u00bb Mercredi, pour la premi\u00e8re fois, un pr\u00e9sident fran\u00e7ais a reconnu la responsabilit\u00e9 de l&#8217;Etat dans les actes commis par la police parisienne dans la nuit du 17 Octobre 1961.<br \/>\nL&#8217;an dernier, pour le cinquanti\u00e8me anniversaire, <em>Regards<\/em> \u00e9tait revenu sur cette trag\u00e9die \u00e0 la lumi\u00e8re des \u0153uvres parues \u00e0 cette occasion. En donnant notamment la parole \u00e0 l&#8217;historien Gilles Manceron et \u00e0 la r\u00e9alisatrice Yasmina Adi. Voici l&#8217;article publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 14 de <em>Regards<\/em> d&#8217;octobre 2011.<\/p>\n<p>Le 17 octobre 1961 n&#8217;est plus un tabou. Bien document\u00e9, et ce, depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, par des historiens, des militants, des journalistes, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement est peu \u00e0 peu sorti des \u00e9gouts de l&#8217;histoire : les nombreuses manifestations organis\u00e9es \u00e0 l&#8217;occasion de ce cinquantenaire en t\u00e9moignent. Elles auront lieu, malgr\u00e9 tout, dans un pays dont les dirigeants restent tr\u00e8s frileux lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de nommer et d&#8217;assumer les crimes de la colonisation fran\u00e7aise. Peut-\u00eatre parce qu&#8217;ils sont nombreux (S\u00e9tif 1945, Madagascar 1947, Cameroun, dans les ann\u00e9es 1950-1960), peut-\u00eatre parce que des \u00e9v\u00e9nements du pass\u00e9 r\u00e9cent leur font \u00e9cho (voir le r\u00f4le pour le moins obscur de la France lors du g\u00e9nocide rwandais en 1994). S\u00fbrement parce qu&#8217;aucune formation politique n&#8217;est exempte de reproches (voir le r\u00f4le de Mitterrand lors de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie, et le vote des pouvoirs sp\u00e9ciaux par le PCF\u2026). Et parce que se trouvent actuellement au pouvoir les h\u00e9ritiers politiques des plus fermes partisans de l&#8217;entreprise coloniale fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>\u00ab <em>On a vraiment du mal en France \u00e0 faire face \u00e0 notre histoire<\/em>, r\u00e9sume Yasmina Adi, r\u00e9alisatrice du documentaire <em>Ici, on noie les Alg\u00e9riens<\/em>, qui sera sur les \u00e9crans le 19 octobre. <em>Il y a beaucoup de pages noires durant la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie et il y a beaucoup d&#8217;Alg\u00e9riens en France\u2026 Alors c&#8217;est difficile pour les pouvoirs en place de reconna\u00eetre ce qui s&#8217;est pass\u00e9. Mais si les responsables ne veulent pas assumer, tant pis ! Moi, je fais des films pour informer, pour qu&#8217;il y ait du d\u00e9bat et des prises de position. Quand on voit le r\u00f4le jou\u00e9 par les bus de la RATP durant cette nuit du 17 Octobre, on pense \u00e0 la fois au Vel d&#8217;Hiv et \u00e0 ce qui s&#8217;est pass\u00e9 il y a quelques semaines avec les Roumains\u2026 L&#8217;histoire est folle et elle se r\u00e9p\u00e8te.<\/em> \u00bb En recueillant, presque 50 ans apr\u00e8s les faits, des t\u00e9moignages d&#8217;acteurs de cette nuit-l\u00e0 et en utilisant des images d&#8217;archives de la salle de commandement de la pr\u00e9fecture de Paris, Yasmina Adi a souhait\u00e9 plonger le spectateur \u00ab <em>dans la r\u00e9pression du d\u00e9but \u00e0 la fin<\/em> \u00bb. Pourquoi s&#8217;est-elle empar\u00e9e de ce sujet ? \u00ab <em>J&#8217;ai r\u00e9alis\u00e9 en 2008 un documentaire sur le 8 mai 1945 \u00e0 S\u00e9tif. Au cours des d\u00e9bats qui ont accompagn\u00e9 la diffusion de ce film, je me suis souvent trouv\u00e9e face \u00e0 des gens qui me parlaient du 17 Octobre\u2026 \u00e0 Charonne ! Il y avait une confusion et donc une m\u00e9connaissance de cet \u00e9v\u00e9nement et j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de travailler \u00e0 y rem\u00e9dier.