{"id":498,"date":"1997-05-01T00:00:00","date_gmt":"1997-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mirages498\/"},"modified":"1997-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-04-30T22:00:00","slug":"mirages498","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=498","title":{"rendered":"MIRAGES"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9pargne pyramidale<strong> Les Albanais voteront bient\u00f4t. De violentes manifestations ont secou\u00e9 le pays fin janvier et d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en soul\u00e8vement populaire. Elles ont pour cause directe le scandale financier qui a ruin\u00e9 une partie de la population. <\/strong><\/p>\n<p>Nombre d&#8217;Albanais, c\u00e9dant aux mirages de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale, ont pens\u00e9 pouvoir s&#8217;enrichir rapidement en effectuant des placements dans le syst\u00e8me d&#8217;\u00e9pargne pyramidal (voir encadr\u00e9). Celui-ci s&#8217;est de ce fait effondr\u00e9 brutalement. La plupart des \u00e9pargnants ont c\u00e9d\u00e9 le peu de biens qu&#8217;ils poss\u00e9daient pour effectuer des d\u00e9p\u00f4ts dans les soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;investissement cr\u00e9\u00e9es depuis l&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir du Parti d\u00e9mocratique (PD). La col\u00e8re des Albanais, spoli\u00e9s par un capitalisme mafieux, n&#8217;a donc rien de surprenant. Il reste cependant \u00e0 analyser les raisons pour lesquelles de telles illusions ont pu se diffuser. Apr\u00e8s 1990, l&#8217;effondrement de l&#8217;\u00e9conomie a \u00e9t\u00e9 brutal. De 1990 \u00e0 1992, le PNB recule de pr\u00e8s de 50%, la production agricole diminue de 30%, la production industrielle de plus de 60% (1). La victoire du Parti d\u00e9mocratique et l&#8217;arriv\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence de Sali Berisha en 1992 entra\u00eenent l&#8217;adoption d&#8217;un programme de th\u00e9rapie de choc pour le passage \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9.<\/p>\n<p>Le &#8221; co\u00fbt social &#8221; est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 pour une population qui avait un faible niveau de vie et que, de surcro\u00eet, on a priv\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9, de garantie d&#8217;emploi et de diverses mesures sociales. A partir de 1993, le PIB enregistre une croissance de 6 \u00e0 8% par an, chiffres qu&#8217;il faut \u00e9videmment relativiser du fait de l&#8217;effondrement ant\u00e9rieur. En fait, la production industrielle continue de chuter: la part de l&#8217;industrie dans le PIB passe de 37% en 1990 \u00e0 13% en 1995. Le ch\u00f4mage passe officiellement de 26% \u00e0 15% environ, mais ce r\u00e9sultat est d\u00fb \u00e0 l&#8217;\u00e9migration d&#8217;une forte proportion de main-d&#8217;oeuvre. Le l\u00e9ger redressement de l&#8217;\u00e9conomie provient de l&#8217;agriculture. Sa part dans le PIB est pass\u00e9e de 32% en 1989 \u00e0 55% en 1995. On ne peut pourtant parler de &#8221; rel\u00e8vement &#8221; dans ce domaine pr\u00e9cis. La privatisation des terres a eu pour effet l&#8217;extr\u00eame morcellement des exploitations dont la superficie moyenne est maintenant de 1,4 hectare. Une des cons\u00e9quences de la dissolution des coop\u00e9ratives agricoles a \u00e9t\u00e9 un exode rural consid\u00e9rable vers les villes: 100 000 personnes suppl\u00e9mentaires vivraient \u00e0 Tirana, la capitale, qui ne comptait que 230 000 habitants en 1990. La production dans les exploitations a amorc\u00e9 une remont\u00e9e mais sur de nouvelles bases. L&#8217;agriculture albanaise est devenue une \u00e9conomie de survie pour les exploitants agricoles qui ont pour souci premier d&#8217;assurer leur propre subsistance. Les villes ne sont plus que faiblement approvisionn\u00e9es.<\/p>\n<p> <strong> Une situation favorable aux agissements des bandes mafieuses <\/strong><\/p>\n<p>Devant importer des produits agricoles et ne disposant plus de productions suffisantes pour l&#8217;exportation (elle \u00e9tait le troisi\u00e8me exportateur mondial de chrome), l&#8217;Albanie voit le d\u00e9ficit de sa balance commerciale s&#8217;alourdir. Les revenus des travailleurs \u00e9migr\u00e9s compensent en partie cette situation, mais le pays s&#8217;est fortement endett\u00e9 et sa dette ext\u00e9rieure atteint 760 millions de dollars. D&#8217;obsol\u00e8te, l&#8217;\u00e9conomie albanaise est devenue sinistr\u00e9e apr\u00e8s cinq ann\u00e9es de lib\u00e9ralisme. C&#8217;est dans cet environnement \u00e9conomique et social que de nombreux Albanais ont pu croire \u00e0 une solution \u00e0 leurs probl\u00e8mes gr\u00e2ce aux soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;\u00e9pargne. Il ne semble pas que les &#8221; conseillers &#8221; \u00e9conomiques occidentaux aient beaucoup insist\u00e9 sur les risques financiers des op\u00e9rations lanc\u00e9es. Ces soci\u00e9t\u00e9s pyramidales ont aussi financ\u00e9 les campagnes \u00e9lectorales de Sali Berisha, par ailleurs se pr\u00e9sentant d&#8217;autant plus confiant dans ses succ\u00e8s que le recours \u00e0 la fraude \u00e9lectorale s&#8217;est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections l\u00e9gislatives des 26 mai et 2 juin 1996 ont \u00e9t\u00e9 l&#8217;objet de telles violences et manipulations que l&#8217;Organisation pour la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration en Europe (OSCE) et le Parlement europ\u00e9en ont demand\u00e9 l&#8217;organisation de nouvelles \u00e9lections, elles n&#8217;eurent lieu que dans 17 circonscriptions sur pr\u00e8s de 200. Le caract\u00e8re autocratique du pouvoir du pr\u00e9sident Berisha n&#8217;est all\u00e9 qu&#8217;en se renfor\u00e7ant. Face aux premi\u00e8res manifestations de la population spoli\u00e9e, le pr\u00e9sident et son gouvernement n&#8217;ont r\u00e9pondu que par une r\u00e9pression sauvage. Plus de cinq cents des militants du Parti socialiste (issu de l&#8217;ex-Parti des travailleurs d&#8217;Albanie, qui aujourd&#8217;hui se tourne vers l&#8217;Internationale socialiste) ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. Tr\u00e8s rapidement cependant, le mouvement de r\u00e9volte s&#8217;est arm\u00e9 et, du sud du pays, s&#8217;est \u00e9tendu vers le nord sans que le gouvernement puisse s&#8217;opposer \u00e0 ce mouvement en raison de la d\u00e9fection d&#8217;une grande partie de l&#8217;arm\u00e9e et de la police, mais sans non plus que le Parti socialiste puisse le contr\u00f4ler. La situation de chaos ainsi cr\u00e9\u00e9e a \u00e9t\u00e9 favorable aux agissements de bandes mafieuses. Berisha s&#8217;est accroch\u00e9 au pouvoir bien que les Etats-Unis, qui ont \u00e9t\u00e9 son principal soutien, souhaitent maintenant son effacement. Au d\u00e9but de mars, le pr\u00e9sident Berisha s&#8217;est r\u00e9solu \u00e0 nommer Bashkim Fino, ancien maire de Gjirokast\u00ebr et membre du Parti socialiste, premier ministre. Ce dernier a repouss\u00e9 l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 d&#8217;une d\u00e9mission de Berisha, exig\u00e9e pourtant par les &#8221; comit\u00e9s de salut public &#8221; qui se sont form\u00e9s dans le sud. Bashkim Fino a form\u00e9 un gouvernement de r\u00e9conciliation nationale dans l&#8217;attente de nouvelles \u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es qui devraient avoir lieu en juin.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;aide humanitaire, une action n\u00e9cessaire mais insuffisante <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;Italie, qui est concern\u00e9e directement par la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats sur place et par la crainte d&#8217;un d\u00e9ferlement de r\u00e9fugi\u00e9s, s&#8217;est montr\u00e9 favorable \u00e0 l&#8217;envoi d&#8217;une force multinationale pour s\u00e9curiser la distribution d&#8217;une aide humanitaire. Avec l&#8217;acord d&#8217;autres pays europ\u00e9ens, comme la France et la Gr\u00e8ce. Finalement, six mille hommes sont d\u00e9p\u00each\u00e9s sur place par la force multinationale. Or, toute solution militaire risquerait de provoquer un embrasement g\u00e9n\u00e9ral dans le pays. La seule pr\u00e9sence de soldats italiens (le souvenir de l&#8217;annexion de l&#8217;Albanie par l&#8217;Italie en 1939 hante encore les esprits) et grecs (la Gr\u00e8ce a des vis\u00e9es annexionnistes sur l&#8217;Albanie du Sud o\u00f9 vivent des minorit\u00e9s grecques) risque pour le moins de raviver des tensions dans une r\u00e9gion o\u00f9 les armes ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9es massivement. L&#8217;avenir de l&#8217;Albanie reste incertain. Le maintien de Berisha, qui s&#8217;oppose aux contacts avec les comit\u00e9s du Sud, exigeant son d\u00e9part, ne facilite pas une issue pacifique. Face \u00e0 un Berisha responsable de la crise actuelle en raison de ses relations avec le capitalisme mafieux et parvenu au pouvoir par des proc\u00e9d\u00e9s irr\u00e9guliers, de nouvelles \u00e9lections sont un des \u00e9l\u00e9ments de la stabilisation de la situation. La question du remboursement des \u00e9pargnants spoli\u00e9s reste toutefois en suspens et l&#8217;Albanie ne pourra y pourvoir seule. Surtout le pays ne pourra sortir de son d\u00e9sastre \u00e9conomique que si s&#8217;\u00e9tablit dans le cadre europ\u00e9en et mondial une v\u00e9ritable coop\u00e9ration excluant les recettes ultra-lib\u00e9rales mises en place par le FMI.<\/p>\n<p>1. Statistiques issues de Images \u00e9conomiques du monde, no41, (1996\/1997), Ed.Sed\u00e8s, et de deux publications de la Documentation Fran\u00e7aise: Transitions \u00e9conomiques \u00e0 l&#8217;Est (1989\/1995), l&#8217;Europe centrale et orientale (1996).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-498","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=498"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/498\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=498"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}