{"id":493,"date":"1997-05-01T00:00:00","date_gmt":"1997-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/extreme-droite-en-europe493\/"},"modified":"1997-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-04-30T22:00:00","slug":"extreme-droite-en-europe493","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=493","title":{"rendered":"EXTREME DROITE EN Europe"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le fait est l\u00e0: la perte de rep\u00e8res identitaires autant que la crise \u00e9conomique conduisent \u00e0 une inqui\u00e9tante r\u00e9surgence de l&#8217;extr\u00eame droite en Europe. Cette perc\u00e9e prend pour chacun des pays des formes particuli\u00e8res, li\u00e9es \u00e0 l&#8217;histoire des peuples eux-m\u00eames. Elle appelle aussi des formes de r\u00e9sistance diverses qui, pour l&#8217;instant, ne trouvent pas, dans l&#8217;expression politique, les moyens de mettre durablement terme \u00e0 cette progression. En France, la manifestation de Strasbourg, spectaculaire prise de &#8221; parole citoyenne &#8220;, augure de la construction d&#8217;un processus de r\u00e9sistances qui cherche ses marques. Contradictoirement, en Italie, la mont\u00e9e de l&#8217;extr\u00eame droite s&#8217;accompagne d&#8217;un r\u00e9veil revendicatif certain. Des \u00e9l\u00e9ments qui \u00e9branlent le caract\u00e8re in\u00e9luctable du retour de la &#8221; b\u00eate immonde &#8220;. <\/p>\n<p>Le week-end pascal \u00e0 Strasbourg a \u00e9t\u00e9 un moment de fort contraste. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, enferm\u00e9s dans leur bunker, prot\u00e9g\u00e9s par les grilles, les herses et les canons \u00e0 eau des forces de l&#8217;ordre, ceux dont les discours pr\u00eachent l&#8217;exclusion, la haine, la x\u00e9nophobie. De l&#8217;autre, en une interminable manifestation, point d&#8217;orgue de multiples initiatives citoyennes, une parole joyeuse, un d\u00e9sir d&#8217;ouverture \u00e0 l&#8217;autre, une exigence, aussi, d&#8217;un changement en profondeur de la soci\u00e9t\u00e9. Pour les uns, la parole n&#8217;est que le support \u00e0 un exercice permanent de manipulation. Elle n&#8217;est que l&#8217;outil d&#8217;une mise en sc\u00e8ne propagandiste, construite notamment autour du monstrueux amalgame qui associe l&#8217;\u00e9tranger au ch\u00f4mage, au d\u00e9sordre, \u00e0 la violence, \u00e0 la d\u00e9cadence. La parole, pour les dirigeants du Front national, n&#8217;a en soi pas d&#8217;int\u00e9r\u00eat. Elle est pur instrument de pouvoir (il est symptomatique que quatre militants aient cru possible de se faire passer pour policiers, croyant sans doute qu&#8217;il suffisait de le dire pour l&#8217;\u00eatre). Elle se r\u00e9duit au moyen d&#8217;exercer une influence n\u00e9faste sur l&#8217;opinion. Elle ne craint pas la contradiction interne. Un jour ceci, un jour cela, peu importe, pourvu que cela marche, pourvu qu&#8217;elle unisse le public dans l&#8217;illusion d&#8217;une fusion identitaire. La propagande d\u00e9poss\u00e8de celui qui s&#8217;y laisse prendre de sa propre capacit\u00e9 de parole. C&#8217;est tout cela que l&#8217;on a pu voir dans ce palais des congr\u00e8s o\u00f9 la r\u00e9action des d\u00e9mocrates avait confin\u00e9, en vase clos, les militants du Front national et leurs chefs.<\/p>\n<p>Pour les autres, dehors, ce week-end \u00e9tait le point d&#8217;orgue du formidable exercice de d\u00e9mocratie auquel Strasbourg se livrait depuis plusieurs semaines. Dans une r\u00e9gion soumise plus que d&#8217;autres au d\u00e9mon identitaire, \u00e0 une fossilisation de la classe politique, emp\u00eatr\u00e9e mentalement dans la recherche permanente d&#8217;un consensus entre soi, l&#8217;annonce de la tenue du congr\u00e8s d&#8217;extr\u00eame droite a sonn\u00e9 le r\u00e9veil des d\u00e9mocrates. Qui pourra v\u00e9ritablement rendre compte de cette prise de conscience qui, soudain, a saisi ceux qui, depuis de longues ann\u00e9es, s&#8217;\u00e9taient un peu endormi, sous estimant l&#8217;ampleur du danger, ou, pire, croyant que l&#8217;on n&#8217;y pouvait rien ? L&#8217;\u00e9v\u00e9nement fondamental reste sans doute