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h2>Les raisons du silence<\/h2>\n<p>Cette confusion, l&#8217;historien et vice-pr\u00e9sident de la Ligue des droits de l&#8217;Homme, Gilles Manceron, l&#8217;a aussi relev\u00e9e. Et il l&#8217;explique par \u00ab <em>la volont\u00e9 de la gauche institutionnelle, que la m\u00e9moire de la manifestation de Charonne contre l&#8217;OAS en 1962 recouvre celle de ce drame<\/em> \u00bb. Un point qu&#8217;il d\u00e9veloppe dans sa contribution \u00e0 l&#8217;ouvrage <em>Le 17 octobre 1961 des Alg\u00e9riens. La triple occultation d&#8217;un massacre<\/em>. La premi\u00e8re partie du livre accueille des t\u00e9moignages in\u00e9dits de rescap\u00e9s du 17 octobre. R\u00e9cits recueillis par les militants et journalistes, aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, Paulette et Marcel P\u00e9ju : bastonnades, ratonnades, emprisonnements, tentatives de noyade, assassinats, etc. Tout ce qui fut le quotidien des Alg\u00e9riens de France au cours de l&#8217;automne 1961 et singuli\u00e8rement autour du 17 octobre, se retrouve dans ces t\u00e9moignages.<\/p>\n<p>Dans la seconde partie, Gilles Manceron s&#8217;attache donc \u00e0 diss\u00e9quer ce qu&#8217;il nomme \u00ab <em>la triple occultation d&#8217;un massacre <\/em> \u00bb. Une \u00e9tude concise mais riche d&#8217;enseignements. Premier facteur : \u00ab <em>La n\u00e9gation et la d\u00e9naturation imm\u00e9diates des faits de la part de l&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais, prolong\u00e9es par son d\u00e9sir de les cacher.<\/em> \u00bb O\u00f9 il est confirm\u00e9 le r\u00f4le central du pr\u00e9fet Papon dans le d\u00e9roulement des faits, mais o\u00f9 appara\u00eet surtout au grand jour l&#8217;activisme redoutable du premier ministre Michel Debr\u00e9 \u00ab <em>qui avait soutenu l&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir du G\u00e9n\u00e9ral (de Gaulle, ndlr) en 1958, en pensant qu&#8217;il d\u00e9fendrait jusqu&#8217;au bout l&#8217;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise <\/em> \u00bb. Pourtant, en mai 1961 s&#8217;ouvrent \u00e0 \u00c9vian les n\u00e9gociations entre la France et le gouvernement provisoire alg\u00e9rien (GPRA) qui aboutiront \u00e0 la d\u00e9claration d&#8217;ind\u00e9pendance le 5 juillet 1962. Perspective insupportable pour Debr\u00e9 et ses amis qui, \u00e0 partir de l&#8217;\u00e9t\u00e9 61, vont se livrer \u00e0 une guerre sans merci contre les Alg\u00e9riens de France, mobilisant notamment un \u00ab <em>syst\u00e8me de r\u00e9pression extrajudiciaire<\/em> \u00bb dans lequel les Harkis tiendront toute leur place.<\/p>\n<p>Le second facteur est donc ce positionnement surprenant de la gauche et singuli\u00e8rement du PCF qui a pourtant \u00e9t\u00e9, rappelle Gilles Manceron, \u00ab <em>la force politique la plus anticolonialiste dans l&#8217;histoire contemporaine<\/em> \u00bb. \u00ab <em>Et pourtant, la direction du parti est pass\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cet \u00e9v\u00e9nement<\/em>, ajoute-t-il. <em>Au moment o\u00f9 la manif se produit, ils pr\u00e9f\u00e8rent mettre l&#8217;accent sur le congr\u00e8s du PC en URSS\u2026 Ce qui en dit long sur la subordination du PCF \u00e0 l&#8217;\u00e9poque.<\/em> \u00bb La gauche saura, en revanche, faire vivre la m\u00e9moire de Charonne, survenu en f\u00e9vrier 1962 : parmi les 9 morts du m\u00e9tro, 8 \u00e9taient militants communistes. Elle y parviendra si bien que, dans beaucoup d&#8217;esprits, les deux \u00e9v\u00e9nements finiront par se m\u00ealer.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me facteur est \u00ab<em> le souhait des premiers gouvernants de l&#8217;Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante qu&#8217;on ne parle plus d&#8217;une mobilisation organis\u00e9e par des responsables du FLN qui \u00e9taient, pour la plupart, devenus des opposants<\/em> \u00bb. Engag\u00e9e dans les n\u00e9gociations d&#8217;\u00c9vian, la direction du FLN n&#8217;avait pas vu d&#8217;un bon \u0153il l&#8217;initiative de sa F\u00e9d\u00e9ration de France d&#8217;organiser cette manif pour protester contre le couvre-feu. En 1962, la F\u00e9d\u00e9ration de France critiquera Boumedienne alors que celui-ci acc\u00e8de au pouvoir, se retrouvant ainsi dans le camp des perdants. \u00ab <em>Du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir<\/em>, \u00e9crit Gilles Manceron, <em>on se m\u00e9fiait de ces Alg\u00e9riens de France trop influenc\u00e9s par les traditions politiques et syndicales europ\u00e9ennes. (\u2026) Pour l&#8217;Alg\u00e9rie officielle, (\u2026) toute l&#8217;histoire du pays commen\u00e7ait avec le 1er novembre 1954 et la cr\u00e9ation du FLN, ce qui cadrait mal avec le fait que le mouvement national \u00e9tait n\u00e9 dans l&#8217;immigration. <\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Ni\u00e9s par l&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais responsable, \u00e9cart\u00e9s par une gauche fran\u00e7aise peu g\u00e9n\u00e9reuse, jet\u00e9s aux oubliettes par le pouvoir alg\u00e9rien, c&#8217;est peu de dire que les Alg\u00e9riens morts au cours des \u00e9v\u00e9nements du 17 octobre 1961, ont m\u00e9rit\u00e9 que leur histoire soit dite. \u00ab <em>Le quarantenaire avait d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 une \u00e9tape, mais cette ann\u00e9e, un nouveau seuil va \u00eatre franchi<\/em> \u00bb, consid\u00e8re l&#8217;historien. Tant mieux car il y a du temps de m\u00e9moire \u00e0 rattraper : \u00ab <em>M\u00eame au sein des familles alg\u00e9riennes, ces histoires-l\u00e0 sont rest\u00e9es tabous<\/em>, pr\u00e9cise Yasmina Adi.<em> Lors des entretiens, beaucoup ont d\u00e9couvert ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 leurs parents en les \u00e9coutant r\u00e9pondre \u00e0 mes questions\u2026<\/em>\u00bb <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-5053 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/octobrec-218.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/octobrec-218.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Octobre 61, m\u00e9moire en eaux troubles\" aria-describedby=\"gallery-1-15508\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-15508'>\n\t\t\t\tOctobre 61, m\u00e9moire en eaux troubles\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/octobre-2-a8f.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/octobre-2-a8f-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"octobre-2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab<em>Le 17 octobre 1961, des Alg\u00e9riens qui manifestaient pour le droit \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s lors d&#8217;une sanglante r\u00e9pression. La R\u00e9publique reconna\u00eet avec lucidit\u00e9 ces faits. Cinquante et un ans apr\u00e8s cette trag\u00e9die, je rends hommage \u00e0 la m\u00e9moire des victimes.<\/em>\u00bb Mercredi, pour la premi\u00e8re fois, un pr\u00e9sident fran\u00e7ais a reconnu la responsabilit\u00e9 de l&#8217;Etat dans les actes commis par la police parisienne dans la nuit du 17 Octobre 1961.<br \/>\nL&#8217;an dernier, pour le cinquanti\u00e8me anniversaire, <em>Regards<\/em> \u00e9tait revenu sur cette trag\u00e9die \u00e0 la lumi\u00e8re des \u0153uvres parues \u00e0 cette occasion. En donnant notamment la parole \u00e0 l&#8217;historien Gilles Manceron et \u00e0 la r\u00e9alisatrice Yasmina Adi. 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