l&#8217;\u00e9clatement des coquilles individuelles dans lesquelles chacun s&#8217;\u00e9tait progressivement enferm\u00e9. Tous les t\u00e9moignages indiquent la force de ces retrouvailles, comme si, apr\u00e8s des ann\u00e9es de t\u00e9l\u00e9vision, de cocooning, comme disent les publicitaires, d&#8217;isolement dans son propre univers de souffrance et de probl\u00e8mes, chacun de ceux qui se retrouvaient l\u00e0 red\u00e9couvrait les autres. La parole, pour un temps, circulait \u00e0 nouveau, et avec elle l&#8217;espoir. Et, du coup, le Front national passait au second plan, comme une sorte de pr\u00e9texte d\u00e9pass\u00e9. Tous ceux qui avaient organis\u00e9 et suivi de pr\u00e8s, depuis d\u00e9cembre, la riposte citoyenne, s&#8217;\u00e9taient progressivement rendu compte que quelque chose d&#8217;\u00e9trange se d\u00e9roulaient sous leurs yeux. Tant de visages nouveaux, tant de d\u00e9termination de la part d&#8217;inconnus, qui soudain, prenaient part aux discussions, donnaient un coup de main, tout simplement, parlaient. Tant de monde aussi, aux premiers d\u00e9bats. Et puis, rapidement, les organisateurs d\u00e9bord\u00e9s par l&#8217;ampleur de la r\u00e9action. Et enfin, quelques jours \u00e0 peine avant le week-end pascal, cette incroyable mobilisation nationale qui conduira \u00e0 la convergence, vers la capitale alsacienne, des dizaines de milliers de manifestants.<\/p>\n<p>Prenons garde toutefois, en nous r\u00e9jouissant, de ne pas occulter ce que Strasbourg a aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Une parole lib\u00e9r\u00e9e, certes, mais pour l&#8217;instant sans autre objet qu&#8217;elle m\u00eame, que la red\u00e9couverte de sa propre puissance, du fait qu&#8217;elle est le fondement de la d\u00e9mocratie. Une parole qui pour l&#8217;instant, se tient \u00e0 l&#8217;\u00e9cart du politique, qui s&#8217;en m\u00e9fie m\u00eame. L&#8217;accueil des dirigeants de la gauche par les manifestants a bien t\u00e9moign\u00e9 de ce que l&#8217;on pourrait appeler une r\u00e9serve prudente. Car le mouvement de Strasbourg ne se comprend que dans la poursuite d&#8217;une mobilisation qui a commenc\u00e9, non pas avec les manifestations contre la loi Debr\u00e9, qui ne furent qu&#8217;une \u00e9tape, mais avec la gr\u00e8ve de d\u00e9cembre 95. Depuis, le mouvement s&#8217;amplifie et, s&#8217;\u00e9largissant, il se cherche encore plus. Il faut \u00eatre attentif, d\u00e9sormais, \u00e0 la distance qui s\u00e9pare ce mouvement de ceux qui peuvent lui donner une traduction politique concr\u00e8te. Si cette distance se r\u00e9duit trop vite, le mouvement s&#8217;amenuisera et ceux qui craignent les effets r\u00e9ducteurs de la r\u00e9cup\u00e9ration politique auront raison. Si cette distance augmente trop, la parole des gens, ainsi lib\u00e9r\u00e9e, tournera en rond et s&#8217;\u00e9puisera pour rien. Toutes les d\u00e9ceptions seront alors \u00e0 craindre. L&#8217;apr\u00e8s-Strasbourg est d\u00e9licat. La foule rassembl\u00e9e lors du week-end pascal est exigeante. Elle souhaite plus que le silence de la propagande, elle demande que sa parole r\u00e9invente la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>* Sociologue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le fait est l\u00e0: la perte de rep\u00e8res identitaires autant que la crise \u00e9conomique conduisent \u00e0 une inqui\u00e9tante r\u00e9surgence de l&#8217;extr\u00eame droite en Europe. Cette perc\u00e9e prend pour chacun des pays des formes particuli\u00e8res, li\u00e9es \u00e0 l&#8217;histoire des peuples eux-m\u00eames. Elle appelle aussi des formes de r\u00e9sistance diverses qui, pour l&#8217;instant, ne trouvent pas, dans l&#8217;expression politique, les moyens de mettre durablement terme \u00e0 cette progression. En France, la manifestation de Strasbourg, spectaculaire prise de &#8221; parole citoyenne &#8220;, augure de la construction d&#8217;un processus de r\u00e9sistances qui cherche ses marques. Contradictoirement, en Italie, la mont\u00e9e de l&#8217;extr\u00eame droite s&#8217;accompagne d&#8217;un r\u00e9veil revendicatif certain. 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